‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 4)Chapitre 23 sur 35 · MÉMOIRE APOLOGÉTIQUE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE APOLOGÉTIQUE

On ne parle dans le monde que de l'affaire du marquis d'Hauteiort avec la demoiselle de Kerbabu. Les uns j. faciles à se prévenir, prennent parti selon qu'ils se senteni enirainés par leur inclination ; les autres, incertains dans leurs jugemens, varient chaque jour, sui* vant que l'erreur ou la vérité acquièrent plus ou moins de crédit.

Pour réunir tous les gens sages et éclairés dans le parli de la vérité, il est nécessaire de rendre un compte exact de toutes les circonstances d'une affaire si importante; elle intéresse irop la société, la gloire et le repos de8familles,pour laisser plus long-temps les esprits errer dans une si iùneste inccriiiude. .

On a cherché à prévenir le pubhc à la faveur de quel-

2o4 œUVRES DE COCIIIN.

ques papiers iabriqùës dans les te'nèbres ^our suppléer aux monumens puLUcs qui ne prêtaient aucun secours à la fable. Un extérieur de confiance a se'duit d'abord ; et de prétendues violences que l'on a peintes des couleurs les plus noires , comme si le marquis d'Hauiefort avait voulu accabler l'innocence sous le poids de l'autorité , ont achevé d'entraîner ceux qui n'ont pas assez de fermeté pour résister à de pareilles impressions.

Contre de tels prestiges , la vérité a ici de grandes ressources. D suffirait d'abord d'opposer la demoiselle de Kerbabu à elle-même. Ses lettres dans lesquelles elle désavoue si précisânent le mariage qu'elle ose aujourd'hui soutenir, les contradictions dans lesquelles elle est tombée sur les faits les plus intéressans , la fausseté reconnue de plusieurs chefs de ses plaintes, tout annonce de sa part un ouvrage d'iniquité qui se détruit et se déshonore par lui-niême.

Si l'on joint à ces preuves qu'elle administre celles qui se trouvent dans la procédure de Laval , où tant d'intrigues sont dévoilées, tant de subornations établies, tant de crimes mis au jour, on ne voit plus de ressources à l'imposture.

Enfin, ce qui achèvera de confondre la demoiselle de Kerbabu , ce sera sa procédure même. On lui a ouvert la plus vaste carrière ; elle a eu la liberté de faire entendre des témoins dans toutes les parties du royaume ; cependant elle n'a pu trouver le plus léger indice des faits calomnieux qu elle avait osé avanceir.

Cette dernière circonstance manquait à la gloire du marquis d'Hautefort. La vérité qui a toujours présidé àsa défense brillerait avec moins d'éclat, si elle n avait pas éprouvé tant de contradictions; il fallait, pour son triomphe, que la demoiselle de Kerbabu obtint une entière liberté de la combattre , et qu'elle ne fît que des efforts impuissans.

Quoique ces idées générales concernent principalement le fond de l'affaire dont il ne s'agit point encore , il faut convenir qu'elles influent beaucoup sur la préférence des deux procédures pour lesqueiles les parties combattent aujourd'hui.

Ï^REMIÈRE PARTIE. 2o5

S'il n'y a rien de sérieux ni de réel dans Taccusation de la demoiselle de Kerbabu^ s'il n'y a pas même de corps de délit , si elle n'a aucune preuve qui soutienne sa chimère de soustraction , comment pourrait-on confirmer une proc'édure sans objet, et dont il est impossible de faire usage ?

Si au contraire les faits que le marquis d'Hautefort a dënoncës sont graves , si les preuves sont concluantes , si le corps de délit est établi, s'il est de l'intérêt public que de tels attentats soient réprimés; sous quel prétexte renvefserait-on une procédure qui présente des objets si dignes de l'attention de la justice , et si propres à armer sa sévérité ?

FArr. — Le comte d'Hautefort était parvenu à l'âge de soixante ans ou environ , sans avoir pensé à se marier, lorsqu'il vit à Brest, en 1726 , la demoiselle de Kerbabu qui y avait suivi la dame de Saint-Quentin sa mère. On prétend que, malgré son indifférence, il fut tout d'un coup épris pour elle de la passion la plus ardente ; qu'il se détermina d'abord à l'épouser, et qu'il obtint l'agrément des sieur et dame de Saint-Quentin, à qui il en fit la proposition.

Une résolution si subite ne produisit cependant alors aucun effet ; et , si l'on en croit la demoiselle de Kerbabu, la conclusion du mariage fut remise à l'année suivante. On ne concilie pas aisément tant d'ardeur^avec tant de retardement. Mais voici quelque chose déplus propre à combattre la fable dans son principe.

La demoiselle de Kerbabu rapporte douze lettres

Su'elle prétend que le comte d'Hautefort lui a écrites epuis qu'elle était revenue à Saint-Quentin. La première est du mois de novembre 1726, et la dernière du 23 août f 726 ; ce qui touche , pour ainsi dire , à l'époque du prétendu mariage que l'on date du 19 septembre suivant.

Croirait-on que douze lettres , écrites dans les dispositions d'un mariage si prochain, ne contiennent pas un seul mot d'un engagement qui devait faire l'unique objet de l'entretien des deux parties ? On n'y entend point le comte d'Hautefort soupirer après le moment

2a6 ŒUVRES PS €0GHIN.

heureux ^qui devait reni|^lir toutes ses espérances; on ne Featend point, coacerier la manière dont s'exécutera son projet : C'était, dkf-on , un vieux officier qui ne se piquait pas de compUmens ; mais c est par cette raison méipie (p*ii aurait parlé naturellement de son dessein; qu'il ne se serait pas renfermé dans des protestations vagues d'attachement et d'amitié, telles qu'il en aurait

Su faire à tiOMtes les personnesi du sexe et de la naissiânce e lademoiseUe de K^rbabV. En un mot , un homme dont les recherches sont agioéées, dont le mariage est arrêté, n'écrira pas douze lejbtres pendant le cours .d'une année entière, sans que le mot de mariage ImI échappe une seule fois; cela ne paraîtra ni naturel ni possible à quiconque voudra bien y réfléchir.

Mais ce qui n!est pas moins décisif, est que pendant

ue le «comte d'Hs^etbrt écrivait ainsi à la demoiselle

e Kerbabu , ii fit un testament olographe à Paris , le premier avril. 1 726. On y trouve d'abord des legs pieux et des Incompensés à ses plus anciens domestiques, entre autre 800 Uv. de pension viagèrie à Mandex son valet de chai|%bre , qui était depuis tren.4;e-huit ans à son service. Il y fait ensuite des legs particuliers à plusieurs officiers quiétaientoude ses parens,oude$eS;amis« Enfin . il y nomme le comte de SurviUe son neveu, appelé aujourd'hui le marquis d'Hautefort, son légataire luiiversel; et pour dernière marque de sa coniùmce et de son estime , ij le nomme son exécuteur testaip^ientaire.

Si le comte d'Hauteibrt avait pensé alors à épouser la demoiselle de Kerbabu, sidepuis plus de six mois il l'airait demandée , et qu'elle lui eût été prcnnise, l'aurait- il oubliée dans un acte ai important/ Quoi ! personne n'échappe, pour ainsi dire, à sa générosité , ses parens, se^ amis, ses officiers^ ses domestiques , les pauses même de ses terres; et la personne qui aurait dû lui être plu^ chère que toutes les autres ensemble serait précisément la seule qu'il n'aurait pas daigné honorer de la moindre marxpie de sa bienveillance ! C W ^ qui n'ejoitrera dan» l'esprit de personne.

il faut donc reconnaîtra que si ces douze lettres étaient véritablement du comte d'Hautefort , elles ibumirai^t

le pWs graud argument que l'on pût désirer contre la faMe du prétendu mariage , et qu elles se réduiraient à UQ simple commerce d'amitié et de politesse, bien éloigné des vues du mariage qu on lui impute.

Ce fut peu de temps après la dernière de ces lettres que le comte d'Hautetort se rendit à son oliiteau d'Haulerive, province du Maine : il comptait y passer quelques mois, et, dans cette vue, il avait pris ses mesures pour y avoir compagnie.

Elle fut toujours, en eâet , très-nombreuse. Outre sept ou huit officiers de marine qui ne le quittaient point, il avait engagé la dame marquise d'Epinay sa sœur , la demoisdle d'Epinay sa nièce , à être de la partie; elles y furent accompagnées de la demoiselle de BeUngant et de la demoiselle de Kerbabu.

Presque toutes ces personnes y demeurèrent jusque vers la fin d'octobre. Pendant un si long séjour on ne s'aperçut d'aucun engagement entre le comte d'hautefort et la demoiselle de Kerbabu. Le 19 septembre, la compagnie entière se rendit chez le sieur le Blanc, prieurcuré d Argentré, qui est la paroisse d'Hauterive; on y arriva sur les onze heures du matin, peu de ten^s après la compagnie se mit à table; elle en sortit sur les quatre heures, et se retira au château d'Hauterive; le comte d'Hnutefort ne s'en sépara point jusqu'à dix heures du soir qu'il se retira dans sa cnambre , où il se coucha en présence du sieur de la Girouardière ; un domestique, qui couchait dans sa garde-robe , ferma sa por^te à la clef, comme il avait toujours tait, et comme il a toujours continué depuis.

Ces faits sont établis par les dépositions de presque tous les ofiiciers qui étaient alors à Hauterive, et de plusieurs domestiques ou ouvriers qui travaillaient dans le château. Il y en a même qui ajoutent, qu'ayant travaille dans la cour, vis-à-vis la porte de la chapelle jusqu'à sept heures du soir , ils en ont vu la porte fermée, et que personne n'y est entré de tout le jour. D'autres enfin rendent témoignage que le prieur -curé d' Argentré, cpii était malade d'une maladie dont il est mort quinze jours après , ne sortit point ce jour-là de son presbytère. Ce-

2o8 ŒUVRES DE GOCUIN.

pendant on suppose que le mariage du comte d'Hautefort fut célébré ce même jour 19 septembre 1726, dans la chapelle du château d'Hauterive. Voici de quelles circonstances il plait à la demoiselle de Kerbabu d'orner sa fable, et de quels écrits eUe la soutient. Il est nécessaire, en passant, den l'aire sentir la supposition.

