‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 93 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cousine yjilie et commère, voire trèS'Chère épouse, était accouchée heureusement d'un prince très-beau et bien fait y et qu'il jouit djune parfaite santé ; et comme ncus vous remercions très-^ort, tant de votre obli* géante notification , que de l'honneur que vous nous avez f ait ^ en nous choisissant pour marraine de votre très'cher prince , c'est pourquoi nous faisons des vœuoc araens au Seigneur, pour qu^il répande sur cet aimable prince toutes les prospérités , bénédictions temporelles et éternelles, de le laisser grandir et croître dans toutes les vertus chrétiennes convenables à un prince, ,à l'ornement de notre maison ducale, et à l'entier plaisir et satisfaction de vos altesses, jéu reste, nous demeurons inviglablement et maternellement déwuée et attachée à vous servir. De votre Altesse, la très-hunible et très-fidèle mère , cousine et commère ËLÉONORE- Charlotte, DUCHESSE de Wirtemberg.

L'adresse e'tait : A son Altesse Sérênissime monsieur le prince héréditaire, Georges -Léopold de Wirtemberg-Montbelliard. a MONTBELLIARD.

Le même cérémonial fut observé en 1 722 , à la naissance du prince Georges; la duchesse de Wirtemberg- Oëls écrivit une pareille lettre au prince héréditaire, avec les mêmes qualités, et les mêmes marques d'attachement et de tendresse. On rapporte plus de vingt autres lettres écrites avant la mort du feu duc de Montbelliard, soit par la duchesse d'Oëls, soit par le duc Christian-Ulrich, à la duchesse Anne-Sabine, auprincq héréditaire son fils et à la princesse héréditaire , clans lesquelles ils les traitent comme prince et princesse de leur maison. Après cela les enfans de la baronne de l'Espérance ont-ils pu débiter que le prince de MontbelUard n'avait point été reconnu par la branche de Wirtemberg-Oëls , et qu'on ne rapportait que des déclaradons surprises depuis le procès/ Jamais reconnaissance ne fut plus publique ni justifiée par un plus grand nombre de pièces non suspectes.

Le duc de Wir temberg , cqnvaincu par tant de preuves

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de la yërite du mariage du duc de Montbelliard arec la duchesse A nne-Sabine, négligea les poursuites qu'il avait commencées àlacourde France pour le rapport deslettres de naturalitë de 17 19; mais croyant trouver plus de dispositions auprès des ministres de l'empereur pour le favoriser, il s'y plaignit de ce qu'au préjudice du traité de Wilbade et des actes passés en conséquence, le duc de MontbeUiard traitait publiquement sa tëmme et ses enfens, comme princesse et princes de la maison de Wirtemberg. On voit par ces mémoires que quoiqu'il hasardât encore quelque critique contre le mariage , cependant il se réduisait à soutenir que le duc de Mont- Lelliard n'ayant point épousé une personne de son rang, son fils ne pouvait- succéder à la principauté de Montbelliard, smvant un ancien traité passé entre les princes de la maison de Wirtemberg. Cette contestation était actuellement pendante au conseil aulique, lorsque Léopold-Eberard, duc de Montbelliard, mourut le 25 mars

Aussitôt le prince son fils fut reconnu par tout le peuple du comté de Montbelliard pour leur souverain; la joie et l'acclamation furent universelles. Cependant le nouveau duc de Montbelliard ne négligea point ce qu'il devait au chef de l'empire , il lui fit part de la mort de son Eère, et de son avènement à la souveraineté de Montelliard ; mais avant que cette lettre fût reçue , le duc de Wirtemberg avait fait rendre un jugement par le conseil aulique, qui cassait et déclarait nul tout ce qui avait été fait au sujet des titres et qualifications de ^princes et de princesse, donnés à la duchesse Anne-Sabine et à ses enfans , de même qu'à la baronne de l'Espérance et aux siens , et qui déclarait ces enfans inhabiles à porter la dignité du prince leur père , et à la succession des AUodiaux et fiels immédiats de l'empire.

Le duc de Montbelliard, qui n'avait point été entendu lors de ce jugement, y forma opposition; mais ayant été bientôt obligé de se. réfugier en France , comme on va l'expliquer, la protection du roi qu'il avait implorée le renait encore moins favorable à la cour de Vienne. On prétend qu'en 1 728 , il y a eu un noaveau jugement

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da conseil âulique, qui a confirme son exclusion de la souveraineté de Montbelliard , en conséquence du traité de Wilbade , en lui réservant seulement ses droits sur les biens meubles et propres du duc son père; par-là on aurait reconnu sa légitimité, en même temps qu'on Vaurait dépoHillé d'une partie des droits qui y sont attachés^ ce qui serait bien éloigné des idées que les enfans de la baronne de TËspérance veulent donner de ce jugement.

