‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 5)Chapitre 52 sur 226 · TROISIÈME PARTIE. l5l · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. l5l

aux actes qu'il a signes ou adoptés , pour le faire voir dans tous les temps contraire à lui-même.

En un mot, les fins de non-recevoir les plus victorieuses, Tes moyens les plus solides au fond , tout condanme son entreprise , et établit la justice et la régu-< \mv6 de la sentence dont est appel.

Fait. — M. de Seignelay, ministre et secrétaire d'état, fut attaqué à la fleur de son âge d'une maladie d'autant

S lus dangereuse , que les coups qu'elle portait étaient 'abord en quelque manière imperceptibles. Le zèle qui l'animait pour le service du roi , la confiance qu'inspire la jeunesse , lui firent négliger les atteintes d'un mal qu'il ne connaissait pas , et ne servirent qu'à le rendre plus incurable.

Il se déclara en 1 690 d'une manière à donner les plus vives alarmes ; on employa tous les. secours que l'on pouvait attendre de la capacité et de l'expérience de ce grand hombre de médecins que rassemblent ordinairement et la cour et la capitale du royaume. Leurs soins, leur attention , leurs remèdes , tout demeura sans succès ; on fut. réduit à chercher dans la province un de ces hommes dont l'éloignement augmente la imputation, et qui semblent réservés pour des cures extraordinaires. Le sieur Pailhoux , médecin de Saint-Chinian en Languedoc , fut appelé et se rendit auprès de M. de Seignelay; mais quelque intérêt qu'il eût de se signaler dans une occasion si éclatante , et quelques ressources qu'il nnt en œuvre pour y réussir , le mal était parvenu à un tel période qu'il ne put le surmonter , tout annonça une décadence prochame.

M. de Seignelay, qui ne pouvait plus s'aveugler sûr son état, soutenait autant que sa faiblesse le pouvait permettre , le poids du ministère : il affectait de cacher aux yeux de son roi et du public le danger de sa situation ; mais il ne pouvait se le déguiser à lui-même , il ne s'occupa donc plus que du soin d'arranger séf affaires domestiques et de pourvoir à la distribution de ses biens qui allaient incessamment lui échapper.

D avait alorsxinq enfans mâles : il crut devoir procurer à son aîné de plus grands avantages que ceux q^LÎ

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Itd étaient destinés par les dispositions des coutumes où ses terres étaient situées. Ce fut dans cet esprit que le 3o septembre il lui fit une donation entre-vife de la terre et marquisat de Seignelay, et autres terres situées dans les provinces de Champagne et. de Bourgogne. M. dé Seignelay ne doutait pas qu^outre cette tenre , que son fils aîné aurait comme donataire , il ne fut en droit de prendre encore sa portion héréditaire dans les autres biens de sa succession ; sans cela la donation, loin d'être un avantage pour Fainé , aurait a peine suffi pour sa légitime.

Ce fut dans ie même esprit qu'il chargea la donation d'une substitution graduelle y perpétuelle et masculine, d'abord en faveur des descendans mâles de son fils ^é , et ensuite en &veur de ses frères et de leurs descendans mâles ; dispositio^ qui justifie par&itement que la vue de M. de Seignelay était de former une espèce de préciput de cette terre , de la distraire de la masse de ses biens , pour en faire entre ses descendans mâles l'apanage de la primogéniture.

Quoi qu il en soit, on voit que cette donation fut insinuée a Vans., lieu du domicue de M. Seigneby, mais ; elle n'a point \ké insinuée dans les jurisdictions de la /" situation des terres données : formalité essentielle ce-

Eendant et dont l'omission emporte nullité radicale de L donation , même à l'égard des héritiers du donateur, suivant l'article 58 de l'ordonnance de Moulins.

Peu de temps après l'époque de cette donation, c'està-dire le 5 octobre 1690 , le roi partit pour Fontainebleau. M. de Seignelay, malgré l'excès de son zèle, ne put suivre son maître ; sa faiblesse , son épuisement ne lui permettaient pas de risquer un voyage de quinze ou seize lieues ; on voit par une suite de lettres qu'il continua son séjour à Versailles jusqu'au 7 octobre; ce fut alors qu'il se fit transporter à Paris , où il donna tous ses soins à rédiger ses dernières volontés pour consommer larrangeinent commencé par la donation du 3o septembre.