Le contrat de mariage fut passé, selon elle , le 1 7 septembre 1 726 ; elle n'en a ni grosse ni expédition ; la mi*nute n'existe. point, les registres du contrôle n'en font aucune mention; n'importe, il faut en croire la demoiselle de Kerbabu , et plutôt que de supposer qu'elle annonce une chimère , il faudra même croire que le marquis d'Hautefort a soustrait ce que personne n'a janlais vu , et ce qui n'a jamais existé.

Mais malheureusement la demoiselle de Kerbabu s^est aveuglée jusqu'à fournir contre elle-même la preuve la plus destructive de la fable de son prétendu contrat de mariage. Il suffit , pour cela , de rapprocher ce qu'elle en a dit en différens temps. Dans sa plainte du 1 4 janvier 1728, pos^térieure de près d'une année au décès du , comte d'Hautefort, et de plus de six mois au voyage qu'elle avait fait à Laval , elle articule précisément que le Tnariage avait été précédé d'un contrat passé devant le Chainge etDuehasty notaires rojaux de Laval; elle ajoute que fe notaire qui Va rtçu lui en a refusé la grosse y lui ayant dit qu'il l'avait délivrée à feu M. le comted' Hautefort. La voilà donc bien instruite de toutes les circonstances : elle connaît les deux notaires par leur nom propre , par leur domicile; elle a parlé à celui qui était dépositaire de la minute, il en est convenu; il ne lui a refusé une grosse que parce qu'il avait déjà délivré une expédition au comte aHautefort. (cependant tout cela est une fable aujourd'hui, selon la demoiselle de Kerbabu eUe-méme. Ecoutons ce qu elle en dit dans une requête du 2& mai 1728; elle se plaint de la sup-

i>ression de la minute de son contrat de mariage , passé e 17 septembre 1726, et reçu par Ains y notaire à Montsur, Que sont devenus les deux notaii^s de Laval, le Chainge et Duckast ? Qu'est devenue la conversalion, que la demoiselle de Kerbabu avait eue avec eux?

Ge sont des &bles qui disparaissent, ce if est plus le Chainge,maisÂins;ceiie sont p^s deux notaires , tnais ttti seulement ; ce ne sont plus de^ notaires de Latal , mais de Montsur. Jamais la contradiction , qui e^ le partage du mensonge, n'a été plus sensible.

Pressée psff un repi:oche si sanglant , la défaite de la demoiselle de Kerbabu est singulière : ce n'est, dit-elle, qu'une faute d'orthographe j le Cha^nge, le Chainse , ou Ains, tout cela a assez de rapport. Il fàutàvotter que quand on est capable de proposer une telle réponse , ^ans rien perdre de cette présomption dont la demoiselle de Kerbabu fait trophée, on nest plus en état d'être confondue; on peut varier impunément siir les circonstances les plus essentielles^ Mais pourquoi ^ si ce n'est qu'une faute d'orthographe, nomme-t-on deux notaires dans la plainte , et n'y en a-t-^il plus qu'un dans la requête? Pourquoi place-t-on les uns à Laval et l'autre à Montsur? Dira-t-on que ce sont encore ici àeut fautes légères, l'une d'arithmétique et Vautre de géographie? Ainsi l'imposture insultera toujours la vérité; elle ne craindra ptusd'étredécouvertepar ces contradictions qui en font toujours l'écu4il. Est-ce donc devant lé plus sage et le plus éclairé de tous les tribunaui: que l'on oàe hasarder de telles illusions ? D'ailleurs , où a-t-on pris le nom de Duchast qui n'a jamais exista? La suppositions pouvait-elle donc être portée à cet eicè^?

Lé début de la iable ne nous prépare gtièré à quelquechose de sérieux; aussi toutes les autres circonstances ne seront pas moins /narquées au coin de la supposition et de la fausseté, que celle du préteftctu contrat de àiâriage. La céfébrcUion fut faite le 19 septembre 1726. VoâM n'est pm revêtu ^ il eàt vrai , des^ formes presser itesmr les ordonnances du rojdume; ce n 'estqu 'une feuiU^n)Mante ^ non cotée m paraphée y mais elle se troiM a^f le^dêuMe (kt registre de la paroisse d'Jrgentréj envoyé au greffe ro/al, et lé greffier en â déli9ré une expédition : ilti'est d&ttc plusperMs rfè lui refuser sa confiance. C'est ainsi que laÉ demoiselle ' de Kerbabu exposé elle^méihé le tîti;e fondamental A^ l'état qu'elle s'auribue.

COGHIV. TOMB 1. ^4

C'est déjà un grand avantagé qu'elle soit obligée de reconnaître que son pre'tendu acte de célébration de mariage n'est point conforme aux lois publiques du royaume. En effet, il ne fait point partie des registres publics; ce n'est qu'une feuille de'tachée, et par conséquent une écriture privée , qui n'a par elle-même aucun caractère d'authenticité. L'acte n'est signé que de deux témoins, quoique nos ordonnances en exigent quatre, et encore, qui sont ces deux témoins? le frère et la sœur de la demoiselle de Kerbabu. .

Mais ce n'est point assez de faire connaître qu'il est irrégulier dans sa forme , il faut encore établir qu'il est faux dans sa substance.

i" Presque tous ceux qui étaient, le 19 septembre 1 726 , soit dans le château d'Hauterive, soit dans le presbytère d'Argentré, ont été entendus comme témoins, et ils conviennent tous de deux faits décisifs : l'un, que 1^ comte d'Hautefbrt, dans toute la journée du 19 septembre 1726, ne quitta point la compagnie qu'il avait dans le château d'Hauterive , jusqu'au moment qu'il fut se coucher à dix heures du soir; l'autre, que le sieur le Blanc, prieur-curé d'Argentré, ne sortit point ce jourlà de son presbytère, et qu'il eut beaucoup de peine are»- ' cevoir la compagnie qu'il avait invitée à mner , quelques jours auparavant , parce que dès ce jour, il fut attaqué d'un mal dont il mourut quinze jours après. Comnfient donc le mariage se serait-il célébré dans la chapelle du château d'Hauterive? Il y a une impossibilité physique dan$ ce fait.

2" La demoiselle de -Kerbabu suppose que si personne n'en a eu connaissance alors , c'est parce que le comte d'Hautefbrt avait exigé qu'il demeurât enseveli dans un secret impénétrable ; mais c'est ici où elle tomj^e dans une nouvelle contradiction qui doit la confi|^'^'ôàr, aux termes de l'acte de célébration, ce maria fl^i n^stërieux et conduit avec tant de secret,avait été cependant annoncé publiquement au prône de la paroisse d'Argeatré, par trois dimanches consécutifs, après la publication des bans dûment Jaite. Que l'on coiicilie, s il est possible, cette publication solennelle et réitérée du mariage ^

^vec ce mystère que peirsonne n'a pu développer ? Quoi ! le comte a Hauteiort se cache de tous ses amis, de tous ses parens, de sa propre sœur, et il aura fait cependant publier son mariage au prôhe ? C'est là une de ces contradictions qui démasquent l'imposture.

(Différence entre Paris et la campagne pour la notoriété de ce qui se publie au prône. )

• P^sonne n'ignore qu'il n'en est pas des églises de campagne comme de celles de Paris. Dans nos paroisses, où se trouve un peuple nombreux, qui s'agite souvent par différens mouvemens, le prône n est presque entendu de personne, et surtout on porte peu a attention à ce grand nombre de bans que l'on publie souvent pour des gens de la plus vile condition : mais dans une paroisse de campagne , où règne pendant le prône un silence profond, où tout le peuple immuable, pour ainsi dire, écoute avec acidité son pasteur, où l'attention redouble lorsqu'on ' publie des bans , il est de notoriété publique qu'il n y en a pas un seul qui échappe à ceux qui sont présens. Si l'on avait publié celui du comte d'Hautefort, du seigneur de la paroisse, bientôt il serait devenu le principal sujet de l'entretien des habitans , et l'éclat qu'il aurait fait se serait en peu de temps répandu au loin. Cependant on prétend que cela a été fait pendant trois dimanches , et que personne ne l'a même soupçonné.

y Qui est celle qui se marie? C'est une fille mineure, éloignée de vingt lieues de sa mère et de son beau-père, une fille qui ne pouvait disposer de sa personne Sans leur consentement; qu'aucun prêtre, instruit des règles de l'e^j^ et de la sévérité de nos ordonnances, ne pouvait marier sans qu'il lui apparût du Qpnsentement par écrit de ceux à qui elle était soumise; cependant on ne rapporte, on n'énonce pas même de procuration de la mère; ce n'est .pas qu'elle refusât son consentement, tout s'est fait de concert avec elle (selon la demoiselle de Kerbabu). Pourquoi donc n'aurait-elle chargé personne de sa procuration.'' Pourquoi donc n'en aurait-on point parlé dans l'acte de célébration ?

. U n^ lâut pas être surprô apiès cela^ si , tout ëtam febuleux daoa ce inariage, personne n'en â ent^ida parkrpendant la yie da comte d'Hautetbrt.

U a senti de loin les approches de la mort ; il sV est dispose avec les sentimens d'un homme qui ayait un fonds de religion que la dissipation des emplois n'ayait pu déracine;*. Tout lui imposait la nécessite de révéler un secret qui pouvait intéresser sa conscience, la gloire de sa fënmie et le repos de sa famille; cependant qu^on s'adreaae à. tous ceux qui étaient dans sa plus intime confiance 9 qui l'ont , pour ainsi dire , adcompagné jusqu'aux |>orte8 de la mort, pour qui le fond de son cœur a tou- )0iir9 été ouvert, on n'en trouvera pas un seul à qui il ait lait la moindre ouverture d'un pareil engagement. Le soupçonnera-t-^on d'avoir manqué tout à la fois, à son: devoir , à son honneur, et à la Justice qu^il aurait due à vne personne si chère ?

Mademoiselle de Kerbahu a cru soutenir ce premier^ «Qte^ par quelques lettres , qu'elle suppose que le comte d'Hautefoit lui a écrites depuis son retour à Paris ; elle 9n rapporte quatre des 7 novembr'e, 27 et 3l décembre 1726 , et 22 janvier 1 727. De ces quatre lettres;, il n'y a

Sue les deux premières qui parlent du mariage; mais les portent encore des caractères de fausseté, qu'il est impossible de méconnaître.

