PREMIÈRE PARTIE. it^l
leur place filt marquée, et elle a établi des registres pour y inscrire leur rang. Celui de la dame de'Bruix est d^étre fille légitime de Guillaume de la Sale et d'Antoinette Barière.
C'est ce même rang que la dame de Bruix a occupé depuis pendant trente années entières , et qu'elle s'est conservé précieusement par les titres les plus solennels. A-t-il été question de lui donner un tuteur ,^: c'est à Marie de la Sale , fille de Guillaume de la Sale et d'Antoinette Barière, qu'il a été créé par la sentence du Châtelet, du 28 mai 1723. A-t-il été question de la marier, le contrat de mariage et l'acte de célébration nous annoncent également que c'est Marie de la Sale, fille de Guillaume de la Sale , et d'Antoinette Barière, qui a épousé le sieur de Bruix; dans les actes qu'elle a passés devant notaires, elle a pris la même qualité; dans les actes de baptême de ses eii&ns, ce sont les enfans de Bernard de Bruix et de Marie de la Sale qui ont été baptisés; en un mot, la possession est constante et uniforme pendant tout le cours de la vie de la dame de Bruix; elle a confirmé depuis sa majorité tout ee qui avait été fait pendant sa minorité sur son état; elle l'a communiqué à ses propres enfans, deux générations se sont élevées sur la foi de ces actes , elles y ont puisé leurs titres, leur rang, leur condition.
Pour abdiquer un état affermi par tant de titres et par une possession si constante, la dame de Bruix peutelle invoquer le secours de la preuve testimoniale ? C'est Ma principe invariable dans la jurisprudence , que l'on n'admet point unepreuve testimoniale contre des preuves
Sar écrit, et principalement contre des actes qui sont u propre fait de celui qui propose la preuve par témoins ; nous avons ici des titres en grand nombre, des titres consacrés par la loi, des titres du propre fait de la dame de Bruix. Ce serait donc renverser tous les principes que de l'admettre à une preuve testimoniale pour en ébranler l'autorité.
Si l'état qui lui est acquis par ces titres lui était précieux , et qu'elle ,eût intérêt de le conserver, pourrait-on parvenir à le lui enlever? Supposons, par exemple,
î42 , (OUVRES DE ÙÙCHIH.
oue quelqu'un lui eût fait un legs universel, et que 1 héritier du sang voulût le contester, en soutenant que la dame de Bruix est la bâtarde du testateur, on la verrait aussitôt repousser avec une juste indignation une injure si atroce, rapporter son extrait baptistaire et tous les actes dont on a rendu compte , invoquer la force de sa possession , et s'écrier contre la témérité d'une partie qui oserait se refuser à l'évidence de son droit. En vain 1 héritier offrirait-il de prouver par témoins la naissance illégitime de la dame de Bruix , cette preuve impuissante contre des titres si solennels serait traitée par elle comme une voie odieuse et proscrite par toutes les lois , elle saurait bien alors faire valoir tous les principes qui la condamnent, et on ne peut .pas douter qu'elle ne le fît avec succès.
Mais si ces titres étaient décisifs pour elle dans le cas où elle aurait intérêt de les faire valoir , peuvent-ils devenir impuissans quand on les lui oppose? Y a-t-il donc deux poids et deux mesures dans ce qui l'intéresse? La loi met-elle son état à l'abri de toutes atteintes , si elle le soutient; et le laisse-t-elle exposé à une ruine entière, si elle l'abandonne et le conteste elle-même? Disons donc que, comme on ne pourrait jamais le lui enlever, elle ne peut pas aussi l'abdiquer pour en usurper un autre qui natte plus son ambition.
Mais , dit-on , tout cela n'set qu'un enchaînement d'erreurs et d'injustices qui se sont succédées les unes aux autres. Un enfant serait bien à plaindre si , venant au monde dans un état de faiblesse et d'impuissance ,* des parens dénaturés ou des domestiques infidèles pouvaient lui ravir son état*, en faisant de fausses déclarations au ministre de l'Eglise^ et lui faisant porter dans la suite un nom qui lui est étranger. Cet enfant infortuné, qui ne se connaît que par les fausses idées qu*on lui aura données de lui-même, aura continué de porter ce nom supposé, et l'aura adopté dans différens actes; mais si la vérité pénètre enfin jusqu'à lui j n'aura-t-il donc aucune ressource pour la faire triompher, et demeurera-t-il la victime des passions cruelles qui l'auront immolé?