‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 67 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. I · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. I

telle personne ; mais prouvez que vous la fussiez réellement : l'identité ne peut jamais se prouver que par la connaissance des autres , et par le traitement qu'on en a reçu.

Quoi donc, pour l'identité &udra-t-il suivre de jour en jour la personne que l'on veut être ? S*il y a un an , deux ans d intervalle, on dira que tout est perdu; mais s'il n'y a qu'un mois , qu'un jour , on pourra dire la même chose; et comme la preuve de l'identité ne pourra jamais être portée à cette précision, il faudrait dire que la preuve de l'identité serait impossible.

Mais pour mettre la vérité dans le jour le plus écla-^ tant, la demoiselle Ferrand a donné des requêtes par lesquelles elle a articulé des faits si précis d'identité , que si la religion de la cour la portait à suspendre en« core son jugement, il ne serait pas possibfe de se refuser à rédaircissement de ces faits. Elle a demandé permission de faire preuve que la fille dont madame Ferrand est accouchée en 1 686 , a été mise pensionnaire aux Ânnon^ ciades de Melun au mois de juiUet 1 690 ; que c'est la demanderesse individuellement qui était^^ cette pension-» naire , qui y a été connue publiquement et traitée comme fille de M. le président et de madame la présidente Ferrand , et qui a été tirée de ce monastère en décembre 1 692 , pour être conduite à Rodez où elle est arrivée le premier janvier 1693 ; que même avant que d'être mise dans la maison de Melun ^ elle a été mise à r uiseaux chez la sœur de la demoiselle Prévost , où elle était aussi connue pour la demoiselle Ferrand. Il faut convenir qu'il^i'y a jamais eu de iaits plus décisifs pour établir l'identité.On ,a déjà établi que la preuve testimoniale ne pouvait être refusée sur une pareille question. A plus forte raison doit-elle être admise quand cette preuve est déjà complète par écrit, outellement avancée , que l'on peut dire que toute autre preuve est superflue.

La demoiselle Ferrand est persuadée que , dès à présent^ il n'y a rien à désirer pour établir l'identité ; mais si un scrupule outré pouvait encore retenir les esprits j du moins ne pourrait-on se refuser à l'offre d'une nouvelle preuve qui porterait la vérité jusqu'à la démonstration.

On croit donc avoir établi les trois propositions que

igo ŒUVRES DE COCrtlN.

l'on avait annoncëes. Madame Ferrand est accoucliée d'une fille au mois d'octobre 1 686 ; cette fille n'esf point décédée ; on la reconnaît dans la demanderesse à des caractères qu'on ne peut effacer ; la naissance ^ l'eîdstence, l'identité, tout est dans le plus grand jour.

Tout cela pourrait être, disent les collatéraux; car ils sentent bien qu'ils font de vains efforts pour établir le Contraire : vous pouvez être fille de madame la présidente Ferrand ; mais où est la preuve que vous soyez la fille de M. le président Ferrand ? Il est vrai qu'il y a sur cela une opinion vulgaire qui attribue au mari tous les enfans de la femme ; mais il faut une bonne fois désabuser un peuple ignorant qui ne sait que faire retentir cette maxime , pater est quem nuptiœ démons^ trant; il faut lui apprendre que ce principe n'est point

Elacé dans les titres du droit qui parlent de l'état des ommes ; mais dans un endroit fugitif où il ne s'agit que de l'ordre judiciaire. Les jurisconsultes d'un ordre supérieur ont reconnu (Ju il y avait des cas où le mari n^était point ol^gé de reconnaître un enfant dont sa femme élait accouchée.

On a été effrayé de la dissertation qu'il a plu aux adversaires de la demoiselle Ferrand de former siu- ce

{>oint de droit ; mais on a' été encore plus surpris de 'impossibilité où ils se sont trouvés d'en faire f application dans le fait. Donnons quelque jour à ces deux réflexions.

La maxime qui oblige de reconnaître pour père de l'enfant le mari de sa mère, n'est-elle donc . comme on l'insinue, qu'une opinion popidaire , fruit ae l'igno-^ rance et de la crédulité?

C'est , au contraire , le fondement inébranlable de l'état des hommes . c'est le lien le plus sacré de la société, c'est la religion, cest la dignité du mariage, c'est l'honnêteté publique qui l'a dictée , et qui en a fait une loi impérieuse qui subjugue tout, doutes, incertitudes, présomptions, soupçons dictés ou par la malignité , ou même par une sorte de vraisemblance , tout doit être captivé sous le joug d'une loi si sage et si nécessaire.

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