PREMIÈRE PARTIE
trouve souvent des fins de non-recevoir , qui ne permettent plus d'écouter les plaintes affectées d'une femme qui n'aspire qu'à rindépendance. * .
C'est ainsi que la dame Rapalli, qui articulait les
qu'un reste de vie pour s'échappei maison, et pour implorer le secours de la justice , fut cependant déboutée de sa demande à fin de permission de faire preuve d'un événement si cruel ; c'est ainsi que la dame de MarchainviUe et la dame d'ErviUé , et plusieurs autres ont été aussi déboutées de pareilles demandes , la cour n'ayant pas témoigné moins de réserve pour admettre des preuves de cette qualité , que pour prononcer définitivement des séparations qui offensent toujours l'honnêteté publique, et qui présentent à la société les exemples les plus dangereux et les plus funestes. C'est par les circonstances , c'est par les fins de non-recevoir que la cour se détermine à rejeter de pareilles preuves; mais il ne s'en est jamais présenté de plus victorieuses que dans la question qui est à juger, fout s'élève contre la vaine tentative de la marquise du Pont-du-Château.
Premièrement, les sieur et dame du Pont-du-Châleau ont été mariés en 1714? ^^ séparation volontaire n'a été faite qu'en 17^0; c'est-à-dire, qu'ils ont habité ensemble pendant seize ans; si là dame du Pont-dù- Château avait été exposée à tous les sévices et mau^ vaistraitemens d'un mari qui n'écoute que sa fureur^ et que la férocité de son caractère emporte perpétuellem^&it aux plus grands exùès; si son mari l'avait traitée comme une misérable et indigne de lui, comme la dernière des servantes y la menaçant à chaque moment de lui donner des coups de pied et de la chasser de la maison } sicês sévices n'avaient jamais discontinué, et avaient été renouvelés à chaque Jour et à chaque instant ; s'il avait attaqué ouvertement son honneur et sa réputation dans le monde et auprès de sa famille; s'il avait dit publiquement aue ses laquais assoient de mauvais commerces avec elle; enfiny si at^
10 œUVIlES DE COCHIN.
taqué d*un mal honteux il V avait communiqué à sa Jemmè ( car c est la substance des faits contenus dans la requête de [a jlame du Pont-du-Château ), serait-elle demeurée tranquillement pendant seize ans avec un mari qu'elle aiu'ait dû regarder comme un monstre? N'aurait-elle pas dû rompre avec éclat tout commerce, toute relation , au hasard de ce cpai en pouvait arriver ? Cependant, durant le cours de tant d'annëes, non-seu- Ipment on ne voit aucune plainte de sa part, mais on n'a jamais entendu parler d'aucun murmure. Une si longue , une si tranquille cohabitation ne suffit-elle pas poiu* faire rejeter des faits si vagues et si outres ? Et qui plus est, deux circonstances donnent une force invincible à cette fin de non-recevoir.
La premièrcx est que , suivant la requête de la dame du Pont-du-»Château, ce n'est pas elle qui a voulu sortir de la maison de son mari, et aller demeurer séparément. Si on l'en croit , le marquis du Pont-du^Chateau, ab^ solument fésolu de la mettre hors de sa maison , con* eut le dessein de Vy forcer par famine. En partant pour Nemours il rompit le ménage , et la laissa avec peu de domestiques. Il est vrai qu'il rentra en lui-même , et rétablit le ménage , mais il ne perdit jamais le dessein de forcer la dame sa femme à sortir de la maison. Si ce dessein, qu'on prête^ratuitement au marquis du Pontdu'-Château, avait eu quelque réahté, pourquoi la dame du Pont-du-£hâteau, traitée chaque joiur et à chaque instant avec tant d'inhumanité , n en profitait-elle pas , et ne saisissait-elle pas avec empressement une voie si facile de recouvrer sa liberté et son repos ? C'est elle qui ne voulait pas sortir , nous dit-elle ; il a &Uu que le marquis du Pont -du -Château employât toutes sortes de voies pour lui- faire prendre ce parti. Si cela est , elle n'était donc pas traitée indignement , comme elle le suppose ; elle se trouvait donc bien , elle se trouvait donc convenablement dans celte maison qu'elle ne voulait pas abandonner. Apres un pareil aveu on ne peut plus écouter les fables qu'elle débite , et qu'elle détruit aussitôt par une circonstance importante qui suffît pour les effacer.