PREMIÈRE PARTIE. lOI
futeurtle Marie de. la Sale, et l'autorisa à consentir au mariage avec le siisur de Bruix.
On a voulu se pj:ëvaloir de cette pièce de la part de la dame de Bruix; on a. prétendu en conclure qu'elle n'avait point d'ëtat , puisque ceux qui avaient eu le plus de part à son éducation n'avaient pas pu indiquer se^ père et mère ; on a prétendu qu'elle ne pouvait pas être nièce de Tonton, puisque le sieur Brunier, frère de Tonton, ne parle point , et n'est point élu tuteur comme oncle de ^Mariede la Sale^ mais ces réflexions, inutiles parellqsmêmes, ne peuvent d'ailleiurs conduire aux conséquences que l'on en veut tirer. *
1° Que le3 amis de Marie de la Sale âgée de dix*huit ans n'aient point connu GuiUaume de la Sale et Antoinette Barière ses père et mère , il ne s'ensuit pas qu'elle ne fût pas leur fiUe ; les père et mère ont pu mourir peu. de temps après la naissance de leur fiUe , us ont pu s absenter, sortirduroyaume,enunmot étreinconnus àParis, sans que l'on puisse dire pour cela qu'ils n'aient jamais existé. Aussi le sieur lieutenant civil , qui , sur cet avis d'amis , a pourvu à la tutelle de la mineure, n'a-t-il pas. hésité à lui donner un tuteur comme k Marie de la Sale. c'est le nom qui lui est donné dans la sentence de tutelle. Son état, cet état fixé par l'acte de baptême , est donc confirn^é par la sentence du 28 mai 17^3 ; l'ignoi^ance 4e quelques amis assemblés ne pouvait pas ébranler l'état de la mineure, les premjiers juges l'on reconnu et décidé, c'est un jugement qui subsiste et qui ne peut être détruit.
2^ Quand il résulterait dç l'acte de tutelle que Marie de la Sale ne. serait pas nièce de Tonton, cela serait sans conséquence; car si Tonton a fait passer Marie de la. Sale pour sa nièce , sans qu'elle le lut , elle n'.en sera pas moins fille de Guillaume de la Sale et d'Antoinette 6a- .FÎère, suivant «on acte de baptême et son acte de tutelle. Tonton aura trompé en ce point la dame marquise de Boudeville ; mais cette erreur indiflférente n'altérera point la foi des actes solennels qui fixent le sort de la danie de Bruix.
L'acte de tutelle prouve-t-il même que Marie de la
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Sale ne fût pas nièce de Tonton ? Le sieur Bmnièlr , frère de Tonton, a pu avoir des motifs de ne se pas faire connaître pour oncle de la mineure; mais le choix (|ue l'on a ïsàt de sa personne pour tuteur de Marie de la Sale , Facceptatioa qu'il a faite de cette charge , Vattention qu'il a eue pour la mineure , les soins qu'il s'est donnes avec zèle pour l'établir, tout donne lieu de penser [u'il lui éiait attaché par des liens plus étroits que ceux e l'amitié. Quoi qu'il en soit, la dame de Boudeville n'a at^cun intérêt que la dame de Bruix soit regardée comme nièce de Tonton , elle l'a cru sur la déclaration de sa femme de ch&iihre; que cette déclaration ait été plus ou moins sincère , jamais on n'en pourra Uter aucune conséquence : c'est par les actes qu'il faut se déterminer; ils fixent l'état de la dame de Bruix d'une maniàre trop sensible pour que Ton puisse le changer.
D'autant plus que ceux qui ont suivi ont confirmé 1» foi des premiers. Le contrat de mariage des sieur et dame de Bruix fut passé k . . ... . .^ . La future
épouse contracte cet engagement comme Marie de la Sale , fille de Guillaume de la Sale et d'AntoinMte Bavière. Le mariage est célébré le 2 juin ,, l'épouse y prend encore les mêmes qualités; tous les actes qu'elle a passés depuis, même en majorité, portent le même nom^ elle a plusieurs enfans de' son mariage , ils sont tous baptisés en qualité d'enfans de Bernard de Bruiœ et de Marie de la Sale sa femme. En un mot pendant trente années entières l'état de la dame de Bruix a été le même qu'elle avait reçu en naissant ; actes de baptême et de tutelle, contrat de marioge, acte de célébration , con* trats par->devant notaires, baptême de ses enfans, tout fixe son sort, tout caraiérise une fille née dans une con-% diiion obscure, et qu'un mariage plus honorable a élevée à un rang qui devait remplir tous ses vœux.
