PREMIERE PARTIE. iSS
vait comme à sa fille , aurait-elle pu appeler Tonton sa tante ? Aurait-elle pu proposer à V irgine d'aller aux Andélies pour être auprès de Tonton sa tante ? Ces idées ne peuvent se concilier; cependant la dame de Bruix annoncée en propres termes dans les lettres comme nièce de Tonton, veut trouver un commencement de p]:eu:ve par écrit, qu'elle est fille de la dame, de Boudeville; elle Veut que Ton rejçtte un état qui y eet formellement reconnu , pour en adopter un autre dont il n'est pas dit un seul mot. Pouvoit-on hasarder im'i&ystème plus propre à révolter tous les esprits?
Mais, dit-on^ il est évident que la dame de Bruix* a'est point nièce de Tonton, puisque dans le procès verbal' Sût en 1728 devant le. sieur lieutenant civil, Brunier^ frère de Tonton, dit qu'il n'a jamais connu les père et mère de la dame de Bruix. D'ailleurs la dame de Boudeville , dans plusieurs de ses lettres , mande à la dame de Bruix , que Tonton l'assure de ses respects. Ce serait , dit-on , une tante bien respectueuse.
On a déjà répondu que lé procès verbal de 1723 ne détruisait point les idées que T^^nton avait données à la dame de Boudeville, de Mimi.et.de Virgine , lorsqu'elle lui demanda permission de les prendre avec elle ; si Brunier a affecté de ne paraître point intruitde. leur état , son . silence ne détruira pas la déclaration de sa sœur. Mais encore une fois , que Mimi fût nièce de Tonton , ou que sur ce fait Tonton en eût imposé à la dame de Boudeville, il est toujours. certain que la dame de Boudeville n'a connu la dame de Bruix que pour nièce de Tonton, qu'elle ne lui a écrit que comme à la nièce de Tonton , et que par conséquent les lettres , loin .de manifester une mère dans la personne de la dame de Boudeville, nous font connaître au contraire qu'elle la regardait comme absolument étrangère à sa maison. <^uant à ce qui est dit dans quelques-unes de ces lettres, Tonton "vous assure de ses respects, il n'y a personne, pour peu qu'il ait pris le caractère des lettres , qui ne reconnaisse que souvent la dame de Boudeville y badine sur le compte d'une infinité de personnes difierentes ,
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et qu'elle y tourne en plaisanterie beaucoup d'idées qu'il serait ridicule de vouloir prendre à la lettre; ces termes de respect employés à Tégard de Tonton, sont de cette nature. Aussi trouve-t-on une grande variété dans les com'plimens qui sont faits de la part de Tontoii ; dans ime lettre du 3 1 octobre 1 780 , la dame de Boudeville mande à la dame deBruix : Notre chère Charlotte 'vous assure de mille tendres respects y et la dame Tonton de bien des amitiés. Si la dame de Bruix avait été connue pour fille de la dame de Boudeville , une ancienne femme de chambre de la mère aurait été bien familière et aurait pris bien des libertés avec sa fille, en la faisant assurer seulement de son amitié. Dans une autre du 1 1 novembre 1735, la dame de Boudeville dit : Laprin-^ ' cesse vous assure de son tendre respect. Cette princesse, de l'aveu de la dame de Bruix, était Tonton ellemême. Croit-on que la dame de Boudeville pariât fort sérieusement dans cet endroit ?
H en est bien autrement lorsqu'elle dit qu'on a prcf-
{)oséà Virgine d'aller ai^ec la tante aux Andelies; tout e monde conviendra que la dame de Boudeville était occupée dans cette lettre du sérieux le plus grave. C'est donc là qu'il faut prendre les idées que la dame de Boudeville avait de la dame de Bruix et de sa sœur Virgine.
Il faut donc qu'il demeure pour constant non-seulement que les lettres ne contiennent pas le plus léger commencement de preuve de l'accouchement de la dame de Boudeville. en 1706, ni de la naissanî^e de la dame de Bruix dans le sein de la maison de la Ferté , mais que l'on n'y trouve pas même le moindre indice que la dame de Bruix ait été élevée par les soins et aux dépens de la dame de Boudeville, qu'elle ait été mariée ni dotée par çlle ; en un mot on n'y trouve rien qui ait auelque rapport à la filiation. De grands témoignages de tendresse , voilà tout ce qui éclate dans les lettres ; mais que la tendresse seule , quelque vive, quelque passionnée qu'elle soit , devienne une preuve de maternité, c'est une proposition qui révolte , principalement quand les leures mêmes portent en propres termes que c'est
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â la nièce d'une étrangère que l'on a youé une affection si libre et si gënëreuse.
