PREMIÈRE PARTIE
établi le parlement arbitre souverain de sa destinée. A ce moment neareux le prince de Montbelliard a senti que ses malheurs allaient finir. Ces ressorts obscurs, ces intrigues secrètes , destinées à corrompre ou à séduire les autres hommes, ne sont, dans ce tribunal respectable, que des armes impuissantes : on n y défère qu'à i autorité des titres , qu'aux preuves qu'administre la possession. Le prince de Montbelliard pouvait-il avoir un gage plus assuré de son triomphe?
Du côté des titres , il a pour lui les monumens les plus authentiques^ un acte de célébration de mariage en bonne forme, et qui n'est énigmatique qu'à ceux qui se refusent à l'évidence même ; un traité de divorce reconnu nécessaire par le feu duc de Montbelliard et par son consistoire, pour procurer à ce prince la liberté de former de nouveaux nœuds. La convention de Will:)ade , les renonciations , le serment que l'on a exigé en conséquence , tout se réimit en faveur du prince de Montbelliard : ce qui a formé le mariage, ce qui l'a détruit; ce que le feu duc de Montbelliard a fait pour la princesse $a femme dans le temps de sa tendresse , ce qu'il a fait contre elle dans le temps de son indifférence, tout concourt à mettre la même vérité dans le plus grand jour.
Du côté de la possession publique , rien ne manque fiu prince de^ Montbelliard. L'histoire l'annonce, dans un iem ps non*suspect, comme le fils légitime du duc de Montbelliard ; le père le présente à ses peuples comme son héritier et comme son successeur ; la branche de Wirtemberg-Oëls rend hommage à l'éclat et à la pureté de son origine ; les peuples du comté de Montbelliard signalent leur zèle parlons les témoignages de respect et de soumission qu il en devait attendre. Dans ce concours de tant de preuves, les div)its sacrés de la naissance du prince de Montbelliard pourraient-ils encore être méconnus? L'autorité de la religion, la voix de la nattu-e, Tordre public de la société , tout réclame en sa laveur, tout lui prête des armes contre les traits de la calomnie.
Fait. — L'ordre des faits dont on est obligé de rendre compte, annoncera par lui-même trois époques bien faciles à distinguer. La première présentera toutes le$.
circonstances du mariage et les effets dont il a été suivi
{)endant près de vingt années. La seconde renfermera e détail de toutes les intrigues que l'on a mises en usage pour dégrader, s'il était possible , la mère et les enfans. La troisième fera paraître leur triomphe dans tout son jour.
La maison de Wirtemberg , qui tient un rang si distingué dans l'empire, possède le comté de MontbeUiard depuis plus de trois cents ans. Elle est aujourd'hui divisée en trois branches : celle de Wirtemberg -Stugard est l'aînée , celle de MontbeUiard la seconde , et celle d'Oèls la troisième.
' Loui^-Frédéric , chef de la branche de MontbeUiard, mourut en 1 63 1 , laissant deux enlans mâles. Léopold
gui est l'aîné lui succéda ; mais étant mort sans enfans , reorges son frère devint duc de MontbeUiard. Il épousa Anne de Coligny, fille de Gaspard, duc de ChâtiUon, maréchal de France, et d'Anne de Polignac. C'est par cette aUiance que la branche de MontbeUiard a l'avantage d'appartenir à une maison illustre^ qui fournit actuellement à la France un de ses plus précieux ornemens. Si le prince de MontbeUiard ne peut pas se flatter qu'eUe s'intéresse en sa laveur, au moins ne peut-il pas douter qu'eUe ne suspende son jugement ; et que dans le temps même que le vicomte de Polignac prête un ministère nécessaire à des mineurs dont la tuteUe lui jsl été déférée, sa maison conserve toujours cette exacte neutralité dont le prince de MontbeUiard a reçu des assurances si précises.
Le duc Georges, de son mariage avec Anne de Coligny, a eu entre autres deux enfans ; Eléonore-Charlotte, ma- . riée au duc de Wirtemberg-Oëls, et Léopold-Eberard, né au mois de mai 1670.
La guerre qui s'éleva en 1688 entre la France et l'empire fut funeste au duc Georges. La France s'empara des états de MontbeUiard, aussi-bien que des terres qui lui appartenaient tant en Alsace qu'en Franche- Comté, Le pnnce, dépouillé de ses états, se retira auprès de la duchesse d'Oëis sa fille, en Silésie, avec Léopold-Eberard son fils.