‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 4)Chapitre 20 sur 35 · ET MÉMOIRES · texte numérisé non relu

ET MÉMOIRES

, POUR le marquis d'Havtsfort.

CONTRE la demoiselle de Bbllingant de Kerbabv.

APPEL DE LA PROCÉDURE A L'EXTRAORDINAIRE PLAIDÉ A LA TOURNELLE CRIMINELLE.

QvBsnoir. — Laquelle de deux accusations respectives est récrimi«

* natoire. *

Le projet forme par la demoiselle de Kerbatu, de se donner pour veuve du comte d'Hautefort, est une de ces entreprises téméraires, que l'ambition inspire, queTintrigue et l'artifice préparent , et qui ne se soutiennent que par Taudace et par le crime. Mais ce qui distingue cette fable de tant aautres dont les tribunaux ont retenti, est que celle-ci a été trop mal concertée, pour que des personnes sages et éclairées puissent long-temps en être séduites : c'est un tissu ^e faussetés manifestes qui la déshonorent, et de contradictions qui la détruisent.

On verra d'abord sur la scène la demoiselle de Kerbabu regretter la perte du comte d'Hautefort, comme s'il eût été prêt à devenir son époux , quand la mort le lui a enlevé; se flatter d'avoir eu part à ses dernières volontés; en demander compte à sa famille , comme la seule espérance qui pouvait lui rester après les malheurs qu'elle avait éprouvés. On la verra ensuite, abandonnant

" Arrêt du ii août 1740 eu faveur du mémoire. * Cette cause est la XLIX^ de raûclenae édition.

l44 COUVRES 0£ GOCHIK.

cette première idée, sortir de la maison de ses parenS| passer dans une province étrangère , sous des noms dé» guises, y tenter la fidëlitë des officiers publics pour en faire des prévaricateurs; faire tous ses efforts pour s'emparer des registres dépositaires de l'état ^es hommes; et iie pouvant y parvenir, y glisser un papier obscur qu'elle avait fait fabriquer , et qu'elle craignait de décrier de plus en plus s'il paraissait être sorti de ses mains.

Enfin on la verra, pour fruit de ces intrigues secrètes, s'arroger la qualité de veuve du comte d'Hau- , tefort, un an après sa mort, en usurper le rang et les distinctions aux yeux du public effrayé <l'ime telle métamorphose; se aonner, en un mot, pour ce qu'elle n'avait jamais été ni prétendu être.

Reconnaîtrait-on à ces contradictions et à ces déguisemensles caractères sacrésde la vérité et de la justice ? El

Suand on n'aurait point d'autre préjugé de la chimère u système de la demoiselle de Kerbsibu, ne serait'-il pas permis de le rejeter avec indignation?

Mais la contradiction qui avait éclaté dans ses démarches , a bientôt passé jusque dans ses discours et dans ses écrits; on ne la trouve jamais d'accord avec elle-même sur les faits les plus essentiels. D'abord son contrat de mariage avait été passé chez deux notaires de Laval, qu'elle indiquait par leurs propres noms; aujourd'hui ce ce ne sont plus des notaires de Laval, mais un notaire de Montsur : d'abord on n'avait soustrait que la grosse de son contrat de mariage, depuis c'est la minute même: d'abord on avait déchiré deux feuillets du registre de baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse d'Argentré; c'est aujourd'hui une supposition qu'elle n'oserait soutenir: d'sibord, son contrat de mariage portait une quittance de i5,ooo hv. sur sa dot, et eue avait eu depuis une quittance parriculière pour les 60,000 hv. restantes;, aujourd'hui la quittance représentée est de 75,000 hv. Quels égaremens !

L'imposture ain^i confondue par elle-même, conserverait-elle encore quelque reste de crédit ? Si cela était possible , le charme serait bientôt rompu en jetant les yeux sur la procédure faite à Laval, où tant de mys-

tères d'inimiitë sont dëvoilës^Aussi la demoiselle de Ker-. haha fait-elle tous ses efforts pour la combattte; mèàs comment pourrait-elle y donner atteinte? Le crime est trop. grave, les conséquences t^p dangereuses, pour qu^on puisse jamais en arrêter la. poursuite.

C'est ce que Ton se propose d'établir principalement. Il n'est point encore question de décider de 1 état de la demoiselle de Kerbabu, mais seulement de savoir par quelle voie on parviendra à le connaître ; c'est ce qu on ne peut faire qu'en coiMÎnuant la procédure commencée a Laval, comme U seule qui tende à éclaircir une vérité si capitale et si essentielle.

Fait. — Le feu comte d'Haut Art,, qui n'avait jamais

Sensé à se marier, destinait tous ses* biens au marquis 'Hautefort son neveu, comme à celui qui devait un jour soutenir la splendeur de sa maison; q'est ce qu'il exécuta par un testament du mois d'avril fjiS. ''

U partit quelque temps après pou^ se rendre à Brest , d'où il revint au château d'Hauterive , près de- la ville de Lavaf, aii commencement du mois de septembre de la même année.

Une compagnie nombreuse Vy suivit, et entre autres la dame marquise d'£pinay sa sœur, la demoiselle d'£pinay sa nièce, qui avaient amené avec elles le$ demoiselles de Bellingant et de Kerbabu.

