PROCÈS A LA DEUXIÈME
POUR dame Mabie de Lobme de Tengin» yeuTe du sieur Tes* SIEE , ancien conseiller en Télection de Lyon 9 légataire uni« yerselle de défunte dame Hélène de Lorme de Tescih sa sœur 5 yeuye en premières noces du âieur Peeouse, et ayant passé en secondes noces avec le sieur Berger de Chasse 9 brigadier des armées du roi 9 gouverneur de la citadelle de Strasbourg.
CONTRE le sieur de Cbasse, appelant des sentences rendues au Châtelet les i3 aoât et lo novembre 1728.
QuBSTioir. — Si le« sévices qoi font séparer une femme d'avec sod mari , ne doivent pas faire révoquer les donations qu'elle lui a faites par Je contrat de mariage.
Le sieur de Chasse demande après la mort de la dame de Chasse, sa femme, à recueillir les donations qu'elle lui avait faites dans leur contrat de mariage; mais en formant cette démande est-ce le prix de sa reconnaissance qu'il poursuit? Est-ce pour avoir vécu avec sa femme et sa hienËdtrice en mari affectionné, et en donataire sensible aux bienfaits ? Ou plutôt n'est-ce pas de son ingratitude pour elle , de ses fureurs, de ses mépris , et du scandale de sa conduite , qu'il vient demander la récompense ? La dame de Chasse , pressée par le poids accablant des indignités de son mari , fut forcée d'en porter ses plaintes; elle demanda d'être séparée d'habitation , et que les donations qu'elle lui avait faites fussent révoquées. Les procédés odieux du sieur de Chasse furent peints dans une enquête avec des couleurs si vives, qu'ils s'élèveront à jamais contre ses prétentions. La séparation de corps fut ordonnée au Châtelet en grande connaissance de cause , et les donations furent révoquées.
* Cette cause est la XGI« de l'ancienne édition.
La dame de Chasse , à qui les mauvais traitemens de son mari n'avaient laisse qu'une santë languissante, n'a
Îas survécu long -temps à cette séparation. La dame essier, sa sœur, et sa légataire universelle, se présente aujourd'hui pour résister aux pre'tentions du sieur de Chasse; armée des mêmes traits qu'il avait fournis à la dame son épouse, on ne peut pas douter qu'ils ne lui procurent le même triomphe.
Fait. — Hélène deLorme de Tencin, née demoiselle, fut niariée en premières noces avec le sieur Perouse , trésorier de France. Ce mariage fut heureux; une égale douceur de caractère unissait le mari et la femme. La dame Perouse mérita l'estime et la tendresse de son mari; il conserva ces sentimens jusqu'à sa mort, et en mourant il lui lit tous les avantages permis en pays de droit écrit.
La dame Perouse devint par-là une veuve riche; mais cet état d'opulence ne la touchait pas assez pour la ïaife penser à un autre engagement; elle se retira dans la communauté des dames de Saint-Chaumont : heureuse si dans cette retraite elle avait pu résister jusqu'à la fin aux importunes recherches d'un homme qui l'a précipitée dans un abîme de malheurs !
Le sieur de Chasse étant venu à Paris au mois d'avril 1 723 , s'empressa de lui rendre vi^te. Comme il était son cousin-germain, et déjà avancé en âge, parvenu même par &es longs services à des dictés qui lui attiraient une juste considération, ia dame Perouse ne put se refiiser à ses assiduités.
Au moyen de l'usufruit des biens de son premier mari , elle jouissait de près de 1 2,000 livres de rente , et le sieur de Chasse qui n'avait aucun patrimoine, conçut bientôt le dessein séduisant d'avoir le bien de sa pavente. Le mariage lui sembla le moyen le plus sûr pour y parvenir.
La dame Perouse rejeta d'abord une proposition si contraire à l'état de tranquillité et de retraite qu'elle avait choisi. Le sieur de Chasse ne se rebuta point, et la nécessité où il se trouva de se rendre à Condé, dont il éisit lieutenant du roi , ne donna aucun relâche à ses
4^0 €£UVil£S DE COCatN.
poursuites : il écrivit quantit/é de lettres à la datne Perouse , pour la déterminer à un engagement; elle opposa en vain son goût pour le repos et pour la retraite , la délicatesse de sa santé, et les scrupules de sa conscience qui lui inspiraient de la répugnance pour un second mariage avec un cousin^germain.
[Lettre du lo novemin*e I7a40
Le sieur de Chasse, loin de se rendre à ces raisons, était ingénieux à trouver des réponses. Nous ne devons en aucunefaçon ( lui disait-il) nous arrêter aux rai' sonnemens d'un directeur qui peut être gagné ^ et dont les scrupules ne sont nullement foTtdés. Borne, encore Une fois y nous relès^ de nos incertitudes , et aplamt nos difficultés y etc.
La proposition que "vous me faites y ma chère amie, dépasser nos jours ensemble commefrère et sœur, doit être regardée comme parti fyrcé, qui pourtanidoit être surmonté, si ^ous le désirez. Il faut, ma chère amie, ne point nyous laisser entraîner aux difficultés et aux scrupules qu^onprétend vous inspirer. Comptez qu'un sacrement Jbrme une union étroite, etc. Il invoque ensuite l'amour pour achever de la persuader : ^u nom de mon amour et de mon amitié, attachez^vous à majbrtunéy et lestez unefyis vos doutes et vos dif" ficultés.
Mais Faniouf était bien moins ce qui captivait le sieur de Chasse, que les avantages qu'il espérait trouver dans le mariage. Enfin , pour éblouir la dame Perouse par le brillant du poste qu'il occupait, il lui mandait que ce poste lui fournirait la satisfaction d'avoir une cour qui ne serait occupée qu'à lui plaire, et de laquelle elle se déferait dès qu'elle commencerait à Ven* Tiufer.
Tandis que le sieur de Chasse parlait dans ses lettres le langage d'dn homme amoureux, il l'etçiit en eflTet , mais c'était à Condé. Il y avait dans cette ville une demoiselle nommée Vaultier, qui ne sera point ici un personnage épisodique : cette demoiselle y faisait les délices de la garnison j le sieur de Chasse voulut preiidi'e part aux plaisirs^
ï>R.ÊMîèllÊ PARTIE. 4^1
mais ce qui n'était qu'un amusenient pour les autres, devint en lui une passion sérieuse à laquelle il se livra sans réserve. La demoiselle Vaultier , née reconnaissante , fut flattée de Famour de lieutenant du roi de la place , et bientôt la manière dont elle vivait avec lui, ne fiit plus un mystère à Condé.'
En 1725 le sieur de Chasse est nommé au commandement de la citadelle de Strasbourg; il en fit part à la dame Perouse , et lui mande que c'est pour lui un nourveauprétexte de se rendre à Paris; mais occupé tout à la rois de son amour et de soli intérêt , il prend ses pré- Cautions pour suivre Tun et l'autre.
Il envoie la demoiselle Vaultier à Paris dans sa chaise de poste, et lui fournit tout ce qui lui est nécessaire pour son voyage et son entretien. E-lle logea d'abord dans un hôtel garni près la rue Saint-Honoré , où pour ne pas laisser inutiles ses talens, elle se prêta aux visites de
f)lusieurs jeunes gens; cependant quelques jours avant 'arrivée du sieur de Chasse, elle prit la sage précaution d'entrer dans la communauté de Sainte-Perpétue.
Le sieur de Chasse arrive , et la dame Perouse ignorant les pièges qui lui sont tendus , lui donne un appartement chez elle. Il a soin de redoubler ses vives sollicitations pour le mariage , et ne néglige pas la demoiselle Vaultier, à laquelle il rend de fréquentes visites. Pour ne point scandaliser la communauté, la demoiselle Vaultier le fait passer tantôt pour son oncle , et tantôt pour son futur époux.
Elle allait le voir aussi très'-souvent, mais elle faisait arrêter le carrosse au bout de la rue , et le sieur de Chasse averti , venait bientôt réaliser auprès du véritable objet de son amour, les empressemens qu'il feignait d'avoir pour la dame Perouse. Enfin il se conduisit avec tant d'artifice , que la dame Perouse ne put résister à sa persévérance.
Le contrat de mariage est passé le 1 1 septembre 1726, elle y fait des avantages considérables au sieur de Chasse; outre ses meubles meublans du prix de 8,000 livres* et sa vaisselle d'argent , elle lui donne encore la somme de 3o,ooo hv. à prendre sur le plus clair de ses biens.
Gochir; tome i. 3l
482 OEUVKES DE COCHIN.
Le sieur de Chasse es son e6té parut plus libéral ; il donna à sa future épouse généralement tous ses biens meubles et immeubles présens et à veiur, à V exception de 6,oOo Uv, dont il se réservait lardisposiliion à prendre sur les pensions et gratifications de sa maison, qui resteraient dues à sa succession, avec cette clause singulière, qu^au cas cjue ce qui lui resterait dû de ses pensiens ne serait ptJbs suffisant ^ ta dame de Chasse serait ténue depofer le surplus jusqu'à concurrence des^ 6,000 /k;. C e$t*^-da*e que le sieur de Chasse, nonseulement ne donnait rien de réel , mais que sous l'apparence de faire a sa temine par le même contrat une donation réciproque, il se réservait la disposition d'une somme de 6 jooo //V. sur tes biens de sa femme , dans le cas même où elle lui aursât survécu.
Le mariage fut c^ëbréde 27 octobre 1728 , et le sieur de Chasse ne tarda pas à lever le masque dont il s'était couvert )ttsiiualors.>Il n'eut pas besoin de la loi du temps pour s'affiranehir des égards et des bienséances; dès le troisième jour 'il fit sortir' la demoiselle Vaultier de sa commaiiûiité , l'installa dans sa maison, et lui donna un appairtement et sa table. On apprendra dans la suite de auel désordre elle a été caude ; il suffit de dire ici que la dame de Chasse s'est vue ouitragée, battue, traitée avec la dernière indignité, pendant que le sieur de Chasse prodiguait à la dem(»fi^e Y audcier toutes les faveurs et les distinctions; qu'enfin, par un excès d'aveuglemenï qui n'a jamais eu d'exemp]e , il a voulu faire casser son mariage en retenant le bien de sa femme , pour en revêtifilademoiseUeVaultiier qu'il s^était proposéd'épouser La dame de Chasse ne pouvant soutenir le poids de tant d'opprobres, parmi lesquels sa. vie même n'était
S oint en sûreté , fut forcée de recourir à la protection e la justice, et de demander, par sa requête du 10 avril 1 726, à être séparée de corps et d'habitation, et que • lès dcoations qu'elle avait faîtes à un; mari si cruel et si ingrat fussent révoquées.
* Les parties fiirent entendues en présence de M. le lieutenant civil. La dame de Chasse ayant persisté dans sa demande , \\ hù fut permis de faire preuve des s^ices
et mauvais traiteixi^Eis dont elle se plaignait. EHe fit son enquête qui est composée de treize témoins, contre lesquels le sieur de Chasse n'a pu opposer aucun reproche.
Elle joignit à ces témoignages ime lettre que le sieur de Chasse lui ayait écrite depuis la requête en séparation , pleine d^expressions outrageantes et de calomnies atroces : elle joignit encore plusieurs écrits de la propre main du sieiu: de Chasse, qui contenaient la preuve de toutes les mesures qu'il avait prises pour faire déclarer son mariage nul , et la contraindre à lui assurer par des voies indirectes les avantages qu'elle lui avait laits par leur contrat de mariace.
C'est en cet état qu après l'instruction la plus complète , est intervenue la sentence contradictoire et délinitive du 1 3 août 1728, par laquelle la dame de Chasse a été séparée d'habitation d'avec son mari , les donations
Îu'elle lui avait Élites ont été révoquées , et le sieur de )hasse a été condamné à lui restituer ce qu'il avait touché de son bien.
Il s'est rendu appelant de cette sent^ice. La dame de Chasse, dont la santé s'était entièrement altérée par tous les mauvais traitemens de son mari , est décédée le 8 avril 1733; elle a tait un testament par lequel elle a institué la dame Tessier , sa sœur , sa lé^ gotaire universelle,qui,en cette qualité,.défendaujourd'hui
à l'appel interjeté par le sieur de Chasse delà sentence du 1 3 août 1728.
Cette sentence contient deux chefs principaux : le premier sépare La iienime ; le second fait subir au mari la peÎAe de son ingratitude , en révoquant les donations que sa tëmme lui avait faites.
La décision de ces deux chefs a été fondée sur ceprincipe , qu'en matière de séparation , lorsque les sévices du mari sont assez graves , par rapport à l'état des personnes , lorsque sa conduite est assez outrée pour Taire craindre poijur la vie de sa femme , alors on l'enlève à sa cruauté.
Pour opérer la révocation d'une donation , le prmcîpe est le même. Si le donataire a insuké son bicmaiteur, s'il l'a maltraité, s'il a porté sur lui une main violente,
la justice punit alors son ingratitude, en le privan( des bienfmts qu'il avait reçus ; ainsi il est évident, que lorsque les faits sont assez forts , pour mériter qu'on sépare la femme d'avec son mari , tes mêmes faits prouvant également l'ingratitude du mari , il doit être privé des donations que sa femme lui avait faites.
Ces maximes ne sont point contestées par le sieur de Chasse ; il établit lui-même pour principe, que la séparation de corps entraine avec soi la révocation des donations faites par la femme à son mari } aussi a-t-il renfermé toute sa défense dans la discussion des moyens sur lesquels la dame de Chasse avait fondé sa demande en séparaticHi.
On le suit avec confiance dans cette discussion; les laits que la dame de Chasse a prouvés de son vivant, sont tels qu'ils empêcheront toujours qu'un mari ne triomphe deson ingratitude et de ses injustices.
