TROISIÈME PARTIE
mais de ces meubles aniiaues qui ne valaient pas ce qu'il en aurait coûté pour les transporter à Paris ; et à 1 égard des recouvremens , outre que rien ne peut fixer le montant , ce sont des objets sur lesquels on ne peut jamais compter : car les frais que Ton fait pour poursuivre d'anciens fermiers, excèdent souvent ce qu'on en retire.
Il faut donc qu'il demeure pour certain que le marquis du Pont-du-Château ne jouissait de rien lorsqu'il s est marié, qfte tes revenus de plusieurs petites terres qui lui appartenaient, étaient absorbés par les rentes qu'il avait à payer , et que toute sa fortune se réduisait à l'espérance de jouir un jour de la terre du Pont-du- Cbâteau, après la mort de son père; c'était un grand objet , puisque cette terre est de 24)000 liv. de revenu ; mais cet objet n'était pas présent , et le marquis du Pont-du-Cbàteau ne 1 a recueilli que plusieurs années après son mariage.
Seconde époque. Ce qui s'est passé depuis le ma^ riage jusqu'à la demande en séparation. — On vient devoir que le marquis du Pont-du-Château', lorsqu'il se maria , ne jouissait d'aucun revenu effectif de son chef, et qu'il était réduit à la dot de la dame marquise du Pont*du- Château, qui produisait à peine 18 à 20,000 liv. de rente. Avec un revenu aussi borné, il iâllut faire de grandes dépenses pour le mariage, pour meubler et monter une maison considérable , et pour faire vivre la dame marquise du Pont-du-Château d'une manière convenable.
Ces dépenses furent soutenues par le marquis du Pont-du-Château avec tant de sagesse, qu'il ne contracta presque auctmes dettes. Ce ne fut pas , comme on le suppose , en aliénant les fonds de la dame du Pont-du-Château , et en dissipant les deniers provenans des remboursemens ; car il est prouvé que si d'un côté il reçut malgré lui quelques remboursemens offerts par les débiteurs de la dame du Pont-du-Château , il lit de Fautre des emplois qui pouvaient monter à peu près aux mêmes sommes qu'il avait reçues.
*J20 ŒUVRES DE COCHIX.
Le 16 octobre 17149 î^ plaça 4O9OOO livres sur l& ëtats de Bretagne; le 2 5 novembre suivant, il acheta le régiment de 1 Ile-de-France, et le 1 4 décembre de k même année il plaça encore 3,700 liv. sur les aides et gabelles. En 1 7 1 8 il fit encore nn eniploi de 1 2,000 liv. sur M. le duc de Luxembourg. En 1719 il prêta 27,000 liv. à constitution à la dame de Maulevrier ; en un mot , la dépense en emplois balance a peu près la recette en remboursemens. Ce n'est pas que l'on prétende entrer ici dans un calcul arithn^tique , comme
' s'il s'agissait d'arrêter le compte d'un trésorier , ce serait dégrader le pouvoir du mari, et le caractère de l'autorité que la loi lui confie ; il sufRt de faire connaître en général qu'il n'en a pas abusé a la ruine de sa femme ; et c'est ce que l'on ne peut jamais imaginer, <]uand on voit qu'il a toujours été occupé à fiiire des emplois à mesure qu'il a reçu des remboursemens.
Nous voici parvenus à l'époque des révolutions qui ont causé la ruine de tant de familles en 1 7 1 9 et 1720 ; les personnes les ^lus sages et les plus attentives à leurs affaires n'ont pu sauver leur fortune du naufrage. Le marquis du Pont-du-Château a été assez beureux pour , ne recevoir qu'un faible échec, et pour conserver le bien de sa femme presque dans son entier.
Dès le mois d'octobre 1719, et dans un temps où l'on ne prévoyait point encore les désastres qui ont
' suivi , le sieur Dupilie lui fit demander s'il voulait vendre sa terre de Monteil ; le prix qu'on lui en offrit, le détermina à la vendre. Cette terre , comme on l'a dit , n'est actuellement affermée que 4>ooo liv.; on convint de lui en donner 100,000 écus. Jje marquis du Pont-du-Château crut devoir accepter des offres si avantageuses ; le contrat de vente fut passé , il en reçut le prix , et son premier soin fut de l'employer à payer les dettes de sa maison antérieures à son contrat de mariage ; il les remboursa en entier. Les capitaux seuls montaient à 1 1 1 ,000 liv. , il en était diî quelques années d'arrérages, tout Ait acquitté; le surplus du prix resta entre ses mains jusqu'à ce qu'on pût trouver quelque emploi ; mais on sait qu'ils devinrent de jour en jour