REPLIQUE
Dans le nouveau mémoire qui paraît sous le nom de la dame Rapalli, elle adresse elle-même au public ses gémissemens. Accoutumée à gagner les cœurs et les esprits, par les grâces et par les talens dont la nature l'a partagée, elle s'est persuadée qu'en se présentant ellemême , elle surmonterait plus facilement tous les obs^ tacles, que sa voix serait plus touchante., ses peintures plus vives, ses efforts plus heureux que si eue continuait d'employer le secours des jiU'isconsultès. La séduction serait à craindre , si la délicatesse du tour pou-» vait tenir lieu d'exactitude dans les réciis et de solidité dans les raisonnemens; mais ces points essentiels manqueront toujours à sa défense. Quelques réflexions sommaires dans lesquelles on prétend se rentêrmer, sufii-f ront pour détruire les avantages qu'elle se promet de plusieurs traits répandus dans son ouvrage.
La dame Rapalli est rebutée d'entendre toujours parler de la première aSiire, dont les ofiicialités de Paris et de Lyon ont retenti , et qui a été jugée définitivement par l'arrêt de 1728. Quepeut^on reprocher ^ dit-elle, à iw^ fille de seize ans, victime de son ignorance et de sa timidité? Quoi! elle a signé tin contrat de mariage, elle
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a cimente cette union aux pieds des autels, elle a habité avec son mari pendant i à jours comme femme légitime , elle lui a écrit depuis en cette Qualité, et l'ignorance seule a «dicté les démarches qu'elle a faites depuis pour rompre un engagement si sacré? Il faut réformer nos mœurs et celles de toutes le3 nations; les filles ne doivent plus être captivées sous le joug du mariage avant qu'elles aient acquis ces connaissances exactes qui manquaient à )a damenapalli.
On ne m' a point consfaincue d'imposture ^ dit-elle, sur les faits quej' ai articulés alors , on les a jugés seulement insuffisans. Si la dame Rapalli avait bien voulu rappeler les faits qu'elle articulait, elle n'aurait pas pu hasarder une pareille évasion. Elle soutenait alors que le sieur Dupin , son beau-père , s'était porté aux dernières violences pour la contraindre d'épouser le sieur Rapalli, qu'il lui avait donné un coup ae pied et un soufflet y que le contrat de mariage avait été baigné de ses larmes , que la veille de la célébration elle s'était jetée aux pieds du sieur Dupin, qui l'avait repoussée avec menace ; qu'aux pieds des autels , quand on lui avait demandé si elle prenait le sieur Rapalli pour son époux, elle avait répondu que /ion; que le soir on l'avait arrachée de sa chambre pour la tradner dans celle du sieur Rapalli : ces faits peuvent-ils jamais se concilier avec cette liberté qui doit présider aux mariages ? Pourquoi donc ont-ils été rejetés? si ce n'est parce que l'imposture en a été démontrée , parce que la sagesse du ministre qui avait donné la bénédiction nuptiale, était un garant assuré que la dame Rapalli avait accepté le sieur Rapalli pour son époux , et qu elle n'avait pas répondu ce non , qu'elle articulait si. expressément; parce qu'elle avait habité un temps considérable avec le sieur Rapalli, comme avec son époux ; qu'elle lui avait écrit dans une courte absence avec toute la tendresse et toute la liberté qui pouvaient répondre de ses sentimens; parce qu'elle en avait accepté avec joie et avec reconnaissance des présens magnifiques; parce que toutes les circonstances, en im mot, contbndaient l'imposture de ses plaintes et de ses clameurs.
La dame Rapalli ne se justifie pas mieux sur sa retraite à Chambéry , et sur le se'jour qu elle y a fait au mépris de l'arrêt et au scandale de la religion, qui ne permet pas à une femme d'abandonner son mari pour aller se choisir une demeure dans une terre étrangère. Que nos idées sont différentes ! s'e'crie la dame Bapalli; ye regardai cette retraite comme unuiilieu raisoruiahle entre ma conscience et la loi : l'arrêt me donnait un état décidé quant à la société civile, mais avait^il pu faire naître des sentimens que f aurais voulu trouver dans mon cœur? C'est-à-dire que la dame Rapalli met ici la religion et la loi en contradiction entre elles; c'est-à-dire que les arrêts, pour être exëcutés, devraient auparavant consulte!: le cœur des parties, et ne leur prescrire que ce qu'telles veulent faire, autrement la religion va les conduire dans des terres étrangères , où l'autorité des ju^emens ne sera plus qu'un vain fantôme.