Mais y dit--on ^ on de'coiivre d'autres traits dans ces fettres qui doivent, faire de grandes impressions , on y trouye que la dame de BoudeviUe voulait avoir la dame de Bruix chez elle , et qu'elle éprouvait sur cela la plus ferle contradiction de la part du sieur de Boudeville ; d'où venait cette opposition, si ce n'est de ce que la reconnaissance d'une fille pouvait affail^lir les avantages qu'il s'était procuras par son contrat de mariage ? On y trouve que la dame de BoudeviUe faisait souvent des liberâditës à la dame de Bruix; et il est prouvé d'ailleurs qu'elle lui adonné lors de son mariage i ,000 liv. de pension viagère , et depuis une somme dé 100,000 liv. cpii ji'est qu'une libéralité déguisée sous la forme extérieure d un mllai. Ces grâces étaient répandues de temps en temps sur la dame de Bruix^ pour l'empêcher d'éclater et de réclamer son état.. •
Enfin , on voit par les lettres quela dame de Boudeville n'aimait point Virgine, et cependant elle lui adonné l,tJoo liv. de pension.viagère. Toutes ces circonstances léunies forment des présomptions que l'on peut regarder comme des commencemens de preuve.
Quand une fois on a perdu (fe vue les principes, on s'^are dans mille routes différentes , on adopte toutes le^ fausses lueurs, qiû nous âattent , et on les présente conmœ dès objet» capables de toucher les autres ; mais c'est une illusion dont il est tacile de se garantir. La dame de Boudeville aurait voulu ^dit-on, recevoir chez elle la dame de Bruix qui venait faire un voyage à Paris ; lesieurde Boudeville s'y opposait; c'est une présomption que la dame de Boudeville est mère de la dame de Bruix.  qui peut-on proposer sérieusement une pareille conséquence? Ne peut-on donner un asile chez soi qu'à se^ en* Éms? N'ôffire-t-on pas tous les jours sa maison à une personne qui vient deprovincepasser quelque tempsàParis? Hais pourquoi le sieur de BoudoFiile s'y opposait-il? nm de plus indifférent que le nuttif qui l'animait ; mais saiis eifort d'imagination , il n'y a personne qui ne oon- ÇoWe aisément qu'un homme de condition, comme la-
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sieur de Boudeville, pouvait trouver indécent que la dame de Boudeville reçût avec tant d'aflFection la nièce d'une ancienne femme de chambre. L'amitié formée par la convenance des caractères, peut fermer les yeux sur certaines bienséances dont les autres sont justement frappés. D 'ailleurs la dame de Boudeville pouvait aimer la dame de Bruix . et le sieur de Boudeville au contraire pouvait avoir de réioignement pour elle, comme il en avait pour Tonton et pour toute sa famille, suivant ce qui résulte des lettres de la dame de Boudeville. Rien n'est plus simple , rien n'est plus naturel que cette opposition du sieur de Boudeville; cependant une imagination échauffée s'égare en mille raisonnemens sur une circonstance si indifférente ; on lui donne des motife arbitraires; on fait agir tous les personnages que l'on introduit sur la scène, suivant les vues qu'on leur prête, et de ces amas de fausses idées on bâtit un système qu un souffle seul fait disfferaitre.
QueladamedeBoudevilleaitfaitdeslibéralitésàladame
de Bruix , c'est une vérité qu'elle a reconnue dans son interrogatoire, et c'est un effet naturel de l'amitié qu'elle avait conçue pour la dame de Bruix. Mais quelle conséquence en peut-on tirer pour la question qui se présente ? J'ai aimé quelqu'un, je lui ai fait du nien, aonc je suis sa mère : voilà le paradoxe le plus étrange et le
S lus bizarre que l'on puisse proposer. Mais ce qui achève 'en découvrir l'illusion, ce sont les circonstances mêmes qui accompagnent ces libéralités. i° On ne voit aucune libéralité exercée à Tégard de la dame de Bruix^ tant qu'elle a été fille ; on ne la regardait alors que comme nièce de Tonton, qui seule en avait soin, qui seule faisait pour Mimi la dépense qui lui convenait ; la dame de Boudeville a déclaré dans son interrogatoire qu'elle ny avait jamais contribué, qu'elle ne lui avait ni donné ni payé aucun maître, et il n y a aucune preuve du contraire. 2° Lorsque la dame ae Bruix a été mariée • la dame de Boudeville ii€ «'est mêlée ni directement m in« directement de cet engagement, elle n'a honoré méire aucun des actes ni de sa présence ni de sa signature y elle n'a rien donné , elle n'a rien promis, c'est ce quias^