Cependant, au mépris de tant de monumens respec-^ tables, et sans aucun titre qui pût lui servir de prétexte pour aspirer à un rang plus éclatant, elle a eu la témé-* rite de taire assigner les sieur et dame de Boudeville , le i3 avril dernier, pourvoir dire qu'il lui serait donné acte des iàîts articulés par son exploit ; qu'il lui serait
PUEMIÈ^VE PARTIE. Io3
permis d'en taire preuve , et en conséquence que les sieur et dame de Boudei^ille seraient tenus de la recannaitre pour fille du Jeu marquis de la Ferté et de Id danie de Boude^ille , que rentrait baptistaire de Ut dame de Bruix y et tous autres actes où le nom de la Sale lui a été dorme y seraient réformés^ et qu'au lieu de celui de la Sale j celui de la Ferté' Senneterrejr serait employé. Pareille assignation a été donnée au marquis de la Ferté, fils unique du feu mar« quis de la Ferté, et de la dame de Boudeville.
La dame de BruiiL a fait interroger la dame marquise de Boudeville, le6 juin 1736; maisloinde s'être procuré par cette voie le plus léger indice propre à &voriser sa prétention , les réponses de la dame de Boudeville ont achevé de confondre une tentative si téméraire. On a demandé à la dame de Boudeville :
Article 8. Combien elle a eu d^enfans de son pre^' mier nuiriage ?
A dit, qu'elle n'a jamais eu qu'un fils y qui est le sieur marquis de la Ferté.
Art. 10. Si elle n'est pas des^enue enceinte en 1704? A dit, que c'est laplus grande imposture du monde. Enquise d'office de répondre par oui et par non: A dit , que non.
Art. 12. Si elle n'est pas accouchée au mois cfe/eurier 1706?
A dit , que non.
Art. 27. Si la dame de Bruioc n'a pas toujours été élevée aux dépens et par les soins de la dame répon-^ dante?
A àii y que non ; mais que dans le temps qu'elle cfemeurait rue Neuve^s^Petits-^Champs , l'élection qu'elle as^aitpour Tonton y une de ses femmes décharné are y afiUt qu'elle a permis à Tonton d'amener chez la dame répondante, trois de ses nièces y et encore une autre petite nièce sept à huit ans après y et que les nièces *ae Tonton y même sa mère y sonfirère et sa sœur y étaient chez la dame réporvdante y qui leur a donné mille marques de ses bienfaits.
104 OEUVRES DE GOCHIN.
Interrogée d'office si la dame de Bruix ^^ est pas sa fille? ' '
A dit, (^ue non.
Interrogée d'office ,y^ elle sait qui elle est?
A dit , qu'elle ne Vajamais connue que sous le nom de Mimiy nièce de Tonton.
La dame de Boudeviile ne dit pas que la dame de Bruix fut nièce de Tonton , mais seulement qu'elle ne l'a connue que comme telle , parce qu'elle ayait cru ce que Tonton lui avait dit.
Art. 28. Si elle n'a pas été élevée dans la maison de ladite dame avec autant d'attention et de tendresse que si elle l'avait avouée pour sa fille ?
A dit , que non.
La dame de Boudeviile n'avouait donc pas M imi pour sa fille , quoique la dame de Bruix ose aujourd'hui soutenir le contraire ; elle n'est pas d'accord avec ellemême.
Art. 29. Si elle ne lui a pas donné tous les maîtres qui conviennent aux demoiselles dé qualité?
A dif:, qu'elle ne lui en a donné aucun y et que c'ét tait Tontoji.
Interrogé d'office ^i elle ne fournissait pas de Var^, gent à Tonton pour payer les maîtres ?
A dit, que non.
Art. 3o. Si ce n^ést pas par son ordre qu'elle' a épousé le sieur de Bruix ?
A dit , que non.
Art. 3Ç. iSx elle n'a pas eu y dans le cours de son premier mariage y une autre fille ?
A dit, qu'elle n'a Jamais eu d'autres enfans que le marquis de la Ferté^ son fils unique.
Toutes ses réponses aux faits essentiels de Tàfiaire , sont claires , précises , affirmatives. Le$ autres articles de l'interrogatoire ne roulent que sur des circonstances très-indifférentes, et sur un détail de lettres que l'on a représentées à la dame de Boudeviile , pour lui faire adopter les fausses conséquences que la dame de Bruix en voulait tirer ; mais la dame de Boudeviile, sans être prévenue sur aucune de ces lettres, a fait voir , dans