PREMIERE PARTIE
cependant n'en avoir point de connaissance y étant dans tous ces temps éloignée.
Voflà une étrange situation! LadamedeBellijatzaniqui a survécu dix-huit ans au retour de safilWà Paris, ne lui a jamais parlé du lieu de la paroisse où sa fille était inhumée , elle en aura remis l'estpait mortuaire à M. Fer-* rand , et madame Ferrand n'en aura pas eu la moindre notion. A qui prétend-on en imposer par des illusion* si grossières? La vérité ne perce-t-elle pas au travers dé ces déguisetnens , et ne maniieste-t-elle pas Texistencede la fille née en 1 686 ?
En un mot, aucune preuve de son décès , point d extrait'mortuaire, ancune circonstance qui l'annonce; on ne parle que deouï-dire vagues^ incertains, que dominions , que de présomptions ; il n'y a point de crédulité assez aveugle pour donner dans de pareils pièges, et l'exisïtence de 1 enfant paraît aussi constante que sa naissance.
Troisième proposition. — Mais la demanderesse estelle cette même fille dont madame Ferrand est accouchée, et dont l'existence est démontrée? C'est le dernier retranchement de nos adversaires; l'identité, disent-ils, n'est point établie.
Dans cette partie de là cause la preuve testimoniale, si on en avait besoin , ne pourrait jamais être refiisée. On ne prouve point là naissance d'un entant par témoins, c'est aux monumens publics, c'est aux registres et papiers domestiques des père et mèr^ décèdes que la loi nous renvoie : que l'on n écoute donc point ceux qui veulent établir un fait si important , et qui , pour tout gage de leur sincérité , n oflfrent à la justice qu'une
{preuve tes^timoniale ; c'est ce que la loi, de concert avec a raison, exige de la fermeté et de la sagesse des magistrats, et ce qui est afifermi par line jurisprudence invariable. Mais quand il est prouvé quun enfant est ne, et qu'il n'y a aucune preuve de son décès , en sorte qu il ne s'agit que de savoir s^i celui qui se présente est ce même enfant; non-seulement on ne peut refuser la preuve testimoniale, mais on l'ose. dire, c'est une preuve
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souvent nëcessaire , et, pour ainsi dire , la seule à laquelle on puisse recourir.
Comment un enfant prouvera-l-il qu'il est le même que celui que sa mère a eu dans un certain temps , si ce n'est parce qu'il aura été connu pour ce même entant pendant un certain nombre d'années • et que s'il a été caché depuis par le concours de certaines circonstances , il reste cependant plusieurs témoins en état de le reconnaître et de le manifester à la justice ? De là tant de causes célèbres où la justice a été obligée de déterer à la preuve testimoniale sur la question de l'identité, la cause de Maillard, celle de Caille, et tant d'autres. Un enfant, en quelque âge qu'il soit , ne va pas de temps en temps se présenter devant des officiers publics pour vérifier qu'il est toujours le même enfant : c'est donc une nécessité absolue de recourir sur ce point de fait à la preuve testimoniale.
Mais tel est l'avantage de la cause de la demoiselle
NFerrand , qu'elle ne croît pas même avoir besoin de ce
secours , et que ce n'est que surabondamment qu'elle
oSre cet éclaircissement à la justice , si elle veut encore
acquérir de nouvelles lumières.
Les preuves qu'elle a de l'identité ne peuvent êix^ plus claires ni plus décisives.
I** Madame la présidente Ferrand convient que la demanderesse est la même fille qui fut conduite en 169Î au couveïit de Rodez par la demoiselle Prévost, sa femme de chambre, et qui y est restée jusqu'en Ï70&; que c'est la même qui a été depuis à Nemours , à Cor^ beil , à Saint-Aubin , en l'abbaye d'Hiers , au Trésor et aux Andely s ; ainsi depuis 1 690 au moins , il n'y a point d'incertitude sur le sort de la demanderesse.
Il y a plus , madame Ferrand convient que dans ce long espace de temps , c'est elle qui a pris soin de la demanderesse, qui a payé ses pensions, fourni à^sa sul>sistance, en un mot veillé sans interruption sur sa personne, et fourni même le capital de deux rentes de trois cents livres chacune qui lui ont été constituées. Aux yeux de la raison , ces faits seuls sont décisifs , et ne permettent pas de douter que la demanderesse ne soit la
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même fille dont madame Ferrand est accouchée en 1 666» 11 est établi que madame Ferrand a eu une fille en 1 686 y et que cette fille n'est point décëdée, il faut donc que cette fille se trouve ; msds en qui la peut-ron reconnaître ^ si ce n'est dans la seule fille au monde dont elle ait jamais pris soin?
