‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 32 sur 196 · II · texte numérisé non relu

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tel a été son sort pendant les trois premières année» de sa vie. Reconnait-on dans cet ëtat une fille de M. de Virasel ?

Ce qui a suivi , il est vrai , a e'té plus brillant; mais la famille n'a-t-elle pas réclamé aussitôt contre l'entreprise odieuse de M. de Virasel? Un mur de division s'est élevé entre le gendre et le beau-père, plus de commerce, plus de liaison. M. le président d'Aiguille s'est déclaré

Ear une protestation solennelle qu'il a fait signifier dès î commencement de l'année 1704. Est-ce donc dans CCS circonstances que l'on peut se vanter d'avoir acquis la possession de son état?

Venons au dernier refuge de la partie adverse. La preuve testimoniale.

Ne peut-on pas dire que la partie adverse est déjà condamnée quand on la réduit à avoir recours aux en* quêtes? Elle prétend , il est vrai, qu'il en résulte qu'elle est la même nlle dont madame de Virasel eft accouchée ; nue les témoins décrivent naturellement comment elle fut portée de Ta^tuguière à Pauliac, de Pauliac eu Saintonge, et de Saintonge à Bordeaux; comment à Bordeaux elle fut remise d'abord à la Jeannotte, ensuite à la Peluchon, enfin à M. de Virasel. Voilà, selon elle, les titres de sa filiation. Mais trois observations serviront de réponse à cette preuve prétendue, et la feront absolument évanouir.

On demande en premier lieu, comment la partie adverse prétend tirer quelque utilité de ces dépositions ? Si elles étaient suQisantes pour établir contre nous que la partie adverse est fille ae madame de Virasel, perdraient-elles leiur autorité quand à son tour la .dame d'Essenaut les emploie contre la partie adverse pour

J)rouver son illégitmûté? Ce même témoin qui dit, voilà a fille dont madame de Virasel est accouchée , et dont elle était grosse avant son mariage , sera-t-il cru dans la première partie de sa déposition , et rejeté dans la seconde? Qui ne voit que la partie adverse , pour éviter un ccueil, se livre elle-même à un autre ? Mai s cette n*flexion doit être réservée à la dame d'Essena ut; il faut

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passer âUx èeax autres , qui coaviennent particulière» ment à M. le pcésideatd^ Aiguille.

Je dis donc d^abord que ces dépositions ne sont pas suffisantes poucëtablir cette qualité de fille de madaniQ de Virasel, que la partie adverse prétend s'attribuer. J'a^ joute en. second lieu, qu'oay. découvre au contraire des preuves claires de la supposition.

Elles ne sont pas suFFiSi^NTES. — En effet , à supposer pour un moment que Ton u'y trouve ni contradiction ni artifice , que Ton ne puisse avoir là preuve de la faus-» setë de leurs discours, quels sont les témoins que M. de Yirasel nous produit, et sur la foi desquels il veut que nous reconnaissions pour sa fille celle qu il a le iront d^ nous présenter?

Suivons ces témoins en rétrogradant. M. de Yirasel a* reçu cette fille des mains de la reluchon , qui prétend l'avoir reçue quatorze moi» auparavant de la nommée Jeannotte , et qui dépose cpe c'est la /néme qui lui a été remise par la Jeannotte , qu'elle a remise à son tour à M. de Virasel. Mais, outre qu'on verra d3ns un moment l'a fausseté' manifeste de cette déposition, est-ce donc, en vérité, sur là foi d^ln pai:eil témoin- que l'état d'une personne peut être fondé?

