‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 80 sur 196 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

sHl est mort? A-t-on négligé, lors de la sépulture, d'en iàire mention sur les registres? Ce n'est pas là sans dotrte ce que veut dire madame Ferrand : on a négligé apparemment de lever l'extrait mortuaire; mais si c'est là toute la négligence , elle est bien facile à réparer. Quand un enfant est mort à trois ou quatre ans , on sait dans quel lieu, dans quelle paroisse il était, on peut aller consulter les registres de cette |)aroisse. En effet, madame Ferrand ajoute : Je sais des personnes qui depuis notre procès ont ens^ojé lever des extraits mortuaires de leurs enfans ^ qu^ils avaient négligés jusqu'alors. Voilà tout ce que l'on demande à madame Ferrand; elle cite des exemples, et ce sont ces exem-* pies précisément qui la condamnent.

Je ne suis point instruite ^ dit-elle, des petites pav^ iicularités de ma famille y j'ai été éloignée par des or-r dres supérieurs, ma mère s'était chargée de ma fille après sa naissance^ elle m'a mandé la mort de ma fille. Quelle raison pouvait, à mon retour, m'obliger d'entrer dans ce détail: Madame Ferrand compte^-eUe donc au nombre des petites particularités de safamilley le sort d'un de ses en^fans , sa vie ou sa mort , son existence ou sa perte? L'état etla société n'en pensent pas de même; ce sont là des objets du premier ordre, et qui de^ mandent toute l'attention non - seulement des père et mère, mais même des familles entières. Une mère éloignée par des ordres supérieurs n'ignore pas qu'elle a une fille , et ne devient point insensible sur son sort j avant que de partir, depuis qu'elle est arrivée, elle sait dans quel lieu on a mis son enfant en nourrice, elle sait les changemens qui peuvent arriver; et sans la suivre ellcT-méme, rien ne lui échappe de toutes les circonstances qui la concernent. L'ignorance qu'affecte madame Ferrand offense l'humanité même.

Mais enfin n'aurait-il pas été Juste y dit^elle , d'exi^ ger de la demoiselle de Figny qu'elle déclarât précisèment qui elle accuse de la suppression de son état ? Elle "va de branches en branches ^ comme un oiseau qui ne trouve pas ce qui lui convient.

C était avant que la demoiselle Ferrand eût recouvré

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tous les titres qui manifestent son ëtat, qu'elle allait de branche en branche, ou, pour retrancner la métaphore, de couvçnt en couvent, sans trouver ce qui lui convenait ; mais depuis qu'elle a rassemblé toutes les preuves de sa naissance, elle ne marche plus au hasard, son système est fixe et invariable; la naissance d'ime fille de madame Ferrand en 1686, son existence , l'identité de celle qui se présente , tout est dans le plus grand jour , et cela lui suffît. Pourquoi veuton qu'elle accuse quelqu'ui^ en particulier de la suppression de son état ? Contente de rentrer dans tous ses droits , elle ne veut faire de crime à personne ; il en coûterait trop à son respect , à sa tendi^esse, à son bon naturel , pour s'ériger en accusatrice ; elle cherche même à excuser dans son cœur les fautes que Ton peut avoir commises à son égard. Est-ce donc là un rôle que l'on puisse lui reprocher ?

Enfin dans ses réflexions générales , madame Ferrand déplore l'aveuglement du public qui pousse aussi loin la crédulité que la demoiselle de Vigny ^ dit-«lle, fK)usse la hardiesse et V imposture ; elle impute cette prévention à une partie de sa famille qui se déclare contre elle , si on veut l'en croire. La demoiselle Ferrand ii'ignore pas que le public a eu l'équité de s'intéresser en sa faveur, mais elle ne peut pas douter que ce ne soit l'autorité de ses titres et l'évidence de son droit qui ait attiré les suffrages. Elle n'a jamais cru en être redevaUe à une partie de la famille de madame Ferrand ; ce n'est pas qu'elle n'eût été en état de rendre compte d'une infinité de circonstances dont elle est parfaitement ins-* truite ; mais la demoiselle Ferrand qui n'a jamais eu d'accès qu'auprès du feu sieur de BeUihzani , sait que tous les autres ont toujours été sur la réserve, et qu'elle n'en a jamais pu tirer aucun secours : silence qui lui aurait été faial, si la Providence ne lui avait administré d'ailleurs des preuves au-dessus de toute critique.

Les enquêtes font le second objet des réflexions de madame Ferrand ; elle débute par une proposition gé* ûérale, dans laquelle elle ne craint pas d'être contredite;

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