PREMIÈRE PARTIE
veut combattre Fidentitë <ile celle qui se' presenie , ce voyage coûtera cher à la passion qui Tanime.
INous venons de voir la petite Ferrand, pensionnaire i^Melun, depuis le mois de juillet 1690 jusqu'au mois de déceqabre 1 692, qu'elle en est enlevée pour être menée bien loin. Voyons ce que déposent les religieuses de Rodez : à toutes les circonstances qu'elles rapportent , on reconnaît la jeune pensionnaire qui sortait de Melun.
I ° . Celle qui était entrée à Melun en 1 690 avait quatre ans ou environ , celle qui arrive à Rodez avait six ans ou environ ; cela s'accorde parfaitement et répond à l'époque de l'accouchement de madame Ferrand, du 28 octobre 1686; la demoiselle Ferrand avait eu six ans à la fin de
2** La jeune pensionnaire arrive le 8 janvier 1698; pour faire cent soixante-dix lieues dans le plus mauvais temps'de l'année, il avait fallu employer plusieurs jours du mois de décembre et les huit premiers jours de janvier.
y En arrivant elle dit quelle vient d'un couvent près de Paris , dont on l'avait fait sortir le soir aux flambeaux , après y avoir passé deux ans et demi. La de* moiselle Ferrand avait éié deux ans et demi a Melun , on l'en avait fait sortir au mois de décembre à sept heures du soir.
4" Elle dit que les religieuses du couvent dont elle sort, étaient habillées de brun avec un scapulaire rouge; qu'elles portaient une médaille attachée avec un ruban bleu, et qu'elles portaient au chœur un manteau blanc ; ce sont précisément toutes les parties de l'habillement des religieuses de Melun. Elle ajoute que des fenêtres de la chambre des pensionnaires , on voyait la rivière qui passait au bas , et un autre couvent de filles vis-à-vis ; c'est précisément la situation du couvent des Annouii* ciades de Melun.
5° Elle parlait souvent d'une dame du couvent dont elle sortait, qui s'appelait la dame de Saint- Athanase, elle l'aimait beaucoup ; on voit dans lenquête de Melun que la maîtresse des pensionnaires , en 1691 , s'appelait la dame de Saint- Athanase.
6^ Celle qui amena la jeune pensionnaire à Rode» ,
'j'So OEUVRES DE COCHÎN.
et qui se disait sa tante , voulait la faire appeler Françoise ou Fanchon , ce qui fâchait fort la Jeune personne qui disait qu'on l'appelait Michelle; en eff^t, on voit dans Tenquéte de Melun qu'on l'appelait ordinairemem Michelon.
7^ La tante prétendue , en s'en allant, remporta un couvert d'argent ; c'était ce couvert d'argent marqué aux armes de Ferrand qui avait contribue à faire reconnaître la demoiselle Ferrand aux Annonciades de Melun.
On ajoutera même , quoique cette circonstance soit moins imponante, que la jeune pensionnaire qui ar«» rive à Rodez parlait gras, et quon avait peine à l'en^ tendre. Le premier témoin entendu dans l'enquête de madame Ferrand à Melun , dépose qu'au mois d'août 1690, il fut amené dans le couvent une demoiselle qui parlait gras.
A tant de rfipports et de circonstances, il est impo8-« sfljle de ne pas reconnaître que c'est la même pension-? naire qui a passé du couvent de Melun dans celui de Rodez; mais pour établir cette vérité, il ne faudrait que consulter l'interrogatoire de madame Ferrand, où dans Farticle 34 elle énonce tous les couvens dans lesquels celle qu'elle appelle la demoiselle de Vigny a été placée; elle n'en omet pas un seul, quoiqu'elle ait affecte de ne pas suivre l'ordre des temps, et dans ce nombre die comprend ceux de Melun et de Rodez. Il est donc certain, du propre aveu de madame Ferrand, que la même pensionnaire, qiii a été à Rodez, a été' aussi dans le couvent de Melun; mais il est constant qu'elle n'a point été à Melun depuis qu'elle est sortie de Rodez; elle est entrée a Rodez en 169^ , et n'en est sortie qu'en 1705 pour aller à Nemours , de là à Corbeil , de Corbeil k Saint -Aubin , à l'abbaye d'Hiers, au Trésor et aux Andelys. Depuis 1706 on n'a vu à Melun au nombre des pensionnaires , ni la demoiselle de Batilly , ni la demoiselle de Vigny ; nulle trace dans les registres de Melun : de tant de religieuses qui ont été entendues dans les deux enquêtes de Melun , aucune ne l'y a vue ; il faut donc nécessairement qu'elle y ait été avant que d'aller à Rodez, qui est le fait décisif que l'on s'est proposé d'établir.