‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 82 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

point dans la ville de Puiseaux à qui appartenait cette petite fille ; que le bruit même s'était répandu qu'elle pouvait appar-< tenir et être la bâtarde de la dame Prévost qui était pour lors femme de cbambre de Indite dame présidente Ferrand ; que la dame Prevost5 informée de ce bruit qui se répandait dans la ville, avait dit que cet enfant n'appartenait ni à sa sœur ni à elle^ et qu'elle appartenait à un président de Paris.

De cette dëposiiion résultent trois circonstances importantes : 1° Il y avait une petite fille chez Anne Prévost vers lannëe 1689 ^^ 1690. 2° Cette petite fille avait trois ou quatre ans , ce qui convient parfaitement à la fille dont madame la présidente Ferrand était accouchée en 168G. 3° Cette petite fille appartenait à un président de Paris. La vérité commence à pénétrer par cette* déposition , les autres vont la mettre dans un plus ^rand jour.

Le huitième témoin , âgée de soixante ans, dépose dans Venquéte de madame la présidente Ferrand, qu elle a ouï dire à sa mère, il y a environ quarante-cinq ans,

Que la dame Prévost , sœur de la dame Fontfroid , était allée mener dans un couvent à Melun , ou aux environs de Melun, une demoiselle qu'elle dit (tre la fille de madame la présidente Ferrand.

Celte déposition tirée de la propre enquête de madame Ferrand y laisse-t-elle le moindre doute sur la vérité du lait articulé par la demoiselle Ferrand ? 11 se lie parfaitement avec la déposition précédente. Anne Prévost avait une petite fille chez elle de trois à quatre ans ; Anne Prévost dit que cette petite fille appartient à un président de Paris; elle la mène en couvent à Melun, et cette petite fille que Von mène à Melun est la fille de madame la présidente Ferrand : cela est connu à Puiseaux. Le témoin âgée de soixante ans dit qu'elle l'a appris il y a quarante-cinq ans ; ce n'était pas un mystère bien obscur, puisqu'une fille de quinze ans en est instruite par sa mère.

Un autre témoin , c'est le cinquième, dit avoir appris de sa mère qu'elle avait vu chez Anne Prévost une petite fille qui était habillée de taffetas blanc ; que quand la dame Prévost étai^ de bonne humeur , on appelait la

petite fille Ferai ou Feratte; on sent bien que c'e'taît par une corruption trop ordinaire aux gens de campagne , que le nom de Eerrand était ainsi altère; mais en réunissant cette circonstance à ce qui se trouve dans les autres dépositions, la vérité s'éclaircit et se fortifie de plus en plus.

. Enfin un autre témoin de la même enquête dépose que la demoiselle qui avait été mise à Nemours en sortant de Rodez, avait été visitée souvent dans le couvent de Nemours par Anne Prévost; qu'Anne Prévost n'ayant point dit au témoin qui était cette demoiselle , elle en

{)arla à un gentilhomme nommé Martinet , seigneur de a Planchette, qui lui dit que c^étc^it lajilledemadamela présidente Ferran^. D^où venait cette connaissance au sieur Martinet, si ce n'est de ce qu'il savait parfaitement que la petite fille qui avait été chez Anne Prévost à Puiseaux, était la fille de M. le président et de madame la présidente Ferrand?

Sur un fait qui remonte à un temps si éloigné^ et qui ne concernait qu'une petite fille de trois ou quatre ans , il est dificilede rasâ^embler des preuves plus complètes. Anne Prévost avait chez elle à Puiseaux une petite fille qui a été connue pour fille de M. le président et de madame la présidente Ferrand, c'est tout ce que la demoiselle Ferrand a articulé sur le fait de Puiseaux, c'est aussi ce qui est parfaitement étabU par l'enquête. On n'a point articule qu'à Puiseaux elle eût été connue â^sfti publiquement qu'elle l'a>, été depuis àMelun. Ce lieu de Puiseaux était plus éloigné de Paris , moins fréquenté; l'enfant était si jeune qu'il ne pouvait paâ fittirer une grande attention : cependant il y a été connu, et connu pour fille de M. et de madame Ferrand; quand on l'a mené à Melun , on a su que c'était la fille de madame la présidente Ferrand que l'on allait y mettre pensionnaire. Madame Ferrand passe avec beaucoup de légèreté sur des faits si précis et si décisifs ; mais la justice qui y donnera toute son attention , n'aura pas de peine à en sentir le poids.

