TROISIEME PARTIE
Première époque. Temps du mariage. — Le marquis du Pont-du-Chàteau était à peine majeur lorsque sou père pensa à le marier en 1714 ^vec la demoiselle Ferrand , fille uni(jue de M. Ferrand , conseiller d*état ; le fils n'eut aucune part ni aux convfentions ni aux états qui furent donnes respectivement , il suivait aveugle'ment les conseils et les ordres de son père; ainsi on ne lui peut rien imputer personnellement de ce qui se passa alors.
La dot de la marquise du Pont-du-Château fut de^ 480,000 liv. dont il y avait 25,ooolivi en meubles, diamans ou bijoux , et 248,000 liv. en principaux de rentes sur la ville, qui étaient alors au denier vingtcinq et qui depuis ont souffert la réduction au denier quarante. Le reste consistait en terres , maisons et rentes sur particuliers ; il n y a point de contradiction entre les parties à cet égard.
Il n en est pas de même des biens du mari , que la dame marquise du Pont-du-Château enfle et exagère au moins des deux tiers. Il est vrai qu'elle a pour elle un titre qui pourrait d\ibord en imposer ; mais comme la vérité doit toujours prévaloir , les inductions qu'elle en tire vont bientôt se dissiper. Elle se fende donc sur Tétat des biens du marqul» du Pont-du-Château , annexé à son contrat de mariage, suivant lequel elle prétend qu'il avait la terre de Monteil de 12,384 hv. de revenu , les terres de Juillac et Bois-Franc de 2, 000 liv. , celle de Seilloux de 2,000 liv. , celles de Cressac et le Cornet de 6,000 liv. , la maison et pré de Gueret de 43o liv. , ce qui faisait en tout 22,784 liv. de revenu ; elle ajoute à cela 4o,ooo liv. de meubles et 4^)000 liv. de recouvremens.
Mais ces grandes idées vont bientôt s'évanouir par des preuves auxquelles il est impossible de résister. Par rapport au fonds déterres, il est vrai que le marquis du ront-du^Château les possédait , mais toutes ensenible ne rapportaient qu'environ 1 0,000 liv. par an. Celle de Monteil était en régie ; mais pour fixer sa juste valeur , il n'y a qu'à observer que le sieur Dupille à qui elle a été vend'ie en 17 19, ne l'a affermée depuis que 4^0001. y
le bail en est jproduit sous la cote D. de l'inventaire da marquis du ront-du-Châleau; ainsi il y a une exagë» raùon manifeste dans l'état, quand on Fa portée à iâ,584 liv. par an. '
Celles de Juillac et de Bois-Franc n'étaient aflèrmées que 1 ,3oo 1. , et en effet le marquis du Pont-du-Cbâteau ne les a vendues en 1 ^3/5 que 34)000 liv. Celle de SeiU loux n'était affermée que 1 , 1 00 liv. et n'a été vendue [ue 25,000 liv. Celles de Cressac et le Cornet , au lieu te 6,000 liv. pour lesquelles on les emploie dans Félat, n étaient affermées que 3,3oo liv. et elles ne le sont actuellement que sur le pied de 3,6oo liv. Enfin la maison et le- pré de Gueret nont jamais produit que 43oIiv. Tous ces objets réunis ne montent qu'à iO|i3oliT. par an, au lieu de 22,784 liv. Cela est prouvé par des baux non suspects qui prévaudront toujours sur renonciation infidèle d un état auquel le marquis du Pont-du- Chateau n'a eu aucune part. Voilà tout le revenu qu il , avait en se mariant ; mais sur ce revenu il y avait des charges qui l'absorbaient en entier.
Car sans parler des réparations et autres charges, le marquis duPom-du-Château devait à son père 3,ooo 1. de rente viagère, et aux anciens créanciers de sa maison 5,3 1 5 liv. de rentes constituées par an, ce qui est justifié par les quittances de remboursement, dont les capitaux montent à 1 1 1,000 liv. Il est vrai que dans l'état , ces dettes ne sont portées qu'à 59,'>oo liv. ; mais la réalité des paiemens que le marquis du Pont-du-Châteaa a été obligé de Ikire, justifie l'infidélité de cette énonciation, et ne laisse sur cela aucune ressource à l'équivoque. On voit donc que le marquis du Pont-du- Château ne jouissait réellement que de 10,000 liv. de revenu; qu'il avait 8,3 1 5 liv. à payer par an, et que l'excédant de i,3i51iv. ne stiffisait pas pour acquitter les charges réelles des terres.
Quant au mobilier dont l'état est aussi décoré, on juge bien qu'U a été encore plus &cile de le porter i un excès outré. Lie marquis du Pont-du-Château n'avait point de maison à Paris , et par conséquent il n'y avait aucun meuble ; il pouvait sen trouver dans ses terres,