Nos adversaires ont eu raison de dire qu'il ne suffit pas d'alle'guer et de prouver même des soins continuels , ce que les jurisconsultes appellent tractatum , pour en conclure de la part de l'enfant, que ceux à qui il est re-< devable de unt de bontés et de tant de soins , sont ses père et mère ; mille motifs diffërens peuvent exciter cette bienveillance. Ainsi il serait absurde , il serait même indécent de dire : vous avez toujours eu soin de. moi, donc vous avez été ma mère, donc je suis.l'en&nt que vous avez mis au monde» Mais quand il est certain que celle qui s est chargée de tant de soins et de tant de dépenses, est accouchée, et a donné la naissance à une fille , quand ce lait est prouvé etTeconnu, quand il n'y a aucune preuve de la mort de ce même eniant , et qu'il ne s'agit plus que de le découvrir 3 alors l'éducation, les soins , la dépense deviennent un indice sûr, et auquel il n'est pas possible de se tromper. Madame \ errand a eu unettfille qui n'est point morte ; elle a toujours donné tous ses soins à la subsistance et à l'éducation d'une fille p^idant quarante-quatre ou quarante*cinq ans , et n'a jamais eu soin que de celle-là; alors il faut nécessaire^ ment de deux choses l'une, ou que ce soit sa fille, ou qu'elle ait abandonné sa propre filk' pour avoir soin aune fille étrangère. La dernière partie de l'âdtemativechoque également la religion, l'honneur, la nature, l'humanité^ : il n'est donc pas possible de l'admeure, ni par conséquent de rejeter la première conséquence.
Mais il ne faut pas s'arrêter, dit-on , à ces témoignages extérieurs , il faut examiner à quel titre ces soins vous ont été prodigués , et quelle mesure on a gardée dans lès avantages qu'on vous a faits. Le titre des bontés de madame Ferrand, c'est la qualité de bâtarde de son Ërère^ dont la dame de Bellinzani lui avait fiàtrla confidence. \^ m^esure que Vojx a ^dée ^ce sont de amples alimens^
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des pensions modiques dans des monaslèrés éloignés. Peut-on se prévaloir de si modiques avantages ?
On croit avoir déjà écarté la fable de la prétendue bâtarde du sieur de Bellinzani ; c'est se jouer de la nature et de la religion , que de venir substituer cette fiction à la réalité. Où est la preuve que le sieur de Bellinzani ait jamais eu une bâtarde ? Où est son extrait baptistaire? Une mère, une sœur se seraient-eUes chargées de tant de soins et de tant de dépenses pour le fruit malheureux du crime du sieur de Bellinzani P Ce serait lui qui aurait été le coupable , ce serait sa mère et sa sœur qui en auraient porté volontairement la peine. Mais * quoi ! Madame Ferrand a tant de zèle pour la bâtarde de son frère, et elle ne s'informe pas même du sort de sa propre fille ? Les absurdités se multiplient à chaque réflexion , et l'on croit éluder par-là les argument victorieux qui s'élèvent en faveur de la demoiselle Ferrand ? Non, personne ne sera la dupe d'une supposition si grossière. Madame FerrSind a une fille , on la fait disparaître sans preuve de sa mort ; on donne tine fille au sieur de Bellinzani sans aucune preuve de sa naissance ; par un échange si odieux , l'en&nt légitime sera-t-il dé-* gradé?
Quant à la qualité des soins que l'on a pris pour la demoiselle Ferrand , il n'y a rien qui puisse affaiblir la juste conséquence qu'elle en tire. Ce n'est point ici un enfant que 1 on ait réduit à un état vil et abject , on ne le voit point placé dans le rang des domestiques ou d'un vil artisan ; c'est une fille qui a toujours été placée dans • des monastères où l'op a payé pour die les mêmes pensions que l'on payait pour d'autres demoiselles dune naissance honorable, ou même distinguée; rien ne lui a manqué de ce qui convenait au rang où la Providence l'avait placée dans le monde. M. et madame Ferrand n'étaient pas riches ; mais ils n'ont pas pour cela abandonné leur fille , et la place qu'ils lui ont fait remphr , n'a jamais rien ressenti qui fut au-dessous de leur condition.
Il faut donc reconnaître que ce premier temps qui remonte jusqu'en 1693, nous fournit une preuve constante de ridentité que Ton ose contester. U ne s'agit que