‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 4)Chapitre 9 sur 35 · XXVIII DISCOURS. P^ÉLIMINA^RE · texte numérisé non relu

XXVIII DISCOURS. P^ÉLIMINA^RE

sur ce point le mot de RplUn adressç à Qj^çoj^ : « Notre »ajiii Cochin, a deviné le naonde sans le voir. »

Au surpl\|Li^ U paraît wixstsipt qu'A posséda^ vëxûablen^^pjt cet^ pta^iençeidem k^caJniïjet, cette na\\9eu^ avec les jew^^ gWSi, oett)^ ^ydn^ dè^ hiei^ àhe en tor^te occasioa splemi^ll^, et (p'il comsiliait touies. ces quar Mxés ayeç undétaut d'aptitude aux succès, de la convevsa^ ûpti. Cette bizairr^mi n'est pas sa^ autre exeaaple. Oipt a souvent vu. tel t^onusaie. dévoué aa service public fsc amoiuir pôui: la justice , ]î^ coBtînufiUeiiiient à l'étude, sensible à l'attrait 4^ projbeetioji qui Ue si vââblcia^t l'âge Qiur àla. jeunesse, se>rèf^ser ensuite, par caractère ou par habitude, à cette complaisance attentive, à cet écbîmg^ de pieuses sîfoaples , fines ou gracieuses qui font l'esjsen^ 4^ tout aîmabJe entrfiûen*

Après, tout, nous ne donnons ces de'tails, que pour satisfaire ceux des lecteurs qui désirent connaître tout ce qui appartient à un homme célèbre; car" le but de ce discours a dû être de préparer à la lecture des GEuvres dé Cochin^ bien plus que de' faire connsatre ses qualités ou ses défauts personnels.

En indiquant jusqu'à présent les qualités distinctive^^ du talent de Cochin , nous n'avons pu donner qu'une idée imparfaite de la puissance de ce talent sur un auditoire. Tel est le regi-et qu'il faut toujours éprouver ^ parlant d'un véritable orateur; les écrits d'im tel homme peuvent le faire revivre dans la mémoire de ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre; mais ils offrent une image décolorée à ceux qui n'ont pas eu cet avantage. Les Œuvres de Cochin paraissant con^tenir un petit nombre

DISCOURS PRlÉLIRtlNAÏRE, XtlX

de inorcteaux d^ëloquenc'e , tout-à-ïait'Gbhfôrrnès dans leurs expressions à ceux qu'il a prononces; la majorité de ce que nous appelons ses plaidoyers étaient des discoeurs écrits sur son |dan de défense, il les composait pour les iaire passer sous les yeux deft jng^; on peut remarqu/^ qu'il y piftfle presque toujours à la troisième personne , ce qui eut été imj^aticable à l'audi^ce. Il Êiut donc dire à ses admirateurs ce que disait Eêchinè après la lectiire du discours de son vainqueur : Que serait-ce si vous Feus^ez^entendu lui-même? Il est cependant possible de retrouver dans ce que tious avons de lui, des débris assez précieux pour juger ce qu'il devait être, et si l'agrément de sa diction , la, puissance de son action oratoire,. ont disparu avec lui, U/aut encore ren\arquer dans ses écrits, des qualités . supérieures , telles (jue la science du raisonnement, la sagesse de composition, et quelques autres caractères qu'il, est teilips de signaler.

Tous les plaidoyei-s , mémoires et consultations de Cochin, sans exception, sont écrits avec pureté et même avec élégance; il a constamment le mérite très-rare de marchfer d'un pas rapide et soutenu vers te fait ae la contestation, sans embarrasser la marche de ses raisotinemens par des épisodes qu'il lui etîct été facile de se frire pardonner ^ et sans laisser descendre le tAleitt de concision qui hii ap^iartient jusqu'à une propottiori de brièveté qui n'eut pas toujours permis à ses auditeurs de le comprendre.

Cette rapidité étant une des qualités les plus précieuses de Fart d'écrire , Cocbin sef a toujours étudié sous ce rapport, par les personnes qui se destinent ji la

XXX DISCOURS PHÉJLIMINAMIE.

rédaction des consultations , de& mëmokes , on même i ëcrire l'histoire. *

n raconte les faits avec grâce et comme en courant , sans omettre rien d'utile à sa cause : dégagé du point de fait qui lui fournit toujours des 0(^casions de £iire briller les qualités du style , il arrive au point de diroît avec gravité et méthode, sait se passer des citations sans faire perdre aucun poids aux principes qu'il avance, et remonte avec une telle rectitude et une telle vigueur au principe des lois , qu'il remplit souvent la tâche du jurisconsulte avec l'autorité morale du législateur.

L'étude de sa méthode, le secret de sa logique doivent être surtout médités parles personnes qui se consacrent plus spécialement à la défense de la loi , qu'à celle des parties , en se faisant admettre au nombre des avocats près la Cour de cassation.

Le lalent d'amener une vérité de doctrine à une démonstration rigoureuse et sévère , est autre que celui de colorer un fait de manière à lui faire appliquer telle ou telle partie de la législation.

Tous les moyens de persuasion qui ne vont pas jusqu'à la séduction, toute la chaleur de l'entraînement que permet la présence du magistrat , appartiennent au défenseuv des droits et de la vie des citoyens. Il ne doit donc connaître dans l'expression dé ses sentiment, à^n-

1 Une plaidoirie de Cochin iîit un jour interrompaç par une personne de l'auditoire , qui prononça plus haut que le respect de l'audieDce ne comportait les paroles suivantes : a Quoi, M. de Thou ne trouvera-til pas un continuateur capable de narrer avec la clarté , la préciaion et l'agrément que voilà ? »

DISCaURS l^RiéLIUINAIRE. XXXI

1res limites que celles da respect que commftnde l'autorité devant laquelle il est admis à parler, d'autres entraves que celles de l'intérêt de son client.

