TROISIÈME PARTIE. , 48l
êire tenu secr^ , de même que la célébraiioii du mariage, qui devait le suivre de près, sans les obstacles qui sont survenus. Par-là l'inieution des parties n'est pas difficile à pénétrer ; c'était de former un véritable contrat , de célébrer un véritable mariage , d ensevelir toat dans le silence, jusqu'à ce que l'on fin parvenu à former au sieur de Thorigny un établissement par le secotirs de la dot qu'on lui avait comptée et délivrée.
C'est en conséquence de ces desseins cachés que le sieur de Thorigny s'est rendu à Paris à la fin de mai 1 739, sous un nom déguisé , pour y traiter d'une charge de commissaire des guerres, ainsi que plusieurs lettres le justifient, et particulièrement celle du sieur Laurent de Chavagneux, du 22 juin 1 739 ; et sans l'ordre supérieur en vertu duquel on arrêta le sieur de Thorigny le 3o , dans le moment de sa négociation , il jouirait depuis deux ans d'une charge honorable , qui lui aurait donné un rang et un établissement avantageux ; au lieu que ses père et tnère, soiis le voile dcMa tendresse, l'ont couvert d'infamie.
On ne répétera point ici toutes les expressions des lettres de la demoiselle Gonthier, qui concourent à prouver cet établissement , qui devait affranchir le sieilr de Thorigny de la situation violente 011 il était ; elles sont rapportées dans les précédons mémoires, et particulièrement dans la lettre en forme, de mémoire , où l'on voit évidemment que c'était l'unique but des contractans.
( Présomptions chimériques avant le conlrat. )
Le curateur et les sieur et dame de Villesavoye, pour détruire cet acte authentique, renferment leurs preuves dans la simulation qu'on a tait voir n'être pas proposable, autrement dit, dans des présomptions Chimériques tirées des faits qui ont précédé le contrat, et de ceux qui l'ont suivi. La première époque reniêrme deux sortes de prétendues présomptions, dont les unes résultent d'un tissu de calomnies répandues gratuitement sur la réputation de la demoiselle Gonthier ; et les autres, défaits d'où l'on prétend conclure que la somme
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àe 40,000 livres aa ni ^le ponëe chez le tiotaire, ni délivrée au sieur de Thorigny, ou du moins que c'est une fictioni une apparence, un prestige.
Par rapport aux calomnies, la demoiselle Gonlhier a&it voir dans sa lettre ea forme de mémoire comlnea le cœur de Thomme s'égare, quand il se livre au pentïhant de noire ; que rbomme de bien ne présume pas le crime ; qu'il but qu'un crime soit sans voile pour le croire ; que le secret de la lettre du 1 2 mars ne regardait que le dédit de d0,ooo livres. Qu'il était impossiUe en rapprochant les dates, et même absurde, de rappliquer à une grossesse que la dame de ViUesavoye convieat n'avoir jamais existe*
Cette lettre , dit le défenseur du curateur, &1. 3 reoio du gros mémoire, a/antsu tout reffèt qu'on potMkui en atteindre , fut suivie d'une réponse du sieur de ThopigW: On voudrait par4à insinuer à la cour que k si^ur w T borignyï pendant son voyage à Paris, dont OR a rendu compte oans le précédent mémoire, voulait se détacher ; que cette lettre avait eu tout son efiet, en le ramenant. Mais quand on voit paraître la lettre du sieur de Tborigny du 1 1 , c'est-à-dire du jour précédent , cette idée est démentie.
lia demoiselle Gontbier a fint voir l'innocence de b trahison du sommeil ; il pouvait être commun , il pouvait ne le pas être. Qui peut l'assurer ? De ce qu'il a pu être conunuA, conclure qu'il l'ait été, n'est-ce pas blesser les règles de la religion , de l'honneur et de la logique ? A possibile ad actum , rion valet argurmentum,
La dame de Yillesavoye ne peut s'imaginer qu'on puisse aimer sans orime : les ombres sont pour elle des véiilés ; des expressions tendres sont des preuves de dé« bauobe i et quoiqu'elle convienne qu'aucun effet extérieur n'a réalisé ses calomnies, elle s'est imaginé que la demoiselle Gontbier pouvait avoir eu pour «on Bis des &cilités çrinûoelleSy par conséquent qu'il ne fallait point en douter ; que c'était une vérité constante , dom elle pouvait tirer de grands avantages ; qu'il suffisait que des expressions ixmocentes pussent adopter un sens
tuoisièltt; PARTIE. 48$
crimÎDei , pour le saisir ; qu'on né pouvait enfin sans crime donner une nuit à ses affaires y lorsqu'on est per» sécaië. le jour, et obligé de se soustraire à sa vigilance. Et dans quel endroit? Chez un notaire , homme de bien, .que la demoiselle Gonthier ne connaissait pas , où elle allait passer un contrat de mariage.