La demoiselle de KerbaLu ,* qui joue aujourd'hui uii si grand rôle , préteiid que depuis près d'un an , le comte d'Hautefort pensait à l'épouser; et pour le justifier, elle rapporte quatorze lettres antérieures au prétendu mariage, dont deux sont écrites au comte de Saint-Quentin son beau-père, et douze à elle-même.

n suffirait ae lire attentivement ces lettres pour reconnaître qu'il n'y a rien que de fabuleux dans ce prétendu mariage; pn n*y trouve pas un seul mot qui y pré- Eare. Des douze lettres écrites à k demoiselle de Ker* abu, la premiètre est du mois de novembre 17^5, et Ha dernière du 23 août 1726. Croirait- on qu\in amant sensible au mérite de la deo^iqi^elle de Kerbabu, f\m se serait» déterminé pour elle à changer le plan qu'il avait

toujours suivi, n aurait f>as exprimé dans une seule <ib

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ces lettres le projet de ce mariage qui était si prêta se ^f^iclure? Cependant, le terme même de mariage ne se trouve pas tme seule fois dans ces douze lettres, et Ton n'y «ntrevoit pas la moindre vue dW établissement que la demoiselle de Rerbabu suppose déterminé et prêt à conclure.

Cette réflexion serait seule décisive; mais ce qui suit portera de plus en plus la conviction dans les esprits. Le comte d'Hautefort tut invité , le 19 septembre 1726, à dîner avec toute sa<;ompagnie-*hez le sieur le Blanc, prieur-curé de la paroisse d'Argentré, dans laquelle est situé le château d'Hauterive , qui en est distant d un quart de lieue. Il se jpadit, sur les onze heures du mayn , avec les dames otês officiers qui formaient la compagnie d'Hauterive. Le dîner conduisit ju^ue vers les quatre heures que la compagnie retourna à Hauterive; le sieur le Blanc , qui se trouvait incommodé d'un mal de jambe, eut peine à reconduire le eomte d'Hautefort jusque dans la cour du presbytère , où il prit congé de la compagnie; en sorte qu'il ne sortit point de sa maison dans tout le jour du 19 septembre 1726.

C'est cependant à ce jour mémorable que la demoiselle de Kerbabu fixe l'époque de son prétendu mariage ; elle prétend t|ue, deux jours auparavant , le comte d'Hautefort avait fait venir un notaire qu'elle ne connaissait

f)oint; que le contrat de ^mariage fut signé le 17; que e 19, après qu'on fot revenu du lieu d'Argentté, le i)rieur-curé se rendit au château d'Hauterive , où, dans a chapelle du château, il adminisU'a la bénédiction nuptiale au comte d'Hautefort et à elle.

Pour Soutenir cette fable, elle n'a pu rapporter aucun contrat de mariage; il aurait fallu pour oela corrompre

Îlusieurs officiers publics, ce qu'elle a tenté inutUenient. l n'y avait pas tant de difficulté pour fabriquer en secret un prétendu acte de célébratiqn; aussi ei^.a-*-t-on iâk paraître un dans la suite, mais qui porte les caractères de fausseté les plus sensibles. . . .

Premièrement, ce prétendu acte n'est écrit dans aucun registre public , il est sur une simple ieuille volante, qui i|!estiûcotQeniparAph#e,jetquine tient à aucunregistre.

Secondement, il sera prouvé par Finformation que c est la demoiselle de Kerbabu elle-même qui a mis ce||e feuille volante dans le registre envoyé par duplicata au greffe de la justice de Laval.

Troisièmement, on a osé avancer que le mariage avait été fait après les publications des bans dûment faites , ce qui est le cpmble de la folie et de l'égarement : car la demoiselle de Kerbabu prétend que le comte d'Hauiefort avait exigé que le mariage serait tenu secr^et; que c'est par celte raison qu'il ne le communiqua ni' à sa sœur, ni à sa nièce , ni à aucun de ceux qui étaient avec lui à Hauterive ;* comment donc l'aurait-on tait précéder de la publication de trois bans dans la paroisse a Argentré? On sait qi#,des bans publiés dans une paroisse de campagne, *sont nécessairement entendus de tous ceux qui assistent à la messe paroissiale; la nouvelle du mariage du comte d'Hautefort se serait bientôt répandue dans tout le pays; cependant, c'est* par-là qu'elle prétend que. Ton a disposé les choses à un secret impénétrable.

Quatrièmement, il n'y a que deux témoinjs qui aient signé cet acte, et ces deux témoins sont le frère et la sœur de la demoiselle de Kerbabu.

Enfin, on suppose que ce mariage a été célébré dans^ la chapelle du château d'Hauterive , par le cïùré d'4rgentré, qui ne sortit point ce jour-là de sa maison , comme il sera prouvé par un grand nombre de dépositions.

Il n'est donc pas permis de douter de la fausseté de cette pièce : il n'est pas même nécessaire pour cela de recourir à l'art des experts ; les faits oonsians qui résultent ou de l'information ou de l'acte même , ne permettent pas d'en douter. Aussi, quoique le comte d'Hautefort sbit resté à Hauterive jusqu'au 28 octobre de la même année avec une nombreuse compagnie , jamais on n'a soupçonné la moindre liaison entre lui et la demioiselle de Kerbabu.