Réponses aux obsen^ations du sieur de Chasse sur les mojens de séparation de corps , et révocation de donations p proposés par la dame de Chasse.
Premier moyen. — Le premier moyen que la dame de Chsisse {ondM. sur les mauvais traitemens , v!^^ pas , suivant le sieur de Chasse, proposable dans le droit, parce que la dame de Chasse avait rendu plainte de ces mauvais iraitemens dans les mois de novembre et décembre 1725, et dans son interrogatoire sur faits ei aiticles elle convient sur l'art. 23 avoir habité, bu et mange avec son mari jusqu'au commencement d'avril 17?^) ^^ façon que la cohanitation aurait totalement couvert les sujets de plainte , quand on les supposerait réels. . . U ne sera pas indifiérent de relever ici le sieur de Chasse sur l'exactitude dés faits. Selon lui , la dame de Chasse n'a rendu des plaintes que dans les mois de novembre et de décembre 1726 , l'on en trouve cependant six diiférentes chez le même commissaire.* La première du 23 novembre 1726, c'est-à-dire, moins d'un mois après son mariage, et la sixième du l3 mars 1726. On voit par-là que quoique la dame de Chasse eût contiiwé
d^abiter dans la même maison' depuis le mois de dé> cembre, les mauvais traitemens de son mari avaient continué jusqu'au temps qu'elle fut ibrcëe de quitter sa maison, et de présenter sa requête en séparation. Ainsi supposons en laveur da^eurde Chasse que la cohabitation depuis le mois de décembre eût pu couvrir les faits Srécédens, ceux qui arrivèrent depuis, détachés même es premiers, n'ont-ils pas été capables de fournir à là dame de Chasse des su]ets de plaintes ? U n'y a donc
Éoint de réconciliation à pouvoir lui opposer, tirée de i cohabitation ; d'ailleurs peut-on proposer un pareil mpyen?
Une femme aura tâché par sa douceur et sa patience de vaincre les emportemens et les fureurs de son mari, et oïi lui opposera que sa cohabitation continuée aura cou» vert tous les faits de plaintes qui ont précédé; est-ce donc sur les premiers emportemens qu'une femme de vertu' abandonne la maison de sonmari ?,Quand elle est forcée à ce parti extrême, ce n'est ordinairement qu'après une suite d'excès et de mauvais traitemens : lui dira-t-on alors qu'elle est non-recevable à demander sa séparation? Si cela était, il n'y aurait jamais de femme dans le cas de pouvoir se faire séparer , et ce serait Xaire triom-
Eher la cruauté des maris tels que le sieur de Chasse*. »a dame de Chasse nous apprend elle-même dans le vingt-troisième article de son interrogatoire , cité par le sieur de Chasse, le motif de sa continuité d'habitation depuis le mois de décembre.
On l'interroge^02^r^iiO£ elle a habité j bu et mangé OMec^l^ sieur son mari pendant le temps qu'elle a rendu différentes plaintes^ c'est-à-dire jusqu'au mois d'asn'U 1726 ^ s'il eût été ^vrai que le sieur son mari la maltraitait; elle ré^này qu'elle prétendait rame^ ner ledit sieur de Chasse son mari par sa douceur et sa patience. Pourra-t-on sur un motif si louable sese faire une fin de non-recevoir contre la dame de Chasse ? £t si depuis le mois de novembre son mari a continué à la maltraiter , est-ce qu'on ne fera pas re^*^ vivre tous les faits anciens et nouveaux , pour l^'préseàter à la justice comme un corps suivi de persécution^
486 œUYRES OE COCBIN.
Dans le fait ( ajoute le siëur de Chas6e ) , ce premier mojren tiré des sévices et des mausHiis tî^mte^' mens n*estpas véritable: nonobstant tout Vartificede la dame de Chasse, qui conmienùdans l'article 36 de son interrogatoire auoir eu (ks conférences avec les témoins auant leurs dépositions, il n'y a pas un seul de ces témoins qui parle des sévices eimauvais traitemiens.
On souûeBt au ceatraire que les sévices et les mauvais traitaneas capables d'opërer une séparatioa , sont parfaitement prouves par Fenquéte de la damede Ckasse; elle forme une preuve complète de ces mauvais traitemens. Locataires de la maîsop, domestiques étrangers, tous en déposent unanimement; les uns pourri avoir été témoins oculaires, et les autres peur avoir entendu les cris et les plaintes de la dame de Chasse ; plusieurs rendent compte de l'aveu que le sieur de Chasse en a fait lui-même. ' .
On a affecté dans le mémoire imprimé du sieur de Chasse^dle /^arcoi^rir superficiellementies dépositions; heureusement ce n'est pas sur son exposé, mais sur l'enquête même que la cour se fixera; elle y trouvera la preuve des faits que la dame de Chasse avait articulés par ses différentes plaintes.
AI. Lucas de Muin, conseiller en la grand'ckambre, qui est le premier témoin de l'enquête , et qui par son caractère autant que par sa dignité est au-dessus de tout soupçon, dépose asK)ir remarqué que le sieur de Chasee parlait avec un grand mépris die la dame son éKmsèy disant que c'était une très-mécfumtejkwme,
Jburbe, hypocrite, sans religion Çu^em était
puante , nuutvaise langue ; ce qu'il disait dans la vue de luif^re croire qu'il avait sujet de la traiter œrmne U faisait.... Que sa dame de Chasse se plaîgnaiê des mauvais tréUtemens- dudit sieur son époux , et qu^une fais entre autres elle avait été obligée de se sauver che^ la dame Perdiguier, qui loge au second étage de ladite maison , de laquelle plainte le f^posani parla audit sieur de Chasse pour les concilier; tedii siewde Chasse lui répondit que c'était une bagt^
i>iR£iviiÈ&E partie: 4^7
telle y qu'il ravsrit à lav&tÉéprise par les. fautes , et rayait un peu secouée, et lui apoip ims /e pwng sous k nez.
De cette dëposition il nësalle que M« Liicasde Main na pas été tëmcm oculaire des mauraîs traitemensiaits à la femme; mais pent?on apuier qaelqee chose avix im lires , aux marques de mépris^ et aux inwidtes qtuai Mv Lucas de JVfaimi rapporte, et qu'il a entendue de la propre bouche du sieur de Chasse? MtschanUefemmey fourbe j hypocrite , sans r^Ugiony puante , mauvaise largue ; ce €pt'U (MsaU, à)oufe M. L^iiosis de Mcmi ^ dans la 'Vue défaire croire ifu'it oMait raison de la traiter comme ilfaisaUi H ^itaitidcmciie notoriétë dans la maison q^e le sieur de Chasse traitait sa&mmea^o la dernière indignité, puisque poup s'excuser il fallait qu'il en fit un portrait si odieux;; d'ailleur», la manière dont il convient lui^^méme en a'voîr usé , ne prouve^t«elle pas tout ce que la dame de Chasse a avancé? M. Lucas de Muin lui .reproche les mauvais traitem^is qui IW vaient obligée de se sauver chez la damePerdiguier. C'est une bagatelle , dit-il ,ye V ai prise par les épatths^/e l'ai un peu secouée y j'e lui ai mis te poing sous k nez. Dans une pareille déiênse, ne trouw-tKm pasla con^ viction même de Faccusé ?
Le second tânoin ne se contente pas de dire, comme on le suppose, ^116 IcLdame de Puisse luiaditque son mari avait de nuuiMxises manières pour elle; die ajoute qu'un jour elle entendit la dame de Chasse qui criait sur l escalier au secours à la dame Perdis guiem, en lui disant que le sieur de Chasse son mari l'avait frappée ; qu'à l'instant le sieur de Chasse survint et dit que c'était une fourbe , qu'il ne la fallait pas croire. On verra dans la suite* par les autres d^ositions quel était le plus nncàre, ou du mari< oa de la* femme; ce qui est certain, est que let^ooin a'en*tendu les cris de la dame de Obéisse , et qa'on ne per«suadera- guère qu'elle jouât en cela une comédie^ et Ût sans sujet un éclat toujours si tinste pour celle qui y e$t réduite. ^ "'
La dame Perdiguier, quatrième témoin , dépose qu'un
490 OEUVRES DE COGHIN.
celui de ladite dame son épouse qu'un autre
jour au matin ^ ladite déposante étant dans sa cui^ sine au'dessous de l' appartement qu^occupait la dame de Chasse y elle entendit par la cheminée de ladite cuir sine y le tuyaude laquelle est le même de la cheminée dudit appartement y lesdits sieur et^me de Ghasse qui parlaient Jbrt haut, ce qui obligea ladite dépesante de monter pour voir ce que c'était, et elle /vit à travers de la serrure de la porte de l'antichambre précédant la chambre où étaient les sieur et dame de Chasse, la porte de taquelki était om^rte , le sieur de- Chasse qui tenait la dame son épouSepar le fi'' chu qu'elle avait au col, etla poussai^à reculons, et la jeta même sur son Ut, eh lui tenant et posant son poing sur la gorge ; ce qui occasiona la dépo^ santé d'entrer dans ladite antichambre, en laquelle le sieur de Chasse vint, et s'assit auprès du Jeu sur une chaise, lors de quoi la déposante a remarqué dite la dame de Chasse^ en se relevant de dessus son lit, avait les mains jointes , et qu'elle disait au sieur son époux ces termes : Monsieur, que vous ai- je fliit, pour me traiter de la manière? et qu'elle avait entendu dire dans cet instant audit sieur de Chasse, en parlant à ladite dame son épouse, et lui répondant sur le reproche qu'elle lui faisait, qu'elle était une damnée^ et qu'il ne voulait point la tuer, mais bien la faire mourir à petit feu.
Voilà des faits infiniment graves, que ce tëmoin ne rapporte pas sur la relation de la dame de Chasse, ainsi que le sieur de Chasse l'avance hardiment , mais des £uts ^'il a vus , des discours qu'il a entendu tenir au sieup de Chasse lui-même , et qui soutiennent tout ce qui est dëpôsë par les autres témoins, qui n'en ont vu que la suite^ ou qui 1 ont appris par le rëcit que la dame de Chasse leur en a &it ; cette déposition est d'autant plus décisive, qu'elle est parfaitement conforme à celle du laquais de la dame de Chasse, qui a été témoin, conmie la servante, des mêmes faits.
En effet , Louis Haguin , dit Champagne ^ laquais de la dame de Chasse, et qui est le dixième témoin de son
enquête , dépose as^ir entendu ledib sieur de Chasse appeler sa femme By et se servir envers elle de termes méprisans; qu^ un jour que laekte dame avait pris médecine y le sieur de Chasse et la demoiselle P^aul^ tier s' étaient mis à souper Sé^ns eUe; ladite dame se wnt mettre à table avec eujc^ et qu'un instant après 4jue ladite dame se fut mise à table , ledit sieur de Chasse se mit à murmurer et grincer des dents, en la regardant d'un air en colère , et dit entre ses dents , assez haut pour qu^on pik Ventendre , que ladite dame était une B,...et une mauvaise bête y et ensuite lui donna un coup de pied par^dessous la table y à V instant de quoi ladite dame s^ retira , sortit hor:s de table et rentra dans sa chambre y où elle se coucha sans avoir soupe : qu'après que tout le monde eut soupe, lui déposant, allant aans la salle à manger pour cous^rir lefèuy ledit sieur de Chasse lui parut fort en colère, en lui demandant la clef de la ehambrede laditedame : que lui déposant ne put la lui donner, d^autant que ladite dame l'avait ôtee et mise en dedans; que le lendemain il vit le sieur de Chasse qui sortait ee la chambre de sa femme , ayant V air furieux et tout en colère, et étant fort pale ; que le déposant étant entré dans la chambre de ladite dame , il la vit tout en désordre , lui paraissant qu'elle ne pouvait se soutenir, et qu'elle dit : que dcviendrai-je , mon Dieu ! Qu'elle sortit de sa chambre et fut dans la salle , et dit ,au sieur de Chasse : Estait permis , monsieur, que vous me traitiez comme vous faites , après tout ce que j'ai fàitpoi4r vous ? Cela est bien inmgne. Qu'un autre jour étant à table, les sieur et dame de Chasse prirent querelle; que tç sieur de Chasse lui dit quelle lui paierait . et se leva tout en colère; qu'il présenta le bras à la dame son épouse , comme pour la battre ; que la demoiselle f^aultier se mit entr^ deux pour les séparer; que depuis la dame ck Chasse resta toujours dans son cabinet, sans avoir de feu que celui qu'on lui donnât dans un chauffé'^ pied de terre.
W Estève , ayocat au conseil ^ huitième témoin , dé*-
492 OEUVRES DE GOCHIN.
pose des plaintes que la femme lui a faiteà de son mari ; mais ce qui est plus important , il ajoute qu'ayant fuit sur cela quelques représentations au sieur de Chasse, il lui répondit que la dame de Chasse n'as^ait'vujus-
fue^là que des roses; que quand elle serait à Strasourgy elle veiTait bien autre chose. Le même témoin dépose avoir ouï dire au sieur de Chasse que sa femme était une puante, et que c'était la raison pourquoi il n'assoit pas voulu coucher asfec elle.
Le sieur Bessière, maître chirurgien, dëpose qu'ayant été mandé, par la. dame de Chasse à. l'occasion des mauvais traitemens de son mari, // la saigna sur-le-champ et lui fit prendre quelques jours des remèdes convenables à la situation où elle se trouvait II ajoute que le sieur de Chasse lui dit en lui parlant de la dame de Chasse , qu'elle était une puante , qu'il lui avait dit qu'elle se rendîtjustice à elle-même, en lui montrant un miroir pour qu'elle s'y regardât, et qu'il lui œ^ait aussi dit qu'Une l'avait point prise pour sa beauté, attendu qu'elle était toujours infirme.
