‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 53 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. l

prend tous les faits qu'elle débite sur la grossesse de la dame marquise de Boudeville en 1704, son accouchement en 1 7o5 , et la naissance d'une fille. La seconde renferme tous les faits que Ton suppose depuis que l'enfant a étë mis en nourrice jusquau mariage de 1723. Enfin la troisième s'applique à tout ce qui a suivi le mariage.

Dans la première époque se trouvent les faits les plus essentiels, ou pour mieux dire, les seuls faits importans et sur lesquels porte tout le système de la dame de Bruix; mais de tous ces faits, elle convient qu'il n'y a aucun commencement de preuves par écrit; ce n'est point un discours qu'on lui prête, ou qui soit échappé légèrement , elle en est convenue expressément dans son troisième mémoire , qui a pour titre , Ré^ flexions : Nous corwiendrons , dit-elle, qu'il rCy a point de commencement de preus^es par écrit du fait de Vaccouchement Voilà donc un édifice qui porte d'abord sur le sable , sur un fait imaginé sans aucune ombre de preuves.' Il est donc impossible d'admettre la preuve par témoins d'un fait si intéressant et si décisif.

Ce fait d'ailleurs a été rejeté par la marquise de Bou-» deville dans son interrogatoire , comme une imposture grossière.

Enfin les circonstances dont il plait à la dame de Bruix d'orner le fait capital , en démontrent ^a supposition. Elle prétend en premier lieu que le marquis et la marquise de la Ferté ont caché la grossesse de concert , pour supprimer l'état de l'enfant si c'était une fille , et pour le reconnaître si c'était un mâle ; mais outre l'indé* cence et la bizarrerie d'un pareil projet , l'exécution en était-elle possible? Comment annoncer la naissance d'un enfant mâle de la maison de la Ferté à une famille nombreuse , à la cour , à la ville , à toute la France , si la grossesse avait été ignorée ? Aurait-on eu le front de le présenter dans de pareilles circonstances? Le faux zèle dont on suppose que les' père et mère étaient animés pom: leurs enfans mâles , n'aurait servi qu'à compromettre leur état.

La dame de Bruix suppose en second lieu que la

l5o OEUVUES DE COCHIN.

dame de la Ferle, de concert avec son mari, est all^ accoucher furtivement dans la maison de la demoiselle de Benac , rue des Bons-Enfiins : comme si on devait se dérober non-seulement au public , mais encore à sa propre maison, et à son propre domestique , en mettant au monde un enfant né dans le sein d'un mariage légitime : comme si une femme e'tait capable de hasarder sa vie , en traversant avec peine et dans les douleurs de l'enfantement la distance de son appartement à une maison étrangère , pour satisËdre le plus ridicule de tous les caprices.

Enfin , on suppose que quatre ou cinq jours après la dame de la Ferté Tut à rOpéra , toujours pour déguiser son état ; en sorte qu'elle mettait tous les jours sa vie en péril 5 pour un événement qui ne faisait aucun ombrage à son mari, et dont les autres mères se font honneur. Tant d'absurdités réunies dans le système de la dame de Bruix, doivent faire rejeter avec indignation les faits de cette première époque , faits dont on convient n'avoir aucun commencement de preuves, faits solennellement déniés dans un interrogatoire juridique.

La seconde époque renferme , comme on l'a dit , tous les faits depuis le temps que l'on suppose l'enfant mis en nourrice, jusqu'au mariage de la dame de Bruix. Ces faits se réduisent à dire que la dame de la Ferté allait voir l'enfant chez la nourrice , qu'elle payait ses mois , et lui envt)yait des robes magniiiques , que la nourrice amenait l'enfant chez les sieur et dame de la Ferté qui le caressaient, que l'enlant a été mis successivement chez la Mondenis et chez la Brunier ; qu'à l'âge de six ou sept ans la dame marquise de la Ferté a voulu l'avoir chez elle, qu'elle a eu pour elle tous les soins et toute l'attention d une mère pour sa fille ; que la dame de Bruix a eu une éducation distinguée, mangeant à table , jouant le jeu de la compagnie, et qu'elle a même été à la noce du prince de Soubise; que la dame de la Ferté la forcée à épouser le sieur de Bruix; qu'elle a usé pour cela de menaces çt de coups , et enfin qu'elle l'a dotée et mariée. ]\Iais on demande à la dame de Bruix , quel commencement de preuves par écrit elle a de tous les faits de

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