PREMIÈRE PARTIE. gj
cond arrêt conforme au premier. Il faut donc éviter de retourner dans le même tribunal.
Il y a i^ne autre voie qui est de se pourvoir au conseil en cassation de l'arrêt du conseil supérieur de Léogane, sous le nojm de la veuve et des héritiers du sieur Barbaut ; cette demande devrait naturellement être soulenue de moyens de formes , et il est presque impossible d'en trouver contre un jugement rendu à l'audience qui n'exige aucune restriction.
Cependant on estime que cette voie est la seule qu'on
Suisse prendre, eu exposant au fond l'injustice de la isposition ; on peut ajouter que l'arrêt qu'on attaque est contraire à la coutume et à toutes les lois suivant lesquelles le mort saisit le vif^ et que par l'arrêt on dépouille l'hëi'itier légitime sans prétexte; à quoi on peut ajouter qu'il y a contrariété entre ce dernier arrêt et celui du 1 G juillet 1 74 1 ? qiti avait confirmé la sentence du 4 mai précédent ; cette sentence avait ordonné qu'avant Élire droit on rapporterait l'extrait baptistaire de la dame Tonarey. Le conseil de Léogane, en confirmant cette sentence, avait donc jugé que tout dépendait du rapport de cette pièce. Cependant cette pièce ayant été rapportée en bonne forme , il ji^e par l'arrêt de 1 743? quelle est inutile , puisqu'il déboute l'acquéreur de l'héritier de sa demande. Il ne fallait pas ordonner le rapport de cette pièce pour n'y avoir aucun égard; c'est donc une contrariété de rejeter la demande après avoir jugé qu'elle dépendait d'une pièce dont on a ordonné le rapport , et qui a été rapportée.
Si la veuve et les héritiers Barbant peuvent se faire écouter dans la demande en cassation, alors on ièra intervenir au conseil le sieur Gelimard qui adhérera à la même demande , et qui ensuite formera en tant que de besoin sa tierce opposition à l'arrêt de 1 743 , afin d'engager de plus en plus le conseil à entrer dans le mérite du fond.
Délibéré à Paris , ce
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GocaiN. TOME II. '7
gS ŒUVRES DE COCHIN.
CAUSE A LA GRAND'CHAMBRE
FOUR messire Jean- François de Malobtte, marquis deBoir- DEYiLLE, et dame Françoise- Charlotte be la Ferté-Sennb-^ TERRE son épouse, et messire Philippe Thibaut ^ marquis de LA Ferte-Sernetebre, appelans,
CONTRE les sieur et dame de Bruiz^ intimas.*
QoBBTiON. — Si l'on peat être admis k U preuve testîmoni'ale de son état contre la possession et les registres, sur des preuves littérales d'une forte amitié.
Si le public a pris tant de partaux questions d^état qui se sont ëlevëes depuis quelques années; s'il a été efirayé de ces entreprises téméraires dans lesquelles, sans aucua titre, sans aucune ombre de possession , des personnes inconnues ont tenté de se procurer un rang distingué , de quelles alarmes ne doit-il pas être saisi dans la cause de la dame de Bruix ?
En possession d'un état obscur affermi par une foule de monumens authentiques qui se sont succédés les uns aux autres pendant le cours de trente années , la dame de Bruix entreprend d'abdiquer cet état et de s'en former un nouveau. Elle choisit une des plus illustres maisons du royaume pour y prendre place; elle veut s'élever au faîte des honneurs, et s'associer à ce qu'il y a de 1>lus grand et de plus distingué dans le royaume ! Si à a faveur de la preuve testimoniale on peut opérer de pareilles métamorphoses, l'état des hommes ne sera plus que le jouet de l'audace et du caprice; la phis haute no- Kiesse sera dégradée, les personnes de la plus vile condition perceront l'obscurité qui les enveloppe , pour se donner en spectacle à tout l'miivers dans les places les plus éminentes.
* Celte c^ise est la OU* de Tandenne édition.
PKEMIÈ1RË PARTIE. 99
Des objets si intéressans doivent élever tous les esprits à ces vaes supérieures du bien public, qui forme toujours le premier objet de la justice^ il s'agit ici du sort de toutes les familles compromis dans une seule cause.