On peut joindre à ces dépositions le témoignage du commissaire Glou qui, dans la plainte qu'il a reçue le 23 novembre 1725, déclare avoir vu des meurtrissures que la dame de Chasse avait au bras.
Après cela doutera-t-on que la. preuve des mauvais traitemens ne soîl complète? Ceux qui se trouvent dans l'enquête sont si Violçns , qu'on n'imagine pas comment la fureur peut être portée à de pareils excès. Du côté des injures , il paraît impossible d'en proférer de plus atroces : vieille sorcière, ame damnée, B....... , puante,
fourbe, hypocrite, sans religion. Du côté des sévices, prendre une femme d'une santé faible par le cou, la secouer inidement , la pousser à reculons d'an bout de sa chambre à l'autre , la taire tomber sur son Ut, lui meurtrir les bras, lui lancer un coup de pied qu'elle évita par hasard, lui porter le poing sur la gorge. Traite-t-on sa ienune de la sorte, si ce n'est parmi les gens de la he du peuple , qui ne connaissent ni sentimens ni règles de bienséance?
Du côté des menaces, dire à une.femme que l'on ne
PREMIÈnE PARTIE. 49^
Veut pas la tuer, mais la faire mourir à"^ petit feu; et pour comble d'imquitë , dire à des gens d'honneur qui s'intéressent pour une femme malheureuse, que ce ne sont là ' que des bagatelles, qu'elle n'a vu encore que des roses, et que lorsqu'elle sera à Strasbourg, elle verra bien autre chose : ce qui fait entendre qu'on lui prépare bien d'autres tourmens. En faudrait-il donc davantage pour autoriser une demande en séparation ?
Car enfin entre personnes d'une condition distinguée, on n'exige pas même que les violences du mari aient été
1)ortées jusqu'à frapper sa femme, les injures atroces, es traitemens indignes , les procédés durs et barbares, les menaces , les outrages ont toujours paru des motifs suffisans pour séparer une femme qui n'est pas née pour langr.ir dans un état si cruel; cependant tout cela se rencontre ici et se trouve joint à des coups et à des violences exercées sur la personne même. Que faudrait-il donc pour autoriser une demande en séparation, si ces circonstances n'étaient pas suffisantes ?
n faut, a-t-on dit, qu'il n'y ait point de sûreté pour la vie delà femme, que les sévices et les mauvais traitemens soient portés aux excès les plus violens ; tout ce qui s'appelle vivacité, paroles échappées dans un mouvenoient de colère , ne font pas la moindre impression sur l'esprit des juges; en un mot, il faut des motifs infiniment pressans. On a cité la disposition du chapitre litteras de rest spaiiatorum, c'est le sentiment de Basnage sur l'art. 69 1 de la coutume de Normandie.
On convient qu'il ne faut pas se porter légèrement à accorder des séparations de corps et d'habitation entre mari et femme; on convient même en général que toutes sortes de mauvais traitemens ne suffisent pas pour soustraire la femme à la puissance de son mari ; quelques mouvemens de vivacité ne doivent pas d'abord porter à un parti extrême : mais il ne faut pas aussi , à la faveur de ces principes généraux , autoriser des violences et des persécutions qui vont jusqu'à la tyrannie. Qu'un homme ait quelque mouvement de colère pu de vivacité, que dans un emportement il lui échappe quelques termes un peu' durs, on sait qu'il faut se supporter les uns
les autres dans c^ occasions ; mais qu^un mari ne parU j.amais à sa femme que comme à la dernik'e des lAisërâbles , qu'il emploie les termes les plus bas et les plus grossiers, que tranquillement il en tasse des portraits affreux à de Uer ces personnes; que rentx'ant chez lui, et voulant savoir au elle est, il demande de sang-&oid à ses domestiques : Oà est cette vieille sorcière , cette vieille damnée î et que cela arxive tous les jours : il faut convenir qu'on n'oblige ppint une femme de condition à supporter de pareilles indignités. Mais que le mari n'en demeure pas là , qu'il porte sur sa feDime une main téméraire, qu'il frap^ celle pour qui il doit avoir les mêmes égards que pour lui-même, et qui l'a coinblé de ses bieniâits; qu'il ajoute à tout cela des menaces de la faire périr : quel serait le canoniste ou le pu*isco)[^sulte le plus sévère qui re&isât alors à la ienune le secours de la sépaa:aûon, et qui ne fk supporter au mari la juste punition de son ing<ratttude ?
Le mari, dil Basnage dans l'endroit même qui a été cité par l'appdant , ne peut commeare- une action plus Mche et plus honteuse que de porter la main sur sa femme; on ne doit plus la forcer de ccmverser avec ufi homme ^ fôroce ,, ç^ iait souffrir à sa compagne de$ traitemens qui n& seraient pas excusâmes en la personne d'une vile esclave. Il ajoute à la vérité ce qu'on a o]^po$é à la dame de Chasse , que toutes sortes de mauvais irai* temens ne doivent pas porter la femme à rompre le si* lence, et cela est trop raisonnable pour en disconvenir; mais U ne Ëiutpas retrancher, ce qui suit : qu'il n'est cependant pas nécessaire que sapatience sçit muette^ jMsqu'àce qu'elle eût un bra^ rompu ^ ou un mlcres^é; que les mauvais traitemens d'un nuiri sont plus ou moins supportables ^^ selon la qualité des personnes, ou selon qu'ilretowhe souvent dans des emportemens; alors il n'est pas juste de la laisser sous la puissance d'un mari devenu son tyran.
La qualité même des personnes est une circonstance importante , comme l'observe le même auteur j parce ue dans des personnes^ sans éducation , on doit attenre moins d'attention de la part du mari, moins de sen«
sîbilitë de la part de la femme. On tolère donc bien plutôt dé leur part quêlijues emportémens, quelques violences, quelques excès ; mais entre des personnes d We condition honorable, les preuves de mépris et de haine, les insultes y ks injures atroces , la p^sécution habituelle , suffisent pour opérer la séparation, et à plus forte raison les coups et les outrages. . ,
£n eifet, combien d'exemples la cour ne nous a-t-elle pas donnés de femmes de condition sépturées, et qui avaient bien moins souffert que la dame de Chasse? Ces exemples seraient inutiles à rapporter, ils sont encore daas la mémoire de tout le monaè; qu'on les compare, et oh ne trouveva point d'espèce qui ne cède à celle-ci. Les premiers juges n'ont donc pu s'empêcher d'être sensibles aux malheurs de la dame de Chasse, car il ne fallait que des sentimens d'humanité; ils n'ont pu éviter de la séparer, et conséquemment de révoquer les donation$ qu'elle avait laites à son mari. Les principes les plus austères décidaient en sa faveur, quand bien même elle n'aurait eu pour autoriser sa demande que le premier moyen tiré des mauvais traitemens qu'elle avait essuyés de la part de son mari; mais il ne faut pas se renfermer dans ce premier ordre défaits, il faut le joindre à ceux qui suivent, et former son jugement sur. le corps entier des preuves qui se trouvent au procès.
Second moyen. — Le second moyen proposé par la dame de Chasse, était le commerce scanaaleua; de son mari avec la demoiselle p^auliier quHl avait introduite dans sa maison trois' jours ap];ès son mariage , contre toutes les règles de l'honneur et de la bienséance : commerce d'autant plus criminel , qu'il se trouve accompagné d'un engagement formé entre le sieur de Chasse et cette fille, de se marier d'abord après la mort de ladite dame de Chasse; en sorte que le mariage que le sieur de Chasse a contracté avec sa femme dans le plus fort accès de sa passion pour la demoiselle Vaukier , ne devait être dans leur projet qu'un moyen pour faire passer dans peu de temps à cette demoiselle VaulUer les avantages que le sieur de Chasse aurait de son premier mariage.
Avant de répondre aux observations du sieur de Chasso,
496 • OEUVRES DE COCHm.
par rapport à ce second moyen, sur lequel il afiecte de
Îrlisser légèrement^ il est important de 1 établir ici dans e fait d'une manière sensible, et de recueillir dans l'enquête les faits qui ont précédé et qui ont suivi le mariage de la dam e de Cnasse; cesi dans lelangage des témoins qu il faut apprendre ce que c'était que cette demoiselle Vaultier , et le détail de sa conduite et de ses intrigues.
Jeanne Joly , douzième témoin de l'enquête, qui avait été sa têmmcf de chambre , et qui par cette raison était plus en état que personne d'en rendre compte, dépose que quelque temps après la Fête-Dieu de l'année 1725^ elle entra au service de la demoiselle Va^uir tier qui était pour lors logée en chambre garnie au Saint-Esprit y rue des Poulies y chez la dame Petit; lors de quoi elle dit à la déposante^ qu'elle voulait
se mettre dans une communauté : que M. de
maître des requêtes y s'est donné du mouvement pour cela y et a été au couvent de Sainte-^Perpétue à l'Estrapade y et a fait entendre à la supérieure que c'était une demoiselle qui arrivait de province pour irff aires en cette ville y et que la supéneuré pouvait la recevoir; que ladite demoiselle Vaultiery lorsqu'elle fut sûre de sa résidence dans ladite tommunauté, lui proposa de dire qu'elle arrivait de Condé eh Flandre ; que le jour pris pour se transporter à ladite communauté y ladite demoiselle Vaultier envoya par
un laquais dudit sieur nomme Fontenaj, pour
faire prix à la poste du louage de deux chevaux pour les atteler à la chaise de poste appartenante audit sieur de Chasse y pour l'emmener à ladite communauté y afin défaire croire qu'elle arrivait effectivement de campagne ; que comme on demandait trop d'argent pour cela y ladite demoiselle Vaultier prit le parti.ae faire louer par ledit Fontenay deux carrosses de fiacre dans l'un desquels elle fit mettre les hardes de ladite demoiselle yaultier qui avec la déposante monta dans l'autre, et firent toutes deux conduites audit couvent de Sainte^Perpétue par ledit Fontenay qui a payé lesdites voitures; que tous les jours deposte elle recevait des lettres dusieurd^ Chasse
i^a^elle disait être son oncle; qu'au bout de tfois mois le sieur de Chasse wnt à Paris "voir la demoiselle Gaultier dans ladite communauté; qu'elle dit alors à la supérieure y aux sœurs et aux pensionnaires y ^u'illa recherchait enmariageyparce qu'elle luiavait fait asH^ir le gouvernement de la citadelle de €trasbourg. Ce même lémoin ajoute que le sieur de Chasse asfait dorme 3oo &V. à la demoiselle f^aultier avant son départ de Condé; qu'il lui avait fait toucher de-puis dix louis de i6 liv.y qu'il lui avait ftit présent d'une montre d'or^ d'une garniture de f^alenciennes et de dix-huit chemises garnies; quil la ^venait voir tous les jours à la communauté de Sainte-Perpétue ; qu'elle l' allait voir souvent dans la rue du Renard; que la déposante qui V^iùcompagnait y allait dire au portier qu'il avertît le sieur de Chasse de venir parler à une personne, et qu'il venait joindre la demoiselle f^aultier.
On trouve â peu près les mêmes faits dans la déposition de la supérieure de Sainte-Perpétue qui est l'onzième^témoiîi. Elle dépose que le 28 ou le 29 mai 1725, la demoiselle P^aultier vint en sa communauté pour y demeurer en qualité de pensionnaire y à la recom-
mandation et prière de M. de maître des requêtes y
qui la proposa même comme une de ses parentes , et fille très- rangée et bien élevée y de la conduite de laquelle ilrépondit; qu'illui dit qu'elle devait arriver en poste à Paris avec une gouvernante y et /jue le sujet de son voyage en cette ville était pour solliciter des affaires qui regardaient son père et sa mère, et pour un établissement qui était une fortune très-considé^
ruble pour elle que la demoiselle f^aultier ar^
riva le même jour à dix heures du soir dans un carrosse de fiacre y accon^mgnée de sa gouvernante y se disant arrivée en poste de chez ses père et mère près Condé; qu'elle s'est comportée dans la communauté suivant les règles , pendant les trois premiers mois ; mais que depuis { qui est le temps de l'arrivée du sieur de Chasse à Paris ) elle a pris un air du monde y tant pour les Jiahillemens que pour le rouge et les mou^
COGHIN. TOMV I, 3^
5oO OEUVRES DE GOGHIN.
Le sixième témoin qui dépose aussi des téte-à-tete fre-
Îuens du sieur de Chasse et de la demoiselle Vaultier , Bpose avoir entendu dire un jour par la demoiselle .Vaultier au sieur de Chasse qui sortait, monpoulet, où allez^vous ? Mais ce qui marque une familiarité bien plus étroite, elle dépose qa^elle a vu la demoiselle p^aultier dans sa chambre prendre son pot de chambre ^ et s'en servir en présence du sieur de Chasse. Ce# témoin ajoute que comme elle a couché pendant quelque temps dans une antichambre attenant la chambre à coucher de l'appartement de la demoiselle Vaultier, le sieur de Chasse lui demanda d'un air fâché et impatient y quand est-ce qu'elle irait coucher dans un autre endroit?
Le dixième témoin dépose avoir vu la demoiselle t^auliier toute nue en chemise , sans jupon ni bas , avec le sieur de Chasse qui laçait son corps; que le sieur de Chasse entrait souvent le matin dans la chambre de la demoiselle f^aultier pendant qu'elle était au lit. Il ajoute qu'il a ouï dire à la Roche , valet de chambre du sieur de Chasse, que le sieùr de Chasse entretenait la demoiselle f^aultier, à laquelle it a^ait donné une montre d'or , une garniture de f^alenciennes , deux robes de chambre de damas et des chemises, .. . ^
Enfin les témoins conviennent que quand la dame âe Chassp abandonna sa maison , la demoiselle Vauhier resta près de trois semaines seule avec le sieur de Chasse. Après des faits si précis , comment doit-on qualifier cette confiance avec laquelle le sieur de Chasse avance qu'il n^y a aucune preuve de son commerce scandaleux avec la demoiselle Vaultier? S'il faut l'en croire , il n'y a pas même la moindre présomption; un ancien officier plus que sexagénaire y à qui quarante-trois ans de service dans les troupes ont mérité le gouvernement de la citadelle de Strasbourg, ne peut guère être soupçotmé de galanterie par son âge et par son état ; cette accusation n'a d'autre fondement que la jalousie de la dame de Chasse, qui lui a fait trouver des crimes dans la con* duite la plus innocente.