Mais comment le sieur Rapalli prouva^t^il sa ten^ dresse à sa femme dans le temps de cette retraite si innocente? Occupé uniquement de la dot, il ne chercha "u'a s'en rendre maître par les moyens les plus wo^ ns. En effet le sieur Rapalli, pour taire éclater sa ten-* dresse , aurait dû dire à sa femme : Vous m'abandonnez, au mépris des lois et de la religion ,«ypus vous révoltez contre Uautorité des titres les plus solennels ; vous me diffamez comme un homme qui a attenté à votre liberté : prenez votre bien, jouissez impunément de cette liberté <iui vous est si chère ; je vous aime assez pour vous procurer tous les moyens de persister dans votre révolte. Des offres si tendres auraient sans doute calmé la conscience delà dame Rapalli; et si elle n'avait pas reconnu le sieur Rapalli pour son époux , elle, aurait voulu du moins trouver dans son coeur des sentimens plus favorables pour lui. Au surplus ces moyens violens, ce sont les arrêts que le sieur Rapalli a obtenus contre les sieur et dame Dupin. C'est une violence à leurs yeux que de recourir à l'autorité de la cour.
Depuis la réunion faite en 1734, la dame Rapalli convient que pendant trois mois son mari ne lui a donné ftucuns sujets de plainte. Le premier appartement,
dît-on 5 était occupé par des personnes pour qui il devait avoir de la considération; leur présence le rete^^ naît , mais à la fin du ternie il alla demeurer rue Guénégaudy ou, n'ayant plus personne à ménager, il se livra pleinement à son humeur. Ne dirait-on pas à ce récit que c'est le sieur Bapalli qui a voulu sortir de sa propre maison pour aller demeurer dans la rue Guënégaud? Aucun des amis du sieur Rapàlli n ignore cependant que ce fut un sacrifice qu'il fit aux volontés de la damena-
{)alli; elle ne se trouvait pas logée convenablement dans a maison du sieur Rapalli, elle Te pressa d'eii sortir , il se rendit à ses désirs ; c est ce qui est d'une notoriété publique chez tous ceux qui avaient quelque accès dans la maison.
Pour me conformer à la façon de penser de mon mari, je me défendis spectacles , promenades , feux, sociétés. C'est beaucoup que la dame Rapalli n'ait pas articulé que son mari lui eût interdit ces plaisirs si touchans pour une jeune, femme, ell« n'attribue ces défenses qu'à elle-même ; mais apparemment qu'elle ne s'était pas fait sur cela une loi bien rigoureuse ; car après avoir annoncé cette retraite austère , elle nous dit presque aussitôt dans son mémoire , qu'e/fe revenait un jour à sept heures et demie du soir en été du Luxembourg , {OU elle avait été avec une demoiselle qu'elle aidait eue à dîner, et qu'elle remenait au couvent ou elle demeurait, lorsqu'elle trouva, etc. La voilà donc, de son aveu, qui prend part aux plaisirs de la promenade* et de la société ; rien n était plus convenable , et ie sieur Rapalli, loin de s'y opposer, était le premier à engager la dame Rapalli à prendre les divertissemens qui amusent à son âge. Mais pourquoi donc annoncer celte pri- Vfiijion , quand immédiatement après on est obligé de parler de l'usage que l'on faisait de ces mêmes plî^sirs ? Une pareille contradiction ne donne pas une grande idée des autres circonstances que l'on débite dans le même mémoire.»
Les faits répandus dans les six premières plaintes ne méritent pas que l'on s'y arrête ; la dame Rapalli aura beau se soulever contre le reproche qu'on lui a fait
qu'elles ne renferment que des minuties, les couleurs quelle çmprunte pour grossir les objets, les circonstances dont elle cherche à les fortifier, en ajoutant à ce qui est porte par les plaintes même , toutes ces res^ sources d'une imagination vive n^en changeront pas U nature.
