PREMIÈRE PARTIE. l
Ferté son fils aurait de si grande biens , qu'un si faible retranchement ne lui serait point onëreux ; en un mot , elle a ëmu sa compassion, et quand elle s'est mënagëe avec souplesse une libéralité qui ne devait rien coûter à la dame de Boudeville pendant sa vie , elle vient insulter à sa bienfaitrice , et se faire un titre pour la déshonorer de son extrême facihté. On demande à toute personne raisonnable si les conséquences que l'on veut tirer de cette circonstance , ne sont pas aussi injustes que le procédé est odieux.
En un mot 9 dans les deux premières époques qui renferment tous les faits essentiels , il n'y en a pas un seul dont on puisse entrevoir le moindre commencement de preuve; dans la troisième on ne trouve que de l'amitié et quelques bienfaits. Que l'on raisonne sur cette affaire pendant des années entières , elle se réduira toujours à ce seul point; et dans cet état la dame de firuix a-t-elle donc le moindre prétexte pour se dire fille de la dame de Boudeville , et pour demander permission d'en faire preuve ? Sans titres et sans possession d'un état si distingué, elle viendra dire à la dame de Boudeville : Depuis mon mariage vous m'avez témoigné beaucoup d'amitié , vous m'avez fait du bien , c'en est assez pour que je vous oblige de me reconnaître pour votre fille. N'est-ce pas là le comble de l'égarement ?
Mais, dit -on, dans l'interi:ogatoire de la dame de Boudeville elle s'est rendue coupable de plusieurs impostures ; car les termes les plus offensans ne coûtent rien à la dame de Bruix , quand il s'agit de déshonorer celle qu'elle appelle sa mère. £t quelles sont donc ces impostures ? LUe a dit que la dame de Bruix l'est venue voir plusieurs fois , tant en la présence qu'en l'absence du sieur de Boudeville; cependant dans plusieurs lettres la dame de Boudeville écrit qu'il y a des raisons qui empêchent ^ue les sieur et dame de Bruix ne voient le sieur de Boudeville ; mais ces raisoas ont pu changer, les sieur et dame de Bruix ont pu n'y pas déférer; en un mot, il est certain et notoire qu'ils sont venus plusieurs fois à l'hôtel de la Ferté, en présence du sieur marquis de Boudeville. La dame de Boudeville n'a donc
l6o OEUVRES DE GOCHtN.
parle que le langage de la vërite. La dame dé Boudeville a écrit à la dame de Bruix qu'elle n'aurait point fait le voyage de Bagnères, si elle n'avait pas été flattée du plaisir de la voir; et dans son interrogatoire elle dit quelle a fait ce voyage parce que les médecins lui ont conseillé les eaux ae Bagnères, comme convenables à sa santé. Ces deux faits sont également vrais; les médecins ont conseillé les eaux de tiagnères , comme fort convenables à la dame de Boudeville, qui dans toutes ses lettres rend compte des maux qu'elle souffi:ait et des douleurs dont elle était attaquée. Mais quoique ces eaux lui aient été conseillées comme nécessaires , elle a pu cependant balancer entre Tespérance de la guérison et la fatigue d'un si long voyage , et dans cette incertitude être touchée du plaisir de voir une personne qu'elle aimait. Qu'y a-t-il donc en cela de contradictoire ?
Enfin, dit-on, il ne faut pas prendre les preuves séparément , c'est une chsdne de faits et -de circonstances qu'il faut réunir; mais qu'on réunisse tant que Ton voudra cette multitude de faits , et ils se réduiront toujours à des faits imaginés sans aucune preuve et à des preuves de deux circonstances très-indifférentes, c'est-à-dire à des témoignages d'amitié et à des libéralités. Or , est-il permis de dire sensément que des faits hasardés seront des commencemens de preuves ? Quoi ! les faits même que l'on articule seront des commencemens de preuves qui conduiront à faire admettre la preuve demandée, c'està-dire que la demande même de la preuve sera un titre pour l'obtenir! Dans quelle école a-t-on jamsûs toléré un pareil raisonnement.^
On a ajouté que la dame de Bruix qui n'a ni titres ni possession de l'état qu'elle réclame,|a titres et possession d'un état contraire que la preuve testimoniale ne peut jamais ébranler. On ne s'étendra pas sur cette seconde proposition qui est purement surabondante; car quand on supposerait que la dame de Bruix ne serait point fille de Guillaume de la Sale , et qu'elle n'aurait point un état connu, cela ne lui donnerait aucun droit de se placer dams la maison de la Ferté; une fille sans état n'a pas droit de s'en choisir un au gré de son.ambition. Mais voyons