MVEMlÈRE PARTIE. 5oi
Mais (îes dëposîtlons précises peuvent-elles être détruites par de vains raisonnemens ?
Il est aisé de juger par Fenquéte si la dame de Chasse s'est alarmée sans sujet, et si tout le monde n'a pas pensé comme eUe sur le compte du sieur de Chasse et de la demoiselle Vaultier. Il est une aveugle jalousie quis'irrite sans raison , et qui empoisonne les démarches les plus innocentes; mais il est une sensibilité juste et raisonnable qui s'élève avec indignation contre une préférence qui dégrade une femme légitime; la loi nonseulement la permet, mais même l'autorise, quod maxime castas uxores exaspérai y dit la loi 8 au code de repudiis. Ce serait donc à tort qu'on prétendrait en faire un reproche à la mémoire de la dame de Chasse^ EKun- cèté , elle s'est vue traitée avec barbarie ; de Fautpe , elle a vu le sieur de Chasse prodiguer toute sa tendresse à la demoiselle Vaultier ; ce n^est pas elle seulement qui s'en est aperçue, on pourrait dire en ce cas que c'est une aveugle passion qui Va séduite ; ce' sont tous les domestiques, tous lès voisins, tous ceux, qui avaient quelque accès dans la maison; leurs déposi. tions en font une preuve bien sensible..
Mais, dit-on, quand bien même le moyen pris du commerce crimmel du sieur de Chasse avec la demoiselle Vaultier serait prouvé dans le fait , il ne serait pas admissible dans le droit, parce que, suivant les lois , la femme i^'a pas le droit d accuser son mari de mauvais commerce»
On sait bien qu^il n'est pas permis à une femme d*intenter contre soja mari l'action d'adultère, c'est-à-dire, de lui Êûre faire son procès pour raison de ce crime, mais il y a dès ciFConstances dlins lesquelles elle peut s'en faire un moyen: de séparation, et la principale de ces circonstances est lorsque te mari^ fait habiter dans sa propre maison l'objet de ses criminelles complaisances. La tolfe décide ^op précisément pour qu'on puisse le révoquer en- douie : Si <jfuis in ea domo in qua cum sua conjugecomm^met , contemnens eam^ cumalia irweniatur in ea domo manens ; et la raison qui en. ^t expliquée dans le droit même , c'est qu'il n'y a rienu.
5o4 OEUVRES DE COCHÏN.
visite qu'elle rendit à la dame de Chasse, déclare que la demoiselle Vaulûer se plaignit que la dam^ de Chasse ne Pavait pas Lien reçue, et qu'elle ne voulait plus y retourner. Ce témoin ajoute, ainsi qu'on l'a déjà observé,
?ue lorsque la demoiselle Vaultier allait voir le sieur de Ihaâse, elle faisait arrêter le fiacre dans la rue du Reuard, et qu'elle l'envoyait au portier de la maison pour qu'il avertît secrètement le sieur de Chasse qu'une {)ersonne souhaitait de lui parler au bout de la rue , ce qui est confirmé dans la déposition du même porlier, qui est le cinquième témoin de l'enquête.
Ces témoignages s'accordent parfaitement avec l'exposé que la dame de Chasse a fait dans sa réponse; mais ce qui fait voir encore la vérité de cet exposé et en même temps l'absurdité de celui du. sieur de Qiasse , c'est que dans son dernier mémoire imprime , après avoir fait entendre que c'était la dame ae Chasse qui avait introduit la demoiselle Vaultier dans leur maison , il ajoute que cette démarche ne fut pas faite que la jalousie s'empara cfe la dame de Coasse; c'est-à-dire, que la demoiselle V^aulûer ne fut pas plus tôt logée dans leur maison, que la dame de Chasse , ainsi qu'il l'assure lui-même, en a témoigné son chagrin; ce qui ne permet pas de douter que c'est lui qui l'avait logée dans 1» maison, et qui a contraint la dame de Chasse à l'y souffrir,
£t il faudrait être bien aveugle pour ne pas l'apercevoir. Si le sieur de Chasse n'avait pas été d'humeur de s'anranchir de toute contrainte dès le premier instant de son mariage , s'il avait été capable de garder quelque bienséance, n,'aurait-il pas eu soin d'écarter la demoiselle Vaultier , au moins dès que la dame de Chasse a paru s'offenser des liaisons qui étaient entre eux? La demoiselle Vaultier elle-même, si elle n'était pas entrée dans les vues du sieur de Chasse , si elle n'eût pas été dans le goût de s'associer avec lui au mépris et aux mauvais traitemens qu'il faisait essuyer à sa lemme; disons plus, si elle avait eu quelque reste de pudeur et tant soit peu de soin de sa réputation, n'aurait-elle pas pris le parti de faire une honnête retraite , au lieu de
s'obstinet à demeurer dans une maison où elle eïait une occasion de divorce entre le mari et la femme , et un sujet de scandale pour tous les voisins et les domestiques ?
Mais ce n'est pas seulement dans les circonstances
3u'on vient de remarquer, qu'une femme est autorisée à emander sa séparation sur le fondement d'un mauvais commerce entretenu par son mari, il suffit que ce commerce soit une suite dé la liaison qui a précédé le mariage, quand bien même le mari ne serait pas venu à cet excès d'indignité que de loger dans sa maison l'objet de sa passion criminelle ; c'est ce qui a été jugé par différens arrêts , et notamment dans la cause de la demoiselle de la Boscherie de Poitiers ; M® Gaultier qui avait porté la parole dans cette cause, rapporte cet arrêt dans son plaidoyer 19; Fespèce est tout-à-fait semblable à celle-ci ; et pour ne rien changer , on va rapporter les propres termes de. M® Gaultier : Le mariage, dit-il, n^ avait encore duré qu'un mois ; le mari et la femme n'avaient habité ensemble que âlnq jours; la femme n'était point Jeune y c'était une veuve déjà avancée en âge qui conçut quelque pensée contre son mari y que son cœur brûlait d'une flamme impudique y engagé dans le péché d'une première habitzide dont les liens' ne se pouvaient rompre ; elle surprend des lettres qui découvrent le dessein formé de la faire servir d'une honnête couverture à la licence et au désordre de ses premières affections ; elle se retire y elle fait informer y elle craint le péril dont le violent transport d'un amour étranger la menace y et sur ces appréhen-sions la sépariation de biens et d'habitationf ut jugée par l'arrêt.
Dans l'espèce de cet arrêt, on ne voit pas que le mari eût logé dans sa maison la personne avec laquelle il avait eu un mauvais commerce , on voit seulement qu'il avait continué à vivre avec elle comme auparavant; il n'en fallut pas davantage pour faire prononcer la séparation.
On reconnaît sans peine les motifs de cet arrêt ; et en efet il y a dans cette matière une distinction à faire
5o6 OËUVKKS DE OOCUIN.
ui est bien sensible. Qu'un homme qui s'est marié avec es intentions pures porte dans la suite son aflfeclion à un autre objet , et qu'il s'oublie jusiqu'à violer la foi conjugale , c'est une infidélité qu'on peut regarder comme un effet de la ^iblesse et de Fintonstancef du cœur humain; mais qu'un homme dont le cœur est tout occupé d'ime passion et qui se plaît dans les liens illégitimes qui le tiennent enchaîné, bien loin de former la résolution de les rompre , ne se fasse aucun scrupule de tromper celle à qui il feint de se donner tout entier, et à laquelle il s'attache par un lien indissoluble ; qu'il entre dans le mariage avec le dessein de pro&ner la dignité et la sainteté de cet état , et de les faire servir comme d'un voile à son libertinage : c'est une perfidie qui mérite une punition bien plus sévère , et il ne &ut pas être surpris si elle a toujours été regardée comme une cause légi«time de divorce..
Cette réflexion trouve une juste application dans Ves* pèce. On ajoute que le sieur de Chasse a poussé la perfidie jusqu'à un excis *dont on aurait pemie à trouver des exemples ; c'est ce qui résulte de deux faits qui sont également prouvés dans l'enquête; l'un, que le sieur de Chasse avait résolu d'épouser la demoiselle Vaultier avant même qu'il épousât la dame de Chasse ; l'autre , qu'en épousant par préférence la dame de Chasse à cause de son bien^ il avait fait son compte qu'elle mourrait bientôt , et s'était proposé de passer aabord après à un second mariage avec la demoisdle Vaultier y et de la revêtir des avantages qu'il aurait recueillis s^ptè^ \a mort de la dame de Chasse; c'est-à«dire, qu'^a s'uais* sant à la dame de Chasse par le lien sacré du maria^ , il soupirait après le terme qui devait le rompre , el qu'il ne recherchait sél bienfaits qu'avec l'impatience de les £[iire passer par sa mort à l'objet de sa passicHa ; mais on ne peut mieux exposer ici les traits de la perfidie ëttorme du sieui' de Chasse^ qu'en rappelant les dépositions des témoins qui en sont la preuve.
On a déjà vu, par les dépositions de Jeanne 3(Ay et du portier de la maison , les précautions que la demoiselle Yatdtier prenait pour dérober à la dame de Ckasw
pafiMiÈRB PARTIE. bçyj
■la connaissance de ses liaisons avec k sieur de Chasse; cette conduite prouve évidemment que la demoiselle Vaultier agissait de concert avec le sieur de Chasse dan& la poursuite de son mariage avec la dame de Chasse, et cependaai il esi prouvé par les dépositions de plusieurs autres témoins , c|u'iis avaient dessein de se marier en* semble.
La supérieure de Sainl&JPerpétue, dont on a rapporté la déposition , dit que la demoiselle Vaultier lui avail déclaré qu'elle devait se marier avec le sieur de Chasse^ et elle remarque même que ce n'était que sous le prétexte de mariage que le sieur de Chasse lui rendait de si fréquentes visites,et qu illuî avait fait présem d'une montre d'or et de diS^entes nippes.
Marie- Anne 'Guérin, sixième témoin ^ dépose avoir entendu dire à la demoiselle Vaultier, que le sieur de 'Chasse n'avait épousé ta dame de Chasse que dans l'idée qu'elle mourrait bientôt, et que l'emploi qu'il avak à Strasbourg ne kû avait été accordé qiià conditkm qu'il épouserait la demoiselle Vaultier.
La dame Perdiguier déclare pareillement dan^ sa déposition que la demoiselle Viftultier lui a dit que l'emploi qui avait été donné au sieur de Chasse à Strasbourg , ne tùi avait été donné qu'à condition de l'épouser, et que c'était par^s amis et par ses eonnaissancesqu'èlle l'avait obtenu.
Ces témoignages sont une preuve précise de Tenga-^ gement où étak le sieur de Chasse d'épouser la demoi<«^ selle Vaukier avant même son .mariage avec la dame de Chasse; maïs la dé^posicion de>^eanne Joly dqsme im nouveau degré d'évidence a cette preuve.
Ce témoin dépose qu'avant que le sieur de Chasse fut insNpié , la demoiselle Vaultier et la déposante allèrent le voir dans une maison rue du Renard, où sa prétendue de« meurait, et que lors qu'elles s'en retournèrent à la eommu^ nauié de Sainte-Perpétue y la demoiselle Vaiiltier lui dit que les meubles qui étaient dans l'appartement aei*aient pour elle lorsqu'elle serait mariée.
Il ne Ëiut qu'ouvrir les yeux , pour apercevoir dans ce langage de la demoiselle Vaukier une preuve ïwn équivoque de la promtesse que le sieur de Chasse Itii avail
5o8 OEUVRES DE COCHIN.
faite de l'e'poiiser incontinent après la mort de la dame de Chasse, et de la mettre en possession des avantages qu*il aurait recueillis de ce mariage. Ce langage prouye en même temps que la demoiselle Vaultier regardait la mort de la dame de Chasse comme un événement qui devait suivre de près son 'mariage , puisqu'avant même que ce mariage fût fait , eUe parlait de ses meubles comme d'un bien qui allait bientôt lui appartenir. Il paraît encore dans la déposition du même témoin, que ce n'était pas seulement sur la délicatesse de la santé de la dame de Chasse que la demoiselle Vaultier avait ainsi réglé la durée de ses jours, et qu'elle avait conçu Thorrible dessein de les abréger , en disant quW/e aurait "voùlu trousser les moyens de l'empoisonner.
Mais ce qui confirme le projet médité de ne fidre servir le mariage de la dame de Chasse que de passage^ c'est que dans le temps que le sieur de Chasse a voulu l'obliger adonner les mains à la cassation de leur mariage, en s'assurant néanmoins les avantages qu'elle Itii avait faits; il lui a même déclaré que c'était dans le dessein d'épouser la demoiselle Vaultier ; et il n'est pas possible de douter que c'était en conséquence de la promesse qu'il lui en avait fidte avant son mariage. C'est ce qui est justifié par la déposition de M. Lucas de Muîn, qui déclaie que le sieur de Chasse lui as?ait dit que la dame son épouse a^ait diffamé la demoiselle Vaul-^ tier; qu'il croyait , pour réparer l'honneur de cette demoiselle y être obligé de V épouser ^ et qu'il luipat^" lait ainsi , parce qu'il savait que le sieur de Chaise travaillait à faire casser son mariage.
