‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 54 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. l5l · texte numérisé non relu

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cette seconde époque? Il faut qu elle convienne qu'il n'y en a pas la moindre trace; cependant elle les rapporte partout , elle en triomphe comme de faits décisifs ; mais c'est un roman dans, lequel elle met toute sa complaisance , parce qu'elle a la gloire d'en avoir inventé toutes les parties.

D ailleurs , il n'y a pas un seul de ces faits que la dame de Boudeville n'ait dénié dans son interrogatoire. 11 n y a qu'à jeter les yeux sur les.articles 23 , 2.5 , 26, 27, 2^, ^9 9 ^^1 3i , et l'on verra que sur chacun en particulier, la dame de Boudeville a confondu la dame de Bruix par les dénégations les plus précises. Tout ce qu'elle a dit est qu'elle a permis à une de ses femmes de prendre auprès d'elle quatre petites filles qu'elle avait annoncées comme ses nièces ; mais elle a soutenu qu'elles n'avaient jamais été élevées ni par ses soins, ni a ses dépens. Que devient donc cette éducation distinguée , dont on rebat sans cesse les oreilles ? C'est une chimère à laquelle il n'est pas possible de donner la moindre réalité.

Il en de même de ce que l'on dit que la dame de la Ferté a forcé la dame de Bruix à épouser le sieur de Bruix , et qu'elle a usé de coups et de menaces : où e^t le plus léger indice de ces Ëôts , que la dame de Boudçville a hautement désavoués ? Comment la dame de Bruix même a-t-elle osé les articuler ? Prétend-elle se préparer des moyens pour faire déclarer nul le mariage qu'elle a contracté , comme l'effet de la violence et de la contrainte ? Marie de la Sale par sa naissance , elle est devenue la dame de Bruix par son mariage. Veut-elle , par le secours de quelque^ témoins , devenir la demoiselle de la Ferté ?

Enfin on dit que la dame de Boudeville a marié et doté la dame de Bruix ; mais c'est une supposition grossière. 1° Il faut convenir qu'il n'y a aucun commencement de preuves. 2° La dame de Boudeville l'a nié expressément dans son interrogatoire. 3^ La preuve contraire est éta-* blie par des titres authentiques , contrat de mariage e| acte de célébration. La damç de Boudeville n'y a pas paru , et n'a rien honoré de sa présence. C'est , dit-on , ime affectation qui la découvre dans Us mesures mémeç

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qu'elle a prises pour se cacher. Etrange effet de l'aveuglement qui règne dans la défense de la dame de Bruix ! oi la dame de Boudeville avait pris la moindre part à ce mariage , on en triompherait de la part de la dame de Bruix , on nous dirait : Voyez la dame de Boudeville qui ne peut quitter de vue cette fille chêne, qui prësîde à son e'tablissemeiit , qui l'a conduite elle-même au pied des autels : peut-on la méconnaître pour la mère ? Tout cela n'est point arrive'; n'importe , la dame de Bruix y trouve encore les mêmes avantages;^ la dame de Boudeville n'a été présente, ni au contrat, ni à l'acte de célébration; c'est une affectation qui prouve encore qu'elle est mère; le oui et le non , le pour et le contre , ce que la dame de Boudeville aurait fait, ce qu'elle n'a pas fait , tout fournit des armes à la danie de Bruix , tout est un moyen en sa faveur ; mais la raison même choquée dans de pareils raisonnemens, ne rèjeitera-t-elle pas avec indignation un pareil système?

Nous dira-t-on que dans cette seconde époque il y a deux lettres écrites sous le nom de la dame de la Ferlé, dans lesquelles on excite le sieur de Bruix à épouser une demoiselle qu'il paraissait avoir recherchée, et qu'on ne peut pas douter que ces lettres n'aient été écrites par ordre de la dame delà Ferté ; ce qui fait voir qu'elle n'a

Ras été si indifférente pour le mariage qu'elle suppose, [ais , i" on convient que ces lettres ne sont ni écrites, ni signées de la main de la dame de Boudeville ; 2° elle a subi depuis huit jours un nouvel interrogatoire sur le fait de ces lettres, et elle a dénié expressément qu'elle eût donné ordre de les écrire ; 3° si ces lettres qui ne sont point datées, ont été écrites au sieur de Bruix, c'est apparemment un service que la dame de Bruix a exigé de la complaisance de quelque amie pour engager le sieur de Bruix dans un mariage qu'elle regardait comme avantageux pour elle ; mais tout cela est étranger à la dame de Boudeville, et ne forme contre elle aucun commencement de preuves.

