‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 4)Chapitre 8 sur 35 · XXIV DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

XXIV DISCOURS PRÉLIMINAIRE

sons «-nous y un tel homme pçut appliquer tpansitoirement ses moyens de succès à la profession d'avocat , il pourra même y rendre de grands services, mais pourrat-il s'y maintenir digne de ce noble ministère ? non assurément, car il de'savbuerait le motif qui le fait agir ; aussi une occasion se pre'sentera -t-elle de proclamer ses propres louanges, il travaillera lui-même à en diminuer le mérite; une occasion d'encenser le pouvoir et de lui sacrifier le fruit de ses études viendra-t-elle se pre'sentera lui, il vendra, pour l'appât de quelques honneurs, des biens inestimables comme la paix et la liberté. Il est à désirer que l'exemple de Cochin puisse encourager ses successeurs au barreau, à considérer leur profession, non comme un échelon pour parvenir aux emplois ou à la fortune, mais comme une véritable mission pour servir rhumanité. Cochin persista pendant plus de trente années à supporter un travail opiniâtre, sans vouloir changer cette position, et sans attirer à lui aucune des louanges que semblaient mériter son talent supérieur et son absolu dévouement aux devoirs de sa profession ; il persista dans celte ferme résolution pour acquérir un genre de mérite que l'homme religieux peut seul apprécier, celui de servir l'humanité par des motifs dégagés de tout intérêt humain. (( Monsieur, lui dit une dame au sortir de »raudiènce, si nous étions au temps du paganisme , j^e ))vous adorerais comme le dieu de l'éloquence. — Heu- »reusenient, madame, lui répond-il , nous sommes au » temps du christianisme, où l'homme ne possède rien »dont il puisse s'approprier le mérite. » »

Ce talent élevé , joint à une sagesse remarqual^le , obtinrent à noiTQ auteur la plus haute estime de la part des

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magistrats* H régalait cette e$iim& comme le plus pré^ cieux de. ses avantages ^ et conserva toute sa vie le souveÀir du tën)oigiia|[e de considération qui lui fut decerné spontanément en deux occasions par diverses cbaiobres duparlement. Cochin^ fbrtindisposé, ft!a:akt à la barre; la cour s'aperçoit de son état d^sQufiranee, et sans provocation de sa. part, son arrél ]^i est ainsi prononoé de Vavea de tous lesjuges présens : <( Cochîn , vous pagraissez souffrant; la cour a tri>p d'intérêt à vous mena* »ger pour vous entendre en cet état, la cause est reinifie ))au jour où vous serez absolument guéfi.» £n une aut]% occasion , après^ s'étré éloigné queJquè temps du Palais pour se consacrer au travail du cabinet , il reparaît à l'audience; le président, avant de Uiii accorder la parole, lai dit : « Cochin, la cour vous invite à ne plus là priver iiaussi long-tem|tô du plaisir de vous entendre. »

Les tànoignages publics de oensidération-quHl reçut des magistrats . et de ses coinfrères , sqBd; pour nous la preuve infaillible de Festioie qui fut faite de son t»* lent dès le temps où il vivait. 11 ne sera pa^i inutile de rappeler ici un mot cpi atteste tout à la feis cette estime de la part d'un de ses confrères , et le ton de modestie qui n'2j)andonna jamais Cochin dans ses plus beaux jours de succès : Après le plaidoyer Beûrgelat, M® Normawt slapproche de notre auteur, et s'écrie : « Jcr n'ai jamais ^>rien entendu de si éloquent. — C'est qu'appavemaiem, ^)lui dit Cochin , vous n'êtes point du nombre des per- » sonnes qui s'écoutent en parlant. »

Bernard , auteur de la.préfstfîe à^ l'édition WfJy^ des Œuvres de Cochin , ne cite que ce mot qui soit remarquable sous le rai^port dejia gr^ee Qt de la politesse , i\ Cochin. tome i. ^

\%\l i)IsedURSXtÊLl9IINÂlRE.

me nous donne aucun détail sur le» mœurs et la conduite de Cocîiin hors de Fenceinte du Palais -, U esi vrai que Cochin vécut presque entièrement dans Vexercice de sa profession , et qu'il consacrait ses journées , ses soirées et se3 veilles à ce genre de travaux et d'études. Nous essaierons toutefois 4^ donner quelques détails sur la vie privée de cet homme remarquable.

Cochin avait la physionomie peu expressive lorsquSl ne parlait pas; il portait la tête inclinée en avant , il avait l'abord simple , et plutôt gracieux que poli, il écoutait attentivement avant de donner une réponse , et ne commençait Itd-méme une conversation qu'avec les personnes qu'il connaissait intimement. Le célèbre RoUin, et un avocat nommé Gacon, étaient ses commensaux de loûs les jours. Il travaillait presque continuellement dans son cabinet, et sa distraction favorite était d'aller au collège Mazarin visiter le bon RoUin , se mêler au jeu des écoliers , interroger, et encourager par forme de conversation, ceux de ces jeunes gens qui montraient les plus heureuses dispositions. M^ Normant , son confrère^- lui reprochait souvent cette habitude d'isolement, sans pouvoir le déterminer à prendre d'autres genres de plaisir que celui de la promenade et de la conversation avec les enians. Les. sociétés noml»reuses ne produisaient pas sur lui le même effet que la majesté des auditoires^ il prenait |>eu de part aux conversations générales, mais lorsqu'il rencontrait des personnes de mérite dont le ton et la science lui convenaient,, il changeait tout-à-fait d'attitude, et laissait apercevoir lés ressources de son excellent esprit et de son beau talent ; lorsqu'au contraire l'essemUe de la conversation

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ne tournait pas à son grë, il n'y portait aucune complaisance y et se retirait sans prendre la peine de combattre ses interlocuteurs, et de lès ramener à son avis. Un )0ur (pie Cochin avait été aileneieux , et n'avait pas répondu à ce que M "^ Normant attendait de lui , Qelui-ci lai Êdsant reproche de son défaut de ccHUplsûsance, en lui disant que si sa réputation n'était pas faite par de gramfe succès , il s'exposerait à écre jugé défavorable-* ment; il répondit ainsi : « Mon ami , si toutes les per- »sonnes que nous venons de voir ont de la religion et du )>6ens, peu de paroles leur suffisent; si «lies n'ont ni re* ))lîgion ni sens, je m'inquiète très -peu de leur es- ))time. »

Cette réponse attestée par plusieurs auteiH's , nous parait contraster avec son humeur habituelle; il n'était ni morose ni brusque : outre la douceur que suppose l'habitude de se mêler au jeu d^s enfans , il est certain qu'il était d'une patience à toute épreuve ppur écouter les procureurs et quelquefois les parties elles-mêmes, à l'effet d'éviter un procès douteux par une transaction raisonnable; or toutes les personnes qui smvent la carrière du barreau savent combien cette dernière tâche est pénible et combien elle serait impossible à remplir sans complaisance et sans urbanité. Nous devons dire en outre que le style de plusifsurs plaidoyers atteste une flexibilité d'esprit, et une élégance d'expressioû qui conviennent par£iitement à une conversation brillante; quelques passages même indiquent la coimaissance du monde; mais iipparemment il tenait ce genre de mérite des qualités naturelles à son esprit, plus qued^une grande observation , et nous citerons comme autorité

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