La fille de madame Ferrand étant parvenue dans le couvent 4^ Melun, n'y fut annoncée d'abord que sous

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le nom de Batilly. Ce nom n^ëtait point étranger à la famille de M. Ferrand, mais il n'en cachait pas moins le véritable nom et l'ëtat de la jeune pensionnaire. L'enfant fut amené par une femme inconnue , mais qui était munie d'une lettre écrite à la supérieure par la dame de Bellin-* zani, coiAme plusieurs religieuses le déposent. On se joue, non pas dans les réflexions de madame Ferrand, mais dans un mémdre dont elles ont été suivies, sur la circonstance de la femme inconnue, on dit que les religieuses de Melun sont tombées sur cela dans une contradiction sensible. Les unes disent que l'enfantfut amené par une femme inconnue , les autres par la messagère du couvent; mais devait-on porter l'illusion jusque-*là? L'en&nt fut présenté par une femme inconnue , mais l'une et l'autre avaient été amenées par la messagère du couvent : quelques religieuses ont parlé de la femme inconnue, les autres de la messagère, d'autres enfin de toutes les deux ; cela ibrme-t-il donc l'ombre de la contradiction ?

Au surplus, toutes les religieuses déposent unanimement des faits les plus décisifs pour établir ce qui avait été articulé parla demoiselle Ferrand, qu'elle avait été connue publiquement pour la fille de JVf. et de madame Ferrand. Elles déposent:

l^ Qu'on leur amena unç petite (ille pour être pensionnaire , dans le mois de juillet ou d'août 1690 ;

2^ Que cette petite fille avait de très-beau linge mar* que à la lettre F , et un couvert composé d'une cuiller, d'une feurcbette et d un gobelet d'argent, marqua aux armes de Ferrand;

3** Que c'était la dame de Bellinzani qui l'avait envoyée, qui avait écrit à la supérieure, et qui payait sa pension ;

4® Qu'elle avait été inscrite d'abord dans les registres sous le nom de Batilly ^ mais que quelque temps après on sut que son véritable nom était Ferrand ; que les premières notions eiHurent données par une tèmme qui avait été quelque temps à l'Hôtel -Dieu des Annonciades, et qui, ayant vu dans la cour la petite pensionnaire , et su qq'on l'appelait Batilly p, s'était récriée : Bon!

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la petite Batilly^ c'est bien la fille de M. et de ma" dame la présidente Perrand; les père et mère ont eu du bruit ensemble : elle s'appelle Miclielle Ferrond; que ce discours fut confirmé par nombre de dames qui , ëtant entrées dans le couvent avec permission pour voir quelques-unes de leurs pareAtes religieuses, l'avaient reconnue pour la fille de M. le président Ferrand et la dame son épouse , et avaient dit qu elle s'appelait Michelle Ferrand. Quelques religieuses déclarent qu'entre ces dames il y en avait une qui s'appelait madame Rousseau , femme d un auditeur des comptes. Il y en a qui ajoutent que la même chose fiit dite par d'autres dames de Paris qui vinrent aux grilles des parloirs , en sorte qu'elle fut connue publiquement comme fille de M. et de madame Ferrand, ce qui donna lieu de l'inscrire depuis sur les registres sous son véritable nom de Ferrand, au lieu de celui de Batilly qui lui fut donné d'abord, ce qui se trouve en effet conforme aux registres de la maison que l'on a compulsés , registres dont la foi ne peut être suspecte , puisqu'ils sont signés de religieuses mortes il y a vingt ou trente ans.

5^ Quelques religieuses déposent des &its qui leur sont plus personnels. La dame de Saint-Jean , dixième témoin , après avoir dit comme les autres que plusieurs dames avaient appris à la communauté que la petite pensionnaire était fille de M. et de madame Ferrand, ajoute 3ue sa mère l'étant venue chercher, elle s'enquit d'elle éposante, des pensionnaires qui étaient pour lors dans ce couvent; quelle déposante loua singulièrement la petite Michelle Ferrand; mais l'ayant par mégarde nommée Batilly, un domestique qui accompagnait la dame sa mère 1^ reprit et lui dit :

La petite fille dont tous parlez ne se nomme point Batilly , elle est fille de M. le président et de madame la présidente Ferrand.... Je le sais à n'en point douter; j'ai servi pendant trois ans madame de Bellinzani , mère de madame Ferrand.