Une première réflexion est que , de toutes les lettres que l'on prétend avoir été écrites par le comte d^Haute— fort à la cfemoiselle de Kerbabu (on en rapporte jusqu'à seize) , deux seulement, qui parlent du mariage, sc»it si-» gnées du comte d'Hauteibrt, toutes les autres, soit an-lérieures , soit pOÉStérieures au piariage , ne sont point sigisées. D'où peut venir cette distinction? Le comte d'Haute&rl prévoyait-pj! qu'il mourrait sans (me son m^^ riage fut déclaré; que les titres qui pouvaient rétablir se» iraient supprionés ; que l'état de sa veuve ^rait conteste et qu'il se formerait dans sa maison un si gr»nd orage après son décès? A<*-t-il prétendu fournir des armes à^ veuve par se& kttresi, e>| est-ce dans la vue de leur donner plu;» depoid&, qu'il les a signées? De pareilles supposi-^ tiens révolteraient toutes les personnes éclairées.

PKEMIEKE PARTIE. |l3

Pourquoi dcHic , on le répète, cette distinctiodi , si ce n'est parce que le faussaire ^ auteur de ces deux piècet^ voulant faire parler le comte dliautetbri de son prête»* eu mariage, a cru qu il était nécessaire d'appuyer de sa Signature les discours qu'il lui prétait ? Il a cru faire plilé d^imppes^on par cette circonstance; mais il n'a pas réfié* chi que ces précautions extraordinaires ne sont propres ^'à découvrir le crime. Non, ce ..n'est point le simple hasard qui fera que de seize lettres , il n'y en aura qnt deux qui parlat>nt du mariage, et que ce seront ffécî'^ sèment ces deux-là seules quiserotnt signées : des hasards si heureux ressentent trep l'artifice et la fraude, fctit qu'il scit possible de s'y tromper.

Une seconde réflexicih sur ces lettres se tire du estfae-* tère que l'on y iàit prendre au comte d'Haute&rt, et des expressions qu'on lui prête.

On fait dire au comte d'Hautefort, dans la prétendtie lettre du 7 novembre 1 726 : Si Je n'awzis pas eu Vh&n^ neur de wuis épouser, sqjrez ùertaine fue je partirtiis demain. Ce n'est plus ici ce vieil officier qui ne se piifttaitpas de complimens envers une demoiselle qu'il . rech^chait en mariage; c'est un mari qui les prodigtte pour sa femme , jusqu'à se servir d'expresâoBS qu'assu* rément personne n'avait employées avantlui : Sije n'avais pas eu l'honneur de n»&us épouser. Reconnaîtra^ t-on à ces expressions le caractère dâ camve d'Haieh tefert ?

Chi ne wcz pas moins swpris de \emtjaàate^ , daûs la même lettre , insulter à ses héritiers, lorsqu'ils verront qWil a donné tout son bien par contrat de mariage à la demoiseUe de Keridobu : les "voilà bien éloignés ée compte. Quelte noirceur attribuo^^m an cosnte d^lïailtefbrt ! Il avait toujours râné sa iamille ^ son ne^^eu luii avait toujcmrs été cher ; pom^quoi s6 Ëdt-ll im j^aisir malin^ de le voir confondu , comme si ce neveu fâigrat n'eût soupiré qu'après sa succession, et que le comte d'Hautefort eut été bien aise de tromper son avidité? De tels sentimens pourraient-ib s'accordfer avec ki^confiance^et Tsanitié qu'il im a témoignée jusqu'aux dfernters momens de sa vie7

2l4^ OEUVRES DE COCHIN.

Enfin , on ne conçoit pas comment le comte dllautefort y d^ns une lettre où il parle si naturellement du m^age , appellerait sa femme Mademoiselle.

Mais voici des preuves singulières, de fausseté, dont il est impossible de se défendre. Dans cette lettre du 7 novembre , on iàit dire au comte d'Hautefort , au' il a donné tout son bien par contrat de mariage. C'est la demoiselle de Kerbabu qui rapporte cette lettre , et ce-

Eendant c'est elle-même qui suppose un testament, fait à [auterive , depuis le mariage, par lequel le comte d'Hautefort lui faisait de nouveaux avantages ; comme si celui qui a tout donné par un titre solennel et irrévocable, pouvait faire depuis un testament, et surtout eh favevir de celle à qui il avait déjà tout donné. •

Le fait de contrat de mariagq et celui du testament sont également supposés ; mais au moins est-il physiquement impossible qu'ils soient. vrais tous deux j et cela suffit pour faire connaître que la vérité n'est point dans le parti de la demoiselle de Kerbabu; jamais la vérité n'a fait alliance avec le mensonge.

La fausseté de la seconde ^ettre n'est pas moins sensible; elle est datée, à Paris, ce 27 décembre; la demoiselle de K^babu l'a fait imprimer sous cette date l'année dernière; dans la copie signinée de procureur à procureur, elle est datée de même ; enfin, dans le mânoire imprimé de la demoiselle de Kerbabu , elle l'annonce en vingt endroits comme datée du 27; elle se fait même un moyen de cette date, en ce qu'elle ne précède la mort du comte d'Hautefort que de cinq semaines.

Cela supposé, la lettre est manifestement fausse; il ne faut, pour s'en convaincre, que consulter la lettre suivante, qui est du 3i décembre 1726; elle conamence ainsi : Tarris^e de Rambouillet où fai été une qwn^ zaine; c'eft ce qui m'a empêché de répondre à "votre dernière. .

Si le comte d'Hautefort arrive de Rambouillet Te 3 1 , après y avoir demeuré quinze jours , il n'était certai* nement pas à Paris le 27. Si cette longue absence l'avait empêché de répondre à la dernière lettre de la demoiselle de Kerbabu , il ne lui avait donc pas fait réponse

PllJÎMIÈRE PARTIE. ' 21 5

quatre jours^auparavant : la fausseté paraît ici dans tout son jour.

Aussi la demoiselle de Kerbabu ne pouvant s'en défendre , a-t-elle été réduite à changer la date de la première lettre; et après l'avoir donnée une année entière sous la date du 27, elle soutient aujourd'hui qu'elle est du 17 : c'est ainsi qu'elle l'a fait imprimer dans une nouvelle édition qu'elle a fait faire depuis que cette fausseté lui avait été reprochée.

Mais en premier heu, croit-elle que parce qu'elle a toujours conservé ces lettues en sa possession, elle puisse leur donher ainsi arbitrairement les dates qui leur conviennent? Il faut peu de <îhose pour altérer un deuûc et en faire le chiffre un, et parce que l'on aura, tenté cette nouvelle fausseté, l'objection serait dissipée? L'année dernière, la demoiselle de Kerbabu et tous ceux qui s'intéressent pour elle', étaient-ils donc de concert pour s'aveugler et pour voir une date autrement qu'elle n'était ?

En second heu, pour éviter un écueil, la demoiselle de Kerbabu retombe dans un autre; car enfin, en supposant la date du 17, il se trouvera dans la lettre même une preuve sensible de fausseté. On y fait dire au comte d'Hautefort : f^ous croyez bien que i)OS lettres me tou-client très-fort y et que je trouve le temps bien long,

n'en ayant pas reçu depuis le 11 apparemment

que vous êtes hors de chez vous ; domtez-moi donc la consolation, mademoiselle, de me donner de vos nouvelles. Plaçons la lettre au 1 7 décembre , comme la deïnoiselle de Kerbabu le veut aujourd'hui , on ferait dire une extravagance au comte d'Hautefort , car il n'y a point d'homme qui, ayant reçu une lettre datée du 1 1 , parût fort inquiet le 1 7, d'avoir été si long-temps sans en recevoir, qui fût obligé de présumer que celle qui a été si long-temps sans lui écrire, était apparemment absente de chez elle. U y a 70 heues ou environ de Saint-Quentin à Paris; la lettre du 11, surtout au mois de décembre, n'aurait pu arriver à Paris que le 1 4 , et trois jours après , le comte d'Hautefort serait tout alarmé d'un si long silence : cela peut-'il entrer dans l'esprit de quelqu'un?

tïO ŒUVRES DB COGHIN«

Aussi l'auteur de la pièce ayait«-il prétendu la placer au 27; alors un intervalle de seize jours peut autoriser les inquiétudes du pomte d'Hautefort, la lettre reprend un sens naturel ; mais aussi elle ne peut plu& ce concilier avec celle du 3} du même mois. Triste e:^t):émite où se trouve réduit le faussaire , que sa pièce ne puisse se concilier ayec elle-même , ou avec celles qui raccompagnent, et que de toutes parts ei sous quelque date qu on la place, la fausseté paraisse toujours avec la mén)e évidence!

A ces lettres , la demoiselle de Kerbaku a joint deux Petits écrits , savoir une prétendue quittance de dot sous seing-privé de 75,000 liv., et un mémoire où il est parle du testament fait à Hauterive. La seule qualité de ces pièces f;^it voir qu'elles né sqpt dignes que de mépris. Qui a j semais ouï dire que l'on ait donné une quittance de dot de 75,000 liv. sous seing-privé , surtout quand il y a un contrat de mariage par-devant notaires , et que les parties étaient également à portée de faire venir le notaire pour la qvdttance, comme elles l'avaient fait pour le contrat?

. Â l'égard du mémoire , on ne conçoit pas conunent on peut faire dire au comte d'Hautefort: //^tté, s'il "VOUS piaîty prendre conseil de madame de Sainte

g^iientin et de mes weux amis y si je vous manquais. n dirait que le comte d'Hautefort , dès le 1 5 décembre 1726, sentait déjà les approches dé la mort; qu'il pre-

.npît des mesures pour assiyrer l'état de sa femme, et qu'il établissait , pour ainsi dire , un cons^ pour la dépendre; mais $il avait de telles inquiétudes, il y avait un remède bien plus prompt et bien plus eflSicace , c'était de lui marquer précisément le not^e qui avait la minu|ie de son contiat de mariage, supposé qu'elle l'ignorât; c'était de lui marquer où était l'acte de célébra*'

' tion, c'était même de lui envoyer, et le contrat de ma«* riage, et le testameut qu'il avait dans sa cassette, et qu'il avait eu inteution de lui remi^tre, dit-on, pendant qu'il était à Hauterive.