La dame Rapalli ne s'est livrée à cette multitude de plaintes , que pour essayer la séparation qu'elle méditait; elle a eu peur qu'un fait unique ne fût point écoute'; elle s'est iâit alors à elle->méme cette déclamation dont elle a orné son mémoire : Quoi! messieurs ^ punira-ir-on le plus tendre des maris; etc, elle en a craint les impressions, et elle n'a fatigué tant de fois les officiers publics des vils^détails de sa maison , que pour calmer l'inquiétude qu'elle s'était formée sur un moyen dont elle pouvait être touchée.
Au surplus, elle convient elle-même de la réconciliation parfaite qui a suivi ces premiers iaits , elle veut les faire revivre par le dernier : attachons-nous donc à cet unique objet , dont la fausseté démontrée renversera tout le système de la dame Rapalli. S'il est faux , il ne peut ni faire revivre les faits qui ont précédé, ni servir par luinaéme de prétexte à la séparation.
Mais tout annonce l'imposture ; on ne conçoit pas ce qui aurait pu porter le sieur Rapalli à de telles fureurs ; on ne peut l'en convaincre, puisqu'il n'y avait point de spectateurs; et tout ce qui a suivi, justifie pleinement que la dame Rapalli n'a pas même été légèrement offensée.
Une femme vient trouver son mari dans son cabinet, elle s'assied sur ses genoux, elle lui demande, avec toute la douceur imaginable , une modique somme de 3o liv., et aussitôt il se livre à un excès de barbarie dont les âmes les plus féroces seraient incapables. Une pareille idée peut-elle être proposée sérieusement? On convient que ce qui n'est pas vraisemblable peut être vrai , mais c est déjà un grand avantage que d'avoir contre l'accusatrice un défaut de vraisemblance à lui opposer. Cela ne suffit pas, il taut ajouter qu'en matière de crimes, c'est un principe de droit qu'on ne présume pas qu'on se soit
rendu coupable sans cause, sans prétexte, sans occasion, €t l'on n'aperçoit pas ici le plus léger motif qui eut pu irriter le sieur Rapalli.
Mais, dit-on , le sieur Rapalli n'a pas passé subitement fie la proposition de sa fenune à la fureur , cela est venu par degrés : Ma proposition lejît changer de visage ^ sa physionomie toujours sombre se rembrunit encore, il me refuse durement; Je lui représentais que la somme était modique... M. Rapalli se mit en colère^ ilm dit des injures grossières y et voulut me mettre hors de son cabinet; J'insistai un peu , les injures redoublé' rent;je pleur a^i, mes laimes le mirent en fureur; d'un coup de poing dans l'estomac il me renversa par terre. Cette peinture (jui nous iait voir par xlègrés une phj' sionomie plus sombre y la colère , les injures ^ ulJu' reur, les coups y est un jeu d'imagination, qui, frappée de l'absurdité du fait en lui-même , veut y conduire insensiblement par divers mouvemens, qui semble ne sus- Sendre les excès que pour les rendre vraisemblables, lais le mémoire en cela ne s'accorde point avec la plainte; elle nous présente le sieur Rapalli comme un nomme qui, enflammé d'abord à la proposition de safemme, la renverse par terre, la foule aux pieds, et veut l'égorgçr. On a relevé de la part du sieur Rapalli l'impossibilité d'une pareille frénésie; la dame Rapalli, convaincue qu'elle a été trop vite dans sa plainte, se réforme dans son mémoire , elle excite la fureur .par degrés ; mais ceiw ressource vient trop tard; il n'est plus temps d'imaginer, il faut.s'en tenir à ce qui est consigné dans une plainte juridique qui doit seule être consultée.