La dame de Mons, religieuse, quatorzième témoin ^ qui n'était point dans le couvent de Melun pendant que la demoiselle Ferrand y avait été pensionnaire , mais qui y avait été mise quelque temps après, dépose qu'on lui

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;atvait conte dans le couvent tout ce qui s'était passe par rapport à la demoiselle Ferrand :

Qu'à Tâ^e de quatorze ans ( co qui répond à Vannée 1 7o3) étant retournée dans le sein de sa famille 9 M. le président Ferrand vint faire visite un certain jour à la dame mère de la déposante ; que Tayant entendu nommer par son nom , elle se rapp«Ia aussitôt ce qu'elle avait entendu dire dans ce couvent au sujet de lapetile Michelle Ferrand; qu'après la sortie de ce président, elle demanda à sa mère si c'était là le père de la petite Michelon Ferrand qui avait été mise pensionnaire dans ce cou vent 9 à quoi la dame de Mons sa mère répondit, oui c'est lui , mais il ne veut pas la reconnaître , et il est toujours séparé d^avec sa femme; à l'égard de la petite Michelon Ferrand , elle est envoyée très-loin ( elle était alors à Rodez ), et c'est la dame de Bellinzani , mère de la dame Ferrand, qui en a soin.

6° Que la petite Ferrand fut retirée du couvent de Melun au mois de décembre 1692, à sept heures du soir, et que Ton dit qu'on allait la mener si loin qu'on n'en entendrait plus parler.

Il fautjoindre à ces faits importans ce que dépose le nommé Dùvivier,

Qu'il est entré au service de 91. le président Ferrand sur la fin de 1688, ou au commencement de 1689; ?"^ '^ bruit commun et certain dans la maison de M. le président Ferrand était qu'il avait pour lors quatre enfans , un garçon et trois filles ; que deux ans et demi ou environ après son entrée dans la maison dudit sieur président, M. Ferrand lui donna un sac à porter à la dame de Beliinzani, dans lequel sac il y avait une petite cuiller, une petite fourchette et un petit gobelet d'argent; croit que le tout était marqué aux armes de M. le président Ferrand; qu'il n'a cependant aucune lumière certaine là-dessus, mais est assuré que ce couvert avait servi au fils de M. le président Ferrand, pendant qu'il était au collège; que, quoique M. le président Ferrand ne lui dit pas en lui donnant ce couvert, à qui il le destinait, lui déposant se douta pour lors que c'était pour la petite Ferrand, la cadette des filles dudit sieur président.

On n'a pas besoin de faire remarquer combien cette déposition se lie avec celle des religieuses de Melun. M. Ferrand remet à son portier un petit sac pour porter a la dame de Beliinzani; il y avait dans ce petit sac une cuiller^ une fourchette et un gobelet d argent, qui avaient servi au fils de M. le président Ferrand, pendant qu'il était au coUége : la dame dç Beliinzani envoie dans

le même temps une petite fille aux Annonciades deMelun, avec un couvert composé des mêmes pièces d'argent 5 qui se trouve aux armes de Ferrand. G'esi donc Sour la pensionnaire de Melun, c'est pour sa fille que I. le président Ferrand l'a donné, c'est de M. le président Ferrand que la jeune pensionnaire la reçu. Quel témoignage plus éclatant pour confirmer la notoriété publique , qui a reconnu dans cette petite pensionnaire la fille de M. le président et de madame la présidente Ferrand ?

A quoi se terminent les réflexions de madame Ferrand sur des preuves si sensibles? A relever quelques contradictions chimériques, quelques absurdités prétendues dans les dépositions. Une religieuse, dit-on, déclare qu'il a été défendu aux pensionnaires d'appeler la petite Batilly autrement que Ferrand ; une autre dit qu elle n'a point porté le nom de Ferrand dans leur couvent ; mais tout ce que cela signifie est que les ordres donnés d'une part n'ont pas été fidèlement exécutés de l'autre; et en effet, l'habitude où l'on était d'appeler la petite pensionnaire Michelon , l'a emporté. On ne l'appelait communément ni Batilly ni Ferrand, quoiqu'elle tût connue publiquement pour être fille de M. et de madame Ferrand.

Tout ce galimatias, dit-on, est venu dune pauvre malade , qui de son autorité a donné ce nom à la petite fille ; comme si ce qui avait été dit par cette femme , ne s'était pas trouvé confirmé dans la suite par tant de témoins, qu'il n'avait plus été possible de s'en défendre. Ce sont nombre de dames qui sont entrées dans le couvent , c'en sont d'autres qui sont venues aux parloirs , c'est une domestique qui avait été au service de la dame de Bellinzani pendant trois ans , c'est la mère de la dame de Mons, religieuse, ce sont en un mot, toutes les personnes qui ont eu occasion déparier de cet enfant, ab omnibus communi fama creaitum et habitiim. Madame Ferrand appelle cela un galimatias , est-ce parce qu'elle n'entend pas des faits si positifs, ou parce qu'elle les entend trop?