Frappé des idées d'une mort prochaine, il ne pensa qu'à la (tistribution qui devait être faite de ses biens après

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ion Aéckê. Dès le 1 4 octobre il rëgla les rëcompenses qull voulait &ire à ses domestiques. Voici la forme de cet acte qui est d'une conséquence infinie , il commence par un titre conçu en ces termes : Etat de ce que je ^eux être distribué à mes domestiques après ma mort. D tait ensuite ses dispositions , qui consistent à laisser aux uns des pensions viafi[ères, aux autres des sommes en argent ^à M. de Celliêres mon aumônier, 3oo AV. de pension n^iagère et looo /iV. une fois payées ; à Ctûwigr^, 5oo Usf. de pension viagère, à Cardot, âoo iiV. une fois payées, et ainsi des autres à chacun desquels il donne différentes récompenses. Cet acte important finit ainsi : /Vi/t ^ Pam , ce \[\ octobre i6go.

Signé DE Seignelay.

Ce n*â.aii là qu'une partie du testament qu'il se proposait de faire incessamment; il le rédigea quatre jours après, c'est-à-dire le 1 8 octobre. U y annonce d'abord le danger de son état. Uincertitude (dije suis , dit-il , de révénement de ma maladie , m'oblige de donner ordre . à mes affaires y et à faire savoir par cet écrit \quelle est ma dernière volonté sur la disposition de mes biens. Après quelques legs pieux il nonune madame de Sei-^ gnelay sa femme, tutrice de ses enfans^ ne pouvant leur donner personne d'une vertu plus solide et d'un plus véritable mérite; il prie M. Pussort d'accepter la tutelle conjointement avec elle , et de nommer ensem* ble un tuteur onéraire.

D veut que l'on pourvoie au plus tôt au paiement de ses dettes sur le prix de la vente de ses meubles, et d'une ou deux maisons. Il avait pour 960,000 liv. de brevets de fetenue dont il pouvait disposer à son gré au profit de ses enfans, sans qu'ils fussent obligés d'en &îre aucun rapport à sa succession ; il en donne 3oo,ooo liv. au comte de Creuilly son second fils , et veut que le surplus soit partagé également entre les trois pninâ, ne Jaisant point mention, dit«-il^ de mon fils aine qui est assez avantagé d'ailleurs.

Il est évident qu'il entendait , par cet avantage , la donation qu'il avait faite le 3o septembre précèdent ,

et que c'est ce qui le détermine à ne lui Ëdre aucune part dans les brevets de retenue.

Pour le surplus de ses biens, il ^'en rapporte aux dispositions des coutumes où ils sont situes.

Enfin il recommande ses entans à MM. les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers.

Ce testament est encore daté de Paris, et finit ainsi : Fait à Paris, le \^^ jour d'octobre 1690.

Signé COLBEKT DE SElGN£tAY.

Il parait que M. de Seignelay demeura à Paris jusqu'au 22 du même mois, qu'il se fit encore transporter à Versailles , où il mourut le 3 novembre suivant. Le lendemain M. le coadjjateur de Rouen son frère, déposa chez un notaire au Châtelet , le testament et l'état du 1 4 octobre qui y était annexé. Bientôt la nouvelle de sa mort fut annoncée à la France et à toute l'Europe , avec cette circonstance qu'une vérité universellement reconnue pouvait seule faire relever alors, qu'il était décédé après une longue maladie.

On ne pensa à faire un partage entre ses enfuis qu'en 1707; il fut fait en présence des parens des mineurs* On y reconnut que la donation de 1 690 était nulle par elle-même, parce que les coutumes de Sens et d'Auxerre, dans lesquelles les terres données se trouvaient situées , exigeant une survie de quarante jours pour les donations faites en maladie , et M. de Seignelay étant mort trente-deux jours après celle-ci , elle ne pouvait plus se soutenir. En conséquence, on convint que la terre de Seignelay serait partagée ab intestat^ comme les autres biens, et que les brevets de retenue même enu^raient dans la masse du partage , le marquis de Seignelay fils aine, n'en ayant été exclus par le testament qu'en considération de l'avantage que son père croyait lui avoir fait par la donation , et dont il ne pouvait profiter.

Le marquis de Seignelay fils aîné mourut en 1712, sans entans mâles. Si la donation de 1 690 avait pu se soutenir, le droit du sieur d'Estouteville pour demander l'ouverture de la substitution était ouvert , et il ne l'aurait pas négligé s'il avait conçu la plus légère espérance d y réussir j mais il aurait soulevé toute la famille ins-

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