Il arriva à Paris au commencement de novembre y avec une santé fort Janguîssante ; bientôt la maladie augmenta; il en sentit tout ledangar; il se prépara àr

l48 œUTRES DE €OGHIN.

la mort avec tous les sentimens de religion qifVingént ppincipalement de si tristes instans. Il ' avait d'anciens amis, pour qui il n'avait jamais eu de secret; il leur donna des marques de la même confiarice qu'il avait toujours eue, cependant il ne fut jamais question de leur parler de son prétendu mariage; on ne l'entendit point plaindre une veuve malheureuse dont la mort allait le séparer presque dans le même instant qu'il venait de lui être uni, la recommander à leur amitié , e^igager^a famille à en user avec elle d'une manière convenable; il mourut, pour ainsi dire, entre leurs bras, sans réserve pour tout ce qu'il y avait de plus î»ecret j et sam aucune ouverture sur ce prétendu mariage.

Cependant la demoiselle de Kerbal^ prétend que, dans le cours de ces trois mois qu'il à passés' à Paris, il lui a écrit quatre lettres , dont deux parlent du mariage qu'il avait contracté avec elle. iMais ces deux lettres sont manifestement fausâfes , ainsi qu'un petit mémoire ({u on suppose avoir été envoyé dans une de ces lettre^, et une

!)rétendue quittance de dot , du 2 octobre 1726. Ce aui e prouve est ce que l'on a déjà observé , tant sur les lettres précédentes , que sur le pirétendu contrat de mariage et acte de célébration. Du reste, ces deux lettres par elles-mêmes présentent d'autres caractères de feusseté , qui méritent une extrême attention.

Premièrement, les douze lettres qui précèdent k prétendu mariage ne sont point signées pat le comte d'Hautefort; des quatre lettres postérieures à ce même mariage, lès deux qui n'en parlent pas ne sont pœûi encore signées ; par quelle singularité se trouve-t-il que de seize lettres écrites par le comte d'Hautefort à la demoiselle de Kerbabu , il n'y ait précisément que les deux lettres qui parlent du mariage qui soient signées? Qtioi. le comte d'Hautefort était dans l'usage d'écrire toujours à la demoiselle de Kerbabu sans signer? Il n'aura quitus cet usage constant que pour signer deux lettres seulement , et ces deux lettres se trouvent les seules qui parkW dumariiige? Ne sent-on pas que c'est un faussaire im-

I)udent qui a voulu donner plus de poids à ces deiff ettres, en les taisant paraître signées, et qui n'» P*^

compiris que cet excès de prëcauUon se rétorquerait contre lui , par Fopposiiion qui se trouve entre ces deiïx leitres et toutes les autres ?

Encore si toutes les lettres écrites di^uis le mariage étment signëes , on pourrait dire qu'il aurait change d'u* sage depuis son changement d'ëtat; mais il y en a quaûre écrites depuis , et de ces quatre , les deux qui ne parlent p<Mnt du mariage ne sont point signées ; pourquoi donc les deux autres le sont-elles ? Quand on aura bien pesé cette reflexion , â.est impossible de ne pas reconnaître que ces deux lettres , si distinguées des autres, ne le àont que parce qu'elles partent d'une main différente.

Secondement , il y a des traits dan&ces lettres qui ne peuvent jamais convenir au comte d'Hautefort. Un lui lait dire : Si je n'avais pas eu l'honneur de vous épou^ ser, soyez certaine que je nantirais demain. Est-ce donc là le discours d'un mari à sa femme? Quand la de« moiselle de Kerbabu aurait été d'une maison encore plus iUnsu^ que celle du comte d'Hautefort , aurait - il jamais écrit dans un style si rampant? Ce serait une bassesse que l'on ne peut imputer au comte d'Hautefort. Mais comme cette l^re a été fabriquée depuis que la demoiselle de Kerbabu l'avait pris sur un ton si haut avec le marquis d'Hautefort, elle a vouln liure sentir que le comte d'Hautefort se trouvait lionoré de son alliance. Voilà ce qui a fait imaginer ce tour de phrase si extraor^ dinaire.

Dans la même lettre on fait dire an comte d'Hautefort : Siie venais à manquer avant que notre mariage Jutdéclaré , vous mettriez bien à la raison tous les gens qui pourraient avec tort se persuader que je ne pouvais pas , par notre contrat de mariage ^ vous (hnner tout mon ètien; les voilà bien éloignés de canote. Il n'y a peut-être rien de plus opposé au caractère du comte dllautefort qu'un pareil discours. Personne n'a jamais été plus attaché à sa famille oue lui; il aimait son nom, sesparens. Pourquoi donc, aans cette letue, leur ferait-il une espèce d'insuke, en supposant qu'ils se persuadaient quii ne pouvait pas donner son bien par contrat de marine? rour^oi se feoait-îi une

l5o OEUVRES DE COCHIN.

espèce de triomphe de ce qu'ils se trouveraient bien loin âè compte ? C'est un trait dont il était incapable, et que la demoiselWde Kerbabu n'a imaginé que pom» se venger du marquis d'Hautefort depuis la lettre dont elle dit avoir été indignée.