M. de Muin ajoute encore que le sieur de Chasse "voulait obliger la dame son épouse de lui faire une donation pour être en état défaire quelque bien à la demoiselle Vaultier. W Estève, avocat au conseil , dépose aussi que le sieur de Chasse lui a dit qu'il vou" lait faire casser son mariage pour être en état d'épouser la demoiselle Vaultier.
Enfin le sieur de Chasse est convenu kii-méme dans ses écritures, qu'il avait fait signifier en première ins^ tmce^que la demoiselle Vaultier s' était flattée àt Té*
pouser; et dans soil mémoire distribue au Châtelet^ il a déclaré expressément qu'il V aurait épousée.
Y eùt-il jam2(is de conduite plus odieuse et*plus criminelle que celle d'un mari qui , dès le troisième jour de son mariage , introduit auprès de sa femme Fobjet illicite de ses amours, et qui conçoit l'indigne projet de ne faire ^ de ce mariage qu'un passage pour couronner la prostitution ?
Troisième Moyen. — Le sieur de Chasse passe ensuite à l'examen du troisième moyen de séparation, c'est celui sur lequel il a fait le plus d'efibrts pour donner le change. On lui impute d'avoir formé l'indigne prO" jet défaire casser son mariage y et d avoir voulu exiger en mémetemps une donation qui le dédommageât des avantages qu'il s'était fait faire par le contrat de mariage y et qu'il aurait perdus en faisant déclarer son mariage nul; il suppose au contraire que c'est la dame de Chasse seule qui a enfanté ce projet, et qu'elle a eu la malignité de l'attribuer à son mari, pour se faire un moyen de séparation ; mais tout ce qu'il imagine à cet égard est un tissu d'absurdités également détruit, et par les dépositions les moins suspectes , et par ses propres écrits.
II paraîtra singulier de lui entendre demander d'abord qui des deux , au mari ou de la femme , avait intérêt d'imaginer le projet de dissolution du mariage. Si la question devait être décidée par la présomption, toutes les preuves que la dame de Chasse rapporte seraient surabondantes.
Il est évident que le sieur de Chasse avait un intérêt sensible à faire réussir le plan de la dissolution du mariage. 1° 11 faisait déclarer nul un 'mariage dans lequel de son propre aveu il n'avait aucun agrément; 2° il acquérait la Éberté d* épouser la demoiselle Vaultier , uni- 3ue objet de sa passion y il est prouvé que c'était son essein; 3^ il se faisait faire une donation présente et actuelle, au lieu qu'il n'avait par son contrat de mariage que des avantages qui dépendaient d'un événement incertain au cas qu'il survécût à la dame de Chasse. Ainsi le sieur de Chasse ne perdait rien et gagnait de
5l2 OEUVRES DE COCHIN,
pendamment de la preuve testimoniale , quand on n'au-» rait que les écrits du sieur de Chasse lui- même , la vérité ne pourrait jamais être obscurcie. Pour écarter les équivoques que le sieur de Chasse a affecté de répandre sur ces pièces, il faut en reprendre l'histoire en peu de mots.
Le sieur de Chasse , marié au mois d'octobre 1 726 , pensa dès le mois de novembre suivant à faire casser son mariage; et pour récompense de l'injure., il voulait exiger de sa femme tme donation qui aurait tenu lieu des avantages portés dans le contrat de mariage; c'està-dire, qu'il a voulu tout à la fois, et la ruiner, et Ja déshonorer. Comme il ne pouvait pas s'exphquer verbalement avec la dame de Chasse sur de pareilles propositions, il lui faisait remettre des écrits de sa main, contenant ses volontés. L'un de ces écrits portait 4o,ooo Iw. à titre irrés>ocable y et i5oo lis>. de pension sa vie durant y ou bien 3o,ooo /«V. à même titre y et 2^000 lis^. de pension pendant sa vie; plus la berline parfaite et pajée y et les meubles que fai à Strasbourg. Dans un autre il disait, il fauï que la donation soit faite sur la tête d^un tiers , et que la donatrice déclare que tous les biens qui sont hypothéqués à ladite donation sont francs et quittes. Enfin dans un autre il faisait une nouvelle proposition, 20,000 lii^res en argent comptant et meubles portatifs^ comme les tapisseries y vaisselle d'argent y bijoux y berline, etc. Il termine cette dernière proposition par ces termes : Voilà le seul parti auquel on s' est déterminé; il faut y si on le veut y ne pas se lamenter y ni disputer y mais finir, si on recherche l'heureuse tranquillité. C'est ainsi qu'en tyran il prescrit à sa femme la dure loi de perdre son honneur et son bien pour acquérir l'heureuse tranquilUté.
La dame de Chasse s'est refusée autant qu'elle a pu à toutes ces propositions; mais craignant la fureur et les emportemens de son mari , elle rendit plainte devant le commissaire Glou, le i4 janvier 1727, et déposa deux de ces écrits. Le lendemain le sieur de Chaise l'obligea de se rendre chez M* Estève, de signer et de déposer
Là
PR£IIIIÈB£ PARTIE. 5l3
eMïie S6S màiiis un écrit /mr h^fuel elle promettait de iuidomier 40,000 lw,»aucàs que le mariage fut cm^sé; mais comme elle n'avait tait que céder à la violence, elle fit selfii pxotesiatioHs devant le même commi$sai9|^onti*e cet écrit du. 1 5 janvier.
Le sieur de Chasse ayant fait ses ceflekions smr l'écrit du 1 5 janvier, en dressa un autre qu'il crut plus propre è captiver, la dame de Chasse; il le lui fit voir tout écrit de sa main. La dame de Chassie^ toujours pour se dérober aux violence^, du sieur de Chasse, lut obligée de l'approuver en apparence; mais elle commença dès le 1 1 îëvrier 1727 par faire ses protestations contre la demande qîi'on exigeait d'elle ; ce ne fut qu'après avoir pris ces précautions, qu'elle copia l'écrit qui lui lut remis
>ar le sieur de Chasse, et le signa le 20 février 1727.
<es expressions de cet écrit sont capables de révolter les personnes les plus indifférentes sur la religion^ (Hl y prodigue les J^rmens; on fait soumettre la dame de Chasse, au (^s qu'elle manque à exécuter sa promesse au ^jet de la donation , à consentir que Dieu la tire du nomlxre. de ses élus ^ et la condamne dans le^ ^flammes4temellesyetàétre traitéedes hommes comme n}iola1rice etjaussair^ede toutes ses promesses. Quelle horreur de rendre, pour ainsi dire. Dieu et les hommes complices de ses crimes! On reconnaîtra sans peine que cet écrit n'est pas l'ouvrage de la dame de Chasse qui s'est toujours distinguée par sa religion et par sa
Elnfîp, à toutes ces preuves qui sont plus que suffisantés pour démontrer quel est l'aijj^eur du projet de la dissolution du mariage, on peut ajouter encore trois écrits de la main du sieur de Chasse qui sont produits au procès. Lç premier...est un mémoire ii^structif des moyens qu^il voulait employer pour parvenir à la dissolution ; il est intitulé : Mémoire concernant la conduite qu'il faut tenir à Lyon dans la poursuite du mariage contracta entre messire Marie-Antoine Ber* ger de Chasse , et la dame Hélène deLormede Ten^ cin^ veuve du sieur Perouse.
Le secoxid est un état des pièces qu'il avait envoyées
GOGHIN. TOME 1. 33
&l4 œtJyiVBS M ^OCHIN.
à hf&KL pour y poursuite à la primatie Ttopel ée là seçtflPSLce de fulmination des dispenses et de la cëiébntion du mariage. On trouve parmi les pièces énoncées dans oy^tat ^ la copie du brevet de lieuteomt de 4kî de Condé, et une attestation du curé-^t des magistrats db la . même vîUe , qui d^aient, suivant le iiftémoire instructif*, servir à prouver que le sieur de Chasse n'était pas cbmiciUé à Paris, mais à Gondé, l(Mrsque la dispense avsât été accordée.
Le troisième écrit ost un billet, conçu .6|r ces*|tomes : Il faudrait se presser de faire partir leêppoe^arikms y et prier les procureurs d'abr^er les délais ttccordés , ^ d'agir dans le mamenty si lapHmaiiele 'Wuty les petites étant présentes ; on ne peut le refuser. Rien de plus précis pour prouver x^jÇNDibieîi ie sieur de Chaste avait a coeuï* la dissolution dumariage, et Tim* patience avec laquelle ilmttendait le succès et la con* ^lu^on de cette a&ire. 1i ^
-, La Buke exacjbe de tous qes faits donne à connaître '^àib les propositions défaire rompre le mariage V'iV^ de iaire ilne donation au sieur de Chasse, n^ yêgsA&BX que de lui seul ; c'est lui qm annonce à différente» personnes , qa'ilveutfai]^ casser son mariage et épouser la demoiselle Vaultîer ; c'est lui qui va à l'officialité chercher les pièces tiéccfisaires poitr y parvenir ; c'est lui qui doipine les modèles des actes ; il lest impossible de résister à une évi* dence si.fie!iatsible.
n n'y à pas la moindre preuve que ce soit la dame de Chasse qui ait iiiiaginé.ce projet^ si elle apparu y donner sojtapbrohaitien^c'^t pour se procurer le repos, et pour éviter les ^violences et les "voies de fait de son époux qui la font craindre pour su ^i/ie.. C'est ainsi qu'elle s'e%«xplique dans les djiffér^ites protestations qu'elle a faites pendast le cours des pcnsrsnitjes £ûies par fe^eur de Ghassç pour .parvenir à ses desseins.
de n'est pas dans sestprotestations seules qu'on trouve des preuves de la vi^ence qni était exercée contre elle pour la Ëiire consentir a la dissolution, le sieur de Chasse a l'imprudence d'en donner des preuves dans se» propres écrits. f^oUà le seul parti auquel on s^esi
9àé(erminé;ilfauty sionlen^euty ne pas :se lamenter, ^disputer, maisjimry si on recherche Vhe^ùi^use tranqiUUèlé. La dame dé Chasse se lamentait donc sur la A^solmioa du mariage, et sur les conditions cjui devient Faccompagnkr; c'est cependant à ce prix qu'on lui fait ehtrevofr t heureuse tranquillité dont elle ëtait privée depuis son mariage.
^ L'enquAe fournit enocire des preuves convaincantes des mauvais traitemens et des menaces employées par le sianr de Gfaasse pour contraindre la dame son épouse <le ^coadburic à set injustes desseins. On voit que lors- <pie la dame dfe Chasse refusait d'accepter les propositions qui lui étaient faites, le sieur de Chasse répondait, ifu'elle n^avait qu'à se prépêtrer pour le voyage de SiraslxHirg, Pour sentir toute la iorce de ces paroles , il n'y a qu'à lire ce qu'un témoin a ouï dire à un vieux valet de. chambre qui était depuis long-temps au- setvice <fai sieur dfe Chasse : que si le sieur de Châsse te^ naît la dame son épouse dans la citadelle , elle n'en r^i^iendiwUt'f armais , et qu'H connaît son maître asseja mau^ai» pour la mettre dans une cave oh il lajerait mourir *à petit Jeu. Se préparer pour'» voyage de Strasbourg, c'était donc être condamnée à être la triste victime de toute la barbarie du sieur de Chasse.
Après* ëes i&its sipiA^is , et si clairement établis par un concours de preuves de toute espèce , comment le sieur de Chasse a«t*il pu mettre en problème qui des deux a été lauteur de l'inâime projet de la dissolution du liHEriage? La dame Tessier pourïrit se dispenser de réfuter les sophismes et les équivoques que le sieui* de Chasse aimaginés^ et qu'il avoulu appuyer par quelques ^idroits des déiMisitions des témoins ou des é'crits produite au procès dont il a changé le texte ; iftais tous ces feits acquerront tin nouveau degrévi'évidence, parliadisi^ussion des moyens mêmes que le sieur de Chasse emploie pour les ooscurcir. * *'
Le sieui^ de Chasse tente d'abovddi'éctfrtei' les preuves ^ui résultent de l'enquête; il cherche surtout à affaiblir la déposition de M. de Muin et celle du sieur Estève ,
' et à j*endf e leur témoignage sftspect, quoiqu'il n'ait pno-
//5 1 6 œ U VK ES DiE COt HÎIf •
posé contre eux ancun reproche avant la communicaticM^I» l'enquête. Il siqppose qu'ik étaient les conseils de la daine de Chasse , cpie ce ^nt eux tjpà , de ecmcert , ont inspiré et conduit le projet de la cassation dirmaa!iaige. n reproche d'ahord , à 1 égard de M. Lucas de MiHS , -que la daflie de Chasse , après sa demifié» eirsë^arÉlioa et en révocation de la donation, d^lafa ses iiieidi>les^ dont son mari était chargé pa» son contrat êe mariage, qu'elle les fit porter daf^ l'appurtement de M. Lucas de MùiB; il ajoute cru'il a Teveâliqué ces meitbles ,%'que le portia: de M. ae Muin refusa de lés dâîvrat sans le consentement de son maîtce qui était abstet.
La dame de Chasse n'a pbint déplacé ses meubles , lorsqu'elle est sortît de la maison : u est vrai qu'il y eut quelques nàeubles mis dans une chambreiAe M. de miiin, de l'aveu du siair de Chasse, «qui néanmoins ne laissa *^ vBas de les revendiquer ; jsms comme la dame deCbasse lorma opposition à cette revendication , ^que d'aîltars il était dû à M. de Muin trois quarli^s de loyers t|ae le sieur de Chasse ne^'était pas mis en peiae de pa jer,jMie partie de ces meubles i|ni étaient des nippes'^-llt Fusage de la dame A Chasse , lui a été rendue ; le surplus a été vendu pour acquitter les loyers.