Si le fait est absurde, il est d'ailleurs impossible de le prouver , et la preuve testimoniale que l'on demande serait absolument inutile. Les sieur et dame Rapalli étaient seuls dans le cabinet lorsque la scène se passa. Selon » dame Rapalli elle-même, il n'y avait point de spectateurs lorsque son mari la renversa par terre, lui donna un coup de poing furieux, lui déchira sa garniture, et lui marcha des deux pieds sur la poitrine : ces circonstances d'abord , c'est-à-dire tout ce qu'il y a d'essentiel dans sa plainte , ne peuvent donc être prouvés de son propre
aveu, et par conséquent il est inutile de demander et d'ordonner une enquête pour les établir.
DW autre côte, que la dame Rapalli ait crie comme une femme qu'on égorgeait, que plusieurs personnes, attirées par ses cris, 1 aient trouvée, sa garniture déchirée, se plaignant d'avoir été traitée avec la dernière barbarie^ qu elle leur ait dit qu'elle était enti*e la vie et la mort , qu'elle ait paru respirer à peine , qu'ayant demandé de 1 eau , et en ayant pris par deux K)is , elle ait vomi , et que ce qu'elle a rendu ait paru comme mêlé de sang, on n'a pas besoin de faire une enquête pour le prouver , le sieur Rapalli en convient. Depuis long-temps la dame Rapalli s'était étudiée à jouer ce rôle , et elle l'a fait avec tout l'art quipouvsBt séduire ceux qui n'étaient point en garde contre la surprise : il ne reste donc qu'à juger dans le point de droit, si une femme qui se trouvera seule avec son mari, en sera quitte pour faire le personnage dé mourante , et si elle peut , par cet artifice , se procurer cette séparation tant désirée.
Quel sera donc l'objet' de l'enquête ? Ce ne sera pas de prouver les traitemens cruels que la dame Rapalli prétend avoir reçus, elle convient qu il n'y avait personne quifiit présent : ce ne sera pas de prouver ses cris, ses plaintes, l'accablement dans lequel elle a paru, le siem* Rapalli en convient à son tour. Voici donc à quoi elle se réduit : Les témoins accourus à nies cris , dit-elle , m'arrachèrent des bras de mon mari dans le temps qu'il me maltraitait encore. Mais en premier lieu, la plainte rendue le même jpur ne va pas si loin, on se contente de dire que les domestiques accourus arrachèrent la dame Rapalli des bras de son mari : ces termes, dans le temps qu'il me maltraitait encore , ne sont que d'une invention moderne. On a senti que la plainte seule condamnait la dame Rapalli. Le secours de la fiction est toujours prêt dans une affaire dont elle est seule lame et le mobile , ainsi on avance hardiment dans le mémoire ce qui n'est pas dans la plainte. Fait-on xme ol>jection à la dame Rapalli tirée de sa propre plainte , aussitôt elle trouve la réponse dans de nouvelles découveries que sa mémoire lui fournit au bout de deux ans,
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et qu'elle n'avait pas faites le jour même de la plainte.
En second lieu, est-il possible que les témoins fussent arrive's dans le tensps qu on la maltraitait enewe , pour se servir de ses expressions? La dame Rapalli nous dit dans sa plainte qu'après que les témoins furent arrives, sur les reproches qu'elle faisait à son mari , il répondit d'mi air de triomphé , qu'on ne pourrait prouver par témoins qu'il Veut frappée. Ce langage qu'elle nous rapporte elle-^méme, ce langage tenu publiquement devant tous ceux qui étaient accourus , se peut-il concilier avec le fait qu'elle hasarde aujourd'hui , que les témoins arrivèrent dans le temps qu'on la maltraitait encore? Un homme qui aurait été surpris par plusieurs personnes dans le temps même qu'il maltraitait sa femme, aurait-il osé leur dire dans l'instant même , au moins il n'y a personne qui puisse dire qu'il m'ajt vu maltraiter ma femme? C'est cependant ce que la dame RapalU rapporte ellemême de son mari : en faut-il davantage pour la convaincre de supposition grossière dans ce qu'elle avance au* jourd'hui pour faire admettre la preuve ?