Si-cette afiaire se traitait à Bordeaux , on n'aurait pas besoin de proposer de reproches contre ce témoin, le public lès préviendrait d'açord ; et au nom de la Peluchon , tout le nioncfe rejeterait un témoignage que l'on reconnaîtrait parti tfune source si corrompue. Ce n'est pas seulement parce que c'èsf ta fomme uun malheureux couvreur, dans un état d'indigence, à tout dire et à tout taire à la vue de quelques louis d'oc, mais principalement parce qu'il est d'tme notoriété universelle qu'elle a fait de sa maison un lieu de débauche et de dissolution, où, par fe commerce honteux de sa propre fille, elle scandalise toute la ville. Un des témoins de madame d'Essenaut dépose, que voyant 'passer un jour le sieur Henrique, qui lut- dit qu'il allait chez la Recouvreuse (car c'est sous ce nom qu^elle est connuedans Bordeaux), elle lui demanda s'il allait encore faire un enfant à sa fille, et qu'il lid répondit qu'il ne s^easouoioA^ pas, pourvu

&i OEUVRES DB COCHm.

<pi'il fut eemme l'autre. C'est ainsi que Toii s'entretiem publiquement dans Bordeaux des dëbordamens de la mère et de la fille.

C'est du fond de ce gouffre que M. de Vitaisel est allé tirer la fille qu'il nou« présente; c'est des mains de cette misérable qu'il l'a reçue; c'est sur la foi de son témoignage qu'il veut qu'on la reconnaisse pour sa fille. Dan» miel funeste ëtat sommes-nous donc re'duits , si pour déguiser une supposition, il sufiit de se procurer le té* moignage d'une infâme prostituée ? car il est important d'observer que telle est la nature de la preuve que la partie adverse nous oppose; que si on en retranche un seul témoin, toute la preuve tombe, et la supposition demeure constante.

Or, quel est le langage des lois sur des témoins de cette nature ? Permettent-elles d'avoir quelque égard en Justice à leurs dépositions? Ecoutons la loi 3, au ff. de testibus. Quidam propter lubricum consilii sui, alii vero propternotam et infamiam a)itœ suce admittendi non sunt ad testimoniijidem. Et quelles sont en partic ulier ces personnes infâmes que la loi exclut ? Le même paragraphe nous l'apprend, quœve palani qàœstum faciet fecevitve.

Une femme capable de mettre à prix son honneur et celui de sa fille , n a-t-elle donc pas été capable.de vendre son témoignage ? Et que ne doit-on pas craindre d une main aussi suspecte? Peut-être ménie aurait-elle été assez hardie, si elle avait eu. en sa possession la fille de M. de Virasel , pour lui substituer le fi:uit des débauches de sa fille.

Mais en unmot, vous nous produisez un téi^ioin indigne d'être seulement écouté en justice ;*sans ce' témoin, nulle preuve de votre état : y eut^il jamais un fondement plu» iaible d*une entreprise aussi téméraire? Il n'en taudraît .pas davantage pour faire rejeter la partie adverse.

Que si de cette misérable on remonte aux aulres personnes, par les mains desquelles on prétend que la partie adverse a passé successivement , on est effrayé du nom- Inre et de la qualité des personnes que l'on fait entrer dans

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cette histoire. La Peluchon , qui l'a rémise à M. de Virasel, l'avait reçue, à ce quelle dit, de k JeaniK)tte, qui est la femme d'uB savetier , nommé Boupnêau. Celte Jeanncntel'avak reçue mystérieusement dedcuxhdmmes à elfe inconnus , armés du signal d'une sonde. Ces deux hommes l'avaient été prendre dans un village de Saintonge , où elle avait été amenée de PauHac.

Qui peut penser que dans les dépositions de tant de personnes obscuré^s , que l'indigence et la- misère rendent si sensibles au moindre espoir de gain, la vérité se soit conservée sans altération et sans dé«;uisement? Cette, même loi que l'on citait tout à l'heure, veut que. Ion examine sur le tëmotn qui se présente : jén locuples,' un egens slty ut lïicri causa quid facile admittdt. Que r<^n juge par ces règles immuables de la qualité de la preuve que l'ojfi nous oppose.