Quelle contradiction d'ailleurs ! Il a donné tout son bien par contrat do mariage à la demoiselle de Kerbabù ; comment donc suppose-t-elle qu'il a Êdt depuis un testament en sa faveur r Quoi ! après avoir tout donne' par un acte aussi solennel et aussi irrévocable qu'un contrat de mariage , il aurait donné depuis quelque portion seulement par un testament toujours révocable/ C'est une absiu'dité qui démontre la supposition. *. Enfin , ssUis atteindre à la science des experts , après scgoiT examiné attentivement ces deux lettres, et le^ avoir comparées avec les autres, certainement elles ne sont point l'ouvrage de la mâaie main. Quelque précaution que l'on ait prise pour en imiter le caractère, on aperçoit une dificrence essentielle. Dans toutes les autres, les traits paraissent hardis ^ aisés, coulans, partis d une mam ferme; dans celle-ci, il n'y a presque pas un trait qui ne paraisse formé d'i;uQemain gcnée, et devenue par-là un peu-tremblante.

On ne craint donc point de suivre l'accusation en crime de faux .principal que l'on a formée contre ces deux lettres , aussi ibif») que contre le mémoire et quii^ tance de dot qui y sontjoints.

Revenons au décès du comte d'Hautefort. Dans le moment, le commissaire Parent se transporta dans» maison où il demeurait, et, à la requête du marquis d'Hautefort son frère , il apposa le scellé siu: tous les eflets, sans qiie le marquis de Surville, neveu du défunt, appelé aujourd'hui le marquis d'Hautefort, y assistât^ ni personne pour lui. Le commissaire étant parvenu dans la chambre du tèu comte d'Hautefort, le sieur Soutet, chargé de la procuration du marquis d Hautefort, requit le commissaire de faire perquisition dans tous les tiroirs des commodes et armoires de la chambre, et autres endroits y pour voir si on n'y trouverait point de testament du wmte, d'Hautefort- il était natofel de

PREMIÈRE PàRTi-E. l5j[

penser qu^uu homme qui mourait sans avoir été mariëj^ en aurait fait un ; et le marquis d'Hautefort présumait qu il serait en sa faveur. On fit la rechOTche, et on trouva dans un des tiroirs de la commode le testament lait au mois d'avril 1726, qui instituait le marquis de Surville légataire universel au défunt. Que ce testament ne lut plus dans son enveloppe , c'est une circonstance indiffé^ rente, parce que le comte d'Hautefort avait été le msutre de 1 en tirer de son vivant.

£n vertu de ce testament , auquel toute la maison dUautefort se soumit, I0 marquis de Surville entra en possession des biens de son oinfcle ; et il commençait à és^ ]ouir tranquillement, lorscpie le 3l mars il reçut une lettre du marquis d'O , qui lui en envoyait deux autres qu'il avait reçues de la dame de Saim-Quentin et de la demoiselle de Kerbaku, sa fille , des 6 et 9 du même mois de mars. La dame de Saint-Quentin , dans la sieuQe , disait au marquis d'O : L'une de nïes filles était sur le point d'épouser M. le comte d'Hautefort; il Vavait fiancée, et le contrat de mariage écrit dès le mois de septembre. Sa maladie retarda la noce Jusqu'à son retour de Paris. J'attendais ce temps , monsieur, pour vous en /aire part, comptant bien que vous seriez bien xiise que ma fille, qui a l'honneur de vous appartenir, épousât un de vos a^is ; mais e/ifin le Seigneur en à disposé autrement, il faut ^ sans munaurer, se soumettre à sa volonté et à sa

providence.

La fille parlait sur le même ton dans la sienne : J'étais sur le point d'épouser M. le comte d'Hautefi)rt, nu)n^ sieur; ilj a même un contrat de mariage écrit; je 'i>iens d'oAfoir le malheur de le perdre. Un tel engage^ ment l'aurait peut-être fizit écrire des volontés qu'il ne me confient point d'éclaircir as^ec M. le marquis d'HautefijTt.

Ces lettres, que la demoiselle de Kerbabu reconnaît écrites par la dame sa mère et par elle, sont si claires et si précises pour établir qu'il n'y savait jamais eu de mariage entre le comte d'Hautefort et elle , qu'il eist impossible après «ela de n^'étre pas révolté contre Isi supposi-*

l5a ŒUVRES DE.'cOCHm.

tion qu'elle fait aujourd'hui d'un mariage qu'eDê a m hao* temeiit desavoué; d'autant plus que par une autre lettre de la demoiselle de Kerbabu , écrite directement au marquis vie Surville, elle persiste toujours dans la même vérité'. // n'est pus surprenant, lui dit-elle, qu'étant sur le point d'épouser M. le comte d'Hautefbrt, U m'ait voulu faire du bien\ "vous avez même dû trousser la copie du contrat de mariage.

Le marquis de SurviUe , qui ne pouvait rien comprendre à ces projets de mariage dont on ne voyait aucune trace ^ et qui ne connaissait point d'autre testament «q^e celui du mois d'avril 1726, par lequel il était nommé légataire univers^, fit réponse à la demoiselle deKerbabu, par une leUie du 7 mai 1 727, par laquelle il lui e^toya copie de ce testament y et ne put s'empêcher de jui témoigner combien ce qu'elle disait des v^es de mariage quele cqmte d'Hauiefort avait pu avoir pour elle , était peu coa* venable.

La-demoiselle de Kerbabu avoue qu'elle perdit par-là toute l'espérance qu'elle avait conçue d'avoir en sa laveur un testament postérieur à celui du mois d'avril , et qu'elle fVit' très-piquée des conseils que le marquis d'Hautéfort entreprenait de lui donner, tle fut dans ce mouvement de colère^ et dans un temps où elle n'av^ plus de mesures ni de ménagemens à garder, qu'elle écrivît une dernière lettre , datée du 14 niaî 1727. EUen'y change rien à ce qu^elle avait iix jusque-là sur le projet de son mariage : a l'égard de vos ans, vous me permettiez de vous aire y monsieur , qu'une jSlle comme moi n'a pas besoin d'en chercher ailleurs. - . . Notre contrat de mariage Jiitfak le mois de septembre , comme vous ne l'ignorez pas : et si sa santé ne l'aidait pas obligé d'aU 1er à Paris ( ce qui retarda notre mariage ),il serait fait à présent.