On suppose que les religieuses ont été prévenues par

le sieur abbé de Gouay , et par le sieur Carion, curé de. Gaucourt; mais ne pourrait-on pas dire.de madame la présidente Ferrand, avec plus de raison qu'elle ne le dit des autres, qu'elle saute de branche en branche, et qu'elle ne sait où se reposer ? Quoi ! ces religieuses parlent de faits qui leur sont personnels , de laits passés il y a quarante-cinq ans, et on impute, leur connaissance au sieur abbé de Gouay et au sieur Carion, qu'elles n'ont jamais vus , et qui n'ont connu la demoiselle Ferrand elle-même que depuis douze ou quinze ans ?

Mais, dit-on, comment ces dames qui sont venues au couvent de Melun, savaient-elles que cette petite pensionnaire était la fille de M. et de madame Ferrand? Où la dame Rousseau avait-elle vu cette petite fille que l'on nous accuse d'avoir cachée dans un village ? Si ces. dames étaient encore vivantes , madame Ferrand pourrait leur faire ces questions; mais pour la demoiselle Ferrand elle n'est cnargée de prouver que la notoriété publique de son état, que la possession où elle a été de fille de M. et de madame Ferrand ; elle en rapporte les preuves les moins équivoques; comment pourrait-on exiger qu'elle allât plus loin? De qui ces dames tenaientelles cette connaissance ? Peut-être de madame la présidente Ferrand elle-même ; peut-être de la dame de liellinzani, qui, sachant qu'elles allaient voir des parentes aux Annonciades de Melun , leur avait recommandé de s'informer de l'état de la petite Ferrand qui y était sous le nom de Batilly ; peut-être de M. le président Ferrand; peut-être enfin de certaines confidences dont le secret n'est pas toujours inviolablement gardé. Que l'on demande comment percent souvent certains mystères, on "^ aurait assez de peine à le découvrir ; mais enfin la vérité

Fenêtre, et quelquefois même par les précautions c][ue on prend pour la cacher.

On a fait encore une autre difficulté sur les dépositions des religieuses de Melun , qui ne mérite pas une sérieuse discussion ; elles déclarent , : nQ|is dit-on , que la petite pensionnaire a été inscrite sur les registres des pensionnaires, d'abord sous le nom de Batilly, et ensuite sous le nom de Ferrand; cependant quand on leur

GoCRXIf. TOAIEU. l5

a demandé ces registres dans un compulsoire, elles ont déclaré qu'elles n'en avaient point avant iGgS; et en effet ce qu'elles ont représenté comme contenant l'inscription de l'intimée, d'abord sous le nom de Batilly , et ensuite sous le nom de Ferrand , n'est autre chose qu'un registre contenant les comptes de la dépositaire, dans lesquels on a mis en recette les sommes payées pour les pensionnaires. Les religieuses ont donc eu tort de parler d'inscription sur les registres des pension* liaires.

Une observation si judicieuse n'a point été adoptée par madame la présidente Ferrand : on ne la trouve que dans un mémoire qui a paru depuis ses réflexions ; mais qu'en veut-on conclure? Le registre sur lequel la demoiselle Ferrand, pensionnaire à Melun, a été inscrite, d'abord sous le nom de Batilly, et ensuite sous le nom de Ferrand, a été représenté et compulsé; on y trouve les pensions payées pour la demoiselle de Batilly, et ensuite pour la demoiselle Ferrand : le fait en lui-même est donc constant et prouvé par un registre non suspect ; les religieuses ont eu raison d'en déposer. Mais voici le crime, elles ont appelé registre dès pensionnaires ce qui ne contient que les comptes des dépositaires, comme si la vérité du fait dépendait de la dénomination donnée au registre? D'ailleurs les comptes des dépositaires contenant en détail ce qui a été reçu pour chaque 1)ensionnaire, ne forment-ils pas , à parler exactement, e registre des pensionnaires, puisqu'on y trouve leurs noms fidèlement recueillis? Pourquoi donc charger l'affaire d'observations si frivoles?