L'avocat-en cassation dirigeant ses efforts vers un autre but, doit employer des moyens difl^ens , 'ne s'occupant jamais de persuader ou de prouver l'existence d'un fait, il adopte aveuglement les circonstances de sa cause telles qu'elles ont été appréciée^ par le juge^ et se borne à combattre les erreurs de doctrine commises par le magistrat dans l'application du droit au fait. Son ministère aeborne à critiquer respectueusement un arrêt, ou à deiendre ses dispositions parle textç d'une loi, il concourt de cette manière à l'exercice de cette haute censure confiée, dans l'intérêt des tribunaux eux-mêmes , à des magistrats dont la science surpasse encore la dignité. Mais le genre de plaidoirie que nécessite cette censure , demande plus de pureté que d'élégance dans le langage, et ne se prête pas aux grandes émotions de l'âme ; une logique exacte , une étude approfondie de la sagesse des lois et de leur imperfection , la dignité que comporte une véritable conviction en parlant de cette sagesse, une discrète retenue en émettant le vœu d'une amélioration, telles sont les qualités désirables pour exercer convenablement cet honorable ministère.

Ce tableau abrégé des devoirs de l'avocat en casa»' tion, fedt voir combien de modèles Cochin peut offrir à ce nouveau barreau, logique, science, sagesse : voilà ce qui se remarque dans tout ce qui est sorti de la plume de notre auteur. Quant à l'éloquence vive et passionnée, il parait qu'il en fiitdouié à l'audiencQ., et quelques-uns de ses plaidoyers dans la danse

XXXn DISCOURS Pt^ÉLIMII^AIRË.

Rap^Ui (i ) cfttre amres , permettent de le pemer , msri» ce n'est pas ce genre de m^ite qu'il faut en général rechercher dans les écrits Ai sage Cochin.

Au sïfipplus les OEmvres de cet auteur sont empreintes de l'esprit du siècle dans lequel il a vécu ; à l'époque de ses plaidoiries le barreau n'était agité par aucune autre piaèsion que celle de la défense des intérêts civils^ aussi son langage, sesdoctrines, ises preuves se ressentaient-ils de cet esprit de paix et de stabilité qui se refuse à de grands mouvemens; Il n'est aucune comparaison à établir sous le rapport du style et de la manière , entre un avocat de cette époque, et les orateurs de Rome ou de la Grèce : l'orateur des temps anciens devait réunir toute la puissance de Fhomme d'état^ pour soutenir l'espèce de royauté' à laquelle il était appelé. Cicéron, sauveur de la patrie, attaquant les triumvirs ou défendant les rois , devait comparer sa position à celle des rois eux-mêmes; son talent trouvait sans cesse de nouveaux sujets d'application , et dans unchamp si vaste, il pouvait employer convenablement toutes les puissances de l'éloquence. Mais le barreau au commencement du dix-huitième siècle, ne demandait que l'assemblage des qualités, qui appartiennent à notre auteur , c'est-à-dire \m style simple, convenable et pur; quelquefois la facilité des grands maîtres , toujours une • grave et noble discussion, produisait l'effet d'une insensible, mais profonde conviction. Et si ses ouvrages ne

' Tome 1». page 5i.

a Cum Tir ille vere civilîs/ publicarum privatarumque remm admioistr^liooi aûcommodsiiis qui regere cOBÛliis urbes , fundare Icgîbus , cmeifdar« judlciis powit , ooB.alîus sit prolecto^ ^am Ofaior. ( Qvintix.. do' Inst, orat, frcBmiwm. )

disent point qu'il ait employa souVent la scitnce d'arracher les suffrages , en pik)duisant de vives émotions , on peut du moins affirmer en lisant ses écrits qu'il savait les mériter, et les fixer , par la liante opinion qu'on avait de sa moralité, par un grand talent dans l'art d'exposer ses faits et ses preuves, et jpar une remarquable propriété d'expression.

Une nombreuse collection de plaidoyers et de mé* • moires rédigés avec cette simplicité de ton, de manière et d'intention, devient un véritable monument des siècles passés, à une époque où de nouvelles institutions ont rétabli en France une arène dans laquelle l'orateur des temps anciens pourra reparaître à nos yeux avec l'éclat de ses moyens, et dans un moment où notre nouvelle législation va changer la direction 3es études de tK)ut aspirant au barreau. *

Nous l'avons déjà dit, la profession d'avocat est un but , elle suffit à l'homme sage : heureux qui peut s'y maintenir; mais aujourd'hui la tribune est relevée , et l'éclat qu^ le jette au loin éblouit tout homme qui croit savoir parler; le barreau sera donc désormais considéré comme un moyen de préluder à de plus grands combats, et à n'en pa^ douter cette espérance fera révolutiofti dans le genre de la défense : de jeunes avocats ambitieux sauront agrandir leur cause pour discourir sur les points de législation et de politique qui fixeront déjà leur attention ; des hommes distingués par leurs études littéraires viendront s'y livrer à un louable noviciat , et ainsi une noble émulation appellera dans la cfarrière un nombre plus considérable de concurrens , et des rivaux phis dignes du combat. Félicitons-nous de posséder une.

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