‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 56 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sonnemens 9 que du fait le plus innocent, on parvient à se faire de prétendus commencemens de preuves par écrit.

Mais tout confond un raisonnement si absurde : i ° Virgine ne prétend point être fille de la dame de Boudeville, le mauvais exemple de la dame de Bruix ne Va point séduite, elle est pénétrée de reconnaissance pour les bontés de la dame de Boudeville ; mais elle ne sait point en tirer des inductions si funestes contre sa bienfaitrice. La dame de Bruix prétend que son sort est lié avec celui de Vir*gine; qu'elle se renferme donc conuneelle dans les sentimens d'une juste reconnaissance^ 2^ Virgine a eu raison de ne pas abuser de la bienveillance de la dame de Boudeville. Si elle lui a donné quelques sujets de chagrin, elle reconnaît que c'est par un pur mouvement de religion et de générosité que la dame de Boudeville les lui a pardonnes; elle n'a point imaginé ce paradoxe scandaleux, qu'il n'y avait qu'une mère qui pût pardonner; elle est persuadée que la religion peut et doit inspirer ce sentiment à tous les cœurs qui écoutent sa voix , et qu'il est indécent même de fonder un système sur le principe contraire ; 3® la dame de Bruix se dit sœur de Virgine, et c'est en effet dans cette qualité que Tonton les a prises toutes deux auprès d^elle , en même temps qu'elle les annonçait comme ses nièces ; mais si elle a trompé la dame de Boudeville , en se donnant pour tante de deux petites filles , elle a pu également la tromper dans l'idée qu'elle lui a donnée qu'elles étaient les deux sœurs. Sur quoi donc la dame de Bruix se fonde-t-elle pour se dire sœur de Virgine? Ce ne peut être que sur les discours de Tonton ; mais elle s'élève contre ces discours, elle les désavoue , elle les traite d'imposture ; que devient donc le système de ce sort commun et indivisible qu'elle pro-

Eose , et qu'elle convient être différent par les extraits aptistaires ?

Quoi qu'il en soit , il n'y a aucun commencement de

Êreuves par écrit que Virgine soit fille de la dame de oudeville , elle ne le prétend pas elle-même; tout raisoniiement fondé sur cette supposition porte donc à faux.

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Ces kures tant vantées ne sont donc qu'un épisode très-inutile dans la cause. Qu'on retranche les commentaires odieux, les raisonnemens arbitraires, les inductions forcées, dont on les accompagne; qu'on retranche ce ton maternel qu'on leur donne en les lisant , et dans le moment même on n'en peut plus tirer aucun avantage ; ce ne sont que des discours et des sons qu'on nous donne ici pour des commencemens de preuves par ëcrit.

A l'égard du billet de 100,000 liv., il faut d'abord qu'il demeure pdlir certain qu'il est de 1780; il n'est point rapporté, on n'en a la preuve que par l'interrogatoire de la dame de Boudeville , qui a de'claré qu'il a été fait en 1730; on ne peut pas diviser sa confession; le sieur de Bruix qui nous en a donné une copie informe, marque dans celte copie , que les arrérages de la rente att principal de 100,000 liv. ne doivent courir que du premier juillet 1730; cette circonstance seule prouve qu'il n'a été fait que dans ce même temps; enfin le sieur de Bruix qui dit qu'il a été fait en 1720, annonce en cela même que la date n'en est pas sérieuse ; car ce billet est fait au profit du sieur de Bruix, et non de la dame de Bruix; et en 1720 la dame de Boudeville ne connaissait point le sieur de Bruix. Il suppose qu'il a été lait pour tenir lieu de dot à la dame de Bruix , et de son aveu il n'était point question du mariage en 1720; suivant l'exploit d assignation , les premières idées n'en sont venues qu'en 172 1. Aurait-on donné un billet en dot au mari lùtur, quand on ne pensait pas encore au mariage? La date n'est donc pas sérieuse. Mais si cela est, quelle autre date peut-on lui donner que celle reconnue par la dame de Boudeville, et qui est indiquée par le billet même?

Cette date ainsi rétablie, il faut écarter toute idée d'une dot constituée par ce billet ; on n'a jamais entendu parler d'une dot constituée sept ans après le mariage. A

3uoi se réduit donc ce billet? À une simple libéralité orinaire, qu'un excès d'amitié a produite. La dame de Bruix a su profiter des sentimens favorables que la dame de Boudeville lui avait témoignés , elle lui a peint le peu de fortune de sqn mari , et la nombreuse famille dont elle était chargée; elle lui a représenté que le marquis de la

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