Quelle illusion cle supposer le comie d'Hautefort et la^ dçmoiselle de Kerb^u, également alarmés des évé-

PREMIÈRE PARTIfi. ll'J

Remiens fôcheux qui pouvaient arriver, el également dans Tinaction pour les prévenir, et assurer un état qui ne dépendait quç des pièces dont ils étaient le» maîtres ! Tel est le sorjt de l'imposture , qu'elle ne peut rien avancer* qui ne se ressente de la source impure qui la produit.

Voilà pourtant à quoi se réduisent les preuves de ce mariage fabuleux dont on fait tant de bruit; écrits privés,, tous attaqués par une accusation de faux principal ^et dont le caractère de &usseté dispenserait de recourir à d'autres moyens pour les détruire.

Après avoir parcouru les actes dont la demoiselle de Kerbabu prétend se prévaloir, il faut rentrer dans l'ordre des faits. Le comte d Hautefort fut nommé, au commencement de l'année 1 727, pbur commander Vescadre que l'on préparait à Brest et à Toulon ; mais la maladie dont il fut attaqué peu de temps après, renversa ces projets. U fut obligé de se faire transporter de son hôtel, rue de Varenne, dans une maiso^, rue Culture -Sainte- Catherine, où, après huit jours de maladie, il mourut le 7 février 1 727, sur les dix heures du matin. Le comte de SurvUle, accablé de douleur, se retira cbe? le marquis d'Hautefort, son oncle, avec qui il demeprait-.Le valet de chambre du comte d'Hautefort se donna le9 soins nécessaires pour faire reporter son corps, le même jour, en son hôtel; et, d'un autre côté, on fut trouver le marquis d'Hautefort pour lui apprendre une si triste' nouvelle. Il était l'aiaé de la maison , et , par conséquent , * l'héritier présomptif; on lui [woposa de iaire apposer le scellé, à cause de l'absence de plusieurs de ses cohéritiers ; il -balança quelque temps , enfin il y consentit. On fit dresser la procuration en vertu de laquelle le commissaire Parent fut requis de se transport^, ce qu'il fit le même jour à trois heures après midi; en sorte qu'il n'y a que cinq heures d'intervalle entre le moment du décès et celui dç l'apposition du scellé , ce qui est un délai bien court , eu égatd à l'élcûgnement des lieux, et aux mesures qu'on ne pouvait se dispenser de prendre.

£n procédant à l'apposition du scellé, on trouva dans

2l8 œUVRES DE COCIUN.

la commode de la chambre du comte d'Hautefort,* son testament fait à Paris , le premier avril 1726 , par lequel le comte de Surville , son neveu , e'tait nommé légataire universel, et exécuteur testamentaire, et dans la chambre de Mandex, la cassette ou écritoire du comte d'Hauiefort , faite en forme de pupitre , qu'il laissait toujours à la garde de Mandex. Le commissaire la fit ouvrir en sa présence ; on y trouva près de deux cents louis : on en tira quatre-vingt-dix louis , qu on remit à Mandex , pour les dépenses nécessaires daijs ces occasions; on la referma ensuite, et on y apposa le scellé.

Le comte de Surviilé n avait aucune part à tout cela; il ignorait encore le testament fait en sa faveur, et il était trop pénétré de la perte qu'il avait faite , pour être sensible à aucune sorte d'intérêt.

C'est cependant dans ces momens d'abattement et de cohsternation , que l'on place la prétendue soustraction du contrat de mariage et du testament fait à Hauterive. On suppose que le comte d'Hautefort ayant fait dire à Mandex de lui apporter sa cassette , il eut l'infidélité d'attendre que son maître fût sans connaissance pour l'apporter ; qu'alors il s'empara des clefs qui étaient dans la poche 4|^ comte d'Hautefort; qu'il ouvrit la cassette en présengedu comte de Surville ; qu'ils brûlèrent ces pièces avec une enveloppe , dont une partie cependant a été conservée par miracle.

On rougit de rapporter des faits si calomnieux; on • avoue même qu'on ne peut assez être surpris de la témérité avec laquelle ils sont débités de la part de la demoiselle de Kerbabu , quand elle sait qu elle n'en a ûas la moindre preuve, et qu'il ne s'en trouvera pas le plus léger indice dans ses informations.

La prétendue soustraction roule même sur un lail essentiel, qui spul doit servir à renverser une si odieuse accusation, c'est que la cassette du comte d'Hautefort fut portée dans la rue Culture-Sainte-Catherine , dans les derniers moment de sa vie. Or, ce fait est absolument faux ; Mandex se rendit en effet de la rue de Varenne à la rue Culture-Sainte-Catherine, comme le comte d'Hautefort était à l'agonie , mais il n'y porta point

de cassette. S'il l'avait portée, vingt témoins auraient été en état d'en déposer; ceux qui demeuraient dans l'bôtel de la. rue de V arenne l'en auraient vu sortir avec cette cassette. Il aurait traversé tout Paris pour arriver a la rue Culture-Sainte-Catherine; il aurait été impossible que plusieurs personnes ne l'eussent pas vu avee cette cassette; il serait entré dans la maison où était le comte d'Hautefort , et cette même cassette aurait été vue , soit par les gens de la maison, soit par les domestiques -du comte- d'Hautefort qui ne l'avaient |èoint quitté pendant sa maladie. Dans le système de la demoiselle de Kerw babu , cette cassette aurait été rapportée dans la rue de Varenne , puisqu'elle y a été trouvée par le commissaire Parent, qui l'a scellée; .pendant le fçtour, Mandex aurait encore été vu par un grand nombre de personnes; en sorte que si le fait de la cassette portée était vrai , il y aurait une foule de témoins en état d'en déposer.

On. ne craint pas cependant d'avancer qu'il ne s'€n trouvera pas un seul qui en parle; peut-être même s'en trouvera-t-il dans la propre information de la demoiselle de Kerbabu qui diront précisément le pontraire. En efiet , . si l'on avait eu intention d'y prendre des papiers, il aurait été absurde de la porter dans la rue Culture- Sainte-Gatberine , dans le temps que le comte d'Hautefort était prêt à expirer, et n'avait plus de connaissance: il était bien plus simple de prendre ses clefs , et de revenir à son bôtel, où Mandex, qui avait la cassette dans sa chambre, l'aurait ouverte, sans pouvoir même être soupçonné : ainsi le fait n'est pas seulement faux et calomnieux, mais encore absurde, et iniaginé contre toute vraisemblance.

Le fait une fois détruit, que devient la prétendue soustraction et le conte des papiers jetés au feu ? Que devient la prétendue enveloppe sauvée des flammes? Toutes ces impostures tombent par la fausseté prouvée du fait capital sur lequel tout est appuyé.

Après l'apposition du scellé , on fit avertir ceux des héritiers qui étaient en province; ils envoyèrent leurs procurations pour assister à l'inventaire : il fut fait au

220 OEVVllES HE C.OCHIN.

mois cte mars suivant., La cassette ou ëcritoire sur la-* quelle le scellé avait été apposé fut inventoriée; Texëcution du testament fut consentie par toute la famille j et tout se pass^ dan^ une parfaite tranquillité.

Ce fut à peu près dans ce temps que le marquis d'O adressa au marquis d'Hautefort, deux lettres qu il venait de recevoir. La* première lui avait été écrite par la damie de Saint-Quentm, mère de la demoiselle de Kerbabu, le 6 mars 1727, moins d'un mois après la mort du comte d'Hauteiyrt ^ et la seconde par la demoiselle de ]^erbabu elle-même ^ le 9 du même mois de mars. C^est dans ces deux lettres que la mère et la fille annoncenl également au marquis.4'0 , que le comte d'Hautefort avail pensé à épouser la demoiselle de Kerbabu , mais que sa maladie l'ayant obligé de revenir à Paris , avati empêché le mariage , qui , sans cela , aurait été iisyl* Ld demoiselle de Kerbabu en a écrit deux autres au cosnu de Surville, les 22 avril et i4 niai 1727, dans lesquelles elle a toujours persévéré à recarmsdtre qu'elle n'avait point été mariée avec le ieu comte d'Hautefort. Son unique objet alors était de savoir si elle n'occupait point quelque place dans le testament ; car , pour le prétendu HKiriage , elle ne s'était pas encore accoutumée à une idée si extraordinaire.

Quand on fait une sérieuse attention à ces lettres, on est effrayé de l'entreprise téméraire que la demoiselle de Kerbabu a osé former depuis. Serait*il donc permis de se jouer ainsi de son état '( C'est la prétendue veuve du comte d'Hautefort qui anncmce précisément qu'il n'y a jamais eu. de mariage.

J'ai eu tort, répond-elle aujourd'hui humblement; e'est un mauvais conseil qu'on m'a donné ; j'avoue qu'il n'est jamais peraiûs d'ahérer la vérité; mais enfin mon propre état ne dépend pas de moi , et je n'ai pas droit de le détruire.

Voilà dotic la seule ressource de la demoiselle de Kerbabu , c'est de s'avoueif coupable pour se justifier. Funeste extrémité où l'a réduite son imposture : il feut nécessairement qu'elle soit coupable , ou d'avoir désavoué son propre état , ou d'en supposer un qu'elle n'a jamais

rREmÈKE PARTIE. 22.1

eu : c'est là cependant cette héroïne malheureuse et. persëcutée ^ qui traîne après son char un peuple nomtireux qui lui prodigue également et ses suffrages et sa pitié. *

Mais entre ces deux crimes ^ qu^elle ne se flatte pas de £siire prendre le change : on ne pensera jamais qu'elle ait parlé d'ahord un langage d'artifice; la vérité simple échappe dans ces premiers m(»nens; ce n'est que 1# réflexion qtû conduit au crime.