Voilà donc la dame de Bruix parvenue à l'âge de dixneuf ans; la voilà mariée çt établie, sans avoir le plus léger commencement des preuves de l'état qu'elle s'at-

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tribue. Passons à la troisième époque, et voyons si elle lui fournit plus de secours. Dans cette troisième époque coounencent les preuves de la dame de Bruix, preuves écrites, preuves non contestées; mais de quels faits ? de faits absolument indifférens, de faits qui n'ont aucun rapport à la filiation, de faits qui peuvent convenir à tout étranger, et beaucoup mieux à tout étranger qu'à une fille. Il ne s'agit pas même de prouver ces faits, la preuve en est toute faite, ces faits sont reconnus; il ne s'agit que de savoir si les inductions que l'on en tire ont quelque apparence de raison.

Les actes de cette troisième 'époque se réduisent à la donation du 3o juin 172^, aux lettres, et ati billet de cent mille livres.

Pour la donation, c'est une libéralité très-modique, d'une simple pension viagère de mille livres, donation très-indécente , si on la suppose faite par une mère du rang de la marquise de la Ferté, à sa fille la plus chère; mais très-ordinaire et très-naturelle, quand elle n'est faite qu'en faveur d'une personne qui avait été annoncée depuis long-temps à la dame de la Ferté comme la nièce d'une ancienne femme 8e chambre. Ce qui est admirable, est que l'on ait osé donner à cette libéralité le caractère d'une dot constituée par la dame de Boudeville à sa fille, quoique la donation soit postérieure d'un mois au mariage , et que l'idée d'une dot ne puisse jamais se concilier avec une simple pension viagère.

A l'égard des lettres , dont les premières sont de 1 728 , . on n'y trouve pas un seul trait qui ait le plus léger rapport à l'état que réclame la dame de Bruix , et par conséquent elles ne peuvent jamais former un commencement de preuves par écrit; au contraire, en plusieurs endroits la dame de Boudeville y parle à la dame de Bruix comme la regardant toujours dans la qualité de nièce de Tonton, sous laquelle eUe lui avait été présentée.

Mais, dît-on, la dame de .Boudeville y témoigne l'amitié la plus vive et la plus passionnée pour la dame de Bruix; au contraire , on y voit que le marquis de Boudeville ne voulait pas voir , et ne voulait pas que la dame

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marquise de Boudeville vit là dame de Bruix ; la dame de Boudeville y parle avec mystère de plusieurs secrets qu'elle ne veut pas confier au papier ; enfin elle y parle avec chagrin de Virgine, et cependant elle lui a fait du bien ; ces quatre circonstances paraissent à la dame de Bruix des caractères de maternité si sensibles , que personne ne peut s'en de'fendre.

Quand une fois l'imagination est blessée, elle trouve partout l'objet qui lait sur elle une vive impression; les raisonnemens cfe la dame de Bruix nous Iburnissent un grand exemple de cette vérité; mais la raison qui n'est pas séduite en pense bien différemment.

i^ La dame de Boudeville témoigne à la dame de Bruix l'amitié la plus vive et la plus passionnée : mais ne peut-on donc aimer avec passion que sa fille? Et n'est-ce pas un sentiment que mille autres motifs peuvent exciter dans le cœur? L'empressement à mériter notre amitié, la complaisance pour tous nos sentimens, les marques d'un dévouement sans bornes, le zèle pour nous obliger dans toutes les occasions, la sympathie, la douceur du caractère, souvent même certaines impressions dont nous ne connaisscfts pas nous-mêmes la cause , nous lient, nous attachent inviolablement à quelqu'un, et nous transportent pour lui. A ce caractère faudra-t-il donc reconnaître un père ou une mère? Ce serait bannir de la société le lien le plus doux qui unisse les hommes entre eux , ce serait le renfermer dans un petit nombre de personnes qui composent chaque famiUe.

D'ailleurs, il y a des personnes plus vives , plus impétueuses les unes que les autres , et qui expriment les sentimens les plus ordinaires dans des termes plus pathétiques et plus touchans, sans être pour, cela plus affectées. Tel est manifestement le caractère de la dame de Boudeville ; on en peut juger par les lettres qu'elle a écrites à d'autres personnes, qui en faisant les mêmes commentaires que la dame de oruix, pourraient aussi aspirer à l'état de filles de la dame de Boudeville.

£nfin le style même des lettres qu'on rapporte , ne convient point au caractère d'une mère ; l'amitié qu'ellç

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