‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 94 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

donné la naissance que pour les armer contre lui , ils se rendent ses dénonciateurs en l'accusant d'avoir manqué aux devoirs les plus sacrés.

Suivons les enfans de la baronne de FEspéranee dans leur fable et dans leurs égaremens; dissipons l'illusion

3uils s'efforcent de répandre. Le mariage est constant, ne peut souffrir aucune atteinte; voilà les fbndemens. inébranlables de l'état du prince de Montbelliard. Pour confirmer d'abord la vérité du mariage , il faut reprendre en détail les difierentes preuves qui concourent à l'établir, et écarter les difficultés que l'on essaie de faire naître sur chacune en particulier. Ces preuves se tirent premièrement du titre constitutif d'un engagement si sacré , c'est-à-dire, de l'acte même de célébration;* secondement, des titres qui en prouvent l'exécution et qui le confirment; troisièmement, de la possession publique et des reconnaissances.

Le titre qui a formé l'union de Léopold-Eberard, duc de Wirtemberg-Montbelliard, et d'Anne-Sabine de Hedwiger , est l'acte même de célébration de leur mariage qui leur a été délivré par le ministre Fuchs te premier juin 1695. Cet acte, comme on l'a observé, est entièrement écrit et signé de la main du ministre Fuchs, mon en 1 7 1 5 ; le ministre déclare que dans son église de Re)Ouits il leur a donné la bénédiction nuptiale suivant la forme , de l'église luthérienne ; il a fait plus, car au mois de no^ vembre suivant , il a fait mention de ce même mariage sur le registre de l'église de Rejouits. Ces deux actes, l'un en allemand, et l'autre en latin, sont de son écriture , bien vérifiée par les magistrats de la ville de Skoki, qui sont les juges ordinaires du lieu de RejoUits. On ne peut donc pas douter de la vérité de ces deux pièces , qui se prêtent un secours mutuel.

Contre des actes si authentiques et si solennels, les enfans de la baronne de l'Espérance ont rassemblé tout ce que la calomnie a de plus odieux, tout ce que la critique a de plus subtil ; mais leur censure marchant au hasard, ne sait sur quel objet elle doit se fixer. Tantôt* ils supposent que ces actes sont faux, qu'on ne les a fabriqués que dans un temps de conspiration QOhtre.

la baronne de VEsperaMce; tantôt ils admettent la vérité de ces pièces , mais ils les Supposent étrangères au duc de Montbelliard; leur système est un chaos dafts lequel ils ne prétendent se sauver que par la confusion, rour dissiper tant de chimères , il faut distinguer dans leur critique des observations qui sont communes aux deux actes de célébration, d'autres qui sont particulières à chacun de ces actes.

Les observations qui sont communes aux deux actes de célébration , se réduisent à dire que le feu duc de* Montbelliard ne pouvait pas être à nejouits lé premier

Î'uin 1695, parce qu'il commandait un régiment dans 'armée de l'empereur en Hongrie, et que le rendez-vous général de l'armée était fixé au 20 mai de la même année; que d'un autre côté la demoiselle de Hedwiger ne I)ouvait pas penser alors à épouser le duc de Montbeliard , puisqu'elle poursuivait actuellement devant le consistoire de Breslau Âmédée-Léopold de Zeidlitz, pour l'obliger d'exécuter des promesses de mariage, et qu'elle a obtenu contre lui deux sentences les 2 1 mars \i 18 août 1695. Enfin que les actes de célébration ne contenant que des lettres initiales , rien ne prouve que l'on ait entendu y psirler du duc de Montbelliard et de la demoiselle de Hedwiger; que c^est une énigme, une espèce de hiéroglyphe que l'on donne à expliquer : c'est ainsi que l'on cherche à affaiblir du moins des monumens si respectables , que l'on ne se flatte pas de com«battre avec succès.

Mais à qui prétend-on en imposer par de pareils discours? Que le rendez- vous de Farmée dô l'empereur fût fixé au 20 mai 1696, c'est ce qui n'est établi par aucun genre de preuve ; mais quand le fait serait constant et reconnu, qui est-ce qui ignore que le plus souvent un grand nombre d'omciers n'arrivent que long-temps après le rendez- vous indiqué, persuadés que les opérations de la campagne demeurent longtemps suspendues après cette réunion de toutes les troupes ? C est une facilité dont jouissent principalement les personnes d'un rang distingué que l'on réserve pour les coups décisifs, et pour qui la sévérité du service militaire n'est pas toujours

portée a la même rigueur que pour les autres. Plus l'amour de la gloire les transporte , et plus on est persuadé qu'ils voleront avec rapidité pour ne pas manquer les occasions éclatantes dans lesquelles ils cherchent à se distinguer. Ainsi quand le duc de Montbelliard ne se serait rendu que dans les premiers jom^s de juin à l'armée de Hongrie, il n'aurait été exposé à aucun reproche; et depuis son mariage, il ne lui fallait que deux ou trois.

i'ours pour rejoindre l'armée qui s'assemblait presque sur es frontières de la Pologne. .