On en a fait une autre à peu près du même poids; car rien n'échappe à la critique. Le nommé Duvivier dépose, dit-on, qu'il est entré au service de M. Ferrand à la fin de 1 688 ou au commencement de 1689 ; que deux ans et demi ou environ après, il le chargea de porter à la dame de fiellinzani le petit sac dans lequel était le couvert d^argeqi^ , ce qui répond à peu près au milieu de l'année iCgi; cependant les religieuses de Melun déposent que la jeune pensionnaire avait un couvert d'argent quand elle ejatra dans leur maison au mois

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<l^aoùt 1690 : cela rie se concilie pas. Mais Faul-il un grand effort d'esprit pour détruire une si chimérique contradiction ? Du\4vier dépose qu'il est entré à la fin de 1688, ce qui peut remonter sans peine au mois de septembre de cette année ou environ ; detix ans et demi ou environ après son entrée on lui donne le couvert ; cette époque n'est pas déierminée avec tant de précision que le fait ne puisse être arrivé deux ans après , c'està-dire, vers le mois d'août 1690, temps de Venitée de kl petite Ferrand à Melun : les faits s'accordent doric parfaitement, foin que l'on trouve ici l'ombre de la contradiction.

Faut^il encore répondre après cela à ce que Ion nous a objecté que la |J06.çession publique, pendant le séjour a Melua, n'dVait rien que 1 on pût imputer ni à M. et à madame Ferrand, ni à aucune personne de leur famille? La qualité d'enfant, dit-on, est une qualité relativè'aux père et mère, il faut donc quelque chose de leur fait pour l'établir; que des étrangers prévenus, trompés, peut^tre malintentionnés , saisissent une opinion, et qu'ils la répandent, cela décidera-t-il du sort d'une famille qui n'y a aucune part? Des religieuses avides de nouveauté auront adopté légèrement une fable grossière , et il faudra que la dame Ferrand en soit la victime ; cela répugne à la raison.

Mais l'abjection elle-même peut-elle se concilier avec les principes ? Un entant aura été connu publiquement comme né du mariage de ses père et mère, il aura été traité dans cette qualité par des personnes de tout état et de toute condition; et parce que ses père et mère auront affecté de ne point concourir à cette possession publique, il faudra le dégrader : si cela est , il faut établir les père et mère arbitres souverains du sort de leurs enfans. Que personne ft'ignore qu'ils leur ont donné la naissance , que tout le monde le publie et le reconnaisse , n'importe, les père et mère n'ont point parlé, c'en est assez pour les sacrifier à leur injustice; qui ne frémirait d'une pareille proposition?

Mais dans le tait, ce principe erroné pourrait -il ii'ouver quelque application ? n*avons-nous rien du fait

de M. et de madame Ferrand ou de leurs plus proches parens ? Qui est-ce donc qui avait donné à cette enfant de si beau linge marqué à la lettre F ? qui est-ce qui lui avait donné un couvert d^argent marqué aux armes de F^errand? Ne voit-on pas que c'était M. le président Ferrand qui l'avait envoyé à la dame de Bellinzani qui avait soin de la petite Ferrand? Qui est-ce qui avait écrit à la supérieure du couvent de Melun ? N'était-ce pas la dame de Bellinzani, comme plusieurs religieuses le déposent? Nous voyons donc la petite Ferrand placée à Melun , fournie des choses qui lui étaient nécessaires par ses père et mère ou par son aïeule : peut-on nous dire après cela qu'il n'y ait rien de leur fait?

On ne croit donc pas qu'il y ait jamsbs eu de preuve plus complète que celle qui résulte des enquêtes faites à Melun. L'enfant y est amené de Puiseaux par Anne Prévost, qui déclare que c'est la fille de madame la présidente Ferrand qu'elle va mettre en couvent à Melun : on lui donne d'abord le nom de Batilly , mais de toutes parts s'élève la connaissance de son véritable nom de Ferrand; une femme malade à l'Hôtel-Dieu en donne de preuiières notions , elles sont confirmées par nombre de dames qui viennent soit dans l'intérieur du monastère , soit aux parioirs ; une domestique qui avait été trois ans au service de la dame de Bellinzani l'assure, la dame de Mons le déclare à sa fille comme un fait public, les religieuses lui rendent son véritable nom sur leurs registres; le linge, les armes qui sont sur le couvert de la jeune pensionnaire^ se réunissent à tant de preuves : quelle vérité pourra donc jamais paraître dans un plus grand jour?

Ce n'est que l'éclat dont elle fut alors accompagnée, qui engagea la famille de la demoiselle Ferrand à l'enlever du couvent de Melun pour la transporter à Rodez dans la plus rude saison de l'année. Madame Ferrand veut bien faire aujourd'hui le même voyage pour savoir ce que les religieuses de ce nouveau monastère déposent du sort de sa fille ; heureusement qu'il ne lui causera pas tant de fatigues, et qu'il n'exposera pas sa vie autant que l'a été celle de l'entant ; mais au reste , puisqu'elle

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