Quand après cela on ose se présenter à la face de la justice, et soutenir hautement que l'on était marié; quand on tait un crime au marquis d'Haùtefort d'avoir cru la demoiselle de Kerbabu, et d'ayoir agi en conséquence de ses propres lettres, il £iut avouer que toutes les idées se troubteat, jusqu'à prendre le piarti

de ne ]^las rien croire de ce que l'on voit, Ae ce qu'on lit et de ce qui parait fonde sur la certitude la plus invariable.

(Force de la déclaration de la partie dans un temps non suspect. )

n n'y a plus aujourd'hui que la demoiselle de Kerhabu qui puisse savoir si elle a été véritablement mariée ^ qui en puisse avoir une connaissance physique, puisque c'est un événement qui lui est personnel. Le comte d'Hautefort, son prétendu mari, est décédé; le curé, par qui on prétena que le mariage a été célébré , est mort aussi; il ne reste donc qu'une seule des parties essentielles pour le mariage, et cette unique partie nous an- Tionce , dans un temps non suspect , et plus de trois mois après la mort du comte d'Hauteibrt, qu eUe n'a jamais été mariée avec lui ; elle le répète dans plusieurs lettres , et même depuis qu'elle était parvenue à une rupture^fuverte avec le marquis d'Hautetbrt. A qui donc sera-t-il encore permis de douter d'un point de fait si solennellement reconnu?

Pour combattre une pareille reconnaissance, 'ft faudrait recourir aux monumens les phis autfaœtiques. Si l'on trouvait dans le registre de la paroisse, au nombre des actes qui s'y inscriv^ait , la célébration du mariage du comte d'Hautetbrt dans son rang , dans l'ordre 4es dates, sur la suite des feuillets cotés et paraphés par le juge royal, alors l'autorité d'un monument public dont il est impossible de soupçonner la foi j pourrait prévaloir sur des reconnaissances si précises; mais c'est. ce qui ne se trouve point , quoique les registres soient sains et entiers.

Que rapporte-t-on donc pour combattre une reconnaissance si précise? Un prétendu acte de célébration sur une feuille volante, que l'on a pu fabriquer quand on a voulu,' deux lettres missives, et deux autres petits écrits sous seing -privé; ouvrages qui par eux-mêmes n'ont aucune authenticité , et qui ne dépendent que dii talent ]^ut ou moins psÉ&it, d imiter le caractère d'un

l54 OEUVRES DE GOGUIN.

autre. En vérité , c'est fake dépendre Tétat des homme» de trop peu de chose; et quand on a, comme dans cette cause , d'un côte' , l'aveu public de la demoiselle de Kerbahu qu'elle n'a point été mariée, et de l'autre, de simples papiers de cette qualité ; qui pourrait balancer entre la foi qui est due à la demoiselle dp Kerhahu en personne, sur un fait qui lui est si propre, si personnel, et des papiers nécessairement équivoques par leur nature?

A cette seule réflexion, que le magistrat tremble sur son siège, et que le public , qui voudra s'ériger en juge, comprenne toute Timportance d'une affaire qu'il ne regarde peut-être que comme un amusement pour lui, et de laquelle cependant dépend le sort de toutes les familles.

Le marquis d'Hautefort ne le dissimulera pas; à la vue de tant de lettres, il ne soupçonna pas même que la demoiselle de Kerhabu pût jamais le troubler dans la posse^ion des biens de so^ oncle , ni usurper le nom de sa veuve. Il demeura tranquille pendant plus de six moi| sans entendre parler d'elle; mais il fut bien surpris d'apprendre, à la fin de 1727, qu'elle n'avait pien negligéfpendaQt cet intervalle pouy: se procurer des titres; u elle avaû fait un voyage à Laval et dans ^us les lieux es envinpnsi, où elle av^àt tout mis en usage pour tenter les notaii^s de lui faire , après coup, un faux coutrata^ mariage j des contr^eurs pour en insérer le contrôle dans quelque espace vide de leurs registres, et les dépositaires mêmes des registres publics des baptêmes , mariages ^\ sépultures pour les ioi confier ;^,qu'elle avait employé pour ceia ,^ noiinseulement les plus vives sollicitaticms, mais encore desjojSres d'argent et d'autres récompenses; qu'elle avait- elle-même gUssé subtilement un prétendu acte de célébration dans le double des registres de la paroisse, que l'on envoie au greffier de la justice royale; euûn , qu'elle avait entrepris de prendre publiquement «^ qualité de veuve du comte d'Hautefort.

Ces nouvelles trop certaines déterminèrent le ni^quis d'Hautefort à rendre plainte de tous les faits au lieu* tenam-crimiael du comte-paine de Laval où les délus

avaient été commis. Celle plaii^ie forme en gênerai uife accusalion en crime de faux principal : fausseté en vou^lant suborner des officiers publics pour la commettre ; fausseté en faisant fabriquer des actes sous seing-privé au défaut des litres publics qu'on n'avait pu obtenir. En un mot , le marquis d'Hautefort a annoncé dès lors que le mariage prétendu de la demoiselle de Kerbabu étant une fable , tout ce qu'elle présenterait pour le soutenir tomberait sous la même accusation de faux principal, sans excepter le prétendu acie de célébration, si elle osait le faire paraître.

