PREMIÈRE PARTIE
Lëopoid-Eberard, qui avait obtenu un régiment au service de Tempereur, passait à la cour d'Oèls tout le temps qui n'était point rempli par son service militaire. Sa situation ëtait infiniment triste : il était parvenu à un âge où il ëtait nécessaire de le marier; mais dans Fëtat où les affaires de sa maison étaient réduites , il ne pouvait pas se flatter de trouver une princesse qui voulût s'unir à son sort : il s'attacha donc à une demoiselle d'une maison très-ancienne, appelée Anne-Sabine de Hedwiger, qui remplissait' auprès de la duchesse d'Oëls la place de sa demoiselle d'honneur. Sur les promesses solennelles d'un engagement sacré qui unirait à jamais leurs destinées, il reçut de premières preuves de sa tendresse, qui, n'ayant rien diminué de son estime, l'engagèrent à assurer son état par un mariage solenne].
La duchesse d'Oëls , qui avait été instruite des liaisons de son frère avec la demoiselle de Hedwiger, le confirma dans ime résolution si digne de la fidélité qu'un prince devait à sa parole. Il partit donc de Silésie, accompagné du sieur Nardin, lieutenant dans son régiment, et se rendit avec la demoiselle de Hedwiger a Rejouits en Pologne, pour y recevoir la bénédiction nuptiale.
Le voyage ne fut pas long; la Silésie est une province
S ai touche à la Pologne; ils arrivèrent le 3i mai 1696 à ejouits , et le lendemain le ministre Fuchs les maria publiquement avec toutes les solennités qui se pratiquent parmi les luthériens. En sortant de l'église , les nouveaux époux rentrèrent chez le ministre Fuchs : le prince de Montbeiliard lui demanda un acte de célébration de mariage, il fut écrit et signé de la main de ce ministre, à qui le prince de Montbeiliard dicta les noms des deux époux dans la forme qu'il avait coutume d'employer lorsqu'il signait.
Cet acte écrit en allemand , renferme tous les caractères auxquels on devait nécessairement reconnaître le prince de Montbeiliard et la demoiselle de Hedwiger; en voici la traduction fidèle : Je soussigné certifie et atteste par ces lignes et sur ma parole et foi de prêtre^ que tit pleniff. monseigneur Léopold-Eberard , H.
^38 OEUVRES DE COCfilIf.
Z. W* M. et demoiselle Anné^Sabine V. H, le pre^ mier juiriy du stjrle nouveau y ont dunient obtenu ici à RéjoiUts dans la Grande-Pologne , en l'église > la bénédiction nuptiale suivant la coutume de l'église luthérienne , et ont été mariés au nom de la Très^ Sainte^Trinite , par Jean^Çhristophe Fiwhius, prédicateur luthérien de Réjouits et de SkokL
Les deux noms de baptême du prince de Montbel- Kard sont écrits tout au long , Léoppld-Eberarxl ; ceux de la demoiselle de Hedwiger sont également étendus , Anne-Sabine; et cette circonstance seule, qui ne peut s'appliquer à aucun autre, assure déjà la vérité du mariage , et l'identité des personnes qui ont reçu la béûédiction nuptiale. D'ailleurs , les lettres initiales qui sui-* vent les noms de baptême, forment précisément les noms et les qualités des parties , puisqu'en langue allemande, qui est celle que i on a employée dans l'acte de célébra* tion , les quatre lettres qui suivenfles^ mots de Z^o/?o/(rf- Eberardy sont les premières lettres des mots Herzog zu Pf^urtemberg'Monpelgard ^ qu? signifient duc de Wirtemberg-Montbelliard, et que les deux lettres qui suivent les mots Ôl A nne-Sabine , sont auâsi les premières des mots von Hedwiger , qui signifient de ïled-* wigcr.
Quoi qu'il en soit, l'acte ainsi dressé fut remis au prince de Montbelliard , comme un monument authen-* tique qui lui était propre; et cette délivrance fournit une nouvelle preuve de Tapplication nécessaire de cet acte au prince de Montbelliard , puisqu'on ne lui aurait pas remis l'original d'un acte de célébration de mariage qui lui aurait été étranger.
Le prince de Montbelliard ramena la princesse de Montbelliard sa femme à la cour d'Oëls , où la duchesse d'Oëls la reçut avec toutes les marques d'amitié qu elle pouvait attendre d'une belle-sœur qui avait eu beaucoup de part à son mariage. Cette union fiit suivie de la nais** sance d'une fille, dont la princesse de Montbelliard accoucha le 1 5 fe'vrier 1 697, et d'un fils qui vint au monde le v% décembre de la même amiée. Ce iils; nommé