D'ailleurs , pour juger de quel crime elle est cou-

SaUe , il n'y a qu'à considérer celui qu'^e a eu intérêt B commettre. Quel intérêt pouvait-eUe avoir de désavouer un mariage pour lequel elle combat aujourd'hui avec tant d'ardeur? Ce n'est donc pas là son crime; elle n'en? a point d'autre au contraire que d'avoir voulu supposer un état qui faisait l'objet de ses plus grands empressemens ; son crime n'est donc point équivoque.

Maïs il va bien mieux se développer par les mesures qu'elle a prises pour le commettre. A peine avait-elle écrit sa quatrième lettre au comte de durviUe qu'elle partit de oaint-Queniin , assistée seulement du sieur Brû^ lé (i) , curé de Saint-Quentin , homme fort propre à co&courir aux projets odieux qu'elle avait formés. ËUe se rendit à Laval au commencement du mois de juin^ et descendit dans une auberge sous le nom de la marquise de Saint-Fremont.

Une de ses premières démarches fut d'aller trouver le sieur Ains, notaire et contrôleur des actes à Montsur : elle s'était miinie d'une lettre du sieur de Farcy, subdélégué de l'intendant de Tours , pour l'engager à lui faire voir le registi'e du contrôle. Elle parut empressée à le consulter, quoiqu'elle fiit kicn sûre de n'y rien trouver : le sieur Ains eut la complaisance de lui représenter son registre; elle chercha, avec beaucoup d'attention , et ne trouva rien ; mais, après cette comraie , elle vint à son véritable objet ; eUe lui demanda ^7/ «y as^aitpas une place dans ses registr,es mur faire un entegistre" tneni; et , sur ce qu'il le reiu^ , elle repartit ^ s'il pour*-

(i) Il était accusé et décrété par le juge de Laval , et partie à la Touraelie.

222 OEUVRES DECOCHIN.

rait lui indiquer quelque hurecm où le commis laissât quelque vide dans le registre y ajoutant qu'il ny anait rien qui la contentât davantage y et qu'elle aurait voulu donner cent écus à une personne qui lui aurait trouvé où mettre ledit ennegistrement Enfin , elle fit un roman à ce notaire, d'un homme qui s'était mariée qui y depuis y avait été obligé de se retirer en jéngle' ^rre; que son contrat de mariage n'étant point en forme y il avait envoyé un blanc signé de sa main y auquel on pourrait rapporter les clauses d'un cour trat de mariage et le faire signer du premier notaire. Elle demanda à Ains si on ne pouvait point trouver un notaire mii lui fit ce plaisir.

Four détruire des faits expliqués si naturellement- dans la déposition de ce notaire ,. la demoiselle de Kerbabu voudrait faire entendre que la démarche qu'elle avait faite auprès du sieur de Mué de Farcy suffirait pour en prouver la supposition. Celle qui veut suborner des ofiGciers publics , cbmmencerait-elJe par s'adresser à leurs supérieurs? Voilà son unique défense ; mais pouvait-on rien proposer de plus misérable ?

La demoiselle de Kerbabu n'a pas découvert au sieur de Mué de Farcy les vues secrètes qui la faisaient agir; elle a supposé, en général, qu'elle avait besoin de visiter les registres du contrôle ; le sieur de Farcy le lui a permis; il n'y a rien en cela que d'innocent. Elle ne va pas dire au sieur de Farcy, je voudrais bien engager des contrôleurs à faire un enregistrement dans quelque espace vide de leurs registres ; elle ne propose que de chercher ce qu'elle pourra trouver; mais quaiKl lelle s'est munie d'une lettre qui l'autorise à chercher, qu elle a vu les registres; qu'elle ai^t, pour ainsi dire, habitude avec le conti'ôleur, elle le sonde peu à peu, et entre msensiblement en négociation. U y a, dans cette conduite, un art et un manège qui fait bien connaître de quoi la denoioiselle de Kerbabu est capable ; mais il n'y a rien qui puisse affaiblir ou décréditer la déposition du notaire^ qui porte avec elle c^^s caractères sensibles de sincérité.

D'autant plus qu' Ains n'est pas le seul qui dépose de

pareils faits, le sieur Nupieds, autre notaire royal, a dépose <que la demoiselle de Kerbabu l'ayant fait venir à son auberge ; elle lui proposa défaire un contrat de mariage; tfu'ajrant demandé si les parties étaient présentes^ et ladite dame ayant dit qu'il jr en avait un de mxirty il répondit que cela ne se pouvait, et qu'un mort ne parlait plus ; que ladite dame insista , le priant de lui faire ledit contrat , et qu'il pouvait lui demander telle sommée d'argent qu'il jugerait à propos; ce qui fâcha si fort le témoin, qu'Use retira. Jamais on n'a osé combatu*e cette déposition si accablante par elle-^même ^ et si propre à confirmer celle d'Ains, par la conformité des propositions.

Il en est de même de celle de Ghatisel , qui est encore un notaire royal. La demoiselle de Kerbabu le questionne^ et lui demande si le contrôleur des actes de Laval est secret , et si on ne pourrait pas rapporter le contrôle d'un acte dans quelque fenê^e de ses registres? Et «ur ce qu'il répond que non, elle lui répond que ceux du Mans sont bien plus commodes, et qu'ils laissent des fenêtres blanches dans lem^s registres.

Toutes CCS dépositions se concilient ; ce sont des officiers publics que la demoiselle de Kerbabu a tentési par difiFérentes voies , mais toujours pour parvenir à la même fin.

Que n'a-t-elle point fait d'ailleurs pour s'emparer des registres publics? Les mouvemens qu'elle s'est donnés pour cela sont parfaitement décrits dans la déposition du sieur Nouri , prêtre , vicaire d' Argentré. Elle le fait venir à Laval; elle le sollicite de lui confier les registres; il refuse, on l'attaque par des lettres anonimes; la demoiselle de Kerbabu va le trouver elle-même proche le bourg d' Argentré; elle redouble ses prières, ses sollicitations. Que voulait^elle faire de ce registre? en déchirer les feuillets qui répondaient au 19 septembre 1726 , et par-là commettre une double iniquité, en altérant un - monument public , et se donnant ensuite la liberté d'imputer au marquis d'Hautefort l'altération qu'elle aujcait commise elle-même.

Elle n'a trouvé heureusement de tous côtés qu'une

résistance inspirée par 1^ vertu , et son voyage serait demeuré sans succès y si elle n'avait tenté enfin un coup pour lequel elle se suffisait à elle-même.

Au commencement de septembre 1727, c'est-à-dire, trois mois après son arrivée à Laval , elle fut trouver le sieur Croissant, greffier du siège royal de Laval ; elle lui demanda à chercner un acte de baptêmedans ses registres de la paroisse d'Argentré. Le sieur Croissant parcourt celui de 1 7 2 6 et ne trouve rien ; il cherche dans ceux des autres années; la demoiselle de Kerbabu profite de ce moment; et, sous prétexte de chercher plus exactement, elle glisse habilement dans celui de 1726 une feuille volante. Le greffier repasse sur ce registre et trouve ^nfin ce papier précieux, sur lequel était écrit le prétendu acte de célébration de mariage du conote d'Hautefort.

Quelque stispect que fût cet acte après une pafeille manœuvre, ce greffier timide ne crut pas cepaidant qu'il lui fût permis de décider de son sorti La demoiselle de Kerbabu lui en demanda ime expédition, et quoiqu'il eût pu la refuser , la pièce ne faisant point

Î)artie de son registre, il eut Cependant la docilité de 'accorder.

De prétendre que par cette expédition la pièce acquiert un degré d'autorité qu'elle n'a pas par elle-même , c'est un raisonnement qui n'était réservé que pour la cause de la demoiselle de Kerbabu. C'est sans doute la première fois qu'on a imaginé que l'expédition d'un acte ajoute quelque chose à son authenticité, ou plutôt. puisse réparer sa misère.

De dire encore que cet officier n'ait pas pu déposer dans la suite sur la manière dont cet acte s^est trouvé dans son registre, c'est une nouvelle illusion : pourquoi donc aurait-il refiisé son témoignage à la vérité?

Il tombe, dit-on, en contradiction avec lui-même*, il délivre iine expédition de la pièce comme vraie, et il veut insinuer qu'elle est fausse dans sa déposition. Mais il n'y a, dans tous ces reproches, qu'égarement et que supposition. Le greffier, en délivrant une expédition dé l'acte de célébration, ne l'a pas jugé véritable^ cela n'était pas

de sonressort ; en déposant de quelle manièreil s'est trouvé dans son registre , il ne Fa pas non plus jugé faux ; il a laisse aux parties intéressées à faire valoir leurs droits, et aux magistrats à en juger. II n'est donc ni faux témoin, ni officiel^ prévaricateur.

Au surplus, la vérité de sa déposition est confirmée par celle du marguillier d'Argentré, qui déclare que quand il porta le registre de 1726 au greffe royal, il n'y avait aucune feuille volante.

Que répond à cela la demoiselle de Kerbabu? Vos témoins sedétruisentlesunslesautres; selonle marguillier, il nV avait pas dé feuille volante, et cependant, selon le greffier, il y en avait une dans le registre , outre celle qu'il suppose que j'ai glissée subtilement ; voilà ce qui s'appelle une contradiction sensible.

Mais peut-on croire que la demoiselle de Kerbabu ne se soit pas aperçue de la'chimère de cette prétendue contradiction? Le marguillier a porté le registre au mois de janvier 1727, et déclare qu'il n'y avait point de feuille volante ; le greffier a parcouru le registre au mois de septembre 1 727, et il a trouvé une feuille volante , outre celle que la demoiselle de Kerbabu a glissée depuis ; ces deux faits sont-ils donc inconciliables? Faut-il faire un grand effort* d'esprit pour imaginer comment ce qui h*t.st pas dans un registre au mois de janvier, peut y être au mois de septembre? Voilà cependant cet ar^ment victorieux ; on rougit même d'être obligé d'y répondre.

Mais quelle était cette feuille volante? Comment, n'étant pas dans le registre lorsqu'on l'a apporté, s'y est-elle elle-même trouvée depuis? C'est ce que le greffier n'explique point, parce qu'il n'en était pas question, et c'est d'ailleurs ce que nous n'avons point intérêt de savoir; il suffit que cela ne forme aucune contradiction avec le fait dont dépose le marguillier.