L'état qûiapparjtenait légitimement à la dame de Bruix ar sa naissance n'était pas un objet qui intéressât assez
maison de la Ferté , pour qu elle se soit donné la peine de l'approfondir.
Quand il serait enoore inconnu, la dame de Bruix ne pourrait s'en prévaloir ; il ne suffit pas d'être dans l'ignorance de son sort pour acquérir le droit de se procurer un état au gré de son ambition. Il est de malheureuses destinées qui cachent q«ielquefois aux hommes les circonstances les plus essentielles de leur naissance, et qui les présentent à eux-mêmes comme une énigme ^'ils ne peuvent pénétrer; s'ils sont à plaindre d'être réduits à iin sort si funeste , leur unique ressource est de réparer par leur sagesse et par leur retenue les malheurs de leur naissance ; et lorsqu'ils veulent au contraire s'en faire un prétexte pour s'élever au-dessus de leui* obscurité, et pour se placer dans un rang éclatant, ce trait d'ambition déplacée ne sert qu'à les couvrir d'un nouvel opprobre. / ,. . .
Telle serait l'idée qu'il faudrait se former de la prétendon de la dame de Bruix , s'il était vrai , comme elle le prétend , qu'elle n'a point actuellement d'état-, mais elle a pris soin elle*-même de rassembler une foule de titres qui fixent son sort d'une manière immuable : en Fexposant , on ne fera que rendre compte de ses propres pièces.
Fait. — Sa mère accoucha le 12 février 1706, chez le sieur Desforges , qui demeurait cloître Saint-Merry ; le lendemain l'enfant fut présenté au baptême dans l'église Saint-Merry, et baptisée sous le nom de Marie y fille de Guillaume de la Sale et d'Antoinette Barière sa femme. Le père absent, deux domestiques du sieur Des- Ibrges faisant les fonctions de parrain et de marraine.
On ignore ce qu'elle est devenue pendant les premières années de sa vie ; ce qui est certain , est qu une femme de chambre de la dame marquise de Boudeville ,
lôO OEUVRES DE GOCHIN.
alors ëpouse du marquis de laFertë, la prit auprès d^elle avec la permission dé sa maîtresse, la présenta et l'ëleva comme sa nièce avec deux autres petites filles. Tune appelée Virgine et Vautre Lolotte.
Rien n'est plus commun dans les grandes maisons que cet excès de complaisance : une maîtresse qui honore de ses bontés une tëmmede chambre souffre quelquefois qu'une famille entière partage ses faveurs; on en trouverait facilement des exemples dans des maison» moins distinguées et moins opulentes.
Les nièces de Tonton (c'est le nom de la femme de chambre) se firent aimer ; ces sortes d'enfans deviennent souvent l'amusement des grands , et quelquefois on leur permet des libertés que leur jeunesse et leur condition lont regarder comme étant sans conséquence.
A l'âge de dix-huit ans il se présenta un parti jpour Marie de la Sale, que l'on appelait communément Mimi; ce parti lui faisait honneur, c'était le sieur de Bruix, lieutenant-colonel réformé à la suite de la garnison de Bayonne, dont il était originaire. Ceux qui s'intéressaient au sort de Mimi convinrent du mariage aucpiel la daitne marquise de Boudeville ne prit aucune part. Marie de la Sale se retira dans le couvent de Bellechasse pendant que l'on arrangeait les affaires. Il fallait lui donner un tuteur; elle présenta elle-même sa requête au magisirat pour l'assemblée de ses amis. Dans cette requête eUe prend la qualité et le nom de Marie de la Sale > fille de Guillaume de fa Sale et d'jàntoinette Barière : elle expose qu'elle n'a jamais vu ses père et mère, qu'elle ne connaît point ses parens , et qu'étant question d'un mariage qui lui est proposé , elle demande une assemblée d'amis pour donner leur avis tant sur la tutelle que sut le mariage.
Les amis assemblés en conséquence de l'ordonnance du sieur lieutenant civil , confirmèrent ce qui avait été avancé par Marie de la Sale , en disant aussi qu'ils ne connaissaient point ses père et mère; ils furent d'avis que le sieur Brunier fût élu tuteur pour consentir au mariage proposé , et en conséquence intervint sentence au Chateietle 28 mai 1723, qui nomma le sieur Brunier