£h quoi! un enfant dont on a déclaré la mort dans Tinstant même de sa naissance, dont aucun regUtre de baptême ne fait mention, qui n'a jamais été vu ni connu par aucun parent, par aucun ami, par aucun domestiqué, ni du père ni de l'aïeul, que la mère n'a jamais eu la consolation d'embrasser , on le fera revivre , et on l'introduira diins une famille illustre, à la faveur des déclarations de deux ou trois créatures, dont toutes les lois réprouvent lé témoignage ! Ces sortes de reconnaissances peuvent servir* aai dénoument d'une comédie trop intriguée ; n\ais c'est se jouer d^ la justice que d'en ^oubir faire le fondement d'une décision respectable.

Ce n'est point assez d'avoir tait voir l'insuffisance de la preuve que l'on nous oppose , il faut maintenant en établir la fausseté. C'est ici un des endroits les plus importans de la cause.. Supposant contre l'évidence de& preuves qui viennent d'être rapportées, que la fille de M. de Virasel était eûcore vivante ep. 1702, supposant même que ce soit elle qui a été remise par Jeannotte à la Peluchon , on soutient qu'il y a une preuve claire commie le jour que ce n'est point cette même fille qui a été remise dans la suite par la Peluchon à M. de Virasel, que par conééquent ce n'estpoint elle qu'on nous représente.

}iS^ OEUVRES DE COCMIN.

La Peluchon dépose : . .

Qu'au mois d'octobre i^oa, le père Palaucboû , cordelier, renvoya chercher, et lui dît qu'une demoiselle l'était venu prier de lui trouver une femme qui voulût se charger d'une petite fille de deux ans ; que comme il serait qu'elle avait besoin de gagner pour vivre, il lui proposa de la prendre ; qu'elle lui demanda quelque temps pour se consulter; que le lendemain elle retourna auxCordeliers, et conyint avec cette demoiselle de la prendre; qu'elle indiqua sa demeure, et qu'enfin le lendemain , qui était le a8 octobre , à cinq heures du matin , la nommée Jeannotte, qui est cette savetiëre^ lui apporta la petite fille ; qu'au mois de décembre 1703 , la Jeannotte vint lui demander si elle avait encore cette petite fille ; qu'elle lui dit que oui ; que Jeannotte lui dit qu'elle était fille de M. de Yirasel ; que sur cela elle fut chez M. de Yirasel lui dire qu'elle avait cette fille, et que M. de Virasel vint la retirer.

Tel est le récit de la découverte de la partie adverse.

Or, on dit que la fille remise par la Peluchon à M. de Yirasel eti 1703, n'est point la même qui avait été remise à la Peluchon le 28 octobre 1 702 , par le ministère du père Patauchon. En voici la preuve écrite dans les enquêtes et dans des actes incontestables.

Antoine Henrique ^ marchand de Bordeaux , dépose

Qu'un jour rentrant chez lui, on lui dit que la Recouvreuse ou la Peluchon était venue le demander ; qu'il fut chez la Cha« pelegrote pour retirer une petite ,fille qu'elle avait, ce qu'il voulut bien fsrire; qu'en chemin* il rencontra le sieur Cal, qu'il pria de l'accompagner, ce que le sieur Cal lui accorda ; qu'ils furent ensemble chez la Chapelegrote ; qu'ils lui demandèrent - l'enfant pour la faire porter chez la Recouvreuse ; que la Chapelegrote ou la Suzon demanda d'être payée de ses nourritures ; qu'ensuite elle ajouta qu'elle était chargée de celte fille par un acte passé par-devant le notaire Despiet; qu'il lui fallait une décharge; qu'il lui offrit de lui faire donner cette décharge; qu'ils furent ensemble chez le notaire, où cette Suzon ayant encore contesté pour ses nourritures « lui sieur Henrique lui enleva cet enfant au sujet d'une dispute si échauffée , le fit enfin porter chez un vendeur de liqueurs, et le fit remettre ensuite à la Peluchon ; que le lendemain deux hommes vinrent chez lui avant son lever, pour le prier de se^endre chez la Peluchon ; qu'y étant allé il y trouva M. de Yirasel et la petite fille ; qu'un moment après arrivèrent MM. de^Yincent et de Queissac, et ensuite une demoiselle qui, après quelque conférence, emporta ladite petite fille.

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