‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 5)Chapitre 10 sur 226 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

tîon , et que celte qualité de notaire soit bien certaine dans celui qui a afiposé sa signature ; car que le premier inconnu se soit, avise de signer une pièce comme notaire , en supposant que dans la même qualité' il en avait reçu la minute , et que Ton vienne ensuite s'écrier qu'une expédition signée d'un notaire est une pièce authentique, c'est abuser du principe et le faire servir à couronner la supposition et l'imposture.

Alais , ajoute-t-on', doutez-vous que Cathelan n'ait été notaire ? Une foule de monumens répandus dans la province , attestera cette vérité : vous n'avez qu'à les consulter, et vos doutes s'évanouiront.

Mais si cela est,, le marquis de Nisas est le maître de dissiper nos soupçons; dans cette foule de monumens qu'il indique , que n'en choisit-il un certain nombre pour nous prouver qu'il y a eu un notaire Cathelan qui ait reçu, qui ait expédié beaucoup d'actes ? Que ne les rapporiet-il pour justifier que la signature de ces actes est conforme â celle qu il représente ? Il remplirait alors cette preuve qu'on lui demande ; mais il se contente de nous renvoyer en termes vagues à de prétendus monumens que personne ne connaît, comme si c'était à M. le comte du Luc à rechercher des titres pour soutenir la pièce qu'on lui oppose.

Enfin , je vous mets vis-i>a-vls de la pièce ^ nous dit le marquis de Nisas , c'est à vous à l'attaquer et à vous inscrire en faux si vous l'osez; mais tant que vous ne prendrez pas ce parti , elle fait foi par elle-même. Ce raisonnement n'est qu'une pétition de principe. Vous me mettez vis^à-vis de la pièce ; mais quand je la considère , je n'y trouve aucun caractère qui m'imprime l'idée d'authenticité , je n'y trouve que l'ouvrage d'un particulier qui ne peut attester une disposition qu'il suppose avoir été faite , je méconnais^également et la pièce et l'auteur ; je ne suis donc pas obligé de l'attaquer par une voie juridique.

Pour m'inscrire en faux contre cette pièce , il iaudrait commencer par supposer qu'elle est signée par un officier pubhc,' abandonner mon moyen^ et vous donner un avantage que vous n'avez pas , pour avoir ensuite la li>*

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beric de vous Farracher par une voie extraordinaire : cela se peut-il proposer sérieusement^ Si on rapportait actuellement une expédition signée par un notaire de Languedoc ou de Provence, une expédition faite depuis six mois , depuis un an , celui à qui on l'opposerait , pourrait se contenter de répondre que la pièce n'est

Joint légalisée, et qu'ainsi elle ne fait pas (oi en justice; n'y aurait personne qui pût résister a ce moyen ; on aurait beau lui dire : Voilà la pièce, inscrivez- vous en faux , sinon elle (ait preuve par elle-même ; un pareil discours ne serait pas écouté. Avant que de me réduire à la nécessité de m inscrire en faux , il faut que la pièce ail par elle-mtme un caractère d'authenticité ; celle qui n'est point légalisée n a point ce caractère; je ne suis donc pas obligé de l'attaquer ; cette réponse ne pourrait souffrir aucune réplique ; mais c'est précisément celle que lait M. le. comte du Luc , au marquis de Misas. On lui présente une prétendue expédition qui n'est point légalisée , et dont rien ne prouve l'authenticité : ce n'est point à lui à l'attaquer par la voie du faux , c'est au contraire à celui qui s'en sert à prouver qu'elle est authentique et signée d'un notaire , sans cela il ne représente qu'une pièce informe et qui tombe par elle-même. JVf ais, quoi ! nous dira-t-on, si je rapportais une pièce de trois, de quatre cents ans, serais-je obligé de faire preuve que celui qui l'a signée fût notaire i Ce serait me réduire à l'impossible ; ce serait rendre inutiles et impuissans tous les titres anciens ; ce qui serait d'une trop dangereuse conséquence ; l'ancienneté de la pièce fait tout présumer.

Ce prétendu inconvénient ne peut jamais détruire les règles constantes dami une matière si intéressante. Il est certain d'abord qu'une pièce , quelque ancienne qu'elle soit, nefait pas4)reuve par sa seule ancienneté; cela peut rendre moins difficile sty: les preuves qui assurent son authenticité , mais il faut toujours des preuves qui en répondent : car d'imaginer aussi que toute pièce qui am\a une date ancienne , passera nécessairement pour authentique , ce serait exposer la société aux troubles les plus funestes.

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