PREMIÈRE PARTIE. I
de supposer un accouchement dont on ne trouve aucune preuve, de sonder des mystères impénétrables, de supposer l'existence d'un enfant que l'on n'a jamais vu naître ? *
Non, dans de pareilles tentatives la justice ne peut être trop sévère; ce serait ouvrir la porte aux. impostures les plus grossières et les plus funestes, que d écouter seulement ceux qui viennent débiter de pareils faits. L'accouchement de la mère , la naissance de l'enfant sont des évén^nens que la loi n'abandonne point ii des preuves incertaines et équivoques, elle ne se repose que sur des preuves lumineuses , et capables de subjuguer la raison la plus rebelle : ce sont aussi les seules que la demoiselle Ferrand invoque en sa faveur.
Premièrement, nous avons ici l'aveu, la reconnais* sance expresse de madame Ferrand elle-même. C'est un fait qui lui est propre et personnel; c'est un fait qui la touche d'assez près, qui intéresse assez son honneur , pour qu'on ne puisse lui refuse^ la plus parfaite confaance, lorsqu'ic^e en rend compte à la justice sous la . religion du serment. Quel intérêt aurait eu madame Ferrand de reconnaître son accouchement de 1686, si elle n'y avait été entraînée par la force de la vérité , et d'une vérité si connue , qu il n'était pas possible de la désavouer ?
Qu'on ne nous dise pas c^ue l'état des enfans ne dé* pend point des déclarations des père et mère , et principaiement des déclarations qui sont faites depuis le pro«> 'vbs commencé ; qu'on nous épargne la citation de la loi ™^^*«e, non nimis asses^erationibus , etc. , et des préjuges mteiTenu5 dans cette matière : c'est abuser et du prmcipe , et des textes qui en sont la source^ que d'en feire usage daua Tespèce présente.
Dans quel cas rcjette-t-on les déclarations des père et mère comme suspectes? C'est lorsqu'il paraît un concert de fraude entre l'enfant qui veut s'introduire dans une famille , et le père ou la mère qui lui tendent les bras pour le recevoir ; c'est lorsque la m^re paraît être l'âme et le mobile de l'entreprise de l'entant , et qu'elle se prête à sa demande pour la favoriser . Que la demoi-
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^elle Ferrand est dans un cas bien différent ! La plus cruelle contradiction qu'elle éprouve est de la part de la- dame sa mère; eUe refuse de la reconnaître pour sa fille légitime, elle la travestit en bâtarde de son frère , elle l'accable de reproches et d'injures , et la traite publiquement comme uti monstre a ingratitude. Avec de tels sentimens deyiendra-t-eUe suspecte à la justice sur le fait de raccouchementdel686/ Et lui refusera-t-on dans cette partie toute la confiance qui lui est due ?
Les collatéraux eux-mêmes n'osent pas porter }us-. que- là leur résistance; car s'ils croient que madame Ferrand en a imposé dans son interrogatoire, comment ne l'accusent-ils pas de parjure et de supposition* de part? Comment ne tournent-ils pas leurs armes contre elle avant que de les employer contre la demoiselle Ferrand ? Au lieu de prendre ce parti , on les voit agir de concert avec madame la présidente Ferrand , méditer une défense commune , réunir leurs intérêts. Quel est donc ce genre de désaveu et de contradiction entre àe» personnes dont l'union paraît si bien cimentée ?
Secondement, l'aveu de madame la présidente Fer^ rand, qui suffirait par lui-même , est ici soutenu par des pièces dont l'autoilté ne peut être ébranlée, c'est-à-dire, par le registre des baptêmes de la paroisse de Saintbulpice, auquel il faut nécessairement joindre le procès verbal du 28 octobre 1686. C'est le même curé de Saint-Sulpice qui parle dans ces deux pièces ; c'est lui qui, après avoir commencé à s'expliquer dans le registre sur l'état de l'enfant, achève de le développer dans 1^ procès verbal , et qui ajoute ce qui manquait à 1* P^"^"^ tection de l'acte baptîstaire; c'est lui en un mot, qm nous atteste que l'enfent présenté sur les fop«s sacrés , a été annoncé comme le fruit du mariage de M. et de madame Ferrand.
religion. C'est pour cela qu'elle les a chargés d'en faire une mention expresse dans leurs registres , leur devoir les y engage ; mais si malheureusement ils y ont man-