TROISIÈME PARTIE. %i
Tout se rëduit donc à l'examen de la nouvelle demande j. qui s'écarte facilement par les moyens que l'on a annonces en commençant.
Premier moyen. — Le marquis de Nisas n^a point de titre, Pierre Deguers avait liait son testament le 27 juillet 1 573 , devant Montguibert , notaire ; on prëfend
Sue ^ le 14 mars 16749 il aikit dans le château de f urviel un codicille qui change l'ordre de substitution qu'il avait établi par son testament; on prétend que par ce codicille, au aéiautdes mâles de la mai^n Deguers ^ il n'appelle plus successivement Blanche , Françoise et Catherine ses trois filles*; mais qu'il appelle Sébastien de Murviel , fils de Françoise , et audémut de Sébastien de Murviel et des siens mâles , les eâfans mâles de Blanche, et au défaut des enfans mâles de Blanche , lesenfans mâles de Catherine ; en sorte qu'il commence par les enfans mâles de la seconde de ses filles , pqur revenir ensuite aux entàns mâles de la première , et finir par les enfans mâles de la troisième.
Une disposition si bizarre ne parait guère être l'ou^ vrage de la sagesse du testateur ; on l'avait vu neuf mois auparavant suivre dans son testament l'ordre de la naissance, appeler d'abord ses enfans mâles les uns après le^ autres , suivre ensuite le mém^ ordre entre ses filles ,
1>référer Blanche qui était l'ainée à Françoise q«î était a seconde. Comment , quelques mois après, donne-t-il le pas et la préférence aux enfans de la seconde sur les enfans de la première ? Ce renversement de Tordre na-^ ttu'el commence à rendre infiniment suspecte une pièce de cette qualité.
Ce prétendu codicille parsnt fait , à la vérité, dans le château de Murviel, qui appartenait à la seconde fille du tesuteur ; mais si cette circonstance avait influé sur la disposition , elle élèverait de nouveaux Soupçons contre la pièce , puisqu'on ne pourrait pas s'empêcher de reconnaître que Pierre Deguers , obsédé par la dame de Murviel , sa seconde fille ,' et par ses enfans , aurait cédé malgré lui à des impressions étrangères , et que sa nouvelle disposition serait l'ouvrage de la suggestion. Mais , sans approfondir les motifs de la dispositiouj
quelle preuve nous rapporie-t-on qu'elle ail jamais existe ? On voit un papier sur lequel est la signature d'un nommd Pierre Cathelan , qui se dit notaire royal; mais ou est la preuve qu'il y ait jamais * eu un notaire royal nomme Pierre Cathelan ? Où est la preuve que la signature qui est au bas de la pièce représenlëe , soit celle de ce pre'tendu notaire ? Voilà des faits esseatîels qui doivent être bien établis pour donner à la pièce quelque caractère d'authenticité.
Cependant , on ne nous donne pas la moindre preuve de ces faits , sans lesquels le papier repre'senté n'est
gu'une pièce informe et indigne de la moindre conance. Quoi donc ! suffira-t-il , pour re'gler à jamais le sort d'une famille illustre , qu'un particulier ait pris une qualité vraie ou fausse ; qu il ait attesté une disposition pour- que tous les esprits soient obligés de se soumettre à la loi qu'il lui plaira d'annoncer ? mais si cela est , on peut aujourd'hui labriquer une pièce que l'on fera signer par un inconnu qui s'y attribuera le caractère d'officier public , et avec ce papier obscur fabriqué dans les ténèbres, on enlèvera dans cent ans, dans cent cinquante ans , à une maison distinguée , le patrimoine dont elle aura joui si long-temps sans aucun trouble. Ce serait enhardir l'imposture, et lui ouvrir un champ libre pour disposer de la fortune de toutes les familles.
Mais, dit-on , une expédition signée du notaire qui a reçu la minute fait une pleine et entière foi en justice ; c'est le sentiment de Dumoulin , sur l'article 8 de la coutume-de-Paris, nombre 42. Suhlimito in exemplo scripto et confecto ab eodem tabellione quiexcepit et coTi/ècitorigînale^dumnufdo taie exemplum contineat omnem tenorem et omnia solemnia originalis vide" licet datant , testes et subscriptionem ejusdem tabel^ lionis. C'est ici 4e même Cathelan, notaire, qui avait reçu la minute, qui a signé l'expédition ; elle fait donc une foi entière.
Il était inutile de rapporter des autorités pour établir une proposition que personne ne conteste. Sans doute que l'expédition du notaire est une pièce authentique, mais il faut que ce soit un notaire qui ait signé Texpédi-