Pour le fait du sieur Aeidlitz, il n'a trouvé place dans la cause que pour se procurer le triste plaisir de le tourner avec malignité , et de faire injure à la duchesse de Montbelliard; mais en adoptant même les prétendues sentences de Breslau, on n'y voit rien qui puisse répandre le moindre nuage sur la Vjérité de l'engagement solennel contracté à RejouitSé

Il paraît par ces sentences , qu'il y avait une procédurecommencée dès 1 692.dans le consistoire de Breslau. La demoiselle de Hedwiger n'était alors âgée que de seize ans; on juge bien que dans un dge si tendre, ce n'était pas elle qui agissait de son chef, et que sa mère iaisait sous son nom toute la. procédure ; ce lut sur cette procédure , à laquelle elle n'avait aucune part, que l'on prit une sentence le 21 mars 1695, qui condamne le sieur Zeidlitz ou à accomplir sa promesse , ou s'il persiste dans l'aversion qu'iL a jusqu'ici témoignée y à donner juste satisfaction à la demanderesse , avec rétiision des frais et dépens : un jugement de cette qualité ne faisait que confirmer la liberté des parties. La demoiselle de Hedwiger fut donc mariée au duc de Montbelliard le premier Juin de la même aimée ; et comme cet engagement ne laissait plus aucun prétexte aux poursuites que sa mère avait faites sous son nom contre le sieur Zeidlitz, on fit rendre une seconde sentence au consistoire de Breslau le 1 8 août 1 696 , par laquelle on fit déclarer à la demoiselle de Hedwiger qu'elle se déportait de sa prétention , et en conséquence on fit décharger le sieur Zeidhtz.

Quelles conséquences peut-on tirer de ces sentences

connaître le feu duc de Montbelliard et la duchesse sa femme ? Pour leur appliquer l'acte de célébration de mariage , tout est juste , tout est exact : les quatre noms qui sont écrits en toutes lettres, le nombre des lettres

' initiales, qu'il fallait pour leurs noms propres et pour leurs qualités, l'identité des lettres qui convenaient à chacun de ces noms et de ces qualités ; il n'y a donc rien d'obscur ni d'énigmatique.

Si on veut combattre cette explication nécessaire , qu'on nous donne donc deux autres personnes aui aient été mariées, dont le mari s'appelât jLéopold'Eoerard, et la femme Anne^Sahine; qu'on nous fasse voir que les qualités du mari étaient composées de quatre mots , et que 'ces quatre mots commençaient par les lettres H. Z. W. M. ; que les qualités de la femme étaient composées de deux mots , qui commençaient par les lettres V. H. Alors on pardonnerait pour un moment aux enfans de la baronne de l'Espérance d'élever des doutes : on dit pour un moment, parce que dans ce cas-là même , l'obscurité serait bientôt dissipée par tout ce qui a suivi. Mais s'ils ne présentent rien qui puisse balancer Fapplication nécessaire de l'acte de célébration au duc et à la duchesse de Montbelliard, que leur critique, confondue par le seul acte de oélel^ration de mariage , ne reparaisse uonc jamais sur la scène.

Mais pourquoi, dira-t-on, cette forme insolite dans^ un acte solennel, de ne désigner les parties que par leurs noms de baptême, et par les lettres initiales de leurs autres noms? Pourquoi ne pas étendre , ne pas écrire les noms avec toutes les lettres qui les composent? La curiosité des enfans de la baronne de l'Espérance sera bientôt satisfaite, et cet éclaircissement va donner à l'acte de célébration un dernier degré d'évidence qui ne laissera nucune ressource à la calomnie. Le feu duc de Montbelliard était dans l'usage de ne signer les actes les plus importans qu'avec ses deux noms de baptême^ et les lettres initiales de ses autres noms , Léopola^Ebe' rard H. Z. fV^ M. Telle était la forme ordinaire de sa

signature, comme on le voit dans une foule d'actes qu'il a signés , dans les procurations qu'il a données à

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