PREMIERE PARTIE
présideat de Virasel qu'à M. le président de Volusan , une protestalion soleniielle, dans laquelle il se rëcrie contre la supposition et l'imposture. Il dcckre ouverte ment qu'// ne prétend pas que tout ce que M. de Vivasel pourra faire puisse mettre cette petite mendiantequ^il a retirée chez luij en possession de l'état de fille dudit seigneur de Virasel et de ladite^ dame de Mulet de Volusan son épouse.
M. de Volusan de son côté , que l'affront touchait encore de plus prè^ , rompit toute liaison avec son gendre. Sa juste colère l'a accompagné jusqu'au tombeau; et s'il a donné au devoir de la religion un pardon qu'elle exige , c a été sans trahir la justice qu'il devait à sa famille. Prêt a mourir, il a bien voulu voir M. de Virasel poiu* lui pardonner, mais non pas cet enfant d'ignominie* pour le reconnaître. Il n'en faut pas d'autre garant que son
Madame de Volusan, accablée de sa douleur, s'est condanmée à un triste silence. Trop à plaindre d'avoir survécu à tant de disgrâces , elle a fait ce qu'elle a pu pour se cacher, s'il eût été possible., à elle-même ]e désordre de sa maison ; attendant avec respect la décision de la justice, qui était saisie du différend de M. de Virasel et de la dame d'Ëssenaut. Elle s'est réduite à ne point prendre de parti : c'est ce qui iâit que dans quelques mémoires que Von a trouvés après sa mort , en distinguant les effets qui appartenaieat à la succession de M. de Volusan , elle veut, dit-elle , qu'ils soient rendus aux véritables héritiers de $on mari.
Ce n'est point ainsi qu'elle eût parlé d'une fille unique de sa fiUe, si elle eût reconnu la partie adverse pour telle : elle ne se serait point réduite à des termes si vagues, €t IW peut dire en quelque manière si indifférens.
C'est dans ces sentimens qu'elle est décédée au mois de décembre 171 3, laissant pour seuls et uniques héritiers M. le président d'Aiguille son Irère, le sieur le Berthon^etla dame de Lassalle ses autres irère et sœur.
Prêt à reprendre alors la protestation qu'il vivait fait
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signifier dès 1 704 , M. le président d'Aiguille â trouvé l'affaire introduite au conseil sur les appellations inter-»
i'etées, tant par M. de Virasel que par sa pre'tendue fille. 1 y a été assigné par exploit du 18 janvier 1714, à lare- Juêtede la prétendue Catherine de Belrieu, pour voir éclarer commun avec lui l'arrêt qui interviendra entre la dame fl'Essenaut et elle.
C'est à cette demande que ^I. le président d'Aiguille est obligé de répondre ; et pour le l'aire avec succès, il n'est pas nécessaire d'entrer dans cette foule de faits dont l'audience a retenti depuis un mois. Il n'est pas nécessaire de combattre l'état de la fille dont madame de Virasel est accouchée. Sauvons, s'il est possible, la mémoire de madame de Virasel , respectons ses cendres > et nous attachons à ce qu'il y a de faites certains et reconnus entre toutes les parties; examinons s'ils ne renferment point une preuve claire et évidente de la supposition.
Moyens. — Madame de Virasel est accouchée, mais son fruit a perdu la vie avant que de recevoir la naissance : j'en ai pour garant M. de Volusan, qui l'a écrit ainsi dans l'instant même de l'accouchement; j'en ai pour garans M. et madame de Virasel qui l'ont toujours reconnu. C'est sur la foi de ces témoignages irréprochables que toute la famille, et que M. le président d'Aiguille en particidier, est demeuré persuadé de cette vérité de fait. Quelle est donc celle qui se présente aujourd'hui? sinon louvrage de supposition et de mensonge.
Madame de Virasel est accouchée ; mais la mort de cet enfant a été si prématurée et si prompte, que Ton n'a pas eu le temps de le porter sur les fonts d^ baptême. Tous les registres de la province sont muets sur cette naissance; qu'on les consulte ces dépôts publics, on n'y trouvera aucuns vestiges de cet accouchement. Cependant c'est par-là que 1 on sait^ s'il est permis de parler ainsi, son entrée dans le monde; c'est à la fayeur de ce passe-port que l'on peut être admis et reconnu dans une famille. Quelle est donc celle qui se présente ? A quel titre vient-elle ici s'attribuer la qualité de fille de M. de Virasel ?
t'RËMiÈRË i^ARTlË. 8l
Si tout parle contre elle dans le moment prétendu de sa i»tissance, ce qui suit ne dëcouVre pas moins combien la supposition est grossière.
Madame de Virasel a survécu plus de trois ans à cet accouchement funeste. Pendant tout ce temps , il n'a
Sas été question de cet enfant; parens^amis, serviteurs, omestiques^ personne ne l'a jamais vu dans la maison, jamais on n'en a même parlé; au contraire, partout on disait hautement que M. et madame de Virasel n'avaient point d'enfans; et après que madame de Virasel est morte, on voit tout d'un coup sortir pour ainsi dire de dessous terre un entant que 1 on produit comme lefiruit heureux de l'union de AI. et madame de Virasel.
Une réflexion décisive vient à l'appui de ce fait incontestable. A quoi , dans les familles , peut-on se reconnaître les uns les autres pour parens? Il &utd abord qu'un extrait baptistaire assure l'existence d'une telle personne, d'un frère, d'un oncle, d'un neveu. Ceci manque à la partie adverse , et par conséquent tout le reste de la fable doit s'évanouir.