La plainte est du 4 février 172.8. Le même jour l'information fut commencée et -continuée les jours suivans jusqu'au il du même mois, que le lieutenant-criminel , touché de la force des preuves, prononça un décret dç prise de corps contre la demoiselle de Kerbabu, et d'a^ journement personnel contre le sieur Bruslé, prêtre, curé de Saint-Quentin, qui lui avait se»vi de guide et de conseil dans toutes les intrigues iju'elle avait jouées à Laval et aux environs.

Ce décret fut envoyé à Paris par la poste, où il arriva le i3. Il fut remis entre les mains d'un huissier pour rexécuier en la manière ordinaireXe x5 la demoiselle de Kerbabu fui, arrêtée et mise daxip un& chaifo dç poste pour la conduire à Laval ; mais ayant eoiicljé la nuit suivante aulieu.deNeaupble, à^hiût lieues de^JParis, elle trouva le moyen de se sauver. / .

On s'est beaucoup récrié contre la précipitation de cette procédure; mais ce reproche n'a aucun prétexte, ni dans les circonstances du faiiî^, ni dans les principe» du droit et de Tordonnance. Où est donc cett^ rapidité extraordinaire de rendre une plainte, de faire une information pendant huit jours, et de prononcer enfin un décret ? Il n'y a presque pas d'affaire criminelle qui s'instruise, spit au Châtelet, soit en la cour , où l'on ne maûj che avec bien plus de rapidité. Souvent il arrive que le même jour où la plainte est rendue, on entend deux ou trois témoins , et que , sur leurs dépositions , on décrète le même jour; mais de mettre hidt jours d'intervalle Wtçe la plainte et Iç déci^t , assurément c!^st peut-être

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le plus long intervalle que Ton ait jamais mis dans une affaire poursuivie sérieusement. Combien y a-t-il d'exemples de procès criminels dont l'instruction a ëtë entièrement finie en huit jours de temps ?

Dans le droit, la précipitation n'est jamais un vice en matière de procédure criminelle. L'ordonnance impose au jugel'obiigation de quitter toutes sortes d'aSaires pour les expédier promptèment ; c^ëst donc trop s'ounUer que de hasarder une pareille critique.

Op ne s'arrêtera pas à répondre aux peintures touchantes qu'il plait à la demoiselle de Kerbabu de Ëûre, ' et de son enlèvement , et de son évasion ; ces grands mots de violence, dé barbarie, d'inhumanité ne sont que des lieux conmiuns dont tout accusé, arrêté en vertu d'un décret de prise de corps , peut taire usagé. Les nûeacles jque la Providence permet pour procurer son évasion; ses satellites endormis , que tant de mouveinens qu'eUe s'est donnés pour échapper dfune chambre où ils la gardaient, ne peuvent réveiller ; ce courage intrépide qui la fait précipiter du haut d'un premier étage; la torce qui Ini fait surmonter les rigueurs de la plus rude saison ; les abîmes dans lesquels elle tombe , et dont elle sort si ikcîlément ; la seniibflné des bêtes fëroces qui respectent sa misère; enfin, la. fidâité des gens obscurs chez qui elle s'est véfiagîée , et ^ n'ont pu être engagés à la trahir, ni par menaces ni par sollicitations , sont de beaux traits pour orner un roman, et qui conviennent parfai^ tement pour servir d'épisode dans une cause qui ne roule que sur un mariage purement fabuleux. Mais au fcnd, ces miracles se réduisent à avoir corrompu des archers, et à s'eire procuré, à prix d'argent, 4aiiberté et un asile ^sez connu de ses complices, pour que jamais ils n'allassent l'y chercher.

On n'^entreprendra pas non plus de justifier deux té- •loins contre qui la demoiselle de Kerbabu s'est élevée avec beaucoup d'emportement. Elle a déclaré publiquement à l'audience qu'elle savait tout le secret aes informations ; elle a expliqué jusqi^'aux plus petites circonstiances qu'elles renferment : c'est ce qui la engagée à déclamer contre le sieur Ains^ iK^taire royal et contrôleur

4es HCtes à Montsur , et contre le sieur Croissant , gref % fi^ de la justice royale de Laval.

Pour décrier le premier , elle a suppose que c'était lui qui ayait reçu la minute de son contrat de mariage, et qui avait eu Tinfidëlité de la livrer. Mais c'est isi où l'esprit de calomnie se manifeste dans un si grand jour, qu'il est impossible de ne l'y pas reconnaître. La demoiselle de Kerbabu a rendu' une plainte le i4 janvier 1728, et obtenu un monitoire le 3 février, dans lequel elle soutient que son contrat de mariage a été passé devant le Çhainge et Duchast, notaires rœraïur de LavaL Depuis elle a su qu'Ains, notaire royaià Montsur , avait déposé, et l'avait chargée du crime de subornation' par sa dépoâtion;- alorç elle change de langage, ce n'est plus le Cnainge et Duchast, notaires à Lassai, qui ont reçu son contrat de mariage, c'est jiinSy notaire à Montsur; et où a*t-«lle pris subitementcefait nouveau, si coniraire au premier? C'est uniquement dans le chagrin qa'^ellea conçu contre ce niMaire, dé ce qu'il a déposé con* tre eik;ei^le ne s'en est pas-méme cachée à l'audience*. Quand j'ai vu, dit-elle, quHlavaitdéposé contre moi, je n'ai pas douté qu'il n'eût eu ma minute. iMais cet indigne artifice ne servû'â de rien à la demoiselle de Kerbabu. Outre qu'une accusation aussi tardive pprte par elle-même uu çaractèrésde réprobation, le criitne de subèrnation ne sera pas moins justiûé par les autres déposijdbns que par celle du sieur Ains.