La pdnture qu'on a iàite de la demoiselle Gonthier^ comme une fiUe consommée dans l'art de séduire , n'est-^ elle pas pleinement jjétruite par le témoignage qu'une dame de grande considération lui a rendu? ajoutera-» t-on plus de foi à une déclamation satirique , qui n'esC appuyée d'aucune preuve ^ mais seulement étayée de la liame la plus violente contre une lamille étrangère qui veut procurer l'établissement d'un fils âgé de plus de trente ans , tandis que la mère veut le perdre sans res-^ source ? La conduite exacte et régulière que cette de* mmselle a tenue avant et depuis le contrat ^ est à l'abri delà plus sévère critique. Ses vues étaient légitimes , ses lettres devaient être ensevelies dans le silence , et si eHes sont remplies d'expressions tendres et vives y doit-on de ces expressions en conclure le crime? Les gens d$ bien ne le pensent pas. On peut aiçier avec ardeur, désirer un mariage sortable y et en même temps apporter une dot bien réelle.
Les autres faits qui ont précédé le contrat dont on prétend tirel^ d'autres présomptions, sont que la demoi-^ selle Gonthier soutenait le sieur de Thorigny dans ses traverses ; qu'elle lui donnait les conseils les plus hardis et les plus dangereux; qu'on a intimidé le sieur de Thorigny par des menaces ; qu'elle était l'ame et le ressort qui le faisaient agir ; qu'il attendait avec confiance qu'elle lui fît part des mesures qu'il fallait plrei^*' dre ; qu'il avait long-temps résisté a ses projets, et que la fiction est particulièrement prouvée par les lettres que la demoiselle Gonthier a en sa possession et n'a point communiquées; qu'aucun parent n'a assisté à ce contrat ; que dans quelques lettres , antérieures d'un mois ou trois semaines, il est dit : Marque^moi si tu €Ls de l'argent y parce que si tu n'en as pas , je pren-drai mes précautions ; je compte que cela coûtera
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douze ou treize pistoles ; qu'on ne voit point l'origine de la somme de 40,000 livres ; qu'elle avait &it dresser un modèle de contrat ; et de toutes ces idées , on conclut que l'apport de ceue somme de 40,000 liv. est un dédit déguisé , une fiction , un contrat qui n'est pas sérieux , enfin une comédie qu'on a jouée.
Peut-on raisonnablement proposer de pareilles chi- . xnères contre un acte authentique à qui b foi est due? Or si la foi est duc à l'acte , comme les parties en conviennent , il est donc vrai que le sieur de Thorignj l'a réellement reçu ; il est donc vrai qu'il en est débiteur : et par la réalité de ce fait , attesté par le notaire et tes témoins , tout ce que l'on vient de proposer tombe d'un seul coup, et disparaît en chimère.
La demoiselle Gonthier, par ses mémoires et par les lettres du sieur de Thorigny qu'elle rapporte , démontre qu'elle n'était pas la seule actrice ; que c'éuit i^n concert mutuel ; que l'un et l'autre se donnaient mutuellement des conseils ; que les prétendues menaces étaient un jeu concerté ; que le véritable point de vue des parties contractante^ était d'affirancbir le sieur de Thorigny de la persécution de la dame de Villesavoye par un établissement honorable. D'ailleurs, serait -il exti*aordinaire que la demoiselle Gonthîer se fût chargée des conseils et des projets ? Le sieur de Thorigny était dans une gène continuelle ; sa mère inquiète veillait sur toutes ses démarches. La demoiselle Gonthier au contraire était «n pleine liberté, en état d'agir et de prendre toutes les mesures convenables : tout le risque était pour elle, comme elle le dit dans une de ses lettres. Y a-t-il encore rien de plus commun que de porter chez un notaire un acte tout rédigé ? Mais quand il y a numération et délivrance , les notaires ne signent point si elle n'est effuctuée en leur présence. Eiilin, quant à l'origine de la somme, on n'est pioint obligé de la développer; et si la dame de Villesavoye affecte à cet égard quelque doute , la lecture des pièces qu'elle a iiût imprimer prouve assez sa mauvaise foi.
