PREMIÈRE PARTIE
Je lie croirai jamais que lorsque les juges ordonnent des preuves par témoins , Us ne se réservent pas le droit de les examiner. C'est aussi ce que demande la demoiselle Feirand ; que l'on examine les enquêtes , et même celles faites à la requête de madame Ferrand , et l'on yerra partout les preuves les plus lumineuses 9e celte identité, contre laquelle on réunît tant d'efforts inutiles.
La demoiselle Ferrand a un grand avantage dans la preuve testimomale qu'elle présente à la justice y c'est qu'il n'y a pas un seul de ses témoins qui ait été repro* chë. £t comment madame Ferrand aurait^elle pu 1 en* (reprendre , elle qui a fait entendre dans ses enquêtes tous les mêmes témoins sans exception ? Nous nous en sommes donc rapportés de part et d'autre aux mêmes personnes; par ce concert qui n'a peut-être point d'exem* pie , nous les avon» en quelque sorte constitués nos juges. Il ne s'agit donc plus 4{ue de savoir ce qu'ils déposent.
Cependant o^adame Ferrand hasarde une infinité de faits singuliers pour décrier également et la <}emoiseUe sa fille et les témoins; elle ne craint pas de supposer que Ton a tenté toutes sortes de voies pour les séduire. Les émissaires de la demoiselle de Vigny ont parlé a une femme du village de Bra^iilly, elle a écrit au prieur de Puiseaux; le lieutenant général de Nemours a fait venir une femme de Pithiviers pour la questionner ; le portier de M. l'abbé le Moine a dit à un homme de qualité que la demoiselle de Vigny avait promis de lui faire du bien ; la demoiselle Piou a voulu engager par menaces et .par promesses un cocher à dire que j'avais une fille cachée; mon cocher m'a dit qu'on était venu voir les armes de mon carrosse. Mais que servent tous ces traits que le désespoir d'une cause fait inventer, quand il n'y a pas le moindre indice qui les soutienne ? Madame Ferrand ne veut pas que l'on défère à une preuve juridique, et elle se persuade qu'on l'en croira sur les fables qu'elle débite. Jamais on n'a donné ce privilège à aucune partie. Madame Ferrand animée de la plus vive et de la plus injuste paj^siop , peut-elle se flatter d'en jouir ?
2l8 COUVRES DE COCHTN.
La demoiselle Ferrand n'a jamais entendu parler â\i village de Brazilly, où l'on suppose qu^elle a avancé avoir e'té en nourrice ; elle n'a pas la moindre connaissance du fait impute au lieutenant gëne'ral de Nemours; elle ne conçoit pas même que l'on eût pu envoyer chercher une Anne Prévost 5 celle chez qui la demoiselle Ferrand a e'ië à Puiseaux , étant morte depuis plusieurs années. On dit qu'elle a écrit au prieur de Puiseaux ; il serait facile de rapporter sa lettre , pour voir si elle respire la séduction. La demoiselle Piou, morte il y a plus a'un an , était une fille d'un mérite qui la faisait respecter de tous ceux qui la connaissaient; elle n'a jamais eu de parente aux Annonciades de Melun , comme on le suppose. Le fait.de l'homme de qualité qui a parlé au portier de M. l'abbé le Moine , est aussi étranger qu'inconnu à la demoiselle Ferrand. Mais encore unç ibis , à quoi aboutissent toutes ces déclamations , quand on n'a pas reproché un seul témoin , quand madame Ferrand s est mise dans l'impossibilité de les reprocher , eix les faisant entendre elle-même dans ses propres enquêtes ? Laissons débiter des fables , abandonnons à la calomnie la carrière dans laquelle elle se joue et s'exerce avec tant de liberté , et renfermons-nous dans la preuve juridique que la justice ne peut méconnaître.
Les témoins de Puiseaux , selon madame Ferrand , se contentent de dire qu'ils ont vu une petite fille avec Anne Prévost, que l'on disait que c'était la fille d'uit président , d'autres la bâtarde de M. de Bellinzani , d'autres la nièce d'Anne Prévost; mais d'autres , et ce sont là les honnêtes gens , disent qu'Anne Prévost n'a pointeu de petite fille avec elle.
Mais il s'en faut bien que l'enquête de Puiseaux soit aussi sèche que madame Ferrand le veut faire entendre. Le septième témoin , âgée de soixante-sept ans , dépose dans son enquête :
QuUl y a quarante à cinquante ans^ étant pour lors encore fort jeune fille, elle avait yu chez la Preyost, une jeune fille âgée dynyiroa trois ans et demi ou quatre ans^ laquelle était proprement mise, ayant un habit de damas jaune avec un fourreau blanc; qu'elle y est restée environ un an ;^ti'on ne sayolt