‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 5)Chapitre 60 sur 226 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

fait son testament ; M. de Seignelay le dit lui-même dans cet acte, V incertitude où je suis de l'événement de ma maladie y etc. Ce n'était pas, comme on le suppose, une légère indisposition , car dans ce cas on ne témoigne point cette inqmétude, ces alarmes que le testament fait' sentir ; la maladie était si pressante et si vive, que quatre îours auparavant M. de Seignelay avait par un acte particulier déclaré ce .qu'il voulait être distribué a ses domestiques après sa mort , et que dans son testament il pourvoit à tout , au sort de ses enfans et de ses biens. 11 était donc malade , il se sentait en danger ; cependant depuis ce testament il a fait tout ce qu'il a fait depuis la donation, il a vaqué aux fonctions du ministère , c est-àdire qu'il a signé des ordres et des lettres ; il a fait le voyage de Paris à Versailles ; le sieur d'Estouteville suppose même qu*il a assisté au conseil du roi : que deviennent donc après cela les objections du sieur d'Estouteville ? Pour prouver que M. de Seignelay n'était pas malade au temps de la donation, il relève les mêmes circonstances qui se sont passées depuis le testament; or M. de Seignelay était malade lors de son testament; donc on peut être attaqué d'une maladie dangereuse , et faire cependant tout ce que le sietir d'Elstouteviile nous oppose.

Cela peut être , dit le sieur d'Ëstouteville , je vous passe que M. de Seignelay fût malade , mais quel était le degré de sa maladie ? était-il gisant au lit malade? Car c'est là ce qu'exige l'art. 277 de la coutume ; et en effet , on ne répute point im liomme malade , quand il n'est pas au moins retenu dans sa chambre ; consultez la médecine ancienne et moderne , elle est d'accord sur ce point.

Quand ce serait à la coutume de Paris qu'il faudrait recourir pour juger de la donation Ëdte par M. de Seignelay , rinduction que l'on voudrait tirer de l'art. 277 serait bien facile à détruire. Quand ia coutiune parle d'un homme gisant au lit malade , elle n'a pas prétende que Ton prit ces expressions à la lettre , elle a désigna léut le plus ordinaire d'un malade. Si la maladie est de telle nature qu'elle n'empêche pas un homqpie de sortir de sa chambre, elle n'en tait pas moins obstacle

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1^ OBUVRES DE COCHIN.

pour cela aux donaiions entre-vifs , qu'il fait dans un temps où il est menace d'une mort prochaine. Ce n'est pas la situation du malade oui détermine la coutume ; . qu'il soit couche ou debout, dans sa chambre ou dehors , tout cela est indifférent; c'est donc à la maladie seule qu'il faut se fixer.

On a parlé de Tarrét rendu en faveur du sieur Gruin , c'est précisément ce qui condamne la prétention du sieur uEstouteville. Le sieurGruin, maîtrede la chambre aux deniers, avait donné au sieur Gruin son neveu ^ garde du trésor royal , la terre de la Celle; cette donanation avait été passée chez le notaire ; le sieur Gruin, donateur , s'y était rendu à cet effet. La donation fut depuis attaquée par madame Fraguier , fille du donateur, sur le fondement que lors de cette donation son père était malade de la maladie dont il était décédé. On soutenait au contraire que le sieur Gruin n'était pas malade, et l'on relevait la circonstance qu'il était sorti de chez lui, et qu'il s'était rendu chez le notaire pour passer l'acte; cependant la preuve du fait fut admise, par où on jucea dissertement que Fart 277 pouvait avoir son application , quoique le donateur ne fût retenu ni dans sa chambre ni dans son lit. En conséquence il y eut des enquêtes faites de part et d'autre ; et comme il rut prouvé par les enquêtes que le sieur Gruin n'était pas malade, la donation fut confirmée; mais on n'en avait pas moins jugé auparavant dans le point de droit,

aue , quoi qu'un homme sortit de sa maison , et vaquât ans le public à ses affaires, il pouvait cependant être dans le cas de la prohibition portée dans Tart. 277.

En effet, il est un genre de maladie qui n'en est pas moins mortelle, qui n'en menace pas moins d'une fia ' prochaine , quoiqu'elle laisse^encore la liberté de sortir et de vaquer à quelques affaires. Que la médecine s'explique sur cela comme elle le jugera à propos , elle ne détruira pas dans Thomme le sentiment de fex'trémité à laquelle il se trouve réduit; elle ne dissipera ni ses alarmes ni le danger de sa situation. Lorsque M. de Seignelay fit son testament