‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 64 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. l8l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. l8l

justice ne s'animerait-elle pas dans une occasion si intéressante ?

Les défaites imaginées par madame Ferrand pour se dispenser de rendre compte de son sort, loin de justifier le décès de Tenfant, ne servent qu'à confirmer son existence.

On lui demande , article 4 ^^ ^^ interrogatoire : Si la fille qu'elle dit être née en 1 686 , est actuellement morte ou vi^^ante. Elle répond : que la dame de JBel* linzani sa mère a pris soin as cet errant dès sa naissance y qu'elle a dit qu'elle était morte; qu'elle^ M. le président Ferrand, et toute la famille Vont cru.

On insiste, et on lui demande : Si elle a une conn naissance personnelle que ladite enfant s(ùt morte ; elle répona : cfiHétant absente et éloignée par ordre du roi y elle n'a pu prendre aucune connaissance par elle-même de l'état de l'enfant. Que veulent dire /

de pareilles aUéffati<»is ? Madanie Ferrand ne sait rien par elle-même ée Fétat de sa fille , elle cite un prétendu témoin décédé il y a près de trente ans , elle se contente d'un discours vague qu'elle sjuppose qu'on lui a. tenu ; elle n'a qur'uifê opinion de la mort de sa fille. Est-*ce ainsi qu'uiae mère peut vouer son enfant à une obscurité

impénétrable:?

L'ignorance qu'elle affecte est une idée qui révolte la raison ; elle a du nécessairement savoir où sa fille a été mise en nourrice , la précaution d'en retenir une a ^ù procéder l'accouchement. MadameFerrand était alors en ]^n£ liberté , elle doit savoir quelle est la nourrice, en quel lieu elle demeurait ; rien ne peitt à cet égard excuser son silence.

Depuis son accouchement elle n^a pu ignorer le sort de Sa fille; quand elle n'aurait pas pu en prendre soin par elle-même , elle ne pouvait pas être regardée comme assez étrangère à sa fille pour qu'elle n'eût aucune con*naissance de ce qui la.regardait. Elle npus parle toujours de l'abbaye de Lo près de Chartres , où elle fut envoyée. Mais quoi doi^c ! cette abbaye est-elle une ile déserte où l'onn'entendç pluspaorler du genre humain, où l'on n'ait

iSa OEUVRES DE COCHIN.

plus de nouvelles, d'accès, de relation? C'est nous entretenir de chimères , que de nous dépeindre une espèce d'impuissance à une mère de savoir ce que sa fiUe est devenue.

On lui demande, art. i4 : -5*7/ n^ est pas vrai que depuis i6c)o jusqu'à la fin de 1692^ sa fille a été dans le monastère des Jnnonciades de Melun. Elle répond , n^as>oir aucune connaissance des lieux où la dame de Bellinzani peut V avoir mise , que d'ailleurs en 1 690 on avait déjà annoncé la mort de cette fille.

Comment concilier cette mort annoncée, dit -on, en 1 690 , avec le registre du même monastère de Melun , où l'on voit la demoiselle Ferrand pensionnaire en 1092?

Art. 26, on lui demande : Si cet enfant avant d'être mise à Melun, n'a pas demeuré à Puiseaux. Elle répond, qm le fait est absolument faux.

C'est ici que la fermeté et la présence d'esprit a abandonné madame la présidente Ferrand. Si elle avait voulu ^oiitenir le système de ses précédentes réponses, elle n'avait qu'à dire qu'elle ne savait point où la dame de Bellinzani sa mère avait mis sa fille; mais non , elle affirme que sa fille n'a point été à Puiseaux. Mais comment le sait-elle , puisqu'elle n^a eu aucune connaissance par elle-même de ce qui s'est passé à l'égard de cet en'fant ? La contradiction ne peut être plus sensible; elle sait parfaitement que sa fille n'a point été à Puiseaux , cependant elle ne sait rien de son sort. Est-il permis^ après cela , de se dissimuler à soi-même que l'on veut feire passer pour mort un enfant qui existe actuellement ?

Enfin , sur l'article 29 de l'interrogatoire , on demande à madame Ferrand : Si elle sait la paroisse à Paris ou en province où a été inhumée la fille qu'elle a eue en 1 686. Elle répond, n'avoir entré en connaissance d'aucune particularité de l'enfant dont la dame de Bel-linzani sa mère s'était chargée y qu'elle croit que la dame de Bellinzani aura remis l'extraitmortuaire de cet enfant à M. le président Ferrand , à qui il était plus nécessaire qu'à elle répondant^ y qui déclara

Page 1