Mais, dit-on, ce témoin a joint à sa déposition une lettre du sieur Farcy de Muée, subdél^ué de l'intendant de Tours, par laquelle il le priait de vouloir bien, chercher dans les registres du contrôle qu'il tient , et voir si l^Qii n'y trouverait pas un acte que mademoiselle, de Belingant présumait y avoi^té contrôlé ; sur quDi on se récrie : si la demoiselle de Kerbabu avait voulu commettredes faussetés, se serait-elle munie de la lettre d'un homme dont la probité est connue ? Mais qui ne sent toul» la faiblesse d'une pareille réflexion ? La demoiselle de Kerbabu n'a pas sans doute exposé au sieur de Muée <le Farcy qu'elle voulait f jiire des faussetés ; mais , sous prétexte de vouloir chercher un contrôle, elle l'a engagé

à lui donner une lettre de recommandation , présumaiif que cela lui donnerait plus d accès, plus de crédit auprès du contrôleur 5 et que, quand une fois elle se serait introduite auprès de lui pour chercher ce qu'elle savait bien qu'elle lie trouverait pas , elle pourrit lui insinuer les faussetés qu'elle voulait pratiquer , et dont elle n'avait eu garde d'instruire'le sieur de Farcy. H n'y a donc aucune contradiction entre la déposition d'Ains et la lettre qu'il a représentée.

Mais cette lettre nous fournit ici tm avantage que l'on ne peut assez relever ; elle est datée du 7 juin : ainsi la demoiselle de Kerbabu était à Laval dès le 7 juiù ^ et shns doute elle se sera adressée aussitôt au sieur Ains, qui lui a fait voir le registre du contrôle par déférence à la lettre du sieur de Miiée de Farcy. Elle ne vil point alors le prétendu contrôle du contrat de mariage du comte d'Hautefort, et par conséquent la minute de ce contrat de mariage n'était point entre les mains d'Ains; cependant par sa requête dû 18 mai 1728, elle se plaint de ce qu on a soustrait la minute el le contrôle de cnez Ains, notaire; depuis le mois de septembre 1*727 : comment se concilie-t-elle avec elle-même?

Si la minute et le contrôle n'ont été supprimés que depuis le mois de septembre, ils existaient chez "Ainâ au moi^ de juin; que ne s'en est-elle fait déKVrèr des expéditions avec le fcrédit du sieur de Parcv ? Si, au contraire, ils n'étaient point chez Ains au mois-'d^uin , la plainte de les avoir supprimé» depuis le mois de septembre est une imposture. ' - ^

A Pégard du sieur Croissant , greffier à Laval, qui a reconnu que c^était la demoiselle de Kerbabu qui avait glissé la feuille voyante dans son registre , il est devenu un objet "^'horreur pour elle, (jest , dit-on , ou un feux témoin , ou un officier prévaricateur, et pourquoi ? Parce qu'il a délivré une expédition de cet acte d'un côte, et que de "l'autre il dit qu'on l'a glissé- subtilement dans son registre; mais ya-t-îl donc eh celal'bmbre et l'apparence même de contradiction? Quand un officier trouve une tèuille volante dans son registre, lui est-il perjnis de la rejeter? est-il juge de son authenticité ? Non, sans

doute; il ne peut donc refuser de la garder j et par conséquent il ne peut refuser d'en donner une expédition , en avertissant qu'elle est en feuille volante non cote'e ni paraphée. Mais après cela, lui est-il défendu d'expliquer de quelle manière cette feuille est parvenue dans son registre, lorsqu'il est force de déposer comme témoin? n n'y a donc que de l'absurdité dans ce reproche..

Mais si la demoiselle de Kerbahu veut se justifier , il faut qu'elle se prépare à attaquer bien d'autres témoins; il- y en a plus de cinquante qui ont été entendus en dif-' férens lieux ; on y trouve des personnes d'une naissance . distinguée , des officiers publics dont la probité est connue , des prêtres qui ont toujours répondu à la sainteté 9e leur caractère; tous s'élèvent contre la feble du mariage , chacun par rapport à ce qui est de sa coniiaissance et de son ressort; il n'y a doiic jamais eu de preuve plus complète.

Après la capture et l'évasion de la demoiselle dé Kerbabu , on apprit , par des monitoires publiés partout le 8 et le 1 5 février, qu'elle avait tenu quelques jours^uparavant,-une procédure clandestine au Chatelet, qu'elle avait rendu plainte chez un commissaire le i4 janvier, que le i 7 eue avait obtenu permission d'informer , mais queHe n'avait fait faire «on information que le 7 février; qu'elle «'avait fek entendre que deux témoins'*, que tous deux -avaient^ déposé contre sa plainte ; en sorte qu'elle n'avait pu avoir aucun déci'et. Cependant cette procé-r dure était devenue pubU^ufe par les monitoires, et comme elle ne pouvait être continuée, au préjudice du décret de prise de corps du iieutenant-criminel de Laval , le marquis dlïautefort ôblint , le 1 8 février , un arrêt qui le reçu appelant , et qui filt défense de passer outre. La demoiselle de Kerbabu n'y a point formé d'opposition.

