PREMIÈRE PARTIE. iS
s^il la condamne, vingt témoins qu'elle tërait entendre aujourd'hui pourraient«ils prévaloir?
Qu'die se réduise à ce qu'elle a dit dans son mémoire de 1 737 ; qu'elle propose pour tout moyen de séparation que son mari a eu une inclination , que la présence de la iëmme est devenue importune et même odieuse; qu'elle ajoute , si elle veut , que le marquis du Pont-du-Cnâteau le lui a fait sentir en plusieurs occasions et avec amertiuue ; qu'enfin sa religion, et non la dureté de sa situa* tion , lui a fait taire la proposition de se recirer , et que le marquis duPont--du-Château a cédé sans peine; et nous verrons si de pareils faits sont assez graves pour fonder une demande en séparation, et si la justice se portera à les admettre. La dame marquise du Pont*du-Ghâteau ne le pense pas elle-même , c'est pourquoi on a changé toute Thistcdre dans sa plainte. On a imaginé ce qu'il y a de plus noir, de plus affreux, de plus propre à exciter l'indignation contre le mari; mais on iravait plus alors une mémoire heureuse , on ne se souvenait pas que la dame du Pont-du«-Ghâteau avait elle-même déposé tout le contraire dans un mémoire public. Aujourd'hui que la vérité se trouve manifestée par son propre témoignage, ceux qui abusent de sa confiance ne doivent-ils pas être couverts de confusion? et la fin de non-recevoir qui s'élève contre la preuve demandée, peut-elle souffiîr quelque réponse ?
Secondement , la dame du Potnt-du-Qiâteau a formé en 1 736 une demande en séparation de biens ; il n'y a point d'efforts qu'elle n'ait &its pour y réussir. Après avoir perdu sa cause au Ghâtelet en 1 737, elle a tenté le secours de l'appel, et le procès a été instruit en la couravec toute l'ét^odue qu'on pouvait lui donner : il n'a été jugé que par l'arrêt de 1 740 , qui a confirmé la sentence ; mais après cela la dame du Pont-du-Château estelle recevable à former une danande en séparation d'habiution?
Si la. dame du Pont-du-Château avait vécu pendant s^ze ans dans l'état d'oppression et d'esckvage qu'elle noué peint dans sa requête ; si elle avait, été insidtée , outragée, traitée. avec la plus grande indignité, comme
l6 OEUVRES DE COGHIN.
elle le prëtead , il ne fallait pas se borner à la sépara*^ tion de biens , il faHait tout <l un coup en venir à la se-
Faration de corps; se réduire à l'une, c'est renoncer à autre, et reconnaître qu'on n'a aucun moyen pour l'entreprendre j d'autant plus que par la séparation de corps elle palrvenait à la séparation de biens ; ainsi elle aurait eu deux moyens , celui des sévices et des mauvais traitemens, et celui de la dissipation. Pourquoi s'est-elle ré-^ duite au dernier seulement, si elle avait pu faire usage du premier ? N'est-il pas «vident que bien convaincue qu'il n'y avait aucun prétexte à la séparation de corps , elle n'a pas osé en parler ;. mais cette reconnaissance de sa part ne fbrme-t-elle pas contre elle une fin de nonrecevoir invincible ? Celui qui avait deux moyens pour soutenir sa demande et qui n'en a proposé qu un , n'est plus recevable à revenir à l'autre pour renouveler sa prétention. Il n'est donc pas possible d'écouter la dame du Pont*-du- Château dans la nouvelle action qu'elle intente, après avoir succombé dans la première.
On ne dira pas que c'est par ménagement pour son mari qu'elle n a point demandé alors la séparation de corps; car quand on en vient à une rupture ouverte, il n'est plus question de ménagement , et les écrits de la dame du Pont-du«-Cbâteau dans l'instance de séparation de biens , en fournissent une preuve complète. Le marquis du Pont-du-Château y est attaqué sans ménagement sur l'excès de ses dissipations ; on vient de voir qu'on en attribue la cause à oie prétendus engagemens criminels qui blessaient la religion de la dame du Pontdu-Château. Quand une fois une femme croit pouvoir se déchaîner à ce point contre son mari , on ne persuadera jamais que pour le ménager elle ait refusé d'employer un moyen décisif qu'elle aursût eu en main pour parvenir à son ol^et.
Mais , dira-t-on , la dame du Pont-du-Château était séparée de corps par un acte volontaire, elle n'avaitrien à demander à cet é^ard ; il ne lui restait qu'à tenter la séparation de biens, u n'est pas extraordinaire qu'elle , s'y soit renièrmée. Cette défaite ne peut servir de ressource à la dame du Pont-du-Château; car outre qu'un*