Quoi qu'il en soit , à peine le premier jugement du mois d'avril 1723 fut-il intervenu, que le duc de Wirtemberg ^ armé d'un titre qui lui déférait les états de Montbelliard y s'empressa de le mettre à exécution ; il envoya des troupes. pour s'en saisir , et pour s'emparer, sll était possible, de la pei^onne du duc de Montbelliard. • • •

Surpris par une invasion si subite, sans secours ni de troupes ni de munitions , quelle défense pouvait opposer le duc de Montbelliard? il fallut céder à la violence, et se retirer en France pour implorer la protection du roi. Sa première démarche tut de s'adresser au parlement de Besançon , dans le ressort duquel sont situées plusieurs terres qui appartiennent à la maison de M!ontbelliard. Il obtint une provision.de 60,000 liv. par un

arrêt du 17^3; mais l'affaire ayant été depuis

évoquée au conseil , le duc de Wirtemberg y a donné plusieurs mémoires pour soutenir la demande en rapport de lettres de naturabté qu'il avait formée dès 1719. Pepuis la baronne de l'Espérance et ses enfans sont intervenus , et ont élevé une contestation toute nouvelle.

Dans leur système, il ne s'agit pas de la seule capacité de succéder aux états de l'Empire; il ne s'agit pas desavoir si le feu duc de 'Montbelliard ayant épousé une ' demoiselte d'une condition inégale , les enfans qu'il en a eus sont exclus de la souveraineté ; leur témérité les a portés jusqu'à prétendre qu'il n'y avait jamais eu de mariage entre lé feu duc de Montbelliard et Aime- Sabine de Hedwiger, que les entàns qu'ils ont eus nç sont pas légitimes , et qu'il lâut absolument les proscrire , comme les fruits malheureux du crime et de l'infamie. Pour soutenir u^e prétention si odieuse , ils ont répandu ,

Cocniir. TOME n. 1^7

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des volumeis immenses^ dans lesquels la calomnie a éié portée aux derniers excès, et les dissertations prodiguées sans règle et saiis choix.

C'est ce qui a donne lieu à Tarrét du conseil du 4 juin 1735, par lequel le roi a évoqué à sa personne les demiftides formées et à former entre les parties sur leur état et qualité d'enfans légitimes ou illégitimes du feu duc Léopold-^Eberard prince de MontbeUiard , et sur la validité des mariages par lui successivement contractés avec Anne-Sabine de Hedwiger, comtesse de Sponeck, et Elisabeth >- Charlotte, baronne de l'Espérance, et a renvoyé lesdites demandes en la grand'chambre du parlenient de Paris, pour y être fait droit entre les parties sur la question d'état seulement , et , l'arrêt définitif qui interviendra sur ce §ujet vu et rapporté , être statué en* suite avec qui et ainsi qu'il appartiendra sur les demandes et cpntestations concernant les terres situées en Franche - Comté et en Alsace , ci-devant évoquées par sa majesté.

En exécution de cet arrêt et des lettres-patentes expédiées en conséquence , le prince de Montbelhard s'est Sourvu en la cour, et y a obtenu le 23 du même mois e juin ime commission pour faire assigner les tuteurs de Charles-Léopold et de Georges-Frédéric frères, se disant Wirtemberg-Montbelliard, pour voir dire qu'il serait déclaré seul fils légitime et unique héntier de Léopold - Eberard duc de FTirtemberg , prince de Montbelliardy comme né de son mariage avec jénne^ Sabine de Hedwiger, comtesse de Sponeck , qui sera déclaré ai^oir été valablement et légitimement/ait et contracté; enconséquencequelesdits Charles-Léopold et GeorgeS'Frédéric seront déclarés enfans illégitimes dudit défunt Léopold-rEberard duc œ Ff^irtemberg , prince de Montb^lliard, comme nés d'un mariage nid et non valablement contracté : ce faisant ^ que dé" fenses leur, seront faites de se dire enfans légitimes dudit défunt prince de Montbelliard ,etde prendre la qualité de ff^irtemAerg'-Montbelliard. En vertu de cette commission les tuteurs ont été assignés le 27 du même mois de juin; ils ont pris de leiu* part des con-

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clusions contraires : c est ce qui forme actuellement l'objet d'une contestation si célèbre. . .

