PREMIÈRE PARTIE. I
que, qu'y à-t-il de plus décisif, pour réparer un silence si funeste, que la déclaration qu'ils en font presque dans le même instant devant les officiers publics qui en dressent un monument authentique? Il faut donc déférer à une preuve si convaincante , ou il n'y aura plus rien de certain dans l'état des hommes.
Les collatéraux qui paraissent refuser leur confiance à madame la présidente Ferrand, élèvent aussi quelques critiques sur les titres qu'on leur oppose. Le registre , disent-ils, ne nomme point les père et mère, c'est donc une pièce inutile à la demanderesse. A l'égard du procès verbal, c'est une pièce étrangère au registre, et qui n'est point dans la classe des titres que la loi a établis pour preuve de la filiation. C'est ainsi qu'ils croient nous affaibhr en divisant nos . forces ; ils prennent d'abord le registre seul , et n'y trouvant point de nom de père et mère, ils triomphent d'un silence qui leur paraît favorable ; ils passent ensuite au procès verbal , et trouvant une vérité qui les confond, ils s'en débarrassent par le caractère de la pièce : mais cet artifice est trop grossier, et Téquité ne permet pas de -séparer ce qui a une relation si intime et si nécessaire.
Le registre ne peut être considéré seul, puisqu'il faut nécessairement qu'on convienne qu'il est impartait. Si l'on se renferme dans le registre seul , on trouvera une fille baptisée , mais on ne lui trouvera ni père ni mère ; cet enfant sera-t-il donc privé de son état ? Ne pourrat-il réclamer personne dans la nature comme auteur de sa naissance? Cela est impossible ; il faut donc aller plus loin , A faut chercher des lumières hors du registre. Mais quelle lumière plus pure pourra-t-on trouver que celle que nous administre le même curé dans un acte authentique fait le même jour, et presque dans l'instant du baptême ?
Il est vrai que la loi n'a pas établi les actes par-devant notaires pour être les monumens ordinaires de la filiation : mais pourquoi ? Parce qu'elle a chargé les curés de faire une mention expresse sur leurs registres des père et mère de Fenfant ; par conséquent lorsqu'ils ne l'ont pas fait, quand par négligence ou par d'autres
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motifs aussi peu légitimes ils auront manqué à une obli-
{|[ation q[ui leur est si étroitement imposée, cette même oi leur interdira-t-elle toute autre voie de réparer leur faute ? Faudra«t-il qu'elle demeure sans remède ? Et s'il en est un qui puisse être employé, en pourrait-on trouver un plus efiScace que la déclaration faite presqu'au même instant , devant des officiers publics dignes de toute la confiance de la justice ?
Qu'on ne s'arrête donc point au registre seul, puisqu'il est imparfait ; qu'on ne rejette point un procès verbal authentique , puisque c'est un titre nécessaire , et le seul qui pût suppléer àiomission du registre.
Quelque langage que M. le président Ferrand eût tenu dans ce procès verbal, il ne pourrait donner atteinte à l'état de l'enfant ; mais M. le président Ferrand n'a point désavoué sa fille , il craignait qu'on ne lui supposât un enfant étranger ; mais il n'a pas même pensé à méconnaître l'enfant dont sa femme était accouchée, il n'a point protesté contre la déclaration du curé , il n'a pris aucune mesure pour contredire l'accouchement ce madame Ferrand, quoiqu'il y eût mille voies ouvertes pour en établir la supposition, s'il n'était pas constant.
Le fait de l'accouchement après cela peut-il être ëqoivoque? L'aveu de la reconnaissance expresse de la mère, le silence du père , les monumens publics , tout met cette vérité dans un si grand jour, que personne ne peut y résister.
Seconde proposition. — Cet enfant dont la naîssa»<îe est certaine, n'est point décédé ; on ne rapporte «* extrait mortuaire, ni niéme aucun indice qui annonce sa mort; il n'en faut pas davantage pour se convaincre de son existence actuelle.
Un citoyen acquis à la république ne peut disparsntre sans qu'eue soit en droit d'en demander compte aux père et mère et à la famille; c'est à elle à le représenter, sans quoi elle est exposée aux plus vives poursuites du ministère public. Ici l'en&nt paraît dans des monumens audienûques , depuis il est enveloppé , à ce que l'on prétend , dans son obscurité profonde. Si cela était, la