Concluons que l'enquête demandée n'a point d'objet; elle n'en a point pour les traitemens cruels que la dame Rapalli prétend avoir reçus, on convient qu'il n'y avait
1)ersonne qui fut présent : elle n'en a point pour les cris, es plaintes, les gémissemens, les vomissemens réitérés, le sieur Rapalli en convient : elle n'aurait donc pour unique objet que le fait que les domestiques qui étaient accourus , l'ont arrachée des bras de son mari. Mais que signifie un Élit de cette qualité '{ La dame Rapalli, dans les agitations qu'elle se donnait pour jouer le rôle de fenune battue , a pu facil^nent retenir le sieur Rapalli , qu'elle
unique
d'une preuve. Rien ne parait plus chimérique et plus illusoire.
Mais, nous dit-on, c'est à moi à faire ma preuve, ne vous inquiétez pas du succès; si les témoins n'ont rien vu, que craignez-vous? A ce discours spécieux la réponse est prompte. i^Ilne serait pas delà sagesse du
tribunal, saisi des contestations qui se présentent, d'ordonner une preuve que l'exposé de la plainte annonce comme impossible. Une pareille plainte ne s'admet pas légèrement, autrement il faudrait dire que toute femme
3 ui formerait une demande en séparation, et qui hasarderait un fait de violence de la part de son mari , même pendant la nuit, même pendant qu'ils seraient seuls enfermés dans leur chambre, devrait nécessairement être admise à la preuve ; ce qui est absurde. 2** Il n'y a personne qui ne sente le danger de commettre une preuve à des parties , qui , depuis tant d'années , ont formé tant d^intrigues et de cabales contre le sieur Rapalli , et qui . ont cherché à le perdre par tant d'indignités. Enfin^yie
t>reuve admise peut éterniser un procès; elle entretient a femme dans un esprit de divorce, elle prolonge et augmente le scandale ; ce n'est donc qu'avec de grandes précautions que l'on admet une pareille preuve, et lorsque les circonstances en font coimaitre en même temps, et la nécessité, et la possibilité. Ces circonstances manquent toutes à la dame Rapalh, et par conséquent elle ne peut être écoutée.
Mais ce qui tranche toute difficulté, c'est que la preuve est faite tant par la plainte de la dame Rapalli , que par les rapports en chirurgie qu'elle rapporte ellemêjne; ces pièces réunies mettent l'imposture dans le plus grand jour, et l'on ne peut contre des preuves écrites, que la dame Rapalli administre elle-même, adnietire une preuve testimoniale qui ne pourrait jamais l)alancer ce qui résulte des titres. Ces vérités ont été établies dans le mémoire du sieur Rapalli : il suffira de parcourir les objections.
D^un côté y dit la dame Rapalli, on s'étudie à exa^ gérer les mauao que fai soufferts , et de Vautre ^ on ^ donne une force et une légèreté que je n'ai point ^ue; lorsqu'on rend compte des différentes courses que j'ai faites le même jour dans Paris, on supprime les longues pauses que J'ai été obligée de' faire.
On ne croit pas qu'il fût possible à! exagérer les faits articulés dans la plainte de la dame Rapalli; les violences qu'elle impute à son mari sont si outrées, qu'il n'était pas
possible d'y rien ajouter, à moins que dé la iaire mourir sous les coups du sieur Rapalli ; mais puisqu'elle nous reproche d'exagéper les mauvais traitemens quelle a reçus, n'employons que ses propres termes. D'abord la plainte porte que le sieur Rapalli lui donna un coup de poing sijm^ieux dans V estomac , qu'il la rem^ersa à ses pieds ^ qu'il se Jeta sur elle , lui donmi plusieurs coups de poing y lui déchira sa garniture, et lui marcha des deux pieds sur la poitrine; que se ^voyant entre la vie et la mort y elle n'eut de ressource que
d'appeler à son secours que la parole lui manqua
par une irès-grande oppression ae poitrine y causée
pofiides coups qu'elle venait de recevoir que, la
parole lui étant revenue, elle dit, d'un ton entrecoupé et de suffocation, qu'elle avait l'estomac rompu, qu'elle n'en pouvait plus y et que le sieur Rapalli lui avait donné des coups mortels ; enfin qut'elle -vomit du sang avec abondance. Son premier mémoire ne donne pas des idées moins funestes : D'un coup de poing dans l'estomac il me renversa par terre , il me prit par les cheveux y et m'en arracha y avec màgamiUtre qu'il mit en pièces , il m'atterra totalement et me marcha des deux pieds sur la poitrine y pour m' empêcher de me relever; sans le prompt secours qui arriva, ce Jour eût sans doute été le dernier de nui vie ;^on me mit dans un fauteuil y saisie, î*espirant à peine , privée presque de tout sentiment. On demande à la dame napalli comment on peut exagérer ses maux, quand on en fait la peinture d'après elle? Pourrait-on ajouter quelque chose à la cruauté, à la barbarie, à la fureur dont ces traits donnent l'idée ?
