‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 186 sur 196 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ils appartiennent au roi ou à la ville, pour en disposer en tout temps ainsi quHls le jugent à propos; et Ton ne peut s'attribuer aucune servitude sur l'espace de ces fosses, parce que cette servitude deviendrait fort onë*reuse , soit au roi , soit à la ville , soit à ceux au profk de qui on aurait disposé.

Enfin il y a un dernier moyen qui suffirait seul pour confondre le sieur de Lautrec. Pourquoi est-il permis à tous propriétaires d'avoir tant de portes et de fenêtres qu'ils veulent sur les rues et places publiques? C'est que les murs qui donnent sur les rues et places publiques leur appartiennent à eux seuls , et ne sont point mitoyens, c'est que les murs dont ils sont* seuls pro^ priétaires ne joignent pas sans moyen l'héritage d'un autre particulier : alors toute liberté est acquise , et par conséquent on peut prendre dans les murs toutes les ouvertures nécessaires. Mais le sieur de Lautrec est-il dans ce cas? Il reconnaît lui'-méme que son mur est mitoyen ; il demande que le collège Mazarin contribue pour moitié à sa réfection^ parce que ce mur touche sans moyen au fonds du collège. Mais puisque cela est, quel avantage peut-il tirer de ce qui se passe à l'égard des murs qui donnent sur les rues et places publiques? Lorsqu'il «st nécessaire de rebâtir ces înurs, les propriétaires des maisons en portent seuls ja dépense, ils n'ap*- Sellent point leurs voisins pour y contrinuer de moitié ; n'est donc pas extraorainaire qu'ils jouissent d'une entière liberté dans la manière d'y prendre des jours et autres ouvertures ; mais que le sieur de Lautrec fasse payer la moitié de son mur au collège Mazarin, c(»nme étant un mur mitoyen qui sépare les héritages des deux voisins , et qu'il veuille avoir sur ce mur les mêmes droits qu'il y aurait s'il le faisait bâtir seul sur une place publique, c'est ce qui n^e«t pas proposaMe.

Mais , dira peut-être le sieur de Lautrec , mon mur était sûr une place publique avant la concession faite au collège Mazarin; je ne dois pas souffrir de ce que cette place publique a été donnée a des particuliers : je dois donc conserver le même jour que j'avais. Si e sieur de Lautrec insiste dans oette objection, il sera

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facUe de lui faire connaître, par ce qui vient d'être établi, que les deux parties en sont également insoutenables. 1° Ce qu'il appelle son mur n'était point sur une place publique , mais sur des fossés dont la destination, dont l'usage n'est point pour le public, dont la propriété appartient au roi , dont il a la liberté de disposer au profit de tel corps ou particulier qu'il juge à propos. 2** Si on pouvait supposer le contraire , et que la concession faite au collège Mazarin ne pût pas nuire.au sieur de Lautrec, il faudrait changer tout son système; il faudrait dire que comme il était seul propriétaire de son mur, il en est resté seul propriétaire; que c'est à lui à le rebâtir h ses frais ; qu'il ne peut pas même devenir mitoyen, et qu'il y peut avoir tant de portes , tant de fenêtres , tant d'ouvertures, qu'il jugera à propos; mais ce n'est pas ce qu'il prétend lui-même; il reconnaît au contraire que son mur est mitoyen ; il veut que le collège Mazarin contribue à sa construction : son système ne peut donc se concilier avec lui-même : il n'est pas extraordinaire après cela que toutes ses conséquences soient fausses.

Il voudrait bien réunir deux choses incompatibles : faire considérer son mur comme donnant sur une place . publique , pour y avoir des fenêtres ainsi qu'il le jugera a propos ; le regarder comme mitoyen et séparant sans moyen les héritages de deux particuliers, pour qu'il soit rebâti à frais communs. L'absurdité de cette prétention se fait assez sendr , et l'on croit en avoir trop dit pour la confondre.

Les préjugés dont il prétend se servir sont trop étrangers à la question qui s'agite entre. les parties, pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. L'arrêt de la chambre des comptes de 1706 est intervenu à l'occasion d'un don fait par le roi à Agathe Traverse , veuve d'Antoine Faglin , d une portion de ruelle qui aboutissait . dans la grande rue du faubourg Saint-Honoré. Quelques voisins formèrent opposition à l'enregistrement des lettres.de don; et, par l'arrêt qui intervint, ayant aucunement égard aux oppositions , il fut ordonné qu'il serait passé outre au jugement des lettres, à la charge

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