‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 47 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

établi tant par le contrat de mariage que par l'acte de cëlëbration. 3° Ce n^est donc que depuis le mariage que la dame de Boudeville a commence à donner des preuves de sa gënërositë à la dame de Bruix; ce mariage, en effet, élevait, décorait la dame de Bruix; puisqu'elle avait épouse un officier déjà avancé dans le service, ellepouvait plus aisément par-là trouver une place dans le cœur et dans l'aflèction de la dame de Boudeville; cependant les libéralités d'abord furent modiques , elles se réduisirent à une simple pension viagère de 1 ,000 liv. , récompense assez ordinaire pour les services d'une ancienne femme de chambre , ou de sa nièce; elle n'ont consisté depuis que dans les présens de quelques robes, et ces objets, quoique très - médiocres , excitaient 'même de grands témoignages de reconnaissance de la part de la dame de Bruix , comme il parait par les lettres de la dame de Boudeville ; une fille qui aurait reçu de pareilles marques d'attention de la part de sa mère , n'en aurait

Sas e'té touchée si vivement. Il est vrai qu'en 1 780 la ame de Boudevilk a porté plus loin la générosité, et parait avoir donné 100,000 liv. comme elle en est convenue dans son interrogatoire. Mais il faut observer que la dame marquise de Boudeville, qui jouit de très^grands biens n'a qu un fils , qu'une santé cnancelante a obligé de se vouer à la retraite, et de perdre toute vue d'établissement; que d'un autre côté la dame de Bruix avait eu le talent de faire sentir à la dame de Boudeville les besoins d'une nombreuse famille dont elle était chargée. C'est dans ces circonstances que la dame de Boudeville, déjà éprise d'une vive tendresse pour la dame de Bruix, se porta à lui donner, non pas une somme de 100,000 1. mais un titre pour exiger cette somme après sa mort; en cela elle ne se dépouillait de rien , et procurait seulement une ressource éloignée à la damé de Bruix , aux dépens, ou d'un fils, ou de collatéraux qui devaient

Iouir d'une fortune si éclatante, que cet objet devait peu es toucher. Qu'y a-t-il en cela qui puisse autoriser les indignes soupçons que la dame de Bruix veut exciter ? Elle a trouvé une dame généreuse qui lui a fait un pré- $em digne de sa grandeur et de la noblesse de ses sen -

l4o OEUVRES DE GOGHIN,

rien de rëel à présenter ; mais ce que Ton ne concevra jamais est qu'il ait été quelqu'un capable de donner dans de pareilles chimères.

Voilà cependant à quoi se réduisent toutes ses recherches et les efforts ^e son imagination ; elle veut être reconnue pour fille des sieur et dame de la Fertë, quoiqu'elle n'ait ni titres ni possession d'un état si distingué; elle demande, contre lautorité de tous les principes, à en faire preuve par témoins ; et quand on lui dit : Mais où sont donc au moins vos commencemens de preuves par écrit ? elle répond tranquillement : Je n'en ai aucun de l'accouchement de la dame marquise de Boudeville , ni du tait capital que j'avance , que je lui dois le jour; mais je prouve qu'elle m'a aimée ^ et qu'elle m'a fait du bien; je

Srouve qu'elle n'a point aimé ma sœur, et quelle lui a onné de quoi subsister. A ces seuls traits, il la faut reconnaître pour ma mère. Voilà à quoi se terminent tous ses raisonnemens. Voilà en un mot le précis de tant d'imprimés, de tant de volumes que l'on voit répandre chaque jour. N'est-ce pas &L\re injure à la raison, et aux tribunaux auxquels on s'adresse, que de leur proposer sérieusement un système si bizarre, si indécent, et qui ne tend à rien moins <}u'à renverser tous les états et l'harmonie de la société ?

Seconde proposition. — La dame de Bruix n^a ni titre' ni possession de l'état de fille des sieur et dame de la Ferté^ a titre et possession d'un état contraire , qui ne peut être ébranlé par aucun genre de preuve.

La dame de Bruix nom rapporte elle-même son acte de baptême du i3 février 1706, dans lequel elle est déclarée fille de Guillaume de la Sale et d'Antoinette Barière sa femme. Voilà l'état et le caractère qui lui est imprimé dans ces registres authentiques, destinés par la loi à déterminer le sort et la condition de tous ceux oui font , pour ainsi dire , leur entrée dans la société civue; la loi a voulu qu'au premier moment de leur naissance

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