C'est cependant dans cet état de mort qui aurait dû exiger les remèdes les plus prompts et la tranquillité la plus parfaite, qu'elle monte dans un fiacre, qu'elle se fait mener de la rue Guénégaud à la Grève, de la Grève vis-à-vis la Comédie française , et de la Comédie fran- Çaiae dans la i^e Poupée ; c'est dans cet état de mort qu'elle va chercher elle-même son chirurgien, son commissaire et son avocat, ^ui auraient volé a son secours si elle les avait mandés. Ces démarches, avouées
PRESIIÈRE PARTIE. ^ ll3
eUe-méme , peuvent-elles jamais se concilier avec les [iadts qu'elle veut prouver?
Toi fait y dit-elle , de hngues pauses. Mais, suivant elle, elle n'est venue dans le cabinet de son mari qu'à dix heures et demie du matin; la scène n'a pu finir qu'à onze heures , et à quatre heures du soir toutes ses courses étaient finies. Passe-t-on ainsi de la mort à la vie en quelcpies heures de temps? Soutient -on toutes les courses d'un fiacre quanci on a l'estomac rompu et la poitrine oppressée, quand on vomit le sang à chaque moment, saisie , respirant à peine , presque dénuée de sentiment.
J'ai pris un bouillon chez le sieur Granier mon chirurgien , il conclut à une prompte saignée du pied; je passai chez le commissaire le Comte y mais les forces me manquèrent f et ayant pris date y je fis un dernier effort pour gagner la maison de m. de la Brosse , fy fus sur-le-^hamp saignée du pied. Mais tous ces adoucissemens changent-ils le fait décisif? Si la dame Rapalli avait été dans l'ëtat de mort dans lequel elle se représente, comment aurait-elle pu entreprendre toutes ces courses? comment aurait-elle pu les soutenir? Pourquoi aller chercher des personnes qui se seraient feit un devoir et une religion d'aller U trouver en quelque lieu qu'elle se fût retirée ? D'ailleurs la dame napalli oublie une circonstance qui est dans sa plainte; elle dit que le sieur Granier, chirurgien , lui conseilla une saignée, qu'elle lui représenta qu'elle était dans un état critique qui ne le permettait pas, ce qui obligea de différer ; si elle s'était souvenue de cette circonstance , elle n'aurait pas dit dans son mémoire , qu'étant arrivée chez le dame de la Brosse , elle fut sur-le-champ saignée du pied. Depuis qu'elle était sortie de chez le chirurgien jusqu'à ce quelle fût arrivée chez M. de la Brosse, son <^t était-il changé? Ne pouvait-elle rec^oir le secours de la ssdgnée dans un moment , et se faire saigner cependant un instant après ? De telles contradictions font-elles l'âoge de sa sincérité et de sa bonne fc^i.
Pour excuser ces courses , la damé¥(kpalli dit que la nudson où elle venait d'être maltraitée lui parut un séjour
Cocaiir. TOMB i. 8
ï l4 . OEiUVRES DE COCRIN.
insupportable ; qu'elle ne pouvait pas y deatieurer : on veut bien admettre l'excuse, qui aurait dû cependant céder à la nécessité, si elle avait été, comme elle ledit, entre la me et la mort; enfin qu'elle sortit de sa maison pour se faire conduire chez la dame de la Brosse. son amie, qui demeurait dans le même quartier, et où elle est venue se reposer le soir; cela serait du moins supportable : -mais que l'horreur qu'elle a pour la maison de son mari l'oblige, quoique mourante , de monter dans un fiacre, d'aller chercher un chirurgien à la Grève, un commissaire vis-à-vis la Comédie française, et son avocat rue Poupée , voilà ce qu'elle ne persuadera à personne , à moins qu'elle ne* nous dise naturellement qu'il n'y avait que l'air de la maison de son mari qui fat mortel pour elle , et qu'il lui suffisait d'en sortir pour recouvrer toutes ses force».