Moyens. — Quelque importante que soit la contestation qui se pre'sente, quelque conséquence qu'elle doive produire dans une des plus illustres maisons de l'Europe , cependant rien n est plus simple dans son objet , ni plus facile dans sa décision. Anne-Sabine de Hedwiger a-t-elle e'té la femme ou la concubine de Lëopold-Eberard duc de Wirtemberg-Montbelliard? Leur union a-r t-elle e'te' marquée au coin de l'bonnèur ou de l'infamie? C'est l'unique question que cette cause jp résente à juger; car si le mariage €st constant , les enfans qui en sont nés sont légitimes, et par une conséquence nécessaire les enfans que le fçu duc de Montbelliard a eus de la baronne de l'Espérance sont des bâtards adultérins.

H est vrai que le divorce est autorisé dans la confession d'Augsbourg quand il est fondé suèdes causes légitimes; mais comme les enfans de la baronne de l'Espérance conviennent aujourd'hui de la nullité du divorce prononcé entre le feu duc de Montbelliard et la duchesse sa femme,. leur sort dépend uniquement de la preuve du premier mariage, ou du moins toute leur ressource se réduirait à la prétendue bonne foi de la baronne de l'Espérance, ressource frivole dont ils ne paraissent pa§ eux-mêmes faire beaucoup de cas. On ne peut trop le répéter , la cause se réduit donc à l'unique objet de savoir s'il y. a eu un premier mariage €ntre le feu duc de Montbelliard et la duchesse Anne- Sabine de Hedwiger.

Pour le décider , il n'y qu'un a point de fait à éclaîrcir , ct.s'il y a quelque chose à craindre dans cette cause, ce ne serait que la fausse idée que l'on pourrait selbrmer qu'elle dépend de principes qui nous sont étrangers , qu il faut en quelque manière se transplanter dans une terre inconnue , étudier , approfondir des lois opposées à nos mœurs , se perdre dans la recherche d'auteurs , de jurisconsultes luthériens ; toutes ces vues ne seraient propres qu'à s'envelopper de ténèbres , et à perdre l'ob^ jet simple dans lequel il faut se renfermer. Y a-t-il un mariage certain^ ou n'est-ce au contraire qu'une fable

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imaginée dans les dernières années du feu duc deMbntbelliard ? Voilà ce qui doit seul fixer les esprits.

Cependant pour mettre la défense du pnnce de Montbelliard dans un plus grand jour , on la partagera en deux propositions. On fera voir dains la pi:emière, qu'il est enfant légitime dufeuduc de Montbeiliard, comme né d'un mariage solennel; on fera voir dans la seconde que les enfans de la baronne de l'Espérance ne sont que des bâtards adultérins, et par-là on remplira tout l'objet des conclusions prises par le prince de Montbelliard.

Pbemiebe PBOFOSiTioN. — Le prince de Montbelliard est enfant légitime de Léopold-Eberard , duc de Wirtenaberg-Montbelliard et d'Anne- Sabine de Hedwigjcr-, coEDoie étant né d'un mariage solennel.

On ne conteste point aii prince de Montbelliard sa filiation , on convient qu'il est né le 2 1 décembre 1 697, et qu'il est fils du duc de Montbelliard et d'Anne-Sabine de Hedwiger ; mais on prétend qu'il n'y avait point de mariage entre ses père et mère, et que par conséquent il n'est point légitime ; la filiation est certaine , la légitimité seule est contestée.

Mais après les titres dont on a rendu compte , cette question peut-elle être encore problématique? Qu'on se rappelle cette foule d'actes qui concourent pour établir une vérité si importante. Un premier acte de célébration délivré en original au feu duc de Montbelliard, le jour même de son mariage, acte entièrement écrit et

, signé de la main d'un ministre mort dès 171 5. Un second acte de célébration inscrit par le même ministre dans le registre de Rejouits , l'un -et l'autre annonçant à toute l'Europe que ce ministre a donné la bénédiction nuptiale à Léopold-Eberard H. Z. W. M. et à ArmeScAine V^ H, Qu'on se rappelle la naissance des enfans qui ont été le fruit de ce mariage , la cohabitation

-publique de Léopold-Eberard, duc de Wirteoiberg- Montbelliard , avec Anne-Sabine de Hedwiger, d'al»ord

-à la cour d'Oëls , et depuis à celle de Montbelliard, sous les yeux du duc Georges, qui retenu par un engage-

