‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 84 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Madame Ferrand convient que celle qui reclame au-

K»urdliui sou ëtat, est la même qui a ëtë conduite à odezen lôgS, et qui y est restée jusqu'en 1705. Or, celle qui a ëtë à Rodez est la même qui avait ëtë à Melun depuis le mois d'août 1690 jusqu'au mois de dëcembre 1691^, qui y a ëtë connue publiquement pour la fille de M. le prësident et de madame la prësidente Ferrand ; comme elle avait ëtë connue auparavant à Puiseaux pour fille des mêmes père et mère : donc celle qui réclame son ëtat est la même qui a ëtë en possession publique de l'^at de fille de M. et de madame Ferrand, avant que d'aller à Rodez.

Ces consëquences sont si pressantes, que madame Ferrand fait les plus grands efforts pour rompre cette chaîne de faits, et principalement l'identitë de la pensionnaire de Melun et de celle de Rodez. Cette petite pensionnaire qui arrive à Rodez ne déclare point, dit-on, qu'elle sorte de Melun , ni qu'elle s'y appelât Ferrand^ C^est insulter au sens commun de vouloir persuader , qu'un enfant à qui on dorme six ans ait perdu la iném^oire en peu de jours ^ au point de ne se souvenir ni de son nom ni d'où elle sort.

Mais en premier lieu, cet arguaient pour prouver trop ne prouve rien^ car la pensionnaire arrivée à Rodez, ne nommant point le nom du couvent dont elle sort , ni le nom propre qu'elle avait, madame Ferrand serait également en droit de dire qu'elle ne sortait d'aucun couvent du royaume, et qu'elle n'avait aucun nom propre. Soutiendra- t-on qu'elle sortait dun couvent de Gisors, de Troyes, de Nevers , de Tours ou de tout autre ? /'e/itends madame Ferrand qui crie, cela ne se peut pas; car la petite pensionnaire ne nomme point ce couvent. Dira-t-on qu'elle y était connue pour fille d'un tel père et d'une telle mère? Madame Ferrand s'écriera encore , xela ne se peut pas; car la petite pensionnaire né se donne point ce nom. Il faudra donc conclure , de Tar- :gument favori de madame Ferrand , que cette pensionnaire n'avait aucun nom, et ne sortait d'aucun couvent, quoiqu'elle rende compte si exactement de toutes les circonstances de celui dont elle portait.

En second lieu , est-il bien extraordinaire qu'une enfant de six ans enfermée dans le couvent de Melun n*ei\t fait aucune attention au nom de la ville dans laquelle elle demeurait? Elle rend compte à Rodez de tout ce qui est tombé sous ses yeux, rhabillement des religieuses , la situation de la chambre des pensionnaires , ce qu'on voyait de là, le nom de la maîtresse des pensionnaires ^u elle entendait nommer tous les jours : pour le nom e la ville cela la touchait peu , elle ne l'a peut-être jamais entendu prononcer, elle n'y a fait aucune attention. A l'égard de son nom propre, toutes les religieuses de Melun déposent qu'on l'appelait Michelon; elle se souvient parfaitement de ce nom familier auquel seul elle était accoutumée; elle dit qu'elle s'appelait Michelle, elle s'offense de ce qu'on veut la faire appeler Françoise ou Fanchon , rien n'est plus naturel ; ce n'est donc point insulter le sens commun de reconnaître la pensionnaire de Melim dans celle de Rodez, c'est au contraire résister à l'évidence même que de la méconnaître. ' *

Mais cette pensionnaire n'a jamais porté à Melun le nom de Michelle , cela est certain y dit madame Ferrand; mais en parlant d'un ton si affirmatif, on pourrait demander à madame Ferrand : Avez-vous donc pris la peine de lire l'enquête de Melun ? Il n'y a presque pas une déposition qui ne dise que la jeune pensionnaire ne s'appelât Michelle; il y a telle déposition où ce nom est répété jusqu'à quatre, cinq et six fois ; le huitième témoin dit qu'on l'appelait communément Mi" chelon; Ip neuvième et le dixième déposent la même chose. Madame Ferrand peut-elle résister avec quelque réflexion à une vérité si constante?

C'est donc en vain que madame Ferrand cherche à combattre les preuves qui naissent des enquêtes. On ne

})eut rien ajouter à la lumière qu'elles répandent sur 'identité de la demoiselle Ferrand avec la fille dont madame Ferrand est accouchée en 1686; celle qui se présente est constamment la même qui est entrée dans le couvent de Rodez au mois de janvier. 1698 , madame Ferrand en convient; il est prouvé que celle qui est entrée à Rodez sortait du couvent de Melun; il est prouvé

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