DISCOURS PRÉLIMINAIRE. XXI
nous voyons à l'époque suivante une le'gislaiion qui avait pour elle Tautorité des siècles , tomber à la voix àe ceux qui étaient appelés à la détendre! Qu'au mi* lieu des renversemens opérés dans notre législaùou au dix -huitième siècle, il ait été fait de véritables conquêtes dans l'intérêt de la société, c'est un point certain que nous sommes très-éloignés de contredire ; mais il n'en est pas moins remarquable qu'un avocat ait été assez sage dans ses projets , assez élevé dans ses vues, assez étranger au succès facile de la critique , pour conformer toutes ses opinions à celles de la loi, n'émettre jamais aucun vœu qui lui soit contraire, et donner à ses écrits un ton assez prononcé de sagesse, et un caractère de raisonnement assez sévère pour qu'il soit possible au jurisconsulte d'y trouver des autorités, et aulégislateur d'y recueillir des principes développés avec toutes leurs preuves.Or c'est ce qui arrive continuellement; nous l'avons prouvé en parlant de la cause Bourgelat , et nous le prouverons encore en parlant de plusieurs autres causes. S'il est une matière dans laquelle Cochin puis^ être consulté comme autorité , c'est surtout dans les questions que fsdt naître l'état civil. Les causes Bourgelat , Fèrrand, Boudeville, la cause de la dame veuve de Chasse , celle de la famille d' Armaillé , les causes Rapalli , forment sur ce point un véritable traité; les causes Fèrrand et Boudeville , entre autres , paraissent présenter deux questions impossibles à concilier. Mais Cochin, loin d'accepter le reproche d'avoir plaidé deux doctrines inconciliables sur les cas où il est nécessaire d'admettre la preuve par témoins en matière d'état, établit, en plaidant la cause Boudeville , la circonstance notable d'un
oomaiencement de prëuvB par ëcrii^ et tout ce qa'it' avait dit de contradicUiiFe en apparence avec la plaidoirîe Bondevîlle , dans la défense de la demoiselle Fer* rand , se justifie p^ une distinction de droit f rès-importame à saisir , et qui estdevenue un principe de notre di oit d&ns l'article 323 du code Civil.
Cochin ne iait jamais le panégyrique cfe ses cHens, il n'adopte même pas le style de l'adulation en racoiitaiie ce qu'ils ont fait d'honorable; il ne déclame pas contre ses adversaires; de manière à lies rendre odieux ; rai^ment sortant du style simple ^ il qualifie do terme que lui indique la morale les actes dont il se trouve obligé de parler, mais ne les venge point' par l^njure. Est-il obligé de s^ppposer à l'usurpation tf une qualité cfui n'appartient- pas à son adversaire, il lie proikne pas le sanctuaire de la justice €Sn pûur^Vant soii antàgomste par ces qualifications offensantes qui aigrissent lés cœurs sans éclairer les écrits ; il exposé qtie cette' usurpation est une entréprise téwércdre que Partific& a préparée , et qui n'a pu se soutenir que' par Vau^ dace àt le crime ^. Ces estpressicms généralcis-dâ^s leur sens, appartiennent au style démonstratif et non à la' déclamation : elles seront coiisaerées par l'arrêt^ le magistrat ne pouvant en employer de phis précises^' et de plus justes ; et sdnsi notre orateur atira gatgtkésa cause ssois qu'aucune e:q>ression exagérée lin soit ja- : mais échappée.
Le mérite d^une grande solidité dans la disecfssic^ti ^ d'une grande force de raisonnement, peut être adaûré dans les œuvres des avocats contemporswS' de Cochki ,
1 Cause Rerbabu, tome i, page li^etsuiv.
DISCOURS PKÉLMINAIRE. JCXIII
coiQQi<e àm^ cwx dee âgçs siûvans; mais notre orateur offre peut-^ure l'exemple unî(|ae d'un usage fréquent de cette fcrce y sans qu'on puisse , en aucune occasion lui en reprocher l'abus; doue d'iane imagination féconde , il ne s'en sert que pour porter la clarté dans le rëcit des bus, jamais pouv amplifier sa déGsssepar destakleaux qui changent la nature et la position des objets : avec un jugement remarquable^ aidé en outre du secours d'une imniœse étude , il n'accuse jamais la loi d^imperiêction , et y ccmfovme sa défense san3 murmure : défenseur déclaré de la morale, il dévoile les actions yicieuse» de ses adversaires, quand le besoin de sa défense l'exige; mais il plaint plutôt le coupable, qu'il ne cherche à ag-<graver sa position. Cette modération trèsHremarquable, était certainement l'effet d':an attachaient invariable de Cocbinà la foi du christianisme, n est impossible d'expliquer autrement comment il aurait pu fournir unelongue et laborieuse carrière exempte du reproche, d^avoir plaidé une doctrine désavouée par la religion seulement, ou de s'être éloigné delà décence dans un passage de ses œuvres, ou enfio. d'avoir montré, soit par son style , soit par ses manières , d'autre ambition que cdk de se consacrer à la dâ:ènse du bon droit.
Toute la morale chrétienne se renfermant dans l'amour de l'humanité portée jusqu'au dévouement par des mo* tifs tout divins, nulle profession n'est plus véritablemeni chrétienne que celle d'un avocat exempt de vanité et d'ambition. Sans doute celui qui amasse des trésors de science pour jouir de la vanité du savcnr , ce^* lui (pu étudie l'art de bien raisonner et de bien dire pouren.Eûre un moyen de fortune , sans^ d^MJtte, di*