On peut ajouter que cette feuille volante dont parle le greffier, ne contenait que deux extraits de baptêmes , c'est-à-dire, qu'on avait fait expédier deux actes de baptêmes depuis que le registre avait été apporté ; qu'oa les avait mis sur une même feuille qui n'avait pas encore GocaiiT. TowB 1. l5

été délivrée : voilà sans doute ce que c'était que eelte feuille volante. Quel rapport peut-elle avoir avec un acte original, tel que celui du prétendu mariage du comte d'Haut etbri?

Mais peut -on douter que ce ne soit la demoiselle de Kerbabu qui ait glissé cet acte dans le registre où il se trouve aujourd'hui? Il est impossible qu'il y soit parvenu autrement. Si elle ne l'y a pas glissé , il faut donc qu'elle soutienne que cette pièce est toujours demeurée dans le registre de la paroisse depuis le temps du mariage ; mais si cela avait été , elle aurait été vue par un grand nombre de personnes. Le sieur le Blanc, prieur-curé d'Argentré, est mort quinze jours après l'époque du mariage; ses registres ont passé entre les mains du vicaire ou desservant , premier témoin qui aurait vu la feuille volante du mariage ; le nouveau curé , nommé dans la suite, saisi à son tour des méities registres, aurait eu*. un second témoin; celui qui, à la fin de l'année, a copié le registre et en a fait un double pour être envoyé au greffe royal; celui qui Ta porte, le greffier à qui on l'a remis, et qui ne le reçoit jamais sans examiner s'il est en bonne forme; que de témoins qui auraient vu la feuille volante , du vivant même du comte d'Hauteibrt ! Pourquoi la demoiseTlS de Kerbabu ne les a- 1- elle pas fait entendre? C'était le vrai mo]^^ de se justifier du fait de l'insertion; mais elle nen a pas pu trouver un seul qui fiit prêt à se prêter au mensonge.

Qu'elle reconnaisse donc la vérité d'im fait qu^ll« • combat avec tant de vivacité; il est prouvé par des dépositions non suspectes; et si le fait contraii-e était vrai, mille témoins le publieraient.

(Faux étranja^er à la cause y fait une présomption.)

La demoiselle de Kerbabu n'ayant plus rien à tenter a Laval , en sortit au mois de septembre , laissant à lau' berge , pour répondre de sa dépense , un billet de 4^0 "^•

Qu'elle signa la marauise dé Saint- Frémont: c'esi une Lusseté avérée; iaible essai de celles qu'elle avait déjà préparées.

PREMIÈBE PARTIE. 227

ISlle leva bientôt Fëtendard de l'imposture : elle commença , pour la première fois, dans le mois de novembre, à prendre la qualité de comtesse d'Hautefort. Bientôt elle arriva à Paris pour y repre'senter sur unplus grand théâtre, et moissonner, s'il e'tait possible, le fruit de son crime.

Au premier bruit de cette métamorphose subite, elle ne douta point que le marquis d'Hautefort, qui avait été informe de ce qui s'était passé à Laval, ne rendît plainte contre elle ; pour se préparer des armes contre . la procédure du marquis d'Hautefort , elle rendit plainte secrète chez le commissaire Regnard de Lussaing, le i4 janvier 1728.

C'est une pièce si singulière et si propre à caractériser L'imposture qui règne dans toute la conduite de la demoiselle de Kerbabu, qu'on ne peut se dispenser d'en reprendre ici les faits en détail.

Elle y expose le fait de son prétendu mariage , le contrat passé, le 17 septembre 1726, devantie Chainge et Duchasty notaires royaux à Laval; c'est .un premier fait qu elle a été obligé d'abandonner depuis : jamais il n'y a eu de notaires à Laval qui aient porté les noms de le Chainge et Duchast. Elle leur a substitué depuis un seul notaire nommé Ains, demeurant à Montsur , circonstance sur laquelle on s'est déjà assez étendu : on ne fait que l'indiquer ici.

Elle ajoute que, par ce contrat , elle avait promis d'apporter 75,000 liv. 'en dot. La promesse est singulière de la part d'une fille mineure , qui n'est assistée ni de sa mère ni de son tuteur. Elle dit que , par le contrat même, le comte d'Hautefort reconnaissait avoir reçu i5,ooo liv. €t qu'il lui a donné depuis quittance des 60,000 livres restant. On ne demande point ici où la demoiselle de Kerbabu, mineure, avait pris ces 76,000 liv., ni comment elle les avait fait conduire à Hauterive ; mais on lui demande pourquoi cette quittance , postérieure au contrat, n'est plus aujourd'hui des 60,000 liv. restant de la dot, mais de la dot entière des 76,000 liv. Faut-Û donc que la demoiselle de Kerbabu ;soit toujours cop^* traire à elle-même?

Elle suppose qu'après la mort du comte (ïHauteffirt , ses parens ont pris un soin extrême de congédier et d'écarter de Paris jusqu'au dernier de ses domestiques. Plusieurs ont e'të conge'die's, il est vrai, parce qu'il n'e'tait pas possible de les conserver tous après la mort de leur maître; mais il n'y en a pas eu un seul écarté de Paris, et la demoiselle de Kerbabu les a tous fait entendre dans son information : c'est donc une^ calomnie avérée.

Elle prétend que l'on a soustrait la grosse de son contrat de mariage et le testament fait à Hauterive; elle soutient que ces pièces ont été vues et lues de plusieurs personnes depuis le décès du comte d'Hauteibrt. Voilà un fait bien précis; mais, si elle n'a pas pu faire entendre un seul témoin qui en parle , la témérité qu'elle a eue d'avancer une telle calomnie^ doit la couvrir de confusion.

Enfin elle prétend qu'ayant demandé au notaire qui avait la minute de son contrat , qu'il lui en délivrât une grosse, il l'a retusée, disant quil en avait délivré une expédition au comte d'Hautefort. Ce fait rapproché de ce qu'elle a dit au commencement de la plainte , que son contrat a été reçu par le Chainge et Duchast, oblige de conclure qu'elle a parlé à le Chainge ou à Duchast, et que l'un ou l'autre lui a répondu; cependant xii l'un ni Pautre n'a jamais existé : les fables ne coûtent donc rien à la demoiselle de Kerbabu. Elle veut faire passer un contrat de mariage à un homme mort; elle lie conversation avec des gens qui n'ont jamais existé; elle leur I parle, et ils lui répondent. Lorsqu'elle vante.dans la smte es miracles que la Providence a opérés en sa faveur , elle ne devrait pas oublier ceux-ci , qui tiennent assurément du prodige autant qu'aucun autre.

U faut ajouter aux faits de la plainte ceux dii monitoire ; elle y répète encore que son contrat de naariage a été passé devant le Chainge, notaire à Laval; mais eue ajoute un fait tout nouveau , qui est , que l'on a lacéré deux feuiUets des registres des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse d'Argentré; fait grave assurément, puisqu'il s^agit de l'altération d'un monument pu-

Mic; mais c'est ce qui achève de couvrir d'opprobre la demoiselle de Kerbabu.|

Elle -sait parfaitement que le registre est sain et entier, qu'il existe en très-bonne forme, que toutes les feuilles en sont cotées par première et dernière , sans qu'il en manque une seule, et cependant elle invente gratuitement un crime chimérique : quel peut être en cela son objet? On dirait qu'elle ne cherche qu'à se décrier elle-même.

D'ailleurs, pour rendre plainte d'un pareil fait, il fallait que la demoiselle de Kerbabu supposât que son acte de célébration de mariage était sur un des deux feuillets lacérés, car, sans cela, sa plainte n'avait point d'objet ; cependant elle prétend aujourd'hui que son*acte de célébration est en original sur une feudle volante qui n'a jamais fait partie du registre. Qu'elle se concilie donc avec elle-même, et qu'au moins on lui trouve une fois un système suivi, et qui présente quelque air, quelque trait de vraisemblance.

Comme ses plaintes n'avaient été présentées que pour servir de contre-batterie à la procédiure que le marqui& d'Hautefort ne pouvait s'empêcher de faire à Laval ^ elles furent absolument négligées.

Le marquis d'Hautefort n'en usa pas de même de sa

Eart; le 4 février 1728, il rendit sa plainte au juge de laval , avant que la demoiselle de Kerbabu eût fait entendre un seul témoin , avant même qu'elle en eût fait assigner aucmi. Les faits principaux de sa plainte, sont que la demoiselle de Kerbabu a^fait, par elle-même , et sous dautres noms , tenté plusieurs notaires de Lcwal et des lieux circonvoiSins pour faire faire après coup, s'il était possible , un contrat de nui-* riage^ et des contrôleurs y pour, dans quelques places restées en blanc ^y contrôler ledit contrat , et le faire insinuer; qu'elle a prétendu a^oir été mariée fe 19 sep^ tembre 1726, quoiqu'elle ait reconnu le contraire par ses lettres écrites depuis la mort du comte d'Haut tefort; qu'elle a glissé une feuille Dolantedans le registre qui est au greffe (k ta justice rojrale de La^al;

Zio ÇLUVRES: DE COCHIN.

et que ^ si elle représente le prétendu ojcte de celé-* bration , il se troussera faux.

Ce n'est point, comme on le suppose, par un enthousiasme prophétique que le marquis d^Hautefort a attaque ce laux acte de célébration par sa première plainte ; quand il ne Faurait pas fait examiner auparavant entre les mains du greffier , il aurait été trop certain de la fausseté, par la relation de tous ceux qui étaient dans le château d'Hauteriveaiimois de septembre 1726, et par les propres lettres de la demoiselle de Kerbabu,

Sur celte plainte, on a fait une information composée d un grand nombre de témoins qui ont été entendus pendant sept jours. On y trouve les notaires et contrôleurs 4e Laval eu des environs, Thôt^e et l'hôtesse chez qui la demoiselle de Kerbabu a demeuré sous le nom de la marquise de Saint-Frémont, le vicaire et le marguillier de la paroisse d'Argentré, qui ont mis dans le plus grand jouf , et la chimère du prétendu mariage , et les intrir gués pratiquées pour l'établir par de faux titres.