Au peste, que peut-elle répondre aux rapports en chirui'gie faits le même jour et deux jours après , pai" lesquels il est prouvé que cet estomac rompu par un coup de poing furieux qui l'avait renversée par terre, que cette poitiîne fojnlée aux pieds par un mari en lureur n'avaient pas reçu la plus légère contusion ? Son défenseur, en plaidant sur l'appel, est convenu à l'audience de bonne foi qu'il avait été touché de cette preuve, et qu'elle l'avait ébranlé; mais que depuis l'appel , il se* tait rassuré en consultant des médecins et chirujçgiens habiles , qui lui avaient appris qu'on peut marcher des deux pieds sur la poitrine d'une femme sans aucune marque de contusion.
Le défenseur de la dame Rapalli , avant ces consultations qui l'ont rassuré , marquait cependant aux requêtes du Palais la même confiance qu'il fait éclater aujourd'hui en la cour; il ne nous faisait pas part .alors de l'impression que ces rapports avaient faite sur lui , il pourrait bien encore avoir quelque inquiétude dont il conviendra dans la suite.
En tout cas , oncroit qu'il n'y a personne qui ne doive être aussi touchp^fles rapports en chirurgie que le défenseur de la daiitB RapaUi. Quoi ! elle reçoit un coup ae poing furieu;^ dans l'estomac qui la renverse par terre ,
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on la foule aux! pieds avec une rage qui ne se petit exprimer^ on lui donne des coups de pied dans la poitrine , et ces parties si délicates , principalement dans une jeune femme , ne reçoivent pas la moindre altëration ! Qui pourrait se refuser à la conséquence nécessaire, que ces coups ^ ces traits de fureur ne soiit que de pores illusions.
Mais les médecins et les chirurgiens nous disent que cda est possible : voilà ce que c'est que de n être pas boa physicien, de ne pas connaître la structure du corps Dumain, on est exposé à faire bien de faux raisonnemens. C'est ainsi que la dame Rapalli insulte à notre ignorance; mais oii a-t-elle donc trouvé qu'il faille être physicien ou anatomiste pour savoir si des coups mortels donnés sur l'estomac et sur la poitrine, doivent y faire des meurtrissures et des contusions? Non, sans avoir étudié dans les écoles de médecine ou dans l'amphithéâtre de Saint-Côme , il n'y a personne qui ne sache , par une expérience journalière, que dès qu'un corps étranger presse violemment la peau, il laisse nécessairement quelque contusion ou quelque meurtrissure ; il ne faut pas employer pour cela la violence et la fureur; une impression faite sans y penser suffit. Et l'on prétendra que des coups redoublés et violens ne feront aucune impression ! Cela est d'une absurdité qui révolte.
Quand les médecins et les chirurgiens les plus habiles diraient le contraire , on en croirait à ses yeux et à sa propre expérience plus qu'à tous leurs discours. La dame Rapalli exige une déférence un peu trop servile pour ces grands consultans : s'ils ont dit tout ce qu'elle veut leur faire dire , on peut réppndre avec confiance qu'ils se sont joués de la crédulité humaine ; mais la proposition qui leur est Ëiite, peut, pour leur honneur, sauver leur réponse. On demande si on peut marcher sur la poitrine d'une fimme sans aucune marquB de contusion. Si on marchait légèrement ^ si on né faisait aucun effort , si on le taisait avec beaucoup de précaution de peur de l'offenser , il ne serait pas impossible que la peau ne reçut aucune offense , surtout si on suppose la femme bien garnie d'habits , com^ne on le dit dans une
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descoBsuhatiana. Mais cpiand on foulera une femme aui pieds avec fureur, quand on l'ëcrasera avec toute la rage qu'inspire la colère la plus animée , et qu'au mois d'août elle n'aura pour se défendre qu'une simple robe de ta&tas, alors il est physiquement impossible que toute la poitrine ne soit meurtrie : aussi ai^tp-on caché toutes ces circonstances aux médecins et chinirgieBs; leurs oracles ne peuvent donc en imposer à persoBne, et l'évidenqe cantimd ici la dame Rapalli , malgré tous les secQUrs de la médecine et de la pnysique. >
CONSULTATION
Formalités nécessaires au mariage d'une Piançaise avec un homm^
- dn coratat Tetiaîssin.