Elle prétend seulement que si elle n'a encore aucun commencement de preuve, c'est que les. deux témoinsqu'elle a fait assigner à Paris , étaient attachés au mar-, quis d'Hautefort , et ont parlé avec partialité ; mais pourquoi les faisait-elle assigner, si elle ne les croyait pas gens d'honneur ? Quelle ressource pour une accusatrice que d être réduite à décrier ses propres, témoins !

i6o OEUVRES DE GOCHI.N.

(Accusateur qui décrie ses propres témoins» )

n en y avait beaucoup d'autres, dit-elle, à Brest et à Laval ; mais elle avait obtenu une commission ro^toire dès le 23 janvî^jr, adressée au^juges de Laval et de Brest : l'arrêt de défenses n'est que du 18 février ; elle a donc eu près d'un mois d'avance pour &ire entendre ces témoins qui devaient lui être si favorables, et elle n'a pas fait dans ce mois la plus légère démarche : elle n'a pas même fait présenter la commission aux juges ; elle ne l'a pas Êiit accepter par eux; elle a gardé ces commissions en poche, sans en faire aucun usage. Qu'elle idée peut-on se £ûre d'une pareille procédure? Eue n'accuse personne par sa plainte; personne n'est chargé par son imbrmationf elle n'a point de décret ; elle ne kit aucune diligence ; est-ce donc là une accusation sérieuse ?

Aussi la demoiselle de Kerbabu ne s'en est-elle servie que pour donner atteinte, s'il était possible , à celle du marquis d'Hautefort faite à la justice de Laval ; c'est ce qui lui a servi de prétexte pour solliciter un arrêt de défenses: mais, pour y parvenir plus sûrement, elle a joint à sa requête une expédition de son prétendu acte de célébration de mariage, les dix-huit «lettres et la préten-r due quittance de dot qui n'avaient point encore paru. Parx^et amas depîèce» dont plusieurs si^nt^faussQS, mais dont la ÊHt^seté n'était pas facile à décèuvrir au milieu de plusieurs autres qui peuveti^ êhf^ vraies , il ne lui u pas été difficile d'en, imposer à la religion de la cour, et de suspendre l'arrêt êk défenses di} 1 b avril.

Depuis que le mai^quis d'Haù^eforta eu connaissance de ces pièces et de l'avantage (jue la demoiselle de Kerbabu en voillait tii^r , il a présenté deux requêtes les 1 4 mai lâfk 1 1 juin 1 728, par lesquelles , en persistant dans ses précédentes plaintes , il a demandé acte de ce qu'il réiiéraitia plainte de laux principal contre le prétendu acte de célébration de niariagedu 19 septembre 1726, quittance de dot du 2 octobre , lettires missives datées des 7 septembre 1726 et 27 décembre, et contre un préténcki mémoire , et a demandé que ces pièces ^sent dé* posées au greft, et paraphées pour être ensuite ren-

voyëes an greffe de la justice du comte-mairie de La*val , pour être Taccusation de faux instruite , tant par titres et témoins, que par vérification et comparaison d'écritures.

La demoiselle de Ketbabu au contraire a donné trois requêtes. Par la première, elle demande d'être reçue opposante à la procédure faite par le marquis d'Hautefort, Jour parvenir au comptilsoire du registre du contrôle de fontsur. Par la seconde , elle conclut à ce que le marquis d'Hautefort soit tenu , à la première sommation , de prendre communication au greffe de la cour, des originaux des lettres , quittance et mémoire qui lui seront signifiés, à Feflfet de reconnaître ou dénier l'écriture et signature du feu comte d'Hautefort, sinon qu'il lui soit pernûs de les faire vérifier en la manière ordinaire. Ces deux requêtes ont été renvoyées en l'audience par deux arrêts du 8 mai, signifiés les 8 et 1 5 mai, et tombent aujourd'hui ; d'un côté , parce que le compulsoire est fait à Laval dès le 1 2 mai , et de l'autre , parce que le marquis d'Hautefort a formé l'accusation en crime de faux principal contre les deux lettres , quittance de dot et mémoire, qui parlent du prétendu mariage. Par la troisième et dernière requête, la demoiselle de Kerbabu, ajoutant à sa plainte originaire , a prétendu que ce n'était pas seulement la grosse de son contrat de mariage Îui avait été supprimée , mais même la minute reçue par ins, notaire royal à Montsur ; elle a même rendu plainte de ce que l'on avait encore soustrait la mention du contrôle de son contrat de mariage, qui était dans le registre du même Ains, qui réunit les deux fonctions , et a deniandé permission d'en informer.

C'est à quoi se réduisent tous les feits qui regardent le fond de l'affaire et la question d'état, et toutes les circonstances des deux procédures ; il ne s'agit maintenant que de savoir laquelle de ces procédures doit subsister ; mais , avant que d'agiter cette question , on croii indispensablement nécessaire de résmner en peu de mots ce qui peut faire juger l'état de la demoiselle de Kerbabu.

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