PREMIÈRE PARTIE
Georges-Lëopold , fut baptise par le sieur Opfergelt , minietrede la duchesse d'Oëls.
La paix de Riswick, qui venait d'être conclue, procura au duc Georges le re'tablissement dans ses états et dans ses biens en France , ainsi qu'il avait e'té expressément convenu par l'article XIII de ce traité. Il rentra donc en possession de sa souveraineté en 1 698 , où il fut bientôt rejoint par le prince Léopold-Eberard son fils, qui amena avec lui ia princesse de Montbelliard sa femme.
Le duc Georges la traita comme une bru qui lui était chère; elle fut logée dans le palais de Montbelliard comme la femme du prince héréditaire , habitant publiquement avec lui , et mangeant à la table du duc régnant : c'est ce qu'une foule de témoins seraient en état de déposer ; il n'est pas même possible d en douter , si l'on fait réflexion à plusieurs circonstances.
La duchesse d'Oëla était parfaitement instruite du mariage, comme elle l'a attesté par plusieurs déclarations solennelles ; elle avait pris soin des enfans qui en étaient nés; il n'était pas possible qu'elle en fît un mystère au duc Georges son père. D'ailleurs, le prince Léopold- Eberard était parvenu à l'âge de vingt-nuit ans. S'il n'avait point été marié , sou père aurait eu un juste em- {)ressément de lui donner une épouse qui pût assurer 'ordre de succession dans sa maison ; il est même de notoriété publique, que la princesse de Bade-Dourlac lui fut proposée. Il n aurait pas négligé l'occasion de faire ime alliance si honorable, qui aurait fait la joie et la' consolation de ses dernières années ; mais l'obstacle insurmontable du mariage de son fils avec la demoiselle de Hedwiger ne lui permit pas d'écouter une proposition à laquelle sans cela il aurait été si sensible. Nous avons un témoin qui déclare précisément que le duc Georges lui fît part de la proposition qui lui avait été faite, et de la nécessité où il avait été de la refuser à cause du mariage de son fils.
Ce fut dans ces sentimens qu'il mourut en 1699: Léopold Eberard son fils , devenu duc de Montbelliard , continua à vivre publiquexnenl avec sa femme , comme
il avait fait auparavant : elle lui donna un nouveau gage de leur tendresse mutuelle, en accouchant d'une mie, le 1700.
On ne dissimulera pas qu'en même temps que le duc de Montbelliard rendait à la duchesse son épouse toute la justice qu'il lui devait par rapport à l'engagement sacre qui les avait unis , il ne fût inûniment réservé du côté des honneurs qui lui auraient été dus comme femme d'un prince souverain. Les circonstances dans lesquelles le mariage avait été fait, c'est-à-dire, pendant que la maison de Montbelliard était entièrement dépouillée de ses biens , ne lui avaient pas permis de faire paraître la duchesse de Montbelliard dans tout l'éclat qui convenait au rang qu'il lui avait donné ; sa maison se ressentait encore en 1700 des désQrdres dans lesquels elle avait été plongée; les honneurs de la souveraineté communiqués à la duchesse de Montbelliard, auraient précipité aans des dépenses auxquelles le duc de Montbelliard n'était point en état de fournir : il la traita donc toujours comme sa femme, mais sans lui permettre d'en prendre solennellement les distinctions.
Elle n'en était pas moins connue par toute l'Allemagne pour l'épouse légitime du duc de Monlbelliard ; à Textré- • mité même de l'empire , on annonçait dans des monu-. mens publics sa grandeur et son élévation. Les histoires généalogiques parlaient de son mariage ; celle de Hubners, imprimée à Hambourg en 1712, en rend un compte particulier en ces termes, page2o5 : Léopold-Eberardy a présent duc régnant de Montbelliard ^ né le 2 1 mai 1070 : son épouse est madame Hed^igerin , Jille d'un conseil de Olau en Silésie y qui ensuite a pris le titre de comtesse de Sponek. Dans une seconde édition , qui est de 17 18, le mêipe auteur a porté l'exactitude jusqu'à donner la date précise du mariage , qu'il dit avoir été célébré le premier juin 1695.
Rien n'aurait donc manqué au triomphe de la duchesse de Montbelliard, si elle avait pu conserver le cœur de son époux, avec tous les sentimens de fidélité qu'il lui avait voués. Mais l'autorité souveraine est environnée de tant d'écueils, qu il n'appartient qu'à des