PREMIÈRE PARTIE. II
déguises au public , et pour ainsi dire dérobes au grand jour; nesera-t*eUe pas nëcessairement entraînée dans le
Sarti de la lumière et de l'évidence ? la preuve testimoniale ans ces matières est done nécessairement impuissante. Elle est infiniment dangereuse , si on Tadmet en faveur deceux^qui n'ont ni titres ni possession. L'état des hommes, ce bien précieux qui fait pour ainsi dire une pwtion de nous-mêmes, et auquel nous sommes attachés par des liens si sacrés, n'aura plus rien de certain , on le verra tous les jours. exposé aux plus étranges révolutions. L'homme qui jouit d'un nom illustre et d'un rang distingué sera renversé et précipité pour ainsi dire dans le néant , parce qu'on entreprendra de lui prouver par témoins "qu'il n'est point né des père et mère qui lui ont été donnés dans son acte de baptême , et quirontâevé publiquement comme leur enmm.On supposera des faits auxquels on donnera un extérieur de vraisemblance. Une grande maison , dira-t-on , était prête à s'éteindre , on a eu recours à la fiction pour la perpétua: , on a pris un enfant étranger, et on lui a procuré les titres et la possession propres à l'introduire dans le sein de cette famille ; mais il faut que la vérité triomphe, et la preuve testimoniale seule peut la développer. C'est ainsi que dans l'état le plus tranquille on verra son nom , sa tortune , son rang compromis et livrés aux dangers d'une preuve plus souvent dévouée à la corruption et au mensonge qu'à la vérité. D'un autre côté, un enfant de ténèbres qui ne trouve dans son sort que dégoût et que misères, entreprendra tout pour en- sortir; plus sa destinée sera obscure et inconnue au public, et plus il lui sera facile de se donner un nom et un rang distingué , s'il lui est permis d'y aspirer avec le secours de quelques témoins disposés à soutenir son iôigosture. Ainsi la société civile ne sera plus qu'un chaos dans lequel on ne pourra plus se distinguer et se reconnaître à des caractères certains : on changera d'état comme de mode, et les conditions distribuées par la Providence, au milieu des tempêtes dont elles seront agitées, éprouveront des vicissitudes qui seraient l'opprobre de la nature.
Il8 OEUVRES DE COCHIN.
Qu'on ne dise pas que ce sont là des inconvënîens et de vaines terreurs qui ne doivent pas prévaloir sur la ve'rite'; sans doute que si la vérité' pouvait briller à nos yeux avec cet e'clat dont l'e'vidence est acconipagnëe ^ il faudrait l'embrasser avec joie et la soutenir avec courage. Mais il ne faut pas se flatter de la trouver jamais dans les questions d'état, à ce degré devîaence,etpour ainsi dire d mfaillibilité qui pourrait remplir tous nos ▼ceux. La conception, la naissance peuvent être enveloppées de mille nuages, les passions peuvent y jouer leur rôle et substituer des couleurs à la réalité, Villusion peut y trouver sa place; mais si c'est un malheur attaché à la condition humaine , il faut , dans l'incertitude nécessaire où elle est plongée ,• se fixer à des règles certaines qui conduisent le plus ordinairement à la vérité, qui du moins entretiennent l'ordre et la paix, avantages plus précieux pour la société en général, que la recherche a une vérité obscure ne peut l'être pour l'intérêt de quelques particuliers. Or, les règles qui peuvent seules nous servir de boussole dans cette mer orageuse, c'est la possession publique , principalement quand elle est fortifiée par l'autorité des registres et des monumens les plus authentiques : abandonner la route qu'elle nous trace, pour, s'engager dans celle de la preuve testimoniale , c'est se livrer à des écueils dans lesquels la vérité court un risque évident de faire naufi'age.
Il est donc de la sagesse des magistrats , il est de l'intérêt essentiel de la société de s'en tenir à ces preuves jiu*idiques, connues, respectées dans tous les temps , adoptées par la loi , et qui sont le gage de la tranquillité publique. A l'abri de leur autorité, chaque citoyen renfermé dans la condition que la Providence lui a distribuée , ne cherche qu'à en remphr lès devoirs ; l'ambition et l'avidité , tenues en quelque manière captives, ne ravagent point la société; les hommes ne se déchirent point, ne se déshonorent point les uns les autres pour s'enlever les biens et les honneurs , qui sont le partage de chaque état; on n'est occupé qu'à s'élever ou à se maintenir par les talens, par la vertu, par les services que l'on peut rendre à sa patrie; et l'ordre public. du