A la vue de ces preuves concluantes , le juge de Laval à cru que sa religion l'obligeait de prononcer un décret de prise de corps contre la demoiselle de Kerbabu , et d'ajournement personnel contre le sieur Brusljé, curé de Saint-Quentin. Le décret est du 1 1 février. C'est en vertu de ce titre, dont Lambatte, huissier à verge du Châ-* lelet, était porteur, que la demoiselle de Kerbabu fat arrêtée, sans aucun éclat , le 1 5 du même mois. Le procès verbal de capture est en très-bonne forme , et contrôlé le même jour à Paris-Elle fut conduite stu^le-champ à Neaufle , d'où elle s'est sauvée comme tout le monde a su.

C'est à ce sujet que l'on a déployé tous les talens de l'orateur, pour toucher, pour émouvoir le public. On a peint la demoiselle de Kerbabu arrachée avec violence des bras de sa mère éplorée , et conduite à Neaufle, au milieu d'une troupe de satellites; la Providence venant à son secours par une foule de miracles opérés en un instant ; mille périls afirontés sans qu'elle en ait reçu le moindre mal; le ciel et la icrre , les êtres inanimés , tout en un mot s'int^ressanx pour elle. Qu'ilcfst triste que ces prodigeséclaians

sè réduisent à une petite négociation avec des archers qui lui ont procuré une évasion commode et une reiraite assurée ! C est en vain que , pour écarter celte idée , on suppose que la demoiselle de Kefbabu n^était pas en état de tenter de pareils coups j ne dirait-on pas qu il faut employer bien des trésors pour ébranler la fidélité de gens de cet état? Cette défaite ne mérite pas que Ton s y arrête.

La demoiselle de Kerbabu sut mettre à profit sa liberté, en poursuivant en arrêt de défenses contre la pro-*cédure de Laval; elle Tobtint le i5 avril. Le marquis d'Hautefort en avait obtenu un semblable contre la procédure du Châtelet, dès le 20 février précédent; en sorte que la cause fut en état d^étre portée à Faudience sur les appellations respectives.

La demoiselle de Kerbabu donna copie des lettres tant vantéesducomted'Hautefon;cefutce qui obligea le marquis d'Hautefort de présenter deux requjtes consécutives les 14 mai et 1 1 juin 1728, par lesquelles, persistant dans sa plainte , où il avait déclaré que si la demoiselle de Kerbabu osait faire usage de son acte de célébration , il l'attaquerait par la ^ voie de faux , il demanda acte de ce qu il rendait plainte de faux principal contre le prétendu acte de célébration de mariage du 19 septembre 17-6, la prétendue quittance de dot du 2 octobre, les^prétendues lettres des*7 novembre et 27 déceijibre 1726, et contre le prétendu écrit du i î décembre 1 726 ; et en conséqueimcéil demanda qu'il lui fût permis d'informer de faux principal par titres, par témoins et par comparaison aécritures, devant le juge de Laval, à T^i \^ plainte serait renvoyée pour être le procès fait et parfait à la demoiselle de Kerbabu jasqu a sentence définitive inclusivei^ent.

La demoiselle de Kerbabu a voulu imiter l'exemple de cette nouvelle plainte; et au lieu que par celle du i4 \^^' vier 1728, elle avait seulement accusé les héritiers du comte d'Hautefort d'avoir soustrait la grosse de son contrat de mariage , elle a ajouté qu'elle rendait plainte de ce (ju'on avait, depuis le mois de septembre 1727, soustrait la minute méoie de ce contrat reçu par Ains , no-

232 OEUVRES DE COGHIN.

taire à Montsur, et la mention qui en était faite dans le registre du contrôle.

Son moyen favori , son moyen unique , pour, donner lapre'fërence à sa procédure sur celle du marquis d'Hautetort, fut que la sienne était antérieure, et que l'autre ne

S ouvait passer que pour récriminatoire. Le marquis 'Hauiefort ayant établi au contraire que jamais l'antériorité de la plainte n'avait décidé , et que ce ne pouvait être que par la qualité des faits et par le mérite des charges que cette question pouvait se régler ^ M. l'avocat-général adopta ce principe. Il fit voir, par le récit des charges, que celles du marquis d'Hautelort étaient aussi concluantes que celles de la demoiselle de Kerbahu étaient méprisables : son avis fut qu'il n'y aurait pas à balancer sur la préférence due à la procédure du marquis d'Hautefort , si la demoiselle de Kerbabu avait eu le temps de continuer son information , et, en conséquence , il proposa l'interlocutoire.

Ce parti fut adopté par l'arrêt du 23 juin 1728, par lequel la cour, avant faire droit sur les appellations et demandes respectives , permij à la demoiselle de Kerbabu de continuer ses informations jusqu'au décret inclusivement, toutes choses demeurant en état de la part du marquis d'Hautefort. Par le même arrêt , la cour a converti le décret d'ajournement personnel prononcé contre le siem* curé de Saint-Quentin en assigné pour être ouï, lai^ant subsister, à l'égard de la demoiselle de Kerbabu, ledécrçt de prise de corps.

En exécution de cet arrêt, la demoiselle de Kerbabu a fait entendre un grand nombre de témoins à Paris , à Brest et à Laval; mais quel fruit a-i-elle retiré de la liberté que l'arrêt lui avait donnée , si ce n'est d'augmenter sa honte en la diflférant ? De tous les faits contenus dans ses plaintes , il ne s'en trouvera pas un seul qui soit établi; pas un témoin qui parle de la soustraction de la grosse et de la minute du prétendu contrat de mariage , ni qui paraisse même soupçonner qu'il ait jamais existé. Il en sera de même du prétendu testament fait à Hauterive. Le fait de la lacération du registre de la paroisse d'Argentré , celui des domestiques écartés , tout ,

en un mot, se trouvera une pure fable, ^ux termes mêmes de ses informations.

C'est le de'sespoir de trouver sa cause re'duite à un e'tat si de'ploraljle qui a forcé la demoiselle de Kerbabu de recourir à un nouveau stratagème. On Ta entendue , au mois de de'cembre dernier, crier encore au prodige et au miracle. Un papier précieux, échappé des flammes, s'est retrouvé; on y aperçoit encore des caractères du comte d'Hautefort , où l'on voit qu'il y parlait d'un contrat de mariage et d'un testament qui aevaient être envoyés a Saint-Quentin , près d'Avranches ; et comme ce papier seul ne suffirait pas pour charger le marquis d'Hautefort, quand il serait aussi vrai qu il est manitèstement faux, on a des témoins tout prêts à déposer qu'ils l'ont ramassé , le jour même de la mort du comte d'Hautefort, dans une salle dont le marquis d'Hautefort venait de sortir.

Cette nouvelle se répand comme un torrent dans tout Paris ; le ciel protège trop ouvertement la demoiselle de Kerbabu , il n'y a plus moyen de résister. Les esprits sensés attendent cependant l'accomplissement de ces magnifiques promesses. L'air fabuleux qui y règne ne

{)revient pas en leur faveur; mais quelle est la surprisé, orsque M. l'avocat-général rendant compte à l'audience des révélations, est obligé d'exposer quon y trouve des écrits anonimes et des papiers qui n'ont pas même forme de révélations !

L'indignation alors prend la place de la pitié. Quoi donc, un accusateur confondu par sa propre procédure, n'aura qu'à fabriquer des écrits anonimes et les envoyer à titre de révélations ? Quel renversement de l'ordre judiciaire !

Et que l'on ne dise pas que l'écrit par lui-même suffit, que quand il serait tombé des nues , si c'est l'écriture du comte d'Hautefort, on ne peut se dispenser d'y déférer.

Une pièce qui ne paraît qu'avec tant de mystère est déjà par elle-même convaincue de faux. Il n'est point ici question de la faire descendre des nues comme une douce rosée que le ciel envoie pour calmer les alarmes de la

blance , sans réalité , ils ne pouvaient faire la base et le principe d'une accusation sérieuse , ni servir d'obstacle à l'instruction d'une autre accusation aussi sérieuse que celle-là se trouvait chimérique. En. un mot, la cour a jugé qu'il fallait ées preuves ; c'est ][)our cela qu'elle a donné à la demoiselle de Kerbabu un temps convenable pour en administrer. Si elle n'a pas pu en trouver, son accusation ne devient plus qu'un objet d'indignation dont le poids doit l'accablerl

Pour échapper à cette conséquence , il ne reste qu'une ressource à la demoiselle de Kerbabu ; c'est de faire le procès à l'arrêt du 23 juin dernier ; c'est de prouver que sa disposition est inutile et sans objet. Et que* deviendraient après cela les airs de triomphe qu'elle s'est donnés au moment de l'arrêt, comme si elle eût gagné sa cause ? Combien a-t-elle aflFecté de le répandre pour entretenir dans son parti ceux qu'elle avait séduits? Les gens sages ont compris dès lors qu'il n'y avait que de rartifice dans son trioniphe ; que l'arrêt qui lui permettait de faire sa preuve là chargeait en même temps de la faire , et que , si elle ne pouvait y parvenir , il fallait nécessairement qu'elle succombât. L'événement a justifié de quel côté était le véritable avantage , piÉsque la demoiselle de Kerbabu est réduite aujourd'hui à combattre l'arrêt , en soutenant que les preuves qu'il a ordonnées sont inutiles.

Mais quand la cause ne serait pas jugée , pourraiton balancer sur la nécessité des preuves de sa part? Il faut bien prendre garde a la situation de la cause ; ce n'est pas ici une partie qui en accuse simplement une autre, mais c'est une partie accusée , qui veut faire tomber l'accusation formée contre elle par celle qu'elle a formée de sa part contrç son accusateur.

Dans le premier cas , on . pourrait dire que celui qui

rait accusé aurait moins d intérêt de rélever le défont de preuve ; encore serait-il bien fondé à dire : Il y a une plainte contre moi , je ne veux pas éternellement être exposé aux poursuites qu'elle peut produire ; et puisque vous ne prouvez pas vos faits, je dois être déchargé. Mais ici nous sommes dans de bien plus forts termes.

serait

Le marquis d'Hautetbrt, accusé par la demoiselle de Kerbabu, est, de sa part, accusateur. On arrête Finstruction de sa procédure , sous prétexte qu'il y en a une autre commencée contre lui; et en ce cas, il serait très-bien fondé à dire : Votre accusation est chimérique, elle n'est soutenue d'aucune preuve ni d'aucun indice ; serait-il possible qu'elle me hât les mains, et que, sans force par dle-méme , elle eût cependant TefiFet d'interrompre le cours de la mienne , et d empêcher que je n'obtienne justice de vos attentats?