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(Présomptions chimériques après le contrat.)
Les inductions qa'on lire de faits qui se sont passés après le contrat, sont encore d'un degré inférieur à celles que Ton a déjà proposées. En voici le détail : par une lettre du. sieur Gonihier père , il a, dii-on, trouvé le contrat en bonne forme et bien conditionné; il a vante la vertu de sa fille , ses bonnes mœurs , sa religion ; il s'est donné des mouvemens peur faire publier des bans. S'ensuit-il de là que le contrat de mariage n'est pas sérieux ; que c'est une comédie jouée ? N'estce jpas plutôt une preuve évidente du contraire, puîsqu en conséquence de ce contrat on^ voulait parvenir à la célébration ? S ensuît^l de ce qu'il a précoiasé les qualités de sa fille , que les 4o,ooo liv. de dot n'ont pas été délivrées au sieur de Thorigny,. dont on avait embelli la fortune , comme un homme <jui était propriétaire d'un legs de vingt mille écus , qui possédait un bon emploi , qui avait un- père et un oncle riches desquels il* est héritier ^
La lecture de la sommation faite aïk cure dèTournanle 23 mai 1 739 , prouvera que le déguisement dans la
S publication des bans projetés, n'est que dans la bouche ^ u défenseur de lo dame de Villesavoye , et l'infinité de dettes contractées par te sieur de T%ûrigny à Laon , dont on n'a pu fournir jusqu'à présent la moindre preuve , est une impostiure criante. Sur le même plan de &usseté on continue à soutenir que le sieup de Thongny était alors enfermé dans le prieuré de Ghantrud' (que l'on voudrait faire passer pour un coumnt ) , tandis ^'il est prouvé* par pli::£ieurs lettres qii^il était à Paris à la fin de mai.
On prétend encore tirer de grands avantages de* certains aveux du prieur de Ghantrud , effets des lïiei^dces des ordres supérieurs , dbnt le défunt évéque de baon et la dame de Villesavoye se disaient armés ; mais SI ce prélat et cette dame manquaient à la vérité , en supposant des ordres de M« lé comte de Maurepas qu'ils savaient pas, fera-t-on un crime à ce prieur de dégtiiser lA vérité poiur se garantir de leurs persécutions ? Le dë^
taîl de cette intrigue est rapporté dans la lettre en forme de mémoire. On n'en dira rien ici davantage , parce que tout cela n'a rien de commun avec la réalité de la dot de 4O9OO0 liv. qui a été comptée, nombrée et délivrés au sieur de Thorigny en la présence du notaire ei des témoins. Le sieur de Thorigny en est devenu |Mur cette délivrance le maître et le seigneur , comme çn le vcHt encore par la lettre du 6 Juin 1 759 , et par Tacquiaî' lion qu il voulait flaire de la charge de commissaire des guerres.
La déclamation que l'od fait sur la conduite du sieur Gonthier^ sur le retour de sa fille , ordonné par M. Téyfêffie de Laon , et sur les avantages qu'une &mille éirangàre Élisait au sieur de Thorigny contre les.perséeutions d'une mère qui n'a que trop fait voir dans la suite qu'elle voulait le nerdre sans ressource , devrait animer la justice. C'est aans ces cas singuliers oà cette mère devrait être dépouillée d'une autorité mm la ki lui donne , paroe qu'eue en abuse , et qu'elle l'etead encore au delà du terme fiaital , par des ordres sut pris h « l'autorité suprême.
Comment le sieur Amanld a-t«*il pu avancer que le s«éur Gonthier père doimerait 5o,ooo lîv. lors de k passation du contrat, puisque le contrai était pas^ ? tt faut que le sieur AmauU se sc^it trompé , qa'u ait Bal entendu , ou qu'il se soit mal eiipliqué ; au reste c'est un étranger qui parle, e% une ibule d'étianginrs attesteraient que le sieur de Thor^ny n'est pas àébum , sans <9pérer sa lib^ation ccmtre un acte auiheBtâ|aa à «piî I» loi est due.
Les prétendues r^nses qu'on ftit frira au sieur de Thorigny pendant sa captivité ^ et contre lesqndles il a si souvent réclamé depuis ipi^îl a brisé se^ thmàÊS^i ne méritent pas plus d'atteoUq». En v^a va dâsteor déclare qu'il na l'est pa4, ses déclarations s<»a vaines, et ne peuvent dans un temps dé liberté opërar sa lîbé' ration , à plus forte raison dans sa captinté.