Ce fait, tot^ment étranger à la déposition de M. â& Muin, ne saurait donner la mcmÉre atteinte au témoignage d'un magistrat respectable, dont la probité et la verta sont universellement reconnues ; cependant on ne rapporte pas d'autre^^reave pour tâcher d'affaiblir sa déposition; et, ce qui est encore plus téméraire , c'est sur vu pareil fût qu'on a la hardiesse de supposa que M. de Muin^it le conseil de la dame de Chasse.
A l'égard du sieur 'Ëstève , on. a eu recours à une équivoqile <e|ià tpe supj^sition insigpè, pour prouver qu'il était aussi l^poixaed de la. dame de Cnasse; on éta^ btit cette preuve sur dbux lettres^ écrites de CcHOidé par le sieur de^Chasse à la dame son épouse , et on ne man« que pas d'obsenrer que c'est cette dame qui .les a pro^ duites. La première porte : Je suis bien mortifié dudépart de M. Estève par rapport à w>us y ma chère anUe, et à vos affaires. Dans la seconde lettre il est
IREMIÈRE PARTIE. 5l7
ik, ifuê M. Msiè^ sache ou ne sache- pas-^fWre Madoniy nous ne ékvons pa^ nous embarrasser de so^ raiàannêmeni^ non plus que de ceux qu'on tient en^ Dauphiné.
On sera sasft doute surpris d'apprendre <{ife ces deux, lettres n'ont aucun rapport à M^ Ëstèye y ayocat au cons^ qui a^ëtë entendu dans l'enquête, et que le sieur de Chasse ne lui en fait l'app^ati^n qu'à la faveur d'une ëi|iiiffiK]ue, que la con&niiité de noms lui a donne lieu d'uMginer; ^ ce qui rend la mauvaise foi du -fieur de Chasse moin# pardonnable, c'est qu'il avait déjàfay, 1» même équivoque dans ses prétendus griefs^ et quHA a* été confondu à cet égard par. la réponse de la dame de Chasse. v
M^ Ëstève -entendu dans l'enquête, a un frère cadet que le sieur Perouse, premier mari de la dame de- Lha^ie , avait Eût son légataire universel ; c'est celui dont il est paiiédans ces deux lettres. D parût potu* le Langttedioc dai^ le mois de juin 1 7 24 , dont il' ne re^nt que plus de ^atre ans après, et p0v conséquent long-temp» depuis )a demande en séparation* Le «ieur Estève cadet n'était point le conseil de la dame de Chasse ; mais epmme eb qualité de légataire universel du siei^ Per<mse , il se trouvait piopriétaice des biens dont la dame de Chasse avait l'usufruit, il y avait entre eux une relation d'affiôres pendant qu'il était à Paris; c'est ce qui faisait juger au âeur de Chasse que son d^an pourrait faire de la peine à la dame de Chasse, et que ses> affaires en soiii* viraient; inais il ne s^ensuitpasde là que le sieur Estève fût le conseil et l'homme de confiance de la dame de Chasse , encore moins le sieur E^ve, avocat au conseil, sonfrère, qui n'était aveic elle dans aucuii^i if^klion d^aftîdres , et qui ne la voyait que tiès^reirement.
Ce qu!il y a de plus absurde dans le système du sieur de Chasse, c'est qu il a la témérité d'avancer qne M. Lucas de Muin et le sieur Estèpve ont hispiré de concert à la dame de Chasse le projet de cassation du mariage; rien n'est plus mal imaginé que cette espèce de* complot entre deux personnes qui ne se connaissaient pas, etqiiî^ ne se sont peut-être jamais vues.
*5l8 0EUVRB9 DE COCH
I^^ulte da*. l'enquête que le sieiHC Estève , ùàgné dea importunkes du sieur de Chasse , ae variât plu» se méW oes différends qu'il «yak avecnbi dame son épouse. De leur commun accord il envoya l'ëeril du i5 )a&tier 1726, doit il était déposiunre, à M.^Locfls de Mfttn, sous une enveloppe ; ce ne fut que dan» le mois de fé« vrier, après que le sieur Eoiève se ivÉb d^arrassMte cette affaire , que M. lAi^aas de Muin en iutnmportuné à son tour. C'est ce que le sieur 'de Chasse a sSb^Kfi de confondi^e , et qu'il e^ important de distinguer ; lèftt ce qui est antérieur au mois de février 1 726 est étranger à M. Lucas de Muin , et tout ce qui est postérieur, s'est passé sans que Je sieur Estève en ait eu coimaissance. ♦
M. Lucas de Muin ne coUBaissaît pas le s^ur Estève, il n'a été dans aucune relation avec W à l'oGcasion des dtimélés des sieur et dame de Chasse ; ce sont deiflc pêr-( sonnes de leur connaissance , mais qui ne s^- counaissaient pas, qui ont été fatiguées de la même affiÔM, mais successive^nent et en dâSerens temps» Ce^l^posé, qui résulte de touè ce qui est rapporté dans l'cftquete, suffit pour faire sentk' le ridicule de cette- idée de complot, quele sieur de Chasse a voul« aticibuer JMeux personnes dont la réputation est au-dessua^Hft^^ pareil Âoupçcm.
Après les réflei^ons qu'on vient de faire , îl ae^ sers pas difficile de détruire les équivoques ^t Les sopfaismes, que le sieur de Chasse qualifie de preuves pour étabKr que c'est la dauie de Chasse . qui a imaginé le projet de faire déelarer son mariage iful; ces prétendues preuves sont au nemJEirede qtiiMre.
pRSMUBiK MBUVE. - — (( Il est si vrattrfiit-on , que c'est la dame de Chasse* <]m a imaginé ce pro^t, que le
Sremio* écrit à oe sujet se rédigeait dans> le cahinet de 1. de Muin, sans la participation et hors la présence du sieur de Qiasse ; M. de Muin en convient dans s# déposition.»
» On peut juger de la défense du sieurde Chassepar cette première preuve , qui n'est fondée que* sur une équivoque et une supposition grossière; la simple lec«»
MQIttlÈKBl PARflE. 5ï9
tare i^ la dépcistUon ile M. d^ Muia suiBt pour ^ttMa-* digne de la li^UYaise foi .du sieur de Chasse. Ce Botgis^ trat p^irl^fd'abord d^^tout ce qui s'^st passe depui» le mariage des sieur ei dame de Cuasse jusqu'à la dem^oide eu sëpara^m ieirittee par la femme. Pkmtes imères de la part d^ la fciimoie, reproches $anglans, injures alreces^ mauvais traiieoipis de la part du sieur.de Chasse. En^ un y il reud. coqg^pte de. la demande en. sëparatioa ; sur quoi U.vobi^^i?ye , qu'il conseilla au sieur de Chasse de ' s'^ifi^gomnoiery que les canotions furent convenues i et jcomme on trc^imllaituians le^ cabinet du déposoM à ^e^ser récrit ^ le sieur de Chasse entra y et dit qu'il n'en uoukutpbés Hen faire, et qu'on lui avait aitqu'oncluidmnait trop peu , ce qui ft que le projet: d'accommodemeii^fut déclUré.
C'est oe dernier écvif. auquel ou travaillait depuis la. demafli4e en séparation , qui se dressait dans le cabinet de M» de Muin^an l'absence du sieur de Chasse; mais cet*^rit qui, fut déchiré ne pQtt:«ait pfis être celui du 20. février, 1^ celui du l5 janviec produit au procès^ ainsi que le sieur de Chassç 1^ suppose dan% soa mémoire ; il n.'avait mêniii^ ai^Gun rapport au projet de la dissolution du nifvîage , absolipaent avorté depuis la demande eo. séparation^ il ne s'agissait qua de s'accommoder par une séparation volontaire; c'est à quoi l'oA travaillait dans, l^cafaioet de M. de Muin.
Le sieur de. Chpsse afifecte, contre toute vraisem-. blance, de coniondreles temps et les objets; c'est à la iâveur.de ceUe confusion cpi'il tâche debétir ses preuves. Il veut que* l'écrit auqiiei on travaillait dans le tcabinet de M. de Muin', et. qui a été dfijpliiré^ soit odiui du i5 janvier 1726 qiijLji^iUi&te et qui est prodii^ rsu procès ; il suppose qu'u s^issait che^ M. de Muin de la cassai tion du mariage^ et il n'élai^ qi:^e4ion que d'un accom-* modementsur la séparaùpni Axe premier trait on peufc kiger de la bonne loi que le sieur de Chasse emploie dans sa défense.
Seconde frëuvë. ^^ « L'écrk du i5 janvier 1726 étant de la main de la dame de Chasse , il n'étaîjl pas pos4 «îble de faire faire une copie par le mari ; on imagina
520 OBU#RE$ DE COCARV.
l'eMidieiit de &ire celui du 20 février, |Mir avoiriè ffiétexte é'en tirer une copie de la main^dii »ie^ de Chasse; la dame de Chafise^>6ure du succès ,. fait par avance une protestation le 1 3 février contre cet ëcrit cp'eUe dît avoir élë^îctë par le sieur de Chasse ;vnaîs«W, sirfva&t le sieur de Chasse, ce qui démasque la fraude. l^ La promesse 4u 20 lévrier 17^6 n'est ëciÉe ni signée du aieuc de Chasse. 2^ Comment a-t-on'' protesté le 1 1 contre un écrit du 20 ? 3" On en a tint faim* une^^copie par le sieur de Chasse pour avoir un prélexcededâdinéer la séparation. 4*^ Il y a ^s lignes au dos de cette copie qm ont été raturées , mais d<mt on lit encore une partie , et par lesquelles on voit que ee n'est pas le sieur de Chasse qui faisait les. puDpositions. AiRsî,4)it*on, il est évident que la copie que l'on r^pf^rtede-Fécrit du 20 février a été écrite après l'orignal écrit* et »gné par la dame de Chasse : original qu'elle, avait remis de son pur mouvement à M. de Muin. » Ces quaofe abaervaûons y s'il en faut croire le sieur de Châsse , dénuMairefit que la dame de Chasse, à l'aide de ses prét^Mlus con« seils, a imaginé le projet de séparation.
Le système imaginé par le sieur iie^i^iasse ohoqve ouvertement la raison et la vraiseni||lance. Si hClilame de Chasse avait fait librement de son chef Jr'écarit du 20 février 1726, pd|r quelle raison le sieur de Chasse se serait-il avisé oSufa ùiré une copie après comp p«nr i^ donner à sa femiie? QueUe raison , quel prétexte auraiton pu* imaginer pour faire copier au sieur de Chasse ui| billet qne sa femme lui avait fait , et pour hft persuader de se défaire de cette «opie? Ce. sy stème biaarre n'est qu'un tissu d'absurdii^. Il est naturel de croire que ie sieur de Chi^e n'étant pas tranquill^^ur l'âsrit du i5 janvier , dresse le projet de^.celin du 26 février , dans lequel , en multipliant les senl^ens, il croit enchaîner plus étroitement la dame son épouse , dont il connaissait la piétét; il remet ce projet à la dame de Chasse, afin qu'^ le copiant , elle en fasse voir l'original entièrement écrit de sa main. Il n'est pas possible de penser que les choses ie soient'^assées autrement.
. Vne seconde réflexion suflirait seule pour convaincre
ie âe#r de Chasse cpi^'il est l'atueur 4a projet de huMs- «olution : t<}li6 les (s^is sur lesquels la dame de Chasse a fonde sa demande en séparation se trouvent éfbonçés dans la prenùère requête qu'elle a présentée au Chéte"let; les mauvais traitepiens, le commerce sfyandaleux avec la demoiselle Vaultier, 1^ mesures prises par le sieur de Chaêse f>our faire casser son^mariage, et extor-. q«er une donation. L'écrit du 2o février y est ram>elé avec cette ifîrc^nstance, que c'était le sieur de Chasse qui en avait donné le modèle, et forcé la dame de Chasse par ses mauvais traitemens à le copier et à le signer de sa m^n. En conséquence de l'assignation donnée au sieur de Chasse, les deux parties comparurent, suivant l'usage, jfje^tpm M. le heutenaiit civil ; on voit par le
féroces vsrbal , cnie la . dame de Chasse soutient tous es faits énoncés dans s^ reqttét^; que le sieur de Chasse se coniente de dâiier les mauvais ti^iitemens qui . lui étaieoil knputés; mais il n'ose pas dénier d'avoir formé le dessein de la dissolution du mariage, et d'avoir donné les modèle des écrits signés par la daixie de Chasse , même de celui du 20 février, oi le sieur de Chasse n'avait p%s été i'àiitcsttr du projet de dissolution et du modèle de l'acte du m> février, si c'e^t été un mystère d'iniquité errante par la da^^de Chasseet ses prétendus conseils y i^iepeiiidielaplusnoir^y lapbis fourbe y kt plms outrée qu'une femme puisse ^fjpe à son nuiriy comme on lui fait dire aujoiftrd'hui, j^sl-il naturel de penser qu'il eût demetu*é dans le silence lorsque la dame de Chasse Ipi a repr^hé en iace devant le magistrat , que ce mysiève d'iniquité était son propre ouvrage , et <][ue c'était lui qui avait donné ie^modeie de l'écrit du 20 février? Mais.ij^'avait pas^u le loisir d^inyiginer les
C' oyables subterfuges doÉit il ose se servir aujoiu*d'hui. crime a pour première cpi^source le silence, il n'appartient qu'à la vertu, compagne de la vérité ^ de re- ^usser la première attaque de la calomnie. Qir«i deviennent à présent les quatre réflexions contenues dans le mémoire du sieur de Chasse?