> ii^nt si sacré n'a pas pensé à marier un fils de près de

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trente ans^ Punique ressource de sa maison, et qui a même e'te' obligé de refuser Falliance qu'on lui proposait avec la maison de Bade; la publicité de Fbistoire qui a annoncé ce mariage dès 1712; le divorce de 1714, signé par le duc et la duchesse de Montbelliard , et approuvé par tout le consistoire en la même année; le traité de Wilbade de 1716 , dans lequel on fait dire au feu duc de Montbelliard qu'il n'a point contracté de mariage licite et convenable à la dignité et au rang de son illustre maison; les ratifications, les sermens que Ton a exigés du prince de Montbelliard mineur; les précautions que l'on a prises de lui faire céder ses droits au duc de Wirtemberg; les lettres de naturalité de 1 7 19, dans lesquelles le feu duc de Montbelliard Fa présenté au roi comme son fils légitime ; la commission du 1 6 janvier 1720; les procurations et passe-port du 17 juin; Fassignat de douaire donné à la duchesse Anne-Sabine, le 3o novembre de la même année; la reconnaissance de la' branche de Wirtemberg-Oëls par une foule de monumens qui ont précédé la mort du duc de Montbelliard, Facclamation de tous les peuples du comté de Montbelliard qui ont reconnu le prince de Montbelliard pour leur souverain après la mort de son père.

A la vue de tant de titres qui s'accordent parfaitement entre eux, et qui concourent tous à la preuve d'un mariage solennel, est-il donc quelqu'un à qui cette vérité puisse encore être suspecte? De quel éclat ne brille -t -elle pas aus yeux Se toute l'Europe? Gonfbndra-t-on les enfans nés d'une unions si pure , si publique , avec les tristes frtàis du libertinage? Les lêra-t-on descendre du rang élevé où la Providence les a placés, pour les livrer au sort le plus déplorable, et les réduira même à n'avoir aucun état? Il n'y a personne qui ne conçoive une juste indignation contre une entreprise si téméraire.

On pourrait ajouter à tant de pireuves , les jugemens mêmes du conseil auiique, jugemens surpris sans que le prince de Montbelliard ait pu appuyer sa défense,* et dans le temps que la protection de la France, qu'il avait implorée ) le rendait peu fawrable à la cour de Vienne.»

t6z OÇ-UVRES DE CQGHIN.

Cependant tout ce que le crédit , tout ce que la puissance du duc dé Wirtemberg a pu obtenir, a éié de faire res^garder le mariage du feu duc de Montbelliard comme disproportionné, et par ce seul motif de faire exclure les enfans de la succession aux états de l'Empire, sans <lonner atteinte à leur droit sur les biens propres de leur père.

Le prince de Montbelliard compte trop sur la souveraine équité qui règne dans le cœur de Femperèur, pour n'être pas persuadé que ses justes remontrances seront un jour écoutées ,' et que. l'arrêt qui va confirmer son état, dissipera les préventions de ses ministres ; mais ces jugemens même«, loin de former un préjugé contre sa légitimité, la reconnaissent et l'établissent; et si des jugemens rendus sous une domination étrangère pouvaient avoir quelque autorité en France, ils deviendraient des titres en sa faveur dans la question soumise à la décision de la cour.

Un mariage si solidement établi, si publiquement reconnu, peut-il donc être attaqué sans ime aveugle témérité/ On viendra nous dire que ce mariage n'est qu'une fable imaginée en 17 19 et 1720; que le duc de Montbelliard n'avait jamais regardé Anne -Sabine de Hedwiger que comme sa maîtresse et comme sa concubine; que dans le. tensips qu'entraîné par la passion quHl avait pour la baro^me de l'Espérance, il venait de lui donner la plus grande preuve cle sa tendresse en l'épousant au mois d'août j 7 18 , il a été rechercher une maîtresse abandonnée depuis près de dix-neuf ans pour supposer un faux mariage avec elle , et lui donner par-là des armes contre la baronne de l'Espérance et contre ses enfans? Un si étrange paradoxe aiu*ait dû révolter iios adversaires eux-mêmes, et n'est propre qu'à les couvrir de concision.

Aussi , chancelant toujours dans leur propre système, ils ne se réduisent pas à attaquer la vérité du mariage , ils en contestent la validité , ils invoquent l'autorité de leur aïeul contre leur père , ils reprochent à sa mémoire qu'il s'est engagé sans le consentement du duc Georges: et comme si le feu prince de Montbelliard ne leur avait

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