JUi dame de Vâlesavoye a profilé de la tris^ sîtoa* tian où il était^ pour ûrer de hû les htuK aipens qui paraissent soiks son ne!». U a ft&tvoir dans sa. lettre
TROISIÈMB PAR TU. /^Sj
cmi ferme le troisième méneire de k d^fnctisellé 6ontnîer , qu'il y en a de si absurdes , que cela seul deyrait déterminer la*coor à les regarder tous comme des faus^ setés arrachées à la tiolence et au désir qu-il avait de parvenir au moment heureul du 8 août 1740. B était encfaaânë depuis cpiinze mois , il n* avait point vu dans cet intervaue la demoiselle Gonthier, il n'avait reçti' d'elle aucune lettre , il se déclarait ouve;rtement contre elle, contre le prieur de Qiantrud , et comre le sieilr Gontbier , avec des teirmes bas, indécens et injurietnL Etait«^e kii qui parlait? Qlii le croira, quand on le voit après quinze mois de captivité rompre ses chaînes, courir les dangers les plus efirayans , renouveler ses sermens à la demoiselle Gonthier , et rendne au prient de Chant rud et au sieur Gonthier père, la réputation ue sa mère voulait leur enlever ? C est done 1 ouvrage le la mère et non pas du fils ; c'est une manœuvrô d'iniquité que le temps a développée ; plus propre à attirer l^aignation de la justice , que h libération du. débiteur.
Si la lettae du 6 juin est échappée au défenseur de la dame de Villesavoye , s'il n'a^ pas fait sur cette lettre l'attention et la ^remarque qu'il croit qu'elle mérite,
ellen'
taine
tribunal où la cause en effet ne ibt qu'
témoignage du défenseur de ta demoiselle Gon^er doit
dissiper le doute du curateur.
Il €st inutile ici d-entrer dans la qtfalité du bénéfice in prieur d^ Chantcud , il est notokré qu'il vaut au moins 1 5, 000 liv. 9 et que te prieur n'est point amovible sans de puissantes raisons; c'est de qtîoi H s'agit atl. conseil d'état de sa majesté, où l'affaire est pendante et indécise , et d'où il espère incessamment uo arrêt qui le vengera de ses ennemis.
Rien n'était plus facile que de calmer la deipoiselle Gonihier sur les violens soupçons qu!elle a d'un ordre supérieur surpris contre elle. La dame de Villesavoye B'avait qu à lui remettre la lettre qu'elle s'était vantée 4'a^ir de Mw k comte de Maur^as -, ce Mni^vmmxA^
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conduit qni la rassurerait. Elle aurait alors llionneur de rendre compte à la cour de sa conduite. A ce clélbut elle Fa cftablie d'une manière si simple et si naturelle par sa lettre en forme de. mémoire, qu'on y voit à découvert la droiture de son cœur, la sincërité et la no- ))lesse de ses sentimens , et sa gén^osité pour le sieur de Thorigny.
n n'est point encore question de parler du legs universel fait au sieur de Thorigny , ni de discuter les créances du sieur son père. Il était aisé à ce père, vis-a-vjs de son (ils renfermé alors à Bicetre, de se taire adju«^ar les biens de la denioiselle Renaudin , à la charge d'ooe affirmation qu'on croit encore â faire ; on connaît le mystère de cette frauduleuse créance , qu'on saura démêler quand les temps seront arrivés.
Ija cour voit donc que tout ce que l'on oppo5e i l'authenticité du contrat de mariage du 6 mai 1739, qui porte que la dot de 40,000 liv. a été comptée, nooibrée et délivrée au sieur de Thorigny en présence dit notaire et des témoins, auquel on convient que la foi est due, se renferme : 1^ dans des calomnies; 2^ dans des ftiits d'où Ion a voulu conclure que la numération n'avait pas été faite, tandis que Ion convient que la foi est due à l'acte; 3° dans im nouveau genre de séduction avancé sans preuve , et inconnti à nos pères; 4^ par des lettres étrangères qui ne disent rien ; 5^ par oe &uz aveux arrachés au débiteur dans les chmnes, et quil dément en liberté. L'interdiction le prive de la disposition de son bien , mais ne le prive pas de rendre a la vérité l'hommage qui lui est dû. EnGn toutes les pré» tendues preuves, soit de simulation, soit de présomption , sont chimériques.'
' Sentence sur délibéré qai déclare oalle la quittance de étA àt 40,000 Ht. , et arrêt confirmatif du i" septembre ijio.