1° C'est une illusion de dire que l'original^^'est point écrit e| signé du sieur de Chasse , et que la dame de
b2^ QEU'^BS DE COCJHHr^
Cli||6e déclare Favoir tait de son pr#pre mouvlkient. Cela n'est pas ^nnant, le sieur «cleClis^fé ne pouM vait pas écrire et signer une promesse à son profil , il ne .pouvait qu'en donner un modèle, comme il a tkit. Dans lé modèle , iHait dire à la cjame de Chasse qae c'est de son propre mouvement qu'elle promet; pouvait-on la faire parler autrement ? pouvait-on lui faire dire que c'était malgré elle qu^elle s^ngageait ? iWais eette décki«* ration, ifue i)' était de son propre fnou^erit^t et de sa propre volonté , se trouve détruite par les protestations de la dame de Cha^e, et par toutes les autires circonstances que l'on vient d'observer. ^
2** Comment la dame de Chasse a-UellepUy dit-on, protester le i i.fés^rier contre Vacte du 2011^ qmin* existait pas encore ? Cette réflexion lAst fondât que sur une équivoque ; il n'y a rwifc dans la protestation faite le 1 1 février devant le coiiftnissaire Clou , qui désigne l'écrit du 20 du même mois; c'est sans doufte tliPautrc écrit que le sieur de Chasse avait projifeté depuis celui du i5 janvier, dont il n'était pas content j hàflame de Chasse dit bien qne son mari a écrit et dièté^'un second
qsie Chassey et: qui- 1^ pas^u d'exécution. \
Mais quand 4iÉme oh pourrit penser quel'écilt d»^ signé dans la pr^estation* du- 1 Y février serait le même que cdui qui a été depuis signé le 20 du même moi»
{)ar lai^me de (Chasse ^ on^ne saurait en tirer la plus égère présomption en faveur du système imaginé par le sieur de Chasse. Ne pourrait-il pas se faire fort ttaturellemettt -^ue cet acta^du 20 février ait été imaginé àès le II dii même mois , qu'il ait dès lors fait desjientatives auprès de la danïj^^e Chasse pour l'obliger à le signer, qu'il scjsoit passé neuf jours avant que ladame de Chasse ait pii s'y déterminer, et qu'enfin l'afiaire n'ait pu être coasonaaiée que le 20, après que la dame de Chasse , vaincue par les menaces et les mauvais trai-. temens, a con&enti de copier et signer cet écrit? 3® La troisièine réflexioa est déjà détruite. On di<
qu'on 4t^fak fairerau sieur de Chasse la copie de l'acte«lu 2 a féviâer , |kmr se donner un moyen de separalio];i ; cela suppose que cette copie n'a ëtë ianie qu'après coup ^ Alt lieu qu'il est prouva que c'est un modèle qui a 'précède'. D'ailleurs, on le répète , quel prétexte aurait-on Su avoir de faire faire au sieur de Chasse une copie •une promesse faite à son profit , et de la remettre à sa femme ? En un mot , le moaèle écrit de la main du sieur de Chasse s#tixmve daté du 17 février, ce qui prouve irrépocahleijaent que c'est un modèle qui a précédé, et que ce n'est pas une copie &ite après coup.
4° iltafin le sieur de Chasse, dans sa quatrième ré-* Itexion , veut établir son -système sur quelques lignes écrites de la ^ main du sieur de Chasse au dos du modèle de l'écrit du 20 février, et qui se trouvent surchargées d'csncre ; il les rapporte dans^Son mémoire avec sa fidé-* lilé ordinaire ^ c'est-à-dire en changeant pkisieurs mots du texMt pour en substituer d'autres , qui font un sens tout opposé. Voici les" termes des deux premières ligne» qui se lisent très-distmctement, quoiqudles soient sur-* chargées d'encpe. Me rendre la copie du billet (fu'a ddjuin madtme de Perouse , que f ai envojé à M, Estève. Voici comment qn les rapporte dans le mémoire du sieur de Chasse : Tai rendu la copie du billet qu'a diîjkire madame de Peroàse, que f ai re-< mis à^^M. Estève. En changeant aiiâ^ les mots me rendre en ceux defair^ndu^'ei celui Ô'ewi'o;^' en ce-* lui» d# remis y on prétend prouver par ces deux lignes que le «ieur die Chasscl^vflât £iit une copie du biHet fait
!>ar la dame xle Chasse , qu'on suppose être celui du 3k> évrier; qu'il avait remis cette copie au sieur Estèvc,, qui l'a dans l'instant livrée à laiiame de Chasse. Mais le siev de Chasse a fait cette altération en pure perte; son raisonnement contient une ahi^^té manifeste, et se dé« truit par lui-même. • ^
rNon-seulement le sieur Estève nf se mêlait plus* d<^ cette affaire iors de l'écrit du 20 ftvrier, coinme il esl justifié par l'enquête, il s'était même chargé, du consentement des sieur et dame de Chasse , de l'écrit di\ I à janvkr qu'on loi avaitremis entre les mains ; et quand
5^ OEVY^ES DE COCJtlN.
U faudrak lire les à^va. lignes de la mamère qm on ks rapporte dans le meWire, lobjecûondiisieuf d%Cha«se conûendrait un faux raisonnement. . , . On soutient que la dame de Chasse et ses DrëMid«« conseils firent taire après coup.au sieur deClpiasse une copie de i'ecrit du 20 lévrier, et €fm cette çogiè qui fsl produite aurfHrocèS) kit i^mîse à la dame de Chasse p(ft le, sieur Ëslève. C'est ce qu'on veut prouver par ces deux ligaes y /ai rendu M copie du hillet qu'a du faire ma^ dame de j^erouse , que f ai remis à M. Esteve ; mais ces deux lignes sir trouvent»écrites aii dos de la copie m^e qui est produite au procès ; or ^ rien. n'iH plus absurde que de prétendre que le sieUr de Chasse eut remis cette copie , tandis quiliatensHC ei^ sa main, et qu'il écrivais «Ur cette copie même. ^ ^
En rétablissant le texlfe de ces deux lignes td- quli est , me rendre la copie du biUet qu^iiùu faire nuir dame de Berouse , que fai envoyé à M. Esiève , on voit qu'antérieurement à l'écrit du > 2.9 iëvrier il y awt eu un autre projet que le ^eur de Chasse avait dressé et envoyé , qu il voulut le faire copier et signer à la dame de Chasse ; mais qu'ayant imaginé depii» cel^ du 2a février , le précédent projet ettt demeui^é san&exécitton : qu'il a. demandé que le modèle lui fût reicidu, et qu'en effet ses ordres ^nt été. exécutés , puisque ce premiet objet n'a pas ^plâam depuis , et qu'il n'est point produit, au procès. «
Après ces observations, il est assez inutile d'^xawner qui a. raturé les lignes; la^lame 4^ Chassu n'y a^ait au^ Clin intérêt; ce qiril y a de certain , c'est qu'elles ne sont pas une sqite du projet dU 20 février , et qu!elles n'ont pas été écrites en méme#emps; on entrevoit seulement que c'est \ine simple note iaiie par le sieur de Ghf^se pour se Êiir» rendre un éerit dont il ne s'agit pomt ici. Ce strait perdre le temps que de suivre Its raisonne-^ mens que îàit le sieur de Chasse sur les mots qui suivent, dbnt partie se déchiffre et l'autre He se déehiffi^ point; on ne pourrait bâtir que des conjectures obscures; mais il est clair et prouvé jusqu'à la démonstration , que le sieur de Chasse est le seul coupable du projet de iusso-«
PIlEMIÈTVE PARTIE. 525
lulioû, et que cW Ifcti seul qui a enfante le malheureux ëênt èk 20 fèyrkr 1726; tous les rdisounemens wie peaveili^ jamais altérer les preuves résultantes des depositions des tëmaÎBs , et des propres^rils du sieur de CSlas^. ^'
TaoïSfÈME PREUVE. — i< On fait ëérire au ^eur de »Qiasse Un grand niéâfiabe ùontênant ta Conduite que rlVon é^ait tenir à Vi^ffwMité de Lyorn^ dans la y)poursuite «fe la dissolution du mariage ; on le fait » parler ei| savant jurisdivisulte, on kii fait citer Fordon- »iiancede 1667, l'édit de 1697, ^^ sujet die». domiciles »pour 1m mariages; on Ité^tàit débita ce qu'il y «de »plus;;^rvaat daAs ces matières, cela péut-il être attribué » à lin militaire ?»
Mdis de bonne foi icroira-t-on que la dame deGhasse llkt fins habile en jurisprudence que le sieur deClhasse? Ce raisonnement, si Êtcile à rétorquer, né devait pas être p^posé. D'aiffeurs, quoique le sieur de (brasse par son ëtat n'eiât pas une grande connaissance des affaires , il avttît eu gr^nd s^ de se faire instruire survies* moyens
a ai pourraient «ervir ^ la dissolution de^n mariage. [ résulte dé l'enquête qu'il consultait des avocats , qu'il prenait des ineit^ctions partout où il en trouvait l'occasion ;'qu'ï avait demandé avis jusqu'au greffier de l'officialité; le mémoire dont il s'agit avait été fait -sur les instructions qu'ï avait prises : rienn'estteoins extraordmaire que de voir un militaire raisonneln^ur une affaire dont le succès lui tenait si fort à cœur , et sur laquelle il airaic pris tant de soin de se faire instruire.
Le sieur de' Chasse a omis jibns son mémoire un fait qui lui a sans doute paru trop décisif contre lui. Au mémoire d'instruction dont il parle , se trouve joint un. autre écrit pareillement dé sanstein, qui ^once toutes les pièces qu'il avait envoyées à Lyon pour poursuivre la sentence de dissolution , parmi lesquelles était son. brevet de lieutenant de roi de Condé. Un autre qtfte le sieur de Chasse a-t41 pu administrer, cette pièce ? Tout concourt donc pour t^rouver que c'est lui qui a enfante et suivi le projet de oissolution de mariage. <
Pour détruire des faits si précis le sieur de Chasse %
5a6 œuvRES de cocihn.
iM^ceurs à /sa dëfaite ardînàire ; ce sont , dit-il , des copies que la dame de Chasse a eu l'adre$se de tirer'de lui p^ur se faire un moyen de séparation. Mais jjlt ^'ap^uie cette alKgation daucune preuve , mé^ la nsoindré ^^vé^ sompùon. Comment , ajoute-t-il, des pièces qui dmMttit rester «ntie les m«ins du sieur de Çbfsse ppfur lui 9iStvit d^jjistru^iea , ont* elles pai^ entre les m^Êns de la dame de Gtiassi^? La d^i^e Téssier pourrait réponde à cette qufB«ftion, Éyi'eUe ignore par qu^ hasùxi ces
{)ièces scxit sorties 4& là mmn ii|i sieur de Clusse ; mais a daiiie>d|^Xlha6se en a elle-même rendu conq>te ^bns ]efp:ocès. A<^ •
Quelque tempi après la* demande ^ sé|pnppn , le sieur de Chasse partit pour Strasbourg^ il avait eu . grané soin d'enlever tous les meuUes , mais ii^li euVpas la mê^ooê attention pour diffërens papiers. 4|u'i!MFtffipdb apparemment ccnnm^e des écrits iwiiles et des rwuts ^ parmi lesquels la dasne de Chasse,. lo4l|a'eUe'renmi dans sa maison, trouva les<de\]ix mémoires ao.î eonocsr-*' naient les poursuite» &î^ à la priéialitf^de Lyon. HAttis au surplui, dit quelque ms^lièreNqiie ces pièces soient parvenues à la dame de Chasse , les deus^ mémoires étattt écrits de la main du siëur de Chs|$9e, tous le^ rusonnemen^ qu'il poucrait faire né sawaient affiabiP'une preuvevisi palpabk.
Qvàgp&ièmlë i^BUi^. -<- Le sieur de Chasse, dans^tti autreéerit proittiit fisiv la dame de Chasse, dit*, qu'i/il été trop joiié par tes promes^s tfu'on lui a faites^ îX en conclut qube ce n'était pas4ui qui demandait, -Qiais la dan^e de Cliasse qui promettait. Il dite vsi autre de ses écrits qu'il a eu la^ précaution de tronqi&er. Lei^^ffê^ rens avocats que l\on a consultés ont cru que je me moquais é^mx de faim de pareilles propositions , et que sans hésiter je devais m'apeÊTCéXiir qu$ V€m*t90Ur tai^ etc. Voici la cons^tance qu'on «n tire. « Ce n'est »doAc point le sieur de Oiasse qur'av'aii'inventé l'ints^me i>projet de la disstdution du mariage; en "cBet après >» avoir consulté, étant «onvaineu* qu'on le jouait^ il a »toiit abandonné; et c^est sous le nom de la demoisdle ^) Marie de Tencin, sœur de la dame de Chasse, qu'elle
. PfeEMIÈRE PARTIE. 627
^a élé assigné à, b ^tniatie de Lyon, ainsi qur'eUe^cii »coaKJient dans sa requête présentée au Ghâtekt de )>Paris, le 12 juillet 1726.»
. Le nillet dpn^^ vient de rapporlip]^ les termes prouve, selc^ le sieur de Chasse , que s'étant aperçu qu^on le jouait 9 il abahdojKna le projet de la dissolution^ qu^oh lui avait in^iffée; mais €in sgra extrémeBa^.nt sui|pris de la mauvaise foi du sieur.de Cbf^se Iqrsqu^o^rlira le billet en entier , (^oat le siçur de Chasse ne rapporte qu'une partie. Voici les termes iToim^piUeé^^t actes Jàitscondi' tionneUement,et où ii^raît les- plus petits commentions ^ ^ontnuls; les dijffërêfis avocats qu'onacomuUés^ ont Cfuqi^jerm nuHfucus d'eux y 0 ^ue sans hésiter je dirais m'é^ercevoirque Von me voulait... La femme même après lajca^sqtion du mariage ne petit ri^i éomAV.à son jadis mari y les héritiers les plus procties en^appelleraieut comme d'abus ; il n'y a qu'une . étouatian puf^ et? siniple faite par M. ut madame.......
ou quelqiies autres sdsHihles , qui puisse m'assurer
i§s^ promesses Jkite^' ^ . .
