PREMIÈRE PARTIE. II
* La seconde est qu'il y a dëjà quelques années que la dame du Poni-du-Château a rendu compte à la justice et au public de la situation dans laquelle elle s'était trouvée pendant tout le temps qu'elle a vécu avec son mari. On va voir dans tin de ses mémoires imprimés, donné en 1737, sur la demande en séparation oe biens qui était alors pendante au Châtelet, qu'elle rend justice aux procédés de son mari par rapport à elle, et qu'elle ne lui reproche que quelques affections étrangères qui n'ont jamaifr formé des moyens de séparation, et qui trouvent leur excuse dans la tyrannie des passions qu'il est si difficile de calmer à un certain âge. Après avoir étalé les grands biens qu'elle avait apportés au marquis du Pont-du-Château , les charges militak*es qu'elle lui avait procurées, elle prétend qu'il a vendu une partie de ses biens sans en taire aucun remploi ; et pour indiquer ce qui l'avait précipité dans ce goût de dissipation, elle ajoute qu'// avait des^ lors de ces aUachemens paS" sagers que Ict^ corruption du siècle traite de galante-^ rie et d'amusement; qu'elle espérait que les dépenses excessives , les infidélités et les autres inconvéniens de ces sortes d'inclinations y pourraient le dégoûter^ et hii faire préférer à la fin l'intérieur d'une maison gracieuse et réglée y au poids énorme de cette espèce d'engagement; mais qu'elle eut le malheur y en 1729, de se voir enlever les affections et la personne même de son mari y et de le voir se précipiter dans ufie dissipation encore pkis ouirée.
• Arrêtons-nous à cet exposé ; c'est la dame marquise du Pont-du-i£hâteau qui parle ; il n'y a rien là qui puisse être suspect, ni qu'elle puisse désavouer. Elle suppose donc que le marquis du Font-du-Château a eu quelques attachemens passagers. Si cela était , ce serait un reproche que sa conscience devrait lui taire , mais ce ne serait pas assurément un moyen de séparation en faveur de la temme. Nous ne portons pas la rigidité des mœurs à cet excès, et la religion qui condamnerait le mari, ne pardonnerait pas à la tèmme, si elle s'en faisait un prétexte pour se séparer d'avec lui. La dame du Pont-clu-Châtcau ajoute qu'elle espérait que son mari se dégoûterait,
la OEUVRES DE COCHIN.
et prëfërerait V intérieur d' une maisongracieuse et réglée, à de pareils engagemens;e\ie reconnaît donc que l'intérieur de sa maison étaitgracieux, et capablede tenter ie marquis du Pont-du-Château. Mais pouvait-on parler ainsi d une maison dans laquelle les sévices, les mauvais traitemens du mari contre la femme se renouvelaient à chaque instant? Pouvait-on espérer qu'un mari que la tiârocit^ de son caractère emportait pei*pëtuellement aux plus grands excès , tût sensible aux plaisirs dHine maison gracieuse et réglée ? Que la dan^e marquise du Pont-du-Châteaù s'accorde donc , s'il «st possible , avec elle-même.
Enfin elle dit dans son mémoire de 1 737, que ce fut en 1729 qu'e//e eut le malheur de se voir enlever les affections et la personne même de son mari. Cette époque est remarquable. La dame marquise du Pontdu-Château a été mariée en 1714 ; c'e3t en 1730 que la séparation volontaire a été faite, et , selon elle , ce ne fut qu'en 1729 qu'elle eut le malheur de se voir enlever 1 aflèction de son mari. De seize ans qu'ils ont vécu ensemble , il y en a donc eu quinze , pendant lesquels elle a eu la satisfaction de jouir de tous les témoignages de l'affection de son mari ; en &ut-il davantage pour rejeter tous les faits de la plainte et de la requête de la dame marquise du Poiit-du-Château , faits dans lesquels elle le Représente depuis le premier moment du mariage , comme un homme féroce , inhumain , et qui a porté contre elle l'indignité aux derniers excès ? Lui permettra-t-on de faire preuve des faits qu'elle a elle-même combattus et détruits par avance ? Quel témoignage , dans cette matière, pourrait prévaloir sur le sien propre?
Mais du moins dans la dernière année le marquis du Pont-du-Château n'aura-t-il point donné lieu aux reproches que lui fait aujourd'hui la dame du- Pont-du- Château ? N'aura-t*il point fait parsdtre alors le caractère de haine , de fureur qu'on lui impute? Ecoutons encore la dame marquise du Pont-du-Château dan« ce même mémoire.
Le dérangement dans ses affaires lui fut moins senr sible que celui des mœurs de son mari (c.'est un senti*