Qui ppiurait se défendre d'un moyen si solide et si pressant? S'il n'entraînait pas les suffrages de la justice, tout coupable prêt à être dénoncé préviendrait son accusateur par une plainte d'un fait grave , mais chimérique; il ferait une procédure régiJière ; et quoiqu'il fût toujours sans preuves , il empêcherait toujours l'effet des plaintes sérieuses rendues contre lui. Faut-il donc être jurisconsulte pour connsdtre toute l'illusion d'une pareille prétention ? L'équité naturelle né suffit-elle pas pour la condamner?

Aussi la demoiselle de Kerbabu essaie-t-elle de s'attribuer quelque léger commencement de preuves; elles ne forment pas , selon elle-même , un corps de démonstration^ mais il y en a assez pour donner de la curiosité, et pour sonder ce mystère d'iniquité.

Mais quand oïl est réduit à de pareils discours, n'est-ce

Îas convenir de bonne foi que l'on est sans preuves ? >ès l'année dernière on nous tenait le même langage , on promettait que l'avenir serait plus favorable à la demoiselle de Kerbabu. Le comte d'Hautefbrt m'a chargé

de prendre conseil de ses vieux amis; je les ferai en-

parlâit

{uin. Toute liberté Jui a été rendue; elle a eu près de mit mois pour faire paraître les vieux amis , et cependant tout est encore enveloppé de ténèbres, c'est un mystère qu'il faut sonder. On peut être crédule une première fois , mais on ne sera plus la dupe de pareilles promesses.

238 cœUVKES DE COCHIN.

Suivons en effet ces ëbauôhes de preuves dont parle la demoiselle de Kerbabu. Elle se plaint de ce qu'on a soustrait un testament , de ce qu'on a supprimé grosse , minute et contrôle du contrat de mariage; enfin d'une prétendue diffamation. A quoi se réduisent ses preuves ?

Le testament 6t la grosse du contrat de mariage étaient dans la cassette du comte d'Hautefort ; il l'a mandé au mois de décembre 1726; ces pièces ne se sont point trouvées lors de son invenlaire ; donc elles ont été supprimées. D'ailleurs , la cassette a été portée chez Martinon par Mandex, lorsque son maître était sans coimaissance ; il s'est emparé des clefs ; il a été enfermé avec le marquis d'Hautefort; après leur sortie, on a trouvé un lambeau de papier qui énonce des pièces. Enfin, Mandex et Gasselin ont été seuls dans l'appartement du comte d'Hautefort, rue de Varennes, et le scellé n'a été apposé que cinq heures après la mort.

Une première réflexion est, que si tout cela pouvait faire naître un soupçon sur la suppression de la grosse du contrat de mariage et du testament, tout cela ne s'appliquerait jamais à la minute et au contrôle du contrat de mariage; à cet égard, la demoiselle de Kerbabu ni ses témoins, n'ont pas même tenté d'exciter

pomt

que la demoiselle de Kerbabu affecte toujours dç perdre de vue , et qu'on ne peut trop lui rappeler pour la confondre.

Une seconderéflexionest, que toutes les circonstances ^ue l'on relève , sont ou prouvées fausses , ou absolunaent indifférentes.

L'existence imaginaire des pièces dans la cassette au mois de décembre, quand on la supposerait vraie pour un moment, ne prouverait pas qu'elles y fussent encore dans le temps de la mort. Non-seulement le comte d'Hautefort aurait pu les supprimer lui-même , mais il aurait pu les envoyer à la demoiselle de Kerbabu ; il aurait pu les confier à quelqu'un pour les lui remède; en un mot,

le logique, des pièces étaient dans une casmois de de'cembre , donc elles devaient encore e 7 février; jamais cette conséquence ne sera

arle dans la supposition de la vérité des lettres ; lies sont fausses , comme on ne peut en douter, 3uve d'existence s'évanouit. Eh quoi ! la demoi- Kerbaliu fabriquera des pièces fausses, qui font e l'accusation formée contre elle, et ces pièces ;s par la voie du faux principal, deviendront des

en sa faveur contre le marquis d'Hautefort! irement!

>ns les indices de la demoiselle de Kerbabu'. La

a été portée chez Martinon , lorsque le comte fort était sans connaissance. Si ce fait était vrai, indifférent, parce que le comte d'Hautefort ayant é sa cassette, on aurait dû la porter, et que jarqui est légitime en soi , ne peut former un soup- :rime. Mais est -il donc vrai que la cassette ait ée ? A entendre la demoiselle de Kerbabu l'avanmativement , on dirait qu'elle en a des preuves uses ; mais on ne craint point de.soutenir avee :e que le fait est faux, et qu'il ne s'en trouvera preuve dans son information. On pourrait aller i , et présumer qu'il s'y trouvera une preuve afErlu contraire.

pourtant le tait essentiel duquel dépend tout le ar la demoiselle de Kerbabu al:lègue que les pieété brûlées chez Martinon ; c'est ce qu'elle veut par ce papier tombé des nues , qu'eue suppose é trouvé. Mais ce fait est impossible , si la cassette été portée chez Martinon. Or, il y a preuve que tte n'a pas été portée ; tous les témoins qui étaient lôtel lorsque Mandex en est sorti, tous ceux qui chez Martinon, lorsqu'il y est arrivé, ont été endans l'information de la demoiselle de Kerbabu ; uraient vu porter ime assez grande cassette en: le pupitre; pas un n'en convient, et d'autres din :mellement qu'elle ne fut point apportée. Quelle ce peut avoir^ncoreFimposturé? NoA-seulement

24o OEUVRES DE ÇOCHIN.

elle n'a point de preuve , mais c'est elle-même qui fournit des preuves pour la confondre.

Les clefs furent remises à Mandex au moment de la mort, cela est vrai; à qui pouvait-on les remettre, si ce n'est à un ancien domestique dont son maîtrè avait toujours été si content qu'il lui a laissé 800 livres de pension par son testament? Mais quel usage a-t-il pu en faire chez Martinon, où la cassette n'était point?.

Le mai^quis d'Hautefort et Mandex furent enfermés. C'est encore un fait qui vraisemblablement ne résultera

Sas de l'information , et le contraire même sera sans oute justifié.

On a trouvé des lambeaux d'un papier à demi-brûlé, et ces lambeaux sont d'une extrême conséquence , quoique leur origine soit inconnue. On ne craint point de le dire, cet épisode est peut-être ce qu'il y a déplus propre à convaincre de la fausseté de tout ce qui paraît de la part de la demoiselle de Kerbabu.

En quel temps a-t-on commencé à en parler ? Lorsque l'information était finie et remise au greflFe , lorsqu on savait qu'elle ne prêtait aucun secours , et qu'au contraire elle confondait la demoiselle de Kerbabu. Alors il faut se sauver par un coup de désespoir , una salus vic^ tis y nullam Sperare salutem; il faut mettre au jour un papier obscur, qui tienne lieu de dépositions. Qui n'aperçoit en cela un ouvrage d'iniquité :

Comment est-il annoncé ? C est un prodige, c'est un miracle; car la demoiselle de Kerbabu en place partout. Lemarquisd'Hautefortajetédes papiers aufeu; ils étaient dans ime enveloppe ; l'enveloppe n'a été brûlée qu'en partie , et ce qui eu reste est précisément tout ce qui est nécessaire à la demoiselle de Kerbabu. Un homme est entré par hasard et a ramassé ce papier à demi consumé ; il n en a pas su la conséquence ; le papier est devenu bouchon de bouteille ; deux ans après on va déployer ce bouchon si long-temps méprisé , et il devient un monument respectable ! Y a-t-il jamais eu de fable où l'on ait moins ménagé le vraisemblable?

D'où sort-il ce papier si célèbre? C'est une énigme ; personne n'oserait le représenter \ la demoiselle de Ker*

)>abu est réduite à des suppositions. Quand il serait tombé des nueSy quand il serait dans rnonsac ^pours^u qu'il soit écrit de la main du comte d'Haute/brt^ il est toujours précieux. Quelle illusion! il faut une pcigine connue , ou c'est une imposture avérée. loi

La vérité ne marche point ainsi dans les ténèbres; on peut se tromper en comparant une écriture, mais on ne se trompe jamais en rejetant avec mépris un papier présenté à la justice avec tant de mystère.

Mais encore un coup , supposons ce papier vrai en luwmême , et de la main du comte d'Hautefort ; s*il prouvait l'existence des pièces qu'il énonce , il n'en prouverait pas la soustraction, parce que, comme on l'a déjà dit , le comte d'Hautefort aurait pu disposer de ces pièces, soit en les confiant à quelqu'un pour les remettre à la demoiselle de Kerbabu , ou autrement.

Il faut donc reconnaître , comme la demoiselle de Kerbabu en convient assez , qu'elle n'a aucune preuve pour soutenir ses chimères. Il y a plus d'un an que sa plainte est rendue ; elle a eu plus de huit mois pour lâire ses informations; et tout cela n'a rien produit. Croit-elle, après cela, qu'on se bercera encore de promesses et d'espérances r Ce serait pousser trop loin la présomption.

En est-il de même de l'accusation du marquis d'Hau* tefort? Elle a d'abord les avantages que la demoiselle de Kerbabu attribue à la sienne; c'est-à-dire, qu'elle présente à la justice des faits graves et une procédure régulière. Quels sont les feits/ Subornation d'officiers pu-** blics pour fabriquer un faux contrat de mariage et un faux contrôle, tentatives pour s'emparer des registres de la paroisse , supposition d'un faux mariage , fabrication de pièces fausses pour le soutenir. Dans la qualité des faits, on ne croit pas' assurément que l'accusation du marquis d'Hautefort cède à celle de la demoiselle de Ker*« babu.

La procédure du marquis d'Hautefort est régulière ; il a rendu plainte au juge naturel, au juge du délit; son information est revêtue de toutes les formalités prescrites par l'ordonnance. Le juge a cru devoir prononcer un

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