Rien ne prouve siosifts cpae le sieur de Chasse aaban» donné le projet de dis^phition du mariage, eide la donation de 4o,oûp liv.; Vécrit prouve au contraire«qu'il vonla^t que la dasi^ de Chasse lui as^urAt encore mieux i^tfte donation,, et pour cet effet qu'elle fût faite par un tîr&BS , sans faire aucune mention* de la dame 4c Chasse , p^oe qu'on lui avait dit que dans ofiie matière tous les. î|ctes &it3 conditionneUepient sqùt nuls-.
C'était 4:€ipenda]:|t le sieiir-de Chasse qui avait proposé^ ces promesses cooditionndHçs ; c'est ce qui est piafî^uvé ptar un autre ^rit produit auiprocès, et qui avait pré^ cédé celui qui est . cité dans le mémoire. £n voici les termes ; Un billet de ilf ...... par où il sioblige de me
donner 4^,000 H^. pour en jouir nmi et les miens après le âécès.dê^madame ^erouse , au ^as que eette même dame Pefoufie fasse queique difficulté de me donner la même soifwie^ l^o^oo» Uv. appès la cas-» sation de notre nmrimge.
Ce billet , de même, que les autres écrits de la main du sieuc de Chasse^ et produits au procès , et les dépo^
«liens tles témoins , bien loin èe f^rou^er qvion amn-» sait fe sieur de Chasse par des promesses, établissent au contraire que c'était lui-même qui pnmesait et qui demandait; que dans le plan qu^il s'^st m^ la disàolistion du mariage , ^t la donation étaient deux qi^et^
3ù'il ne sépai^aît jamais ; il ima|^ai|f tantèl un ex^péient, taniot un autre pour en assurer 1^ s{|^cà^; il les rejetait ensiliee pour pro|fe»ser quelque cbote^.d^ nouveau, lorsqiie ceuk qu'il consuhaa lui faiil>^eBi aperce* voir tes difficultés. QÊk ne^it pas que la dame de Chasse ait eu d'autre part à cette triste négociation/ q[^e d'écouter avec douleur des pr^l^Àions qui avaient pour objet de la ruiner 4lil de la d^ionorer. :»
•^'assignation donnée à la dame de Classe sous le nom' dç la demoiselle de Tencin sa sœur , m» prouve rien en laveur du Système ài^ sieur de Chasse. C'est âiiidi que la dame de Chasse s'explique dans sa requête preseurtée le 12 aurril 1726 : La sappUanêeHi même été assignée en ladite priwatiÈ à la t'equêtejâe^ demoiselle de Tencin sa sœur, sous fe- #Iwî de laquelle les^ur de Chasse a cru que^ OtélUte' du mariage devait être demandée, suivant ies avis qu'il dit lui en avoir été donnés. »t
Les avocats que le sieur de Chasse avak confias dëcidakHt qu'il fallait former la demandé en séparation au nom dlun collatéral; il était indifférent que ce coUa^ téral fôt du côté^e.la' dame de Chasse ou du sien. Le nom de la demoiselle de Tencin était un fantôme jeté sur la scène , avec lequel le sieiir de Chasse ne eraignjMt pas de lutter ; il croyail avoir réduit la éame de Chasse au point de désirer la cassation dcson mariage comme le seul moyen de se tirer du précipice où elle s'était jetée; ainsi il comptait sur 1^ cotinivin€e de la dame de Chasse, et sur l'acquiescement de la demipi^iâ^e sft $osur^ aux pro«iklures qui seraient fsô^^ en'soniïràfi;. ,
On trouve la preuve de cette flflécxifîté db. sieur de Chassé dans un binei produit au pvocè^^lljàudrait se presser défaire partir les procurations , etprier^les procureurs d'abréger les délais, et d^agir dans Jle mo^ ment, silaprimatie le veut^ les pat'tiesétaiU d'accord.
on ne peut le refuser : toutes les fbrmalite's paraissaient peu importantes au sieur de Chasse dès que les parties étaient d'accord.
Après toutes les observations qu'on vient de faire, il n'est pas permis de douter que ce ne soit le sieur de Chasse qui, au me'pris de la religion et de la bonne foi ^ ait enfanté l'infâme projet de faire casser le mariage , et d'extorquer une donation; ce qui opère un moyen invincible, tant de séparation que de révocation des avantages portes par le contrat de mariage.
Enfin, la dame de Chasse fondait son quatrième moyen
de se'paration sur une lettre qui lui fut écrite par le
sieur de Chasse le l3 avril 1726, après la demande en
séparation, et qui contient outre des injures atroces,
, une accusation qui fait horreur.
D'abord la suscription de cette lettre est à madame Perouse (c'était le nom de son premier mari) , le sieur de Chasse lui avait fait assez éprouverd'ailleurs qu'il ne l'avait jamais regardée comme sa femme; il met ici le comble à l'indignité de ses procédés , en lui déclarant par écrit qu'il lui refuse le nom que le mariage lui avait acquis.
Dans le corps de la lettre les traits les plus injurieux se trouvent répandus avec profusion : la peau de brebis dont vous voulez vous revêtir , sera cachée sous la
peau de loup qui vous a nourri je ne m'en prends
qu'à la nature qui a rassemblé en vous ce qu'elle a produit déplus odieux à Dieu et aux hommes; votre requête e^^ unparfaitmodèledevotre espritingénieux, comme il est connu de ceux qui vous connaissent y tres^faux et fourbe en tout;, vos expositif ins sont si fausses , que je me fais un plaisir pur' avance de les développer par témoins y et par vous-même. 11 n'y a certainement pas réussi.
Tous ces traits injurieux n'approchent pas de la malignité de ce qui suit ; il avance dans la même lettre un fait capital qui fait horreur , il accuse la dame de Chasse d'avoir attenté à sa vie par le poison. Le sieur de Chasse s'est trouvé fort embarrassé pour diminuer l'horreur de celte accusation. (( Il faut se placer , dit-on , dans la situation où le siéur de Chasse se trouvait pour lors , il
GocBiN. TOME I. 34
53o ŒUVRES DE COCHïN.
faut se représenter un homme de guerre qui a été joué dans l'honneur , qui se trouve compromis de la manière la plus outrageante et la plus perfide; ces expressions "VOUS m'aidez voulu empoisonner y sont des expressions métaphoriques, le style de la métaphore règne dans toute cette lettre. »
On peut en juger par les termes de la lettre : à cha^ que instant voire bouche ne vomissait que des poi'^ gnards et des poisons contre moi; ces termes sont sans doute dans un style figuré ; mais il serait ridicule de faire ie même jugement de çeux*ci :je le soutiendrai devant Dieu^ vous savez que je le puis, que vous m'avez voulu empoisonner , et vous ne prouverez jamais que je vous aie maltraitée que de paroles qui ?te répondaient pas- à vos emportemens. C'est ici un fait capital sur lequel le sieur de Chasse ose prendre Dieu à témoin; les termes présentent un sens clair et littéral, et ne peuvent être pris dans un sens métaphorique ; c'est passer condamnation que d'employer une si pitoyable défaite.
La qualité du sîeur de Chasse ne diminue pas l'atrocité de l'accusation: sera -t- il permis à un homme de guerre d'inventer la calomnie la plus noire , et de pousser la fureur et l'injustice jusqu'au dernier excès ? Cette lettre où il lui est même échappé de convenir qu'il avait maltraité la dame de Chasse, s'élèvera toujours contre lui, et fera voir la sagefese du jugement qui a prononcé la séparation et la révocation des donations. •
Après avoir démontré la justice des deux principaux chefs de la sentence du i3 août 1728, on va faire voit en deux mots que cette sentence est également juste dans quelques autres chefs , desquels le sieur de Chasse se plainte
Le sieur de Chasse oppose deux moyens d'appel sur le chef de cette sentence , qui concerne la restitution des meubles ; le premier de ses moyens est fondé jbut un fait dont la fausseté est prouvée par différentes pièces qui sont au procès : le second suppose que la donation faite par le contrat de mariage doit avoir lieu et par con-
séouent ne mérite point de réponse. Quelques réflexions suffiront pour faire voir la témérité des allégations du sieur de Chasse , et la régularité de la sentence sur cet article.
On a déjà observé dans le fait que le sieur de Chasse est chargé par son contrat de mariage des meubles de la dame de Chasse, qu'il a reconnu avoir en sa possession ; ces meubles sont estimés par le contrat de mariage à une somme de 8,000 liv.
Les premiers juges, en prononçant la nullité de la donation laite par la femme, ne pouvaient se dispenser de condamner le mari à payer le prix de ces meubles sm* le pied qu'ils sont évalués par le contrat , attendu que le sieur de Chasse n'a justifié d'aucune décharge, ni prouvé que la dame de Chasse les eût enlevés.
Différentes pièces qui sont au procès, constatent que la dame de Chasse en sortant de la maison pour^tbi:mer sa demande en séparation, n'avait emporté que quelques pièces de vaisselle d'argent d'un u,sage ordinaire, quelle déclara au sieur lieutenant civil lors de sa comparution en présence du sieur de Chasse; le procès verbal de ce magistrat est chargé de la déclaration de la dame de Chasse. A l'égard de quelques paquets qu'elle avait laissés sous la garde du portier de M. Lucas de Muin , il est
Î'ustifié par le procès verbal du commissaire qui en a fait 'ouverture, que ces paquets ne contenaient que quelques nippes à son usage ; le peu qui s'y est trouvé de meubles a été saisi dans l'instant à la requête de M. Lucas très
a été dans l'impuissance de justifier par de preuve que la dame de Chasse ait détourné aucun des meubles qu'elle avait mis au pouvoir de son mari , à l'exception de ceux qu'elle a reconnus de bonne foi avoir en son pouvoir , et dont la déduction est faite par la sentence.
Ce que l'on vient d'observer suffirait pour établir le bien jugé de la sentence dans ce qui concerne la restitu-r lion du prix des meubles dont le sieur de Chasse se trouve chargé^ on ajoutera quelques réflexions qui font
532 «OUVRES DE COCRIN.
voir lafanssetë du dëpkcement prétendu tait par la dame de Chasse.
Bien loin que la dame de Chasse ait déplacé les meu-blés dont le sieur de Chasse s'est chargé par leur contrat de mariage, il est constant que partie de ces meubles ont été saisis à la requête de M. Lucas de Muin, et vendus pour les loyers , dont le sieur de Chasse était débiteur ; le procès verbal de vente est produit au procès.
Il est pareillement constant que le sieur de Chasse au préjudice de cette saisie , et de r établissement d'un gardien , a enlevé partie des meubles saisis et les a fait voiturer à Strasbourg; le tait est prouvé par un récolement
du procès verbal de saisie fait par huissier,
qui est encore produit au procès.
Il y a un autre fait certain , c'est qu'antàîeurement à cette saisie le sieur de Chasse avait fait voiturer à Strasbourg une partie de ces meubles ; cela est justifié par l'un de ces écrits qui contiennent différentes propositions et notamment d'abandonner au sieur de Chasse les meubles qui sont à Strasbourg.
Enfin lorsque la dame de Chasse sortit de la maison il restait encore un meuble complet de damas cramoisi galonné d'or , le quel fut compris dans la saisie faite à la requête de M. Lucas de Muin ; le sieur de Chasse prit la peme de découdre ce meuble pièce à pièce , et au
{)réjudice de la saisie il le fit emporter de la maison par a demoiselle Vaultier qui le fit passer en plusieurs fois sous son panier ; ce meuble pare depuis dix ans l'appartement de sieur de Chasse dans la citadelle de Strasbourg, ce qui suffit pour donner une idée juste de sa bonne foi.
Inutilement le sieur de Chasse observe-t-il que sous le scellé mis sur les effets de la dame de Chasse après son décès , on a trouvé quelques meubles contenus dans l'inventaire fait après le décès du feu sieur Perouse son premier mari , parce que ces meubles sont ou du nombre de ceux qu'elle a déclaré judiciairement avoir en sa possession , et dont la déduction a été faite par la sentence, ou des meubles qu'elle a achetés lors de la vente faite à la requête de M, de Muin, dont le prix a étéem-
PREMIÈRE PA.RTIE. 533
ployé à payer les loyers dus par le sieur de Chasse : c'est ce qui est aisé à vérifier. La cour ne changera donc rien à la restitution des meubles ordonnée par la sentence, la survie du sieur de Chasse ne peut lui conserver un droit qu'il a perdu du vivant de sa femme.
L'affirmation référée à la dame de Chasse ocelle avait fait toutes les dépenses de la maison y et dans les règles, surtout le sieur de Chasse n'ayant pas voulu affirmer qu'il eût fait cette dépense. Parle contratdemariage la dame de Chasse s'était engagée à donner 49^00 livres pour la dépense de la maison : si le sieur de Chasse eût affirmé qu'il l'avait faite pendant les cinq mois et demi que sa femme avait demeuré avec lui , elle aurait payé les 2,062 livres, et ce n'est point là référer l'affirmation contre un titre , la dame de Chasse ne s'étant engagée qu'à fournir 4^500 livres pour la dépense de la maison; si elle a fait cette dépense, on ne peut lui rien demander.
Par rapport à la séparation et révocation de la donation, une foule de moyens se présente: le sieur de Chasse a placé dans sa maison l'objet criminel de sa passion , il a outragé à l'excès la dame de Chasse , il a poussé l'irréligion jusqu'à vouloir faire casser son mariage ; et pour coinble de méchanceté et de fureur, il a accusé sa femme d'avoir voulu l'empoisonner. Etait - il possible qu'une femme vécût avec un mari coupable dé tant d'indignités? Et la sentence de séparation peut-elle jamais recevoir aucune atteinte ? *
^ Les parties ont transige.