PREMIÈRE PARTIE
de trouver la fille dont madame Ferrand est accouchée ; maïs peut-on la méconnaître dans l'unique fille dont effe ait pris soin pendant tant d'annëes ? Quand on n'aurait rien dans l'intervalle de 1 686 et 1 698, ces deux epo-r ques se rejoindraient nécessairement.
2° Mais en remontant au delà de 1698 , la venté que l'on vient d'établir se fortifie et brille d'un nouvel éclat. La demoiselle Ferrand avant que d'être conduite à Rodez, avait été pensionnaire aux Annonciades de Me-» lun ; c'est un point essentiel dont madame Ferrand est convenue dans l'art. 34 de l'interrogatoire : elle y déclare se souvenir que la demoiselle de Vigny (c'est ainsi qu'elle qualifie la demanderesse) a été a Rodez ^ à Sainth^ubiriy à Nemours, à Melun, à Corbeil, à Vabkaye d'Hier s y au Trésor et aux Andelys. Ce sont en effet tous les couvens où a été la demoiselle Ferrand. Madame la présidente Ferrand affecte d'en renverser l'ordre , mais il est d'aillem:s bien établi ; il est certain que la demanderesse a été à Rodez depuis 1 69^ jusqu'en 1705 ; à Nemours depuis 1705 jusqu'en 1706; àCorbeil depuis 1706 jusqu'en 1708; à Saint- Aubia depuis 1700 jusqu'en 1726; et enfin depuis 1726 à Hiers, au Trésor et aux Andelys. Ainsi depuis 1693, la demoiselle Ferrand n'a point été à Melun , il faut donc nécessairement que ce soit avant 1693.
Or, avant 1693, qui est-ce qui était pensionnaire à, Melun ? C'était xme demoiselle à qui on avait donné d'abord par erreur le nom de Batilii, et à qui on avait restitué depuis son vériuble nom de Ferrand : c'est ainsi qu'elle est nommée et inscrite dans le regisdre de* la maison , signé par des religieuses qui sont mortes il y a plus de trente ans. C'est donc la demanderesse individuellement qui était pensionnaire à Melun avant 1693. Madame la présidente Ferrand en convient , article 34 de son interrogatoire ; mais celle qui était pensionnaire à Melun , était la demoiselle Ferrand , cela est prouvé par le registre; donc c'est la demanderesse individuellement qui est la demoiselle Ferrand.
On ne peut pas réunir les deux faits qui sont également prouvés , sans que l'identité soit démontrée. Si b^
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demanderesse prouvait uniquement qu'elle a e'te peib* sionnaire à Melun en 1 692 , sans prouver que cette pensionnaire y fût connue pour mademoiselle Ferrand , sa preuve serait imparfaite ; de même si elle prouvait uniquement qu'il y avait une demoiselle Ferrand , pensionnaire à Melun , sans justifier que ce fut elle individuellement , on l'écarterait encore par la distinction que Ton pourrait supposer entre cette demoiselle Ferrand et elle ; mais quand les deux faits sont constans , alora l'identité ne peut plus être ébranlée.
Que l'on ne dise pas qu'il reste un vidé depms 168& jusqu'en 1 690 ; car en matière d'identité , quand elle est établie dans un temps , tout ce qui précède est nwîessairement rempli. Si la demanderesse était la demoiselle Ferrand en 1 690 , 1 691 , 1 692 , il fallait néeessaûwnent quelle le fût en 1686, 1687^ ^^88 et 1689, On ne peut pas être soi-même pendant un temps , et ne l'être pas i>endant un autre. La demanderesse était connue pour la demoiselle Ferrand y et pour fille de M. et de madame Ferrand ; en un mot elle était la demoiselle Ferrand en 169 1 et i692,qu'a-t^lle autre chose à établir?
Elle n'a pu être la demoiselle Ferrand et cesser de l'être , comme elle na pu être la demoiselle Ferrand sans l'avoir été auparavant. Ainsi la distinction des t^nps ne peut pas même être proposée en matière d'ideniité ; il suffit de trouver un point fixe , un seul instant où elle soit justifiée, pour qu'elle le soit, et pour tout ce qui •précède , et pour tout ce qui suit.
11 n'y aurait qu'une seule évasion contre u»e réflexion si décisive qui serait de dire, il est vrai que vous avez été connue pour la demoiselle Ferrand dans Je couvent de Melun , mais on n'a pas eu raison de vous reconnaître pour telle. Prouvez que vous la fiissiez en effet. Mais n est-ce pas être vaincu sans ressource et sans retraite que d'être réduit à une pareille défense ? Toute personne qui aura l'identité à prouver, ne la prouvera jamais qu'en disant et en justifiant qu'elle a été connue et traitée comme la personne qu'elle veut être ; et ^ cela est constant, écoutera-t-on des adversaires qui diront, Cela est vrai , vous avea^ été traitée et connue comnie une