PREMIÈRE PARTIE. l
Dans le fait pariicalier, la supposition de l'acte de baptême est constante, jamais la dame de Bruix n'a connu Guillaume de la Sale et Antoinette Barière; l'acte de tutelle de 1728 prouve (pi'ils n'ont point été connus aux amis assemblés devant le magistrat, on ne peut ni les représenter, ni indiquer ce qu'ils sont devenus. C'est donc une pure fiction qu'il faut détruire par la preuve testimoniale.
Ecartons d'abord ces idées générales sur le danger auquel sont exposés les enfans au moment de leur naissance. Quand ils sont le fruit d'une union légitime, il n'est pas possible de penser que des père et mère se portent à leur enlever un état qui leur est acquis par des titres si sacrés. L'intérêt des père et mère en ce cas est intimement uni à celui des enfans ; la nature qui les attache les uns aux autres par des liens si étroits ne permet pas même de les distinguer ; le père , la mère et l'enfant ne forment, pour ainsi -dire, qu'un seul corps, qu'une seule substanèe; et quand les père et mère veillent à l'intérêt de leur enÊmt , c'est pour euxmêmes qu'ils agissent. Peut-on donc supposer que dans cet état ils entreprennent de lui ravir ce qu'il a de plus précieux? En a-t-on jamais vu qui se soient portés à étouffer le firuit légitime de leur mariage? Pourquoi seraient-ils capables de lui enlever son état.
D'ailleurs , par quel crime un enfant qui ne fait que de naître aurait-il pu s'attirer une pareille disgrâce? D n'a, dit-on, que ses larmes en partage, mais ces larmes seules sont capables d'intéresser en sa faveur le cœur le plus barbare; son innocence fait sa sûreté, la nature a pourvu à tous ses besoins, et si elle le fait naître sans défenses , elle le fait naître aussi sans ennemis.
Ou les père et mère sont parfaitement unis, où de tyranniques passions ont élevé entre eux une division funeste ; s'ils sont unis , quel motif peut jamais les porter à sacrifier un enfant qui leur est cher? S'ils sont divisés , les attentats de l'un trouveront toujours dans la tendresse de l'autre des obstacles insurmontables; et si la nature pouvait encore être muette dans le cœur de
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celui qui n'a point conçu un projet si odieux , la contradiction seule l'obligerait de s élever contre l'inhumanité de l'autre.
Ces dangers àfi suppression d'état dans les actes de baptême ne peuvent donc jamais tomber sur des enfans légitimes, et s'il s'y glisse quelque déclaration infidèle, elle ne peut jamais regarder que ceux dont la naissance est enveloppée d'opprobre, que l'on cherche à cacher au grand jour : et en ce cas, 1 infidélité même de la déclaration est plutôt un avantage pour eux qu'un juste motif de plainte et de déclamation.
. Les sieur et dame de la Ferté vivaient dans une parfaite union, la dame de Bruix en convient; ils n'avaient donc aucun motif de supprimer l'état d'un en&nt né de leur mariage , et par conséquent on ne peut leur attribuer une iiUe qu'ils n'ont jamais reconnue. On dit que sacrifiant tout à l'idole de l'ambition, et voulant conserver leur bien pour les mâles , ils avaient formé de concert le projet odieux de manifester la naissance si c'était un enfant mâle, et de la supprimer si c'était une fille; mais indépendamment de l'absurdité d'un pareil complot, qui n'est jamais entré dans l'esprit de personne, il est évident même que l'exécution en était impossible. Dans ce système, il fallait nécessairement que la grossesse fût inconnue, qu'elle fût cachée à tous les parens, à tous les amis, au public, puisque si la dame de Boudeville accouchait d'une fille , on voulait que son sort ne pût être pénétré. Mais en faisant de la grossesse un mystère profond, que serait-on devenu si on avait eu un en&nt mâle? aurait-on annoncé que la dame de Boudeville était accouchée subitement d'un en* fant mâle? La famille ne se serait-elle pas soulevée contre un fait qui n'aurait pu être traité que d'imposture ? L'état de cet enfant mâle serait au moins devenu un problème, et dans le temps que l'on suppose les sieur et dame de la Ferté uniquement occupés de la grandeur de leurs enfans mâles, le seul fruit de leur zèle et de leur ambition aurait été de compromettre leur état. On ne peut donc imaginer un système plus absurde que celui de la dame de Bruix , elle veut taxer d'infidéuté