PREMIÈRE PARTIE. l3i
portée de vous marquer la façon dont je pense je
n'jr tiens plus ( au monde ) que par l'amitié des personnes à qui j'en ai voué une véritable , dont vous êtes assurément y ma chère bonne amie , celle sur qui je compte le plus y et que f aime le plus tendre-ment. Si la dame de Bruix voulait faire le commentaire de cette lettre dans le goût des notes qu'il lui a plu de donner sur toutes celles qui lui ont été' e'çrites, eue métamorphoserait bientôt la demoiselle de Saint-Jean en fille de la dame de Boudeville. Voyez , nous dirait-elle , quelle tendresse on fait éclater pour la demoiselle de Saint-Jean ; c'est une amitié de préférence à toute autre ; on ne tient plus au monde que par Tamitié qu'on lui a vouée , la demoiselted^ S;âiint-Jean est ceUe que la dame de Boudeville aime leplus-.tèndrement^ n'est-ce pas là le langage d'une mère? iSes entrailles sont émues et ne peuvent retenir toute la vivacité de sa passion ; car c'est ainsi que la dame de Bruix paraphrase toutes les lettres qui lui sont personnelles. Mais pourquoi ce commentaire ne pourrait-il pas être employé pour un autre ? Et si cela, est, que devient un système fondé sur des expressions si communes, et que tant de personnes différentes trouveront dans les lettres que k dame de Boudeville leur a adressées. Dans une autre lettre écrite à la demoiselle de Saint- Jean, la dame de Boudeville lui dit encore.: Adieu , m>a chère amie , je n'ai jamais eu tant d'impatiente de vous revoir. Dans une autre : J'aurais une consolation infinie de vous voir ^ mais comme je préfère lerepos de mes amies au mien, cette aventure-ci me console de ne vous y avoir pas. Si ces lettres étaient écrites à la dame de Bruix , elle y trouverait à chaque expression des caractères de la tendresse maternelle ; mais non , elle veut que l'on s'en tienne à la lettre des expressions pour les autres , et veut pour elle seule que l'on y trouve un sens qui ne réside que dans son imagination.
Au surplus , les lettres de la dame de Boudeville à la dame de Bruix, loin de développer le caractère d'une mère qui écrit à sa fille, présentent au contraire partout l'idée d'une passion qui ne peut être l'ouvrage de la,
l'ôZ OEUVRER OE'GOCHm.
nature; c'est le jugement que toutes les personnes sensées «1 ont porté. Rien n'égale la tendresse des pères et mères pour leurs enfans ; mais cette tendresse ^e ressent toujours dans ses expressions de la supériorité que la nature a formée dans la personne des pères et mères*; on ne les voit point écrire dans un style de compliment qui ne convient qu'à des étrangers ; faire des protestations d'attachement , employer tous les tours de l'éloquence la plus pathétique, pour persuader que leur affection sera sans hornes, s'épuiser en démonstrations de tendresse : ces ressorts de la persuasion peuvent imprimer avec plus de force dans le cœur d'une simple amie les sentimens dont en veut la convaincre; mais on n'a jamais vu une mère les employer auprès de sa fille comme un gage de cette affection dont la nature seule çst un garant fidèle.
4° La dame de BoudeviUe , loin de traiter la dame de Bruix comme sa fiUe , paraît toujours persuadée dans ses lettres qu'elle était nièce de Tonton, et s'en explique même clairement. Dans une lettre du 18 juillet 1729-, elle mande à la dame de Bruix : Je ne crois pas devoir "VOUS laisser ignorer que Von a proposé à f^irgine de Venvojer auprès de vous , ou bien de venir avec la tante aux Andelies ; elle u dit qu'elle aimait mieux rester oit elle est. Vk-gine et la dame de Bruix avaient toujours été annoncées à la dame de Boudeville CQmme sœurs et comme nièces de Tonton. Tonton s'était retirée depuis quelques années dans l'abhaye des Andelies.; c'est pourquoi la dame de Boudeville mande dans cette lettre que l'on avait proposé à Virgine , ou d'aller avec la dame de> Bruix sa sœur à Bayonne, ou de venir avec Tonton sa tante aux Andelies, mais qu'elle avait mieux aimé rester où elle était. Cette setde lettre renverse tout le système de la dame de JJruix ; la dame de Boudeville , loin de regarder la dame de.Brtiix comme sa fille, la regardait comme nièce de Tonton, aussi-bien que ^Virgine ; elle ne l'avait connue que dans cette qualité ; elle ne la désigne que dans cette qualité. Si la dame de Boudeville avait découvert à la dame de Bruix qu'elle était sa fille, comme on a osé l'avancer , si elle Ixii écri-