Mais l'extrait baptistaire ne suffit pas ; je puis savoir par cet acte que j'ai un oncle; mais pour savoir si celui qui se présente, qui se dit être mon frère, mon oncle , 1 est en effet, commentle puis-je connaître ? Point d'autre règle que l'éducation.
Un père depuis La naissance de son fils Fa toujours reconnu pom* tel, l'a fait voir à ses proches, à ses amis , l'a élevé aans sa maison^ ou l'a placé dans une autre, dans laquelle il a été élevé de. son autorité^ au vu et au su de tout le monde. De cette suite de reconnaissances
i se réitèrent journellement, se forme la possession e l'état. A cette conduite, au caractère qu'elle imprime en quelque manière sur l'enfant, toute la famille le reconnaît et le reçoit. On le répète, il n'y a point d'autre règle pour se reconnaître ; poinl^ d'autre règle qui nous attache les uns aiix autres.
Sur quel fond ose-t-on donc nous présenter la prétendue Catherine de Belrieu comme fille q| )iéritière de madame de Virasel ? Le premier fondement manque. Madame de Virasel a-t-elle une fille existante? Non, piûsn
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Si OEUVRES OE ÇOCHIN.
que l'on ne trouve dans aucun monument pujblic, la preuve de c^tte existence. Mais serait-ce la partie adverse <jui serait cet enfant, ç'il y en avait un? Ëh, corn* ment veut- on que la famîUe 1 avoue et la reconnaisse pour telle , elle dont M.* et madame de Virasel Vioni jamais pris auicun soin, dUe quils n'ont jamais traitée comme leur enfant, elle qu'ils n'ont jamais présentée à aucun parent, à aucun ami. En faut-il donc davantage pour confondre la supposition?
C!ar enfin , oubliantpour un moment cette multitude défaits répandus dans la cause, prenant cette affaire dans son point de vérité, peut-il se former deux avis sur l'état de cette fille?
Que l'on se représente au milieu de Paris un mari et une femme vivant dans le sein de leur famille : la fenune devient grosse, elle accouche; on annonce au public , aux parens, que la mort de l'enfant a précédé sa naissance; plusieurs années s'ëcoùîetit pendant lesquelles cette triste vérité se confirme; la femme meurt; et lorsque les héritiers collatéraux se présentent pour être admis à la succession, le père leur oppose un enfant comme le iruit de cette grossesse , qu'il a lui-même reconnue pendant si long-temps pour stérile? Non; il n'est paa possible qu'on ne se sente justement révolté contre une supposition si évidente.
n. faut, nécessairement coiiclure de ce qui vient d'être expliqué 9 que la prétendue Cathenne de Belrieu n'a rien qui puisse autoriser la qualité qu'elle s'attribue dans cette cause. Point d'extrait baptistaire , point de reconnaissance de la famille , et qu'au contraire elle a un désaveu solennel de ses père et mère prétendus. En cet état il ne lui reste qu'un rêfiige; et voici, ce semble, la seule manière dont elle puisse raisonner pour donner une couleur à sa prétention^
Objections. — Si des père et mère négligéfeit de fah^ baptiser un entant sous leur nom , s'ils ne veulent pas le C^cohnaitre peiidant son enfance , leur inhumanité ne peut pas faire prépidice à la vérité de son état, il doit totqours étre'admis à fair« preuve de sa filiation, ee la
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preuve par lëmoins est la seule dont il puisse tirer quelque éclaircissement.
Or, dit-on , je prouve par les enquêtes que je suis la fille dont madame de Virasel est accouchée , que je suis celle qui a été baptisée à Pauliac , comme un enfant trouvé, sous le nom de Catherine; la suite de mon histoire est développée par les témoins , Favarice de mon aïeul a été cause de mes disgrâces. Première objection de la parlie adverse.
Elle a ajouté qu'elle est en possession de son état. Seconde objection.
Enfin, dit-elle, la dame d'Essenaut m'a reconnue pour fille de madame de Virasel; elle ne s'attache quà combattre la légitimité, mais elle convient de la vérité de ma naissance.
C'est donc sous ces trois argumens que l'on doit examiner la défense de la partie adverse dans le point que l'on traite ici.
RÉPONSES.* — Retranchons d'abord la prétendue reconnaissance de la dame d'Essenaut; elle n'en convient point de cette reconnaissance; elle a plaidé elle-même , elle a écrit sur les lieux que c'était un point critique dans lequel elle ne voulait point s'engager , parce qu'elle avait d'ailleurs un moyen victorieux : il y a bien de la difierence entre ne vouloir pas combattre une chimère , ou convenir que cette chimère soit au contraire une réalité.
D'ailleurs la reconnaissance de la dame d'Essenaut ne pourrait être opposée à M. le président d'Aiguille; ainsi, c'est une vaine considération dans la causé; on n'en dira pas davantage à cet égard.
La possession de sbn état, il faut ftvouer que ce moyen ne paraît guère naturel dans la bouche de celle qui le propose. Voudrait-elle faire dépendre la cause de ce point si important dans de pareilles questions? Cachée, selon elle-même, dès le premier moment de sa nais* sance , abandonnée de ses parens , inconnue à toute la iamille, élevée dans des maisons obscures ; c'est trop peu dire, confiée à des personnes en qui l'habitude du crime avait éteint jusquaux derniers sentimens d'honneur: