PREMIÈRE PARTIE. l
ressent poiir ses enfans y s'exprime plus simplement, et ne s'exhale point en complimens , en protestations , en témoignages d'une tendresse de préférence; elle ne fait point valoir des sentimens que labsence n'a pu étouffer; elle n'emploie point ces traits vifs qui ne servent qu'à convaincre une étrangère des impressions qu'elle a faites seule et sans le secours de la nature; les lettres bien entendues sont donc bien plus contraires au système de la dame de Bruix , qu'elles ne peuvent lui être favorables.
2° On trouve dans ces lettres que le marquis de Boudeville avait beaucoup d'éloignement pour la dame de Bruix , et qu il ne désirait pas que la dame de Boudeville la vît si souvent; c'est un sentiment naturel qui ne signifie rien. Comme l'amitié peut partir de mille sources différentes , l'aversion peut avoijr des principes sans nombre. Il était même tout simple que le sieur de Bou-. deville ne regardât pas la dame de Bruix comme une compagnie fort convenable pour la dame de Boudeville.
Mais ces idées simples ne conviennent point à la dame de Bruix; il faut à force de raisonnemens et de commentaires, trouver dans l'indisposition du sieur de Boudeville pour la dame de Bruix une preuve qu'elle est fille de la dame de Boudeville, et pour cela voici comment on raisonne. Pourquoi le sieur de Boudeville avait-t-il tant d'éloignement pour la dame de Bruix? C'est qu'il savait qu'elle était fille de sa femme , il avait peur qu'on n'en vînt à la reconnaître; sans lui la dame de Éoudeville aurait rendu cette justice à sa fille , toile y toile marUuniy etc.
Mais s'il est permis de donner ainsi carrière à son imagination , il n y a personne qui ne puisse se ibrmei; des preiîves de quelque état qull jugera à propos de choisir. Prêter des vues , des intentions arbitraires, n'est qu'un jeu d'esprit , et Ton ose présenter cela à la justice comme des commencemens de preuves. N'est-ce pas insulter à ses règles les plus constantes ?
Par quelle bizarrcirie ose-t-on imaginer que le sieur de Boudeville craignait que la dame de Boudeville ne voulût reconnaître la dame de Bruix pour sa fille ? La
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dame de Boudeville avait été veuve pendant douze ans , elle était alors en pleine liberté, elle n'avait point reconnu la dame de Bruix. Comment cette idée lui seraitelle venue depuis son second mariage? Pourquoi ne fait-on naître cette idée que quand on imagine urf obstacle insurmontable? C'est que Ton donne tout ici à l'imagination 5 rien à la vérité.
3^ On dit que , dans les lettres , la damede Boudeville parle avec mystère de secrets qu'elle ne veut pas confier au papier; ces secrets, dit -on, ne pouvaient rouler que sur la naissance de la dame de Bruix , d'autant plus que la dame de Boudeville, dans son interrogatoire, na pas voulu expliquer ces secrets.
Mais entre tous les secrets possibles dont le nombre est infini, la dame de Bruix en cboisk un seul , parce qu'il convient à son système; et elle veut que ce choix arbitraire, dicté par la seule cupidité, devienne un commencement de preuve par écrit du roman qu'elle a iniaginé.
Développez-en un autre , s'écrîe-t-on ; vous ne l'avez pas voulu taire dans votre interrogatoire. Mais depuis quand a-t-on porté l'inquisition à cet excès dans les tribunaux de la justice? Depuis quand s'est- on avisé de dire à une partie, expliquez-moi tous les secrets de votre vie , vous ne les avez pas voulu confier à une lettre , qui est elle-même un secret impénétrable, développezles maintenant à tout l'univers? Une telle proposition est un attentat à la liberté publique.
4** La dame de Boudeville parle avec chagrin de Virgine dans ses lettres, et cependant elle lui a donné une pension viagère de treize cents livres. Ce fait dans sa simplicité, ne fournit aucun commencement de preuves de hliation , et encore moins de la filiation de la dame de Brûix ; mais quand les pièces sont impuissantes, la dame de Bruix a le talent de leur faire dire tout ce qui lui convient. Vous avez parlé de Virgine avec colère , et cependant vous lui avez tait du bien, il n'y a qu'une mère qui puisse pardonner : vous êtes donc mère de Virgine? Or je suis sœur de Virgine , donc vous êtes ma mère. C'est, pour ainsi dire, par cette enfilade de rai-