Le conseil soussigné, qui a vu le knémoire d'un homine de condition originaire d Avignon , et qui sert en France , est d'avis que les formes du mariage n'étant pas assujetties aux mêmes lois dans le comtàt Venaissiu qu'elles le sont en France 9 celui qui est originaire d'Avignon, et qui y a ses père et trière , n'est point obligé de requérir leur eensentefiiem , ni la perttiission de son propre curé, comme il y serait oUigé en France , s'il était Figeais d origme.
Mais il y a deux observations importantes qu'il feot faire sur le mariage qu'on se propose. La preiiiière est que celui ((ni veut se marier peut être majeur depuis plusieurs années , et avoir acquis en cette qualité un domicile différent de celui de ses père et mère ; et comme il sert dans les troupes du roi , il peut avoir a)oquis un domicile en France : si cela est , il est sujet perscmnel-
' Sentence sur délibéré de la seconde des fequéles du Palais , du ^ mars 1755, en dveur du mémoire, confirihëe par arrêt de la grw<F éhambre, du a4 avril 1756.
* CoHt consuJtatioh est h hXK^ de rancieime édition.
lement aux lois da royaume^ et nie peut se marier conins les règles prescrites par ces Ichs. Il n'est poiât question du domicile de ses père et mère dès qu'il est majeur ; il a et peut avoir en cette qualité son domicile propre suivant lequel son sort doit être régie'.
Laseconde est que la fille qu'il veut épouser est certainement domiciliée en F^rance , de même que ses père et mère; elle aura sans doute leur consentement , mais cela ne suffit pas ; il faut qu'elle soit mariée par soja propre curé , ou qu^il donne à un autre prêtre la permission de la marier , ou enfin que l'évéque lui-même donne cette permission.
Le curé de la fille ne la marierait pa^^et ne doit pas la marier sans qu'on lui rapporte le consentement du curé du futur : le prêtre commis ne mariera pas non plus sans cela; ainsi on trouveria toujours de l'obstacle de tous côtés.
Car les prêtres de France doivent se conformer aux lois du royaume , de quelque pays que soit un des f^oux. Le curé de la fille ne P^ut marier que ses vrai^ et actuels
Saroissiens, comme parle l'édit de 1697. Et quaqd tous eux ne sont pas de sa paroisse , il iaut qu'il ak le consentement du curé du garçon , sans quoii il contrevient à cet édit et est si^et aux peines portées par cette loi. Ainsi il ne faut pas croire que la chose soit facile de spn côté.
Cependant s'il veut donner une permissiop de reice^ voir fa bénédiction nuptiale d'un autre prêtre , et que les parties s'adressent à un prêtre du comtat d' Avignon ,
3ui n'est pas obligé de demander la permissbn du curé u garçon , en le supposant domicilié avec si^s père et mère, on croit que le mariage célébré par /oe pr^re serrait bon ; du côté de la fille soumise ^ux lois d« France , elle aurait le consentement de ses père et mère et la pierïnission de son curé ; de la part du garçon, il n'a besoin ni de l'un ni de l'autre. Ainsi tout serait en règle.
Mais pour cela^ on le répète , il faudrait, I°qi|ie le fu--tur eût son domicile à Avignon , et ne fût pa« au contraire domicilié en France ; 2.* que le curé de la fille voulût donner la permission aux deux parties de se marier
Il8 OEUVRES DE COGHIN.
partout et par le ministère de tel prêtre qu'As voudraient choisir; siu* quoi il faut être ëclairci avant toutes choses. Délibéré à Paris le