TROISIÈME PARTIE
Ce sont doncalor^ Ips circonstances qui accompagnent la pièce qu'il faut consulter ; mais ce sont précisément ces circonstances qui , dans l'affaire présente , achèvent d'enlever au prétendu codicille de Pierre Deguers toute idée même d'autbenticité.
En effet , non-seulement ce prétendu codicille n'a rien par lui-même qui puisse inspirer lamoiodre confiance, mais tout ce qui s'est passé depuis plus de cent cinquante ans , ne permet pas de le regarder comme sérieux. On ne voit rien qui annonce qu'il ait jamais été connu ; on ne le trouve dans aucun des inventaires qui ont été faits soit dans la maison Deguers, soit dans celle de Murviel , on ne le trouve énoncé dans aucun titre > postérieur.
Un codicille destiné , selon le système du marquis de Nisas , à donner des lois à plusieurs familles, jusque dans la postérité la plus reculée , aurait-il été ainsi oublié , ignoré pendant près de deux siècles ? Il n'en faudrait pas davantage pour le faire rejeter.
Nous avons cependant quelque chose de plus fort ; la substitution établie par ce prétendu codicille , aurait été ouverte en 1 636 , à la mort d'Henri Deguers ; les Murviel alors avaient un grand intérêt de le faire paraître : pourquoi n'en ont-ils pas réclamé l'autorité rlk ont vu de grandes contestations s'élever sur la succession d'Henri Deguers , Laui^nce de Vayrac sa sœur utérine , se mettre en possession de tout , Jeanne de Lastour et le baron d'Emdoufîel lui contester vSuccessivement la propriété des biens de son iirère, et pour cela invoquer la substitution portée au testament de Pierre Deguers de 1 673 , substitution qui se trouvait révoquée par le prétendu codicille fait en faveur des Murviel : peut-on concevoir que ceux-ci fussent demeurés dans le silence, s'ils avaient eu en leur faveur une pièce que l'on annonce aujourd'hui cpnune si décisive ? De quel poids doit être leur silence dans une pareille situation ? Quelle idée doit-il donner d^une pièce qui par ellemême ne mérite aucune foi en justice ?
Ce n'est point un silence momentané que l'on relève, il a subsisté pendant plus d'un siècle: Le marquis de
Nisas lui-même a attaqué M. le comte du Luc en 1 755 , mais en vertu de quel titre? En vertu du testament seul de 1 575. Il a prétendu que Françoise Deguers étant appelée à la substitution par ce testament, son droit avait ëtë transmis à Gaspard de M urviel son petit-fik , et qu'il lui avait même été transmis par «préférence aux enians de Blanche , sœur ainée de Françoise. Voilà ce qui a fait la matière de la contestation jugée aux requêtes au Palais. Il invoquait donc Tautorite du testament de 1 575 , et , par conséquent , il ne pensait pas même au prétendu codicille de i574- Comment persuadera-t-on après cela que ce prétendu codicille ait jamais existé , que la prétendue expédition qu'on* représente soit une pièce authentique , quand non-seulemeiit rien ne soutient la forme dans laquelle elle parait , mais qu'au con» traire tout ce qui s'est passé d^uis cent soixante-qua* tOFze ans, démontre la supposition et la chimère de cette pièce ? •
Enfin, on demande au marquis de Nisas : Aviez* vous ceprétendu codicille en 1 755, et même en 1 757, lorsque l'affaire a été jugée aux requêtes du Palais? En ce cas , pourquoi n'en avez-vous point fait usage, et pourquoi, au contraire , ïlvèz-vous agi en vertu du testament révoqué par le codicille ? N'aviez-vous pmnt le codicille , lorsque vous avez iormé votre demande en 1 755 , et lorsqu'elle a été jugée en *t 757 ? En qe cas, comment s^est-il trouvé entre vos mains dès le commencement de 1 758 ? Cette apparition subite a quelque chose de trop singulier pour ne pas exciter une juste curiosité. Cependant , quand on presse le marquis • de Nisas de s'expliquer, il s'enveloppe, pour ainsi dire, dans la
{)ièce même et d'un ton mystérieux il nous dit : Je mets a pièce sous vos yeux; parlez à la pièce , pour moi je n'ai rien à vous répondre.
Quand on réunit ces circonstances accablantes à la forme même de la pièce, en vérité il y a de la pudeur à imaginer que des juges éclairés puissent la regarder comme un titre qui doive décider du sort des plus grandes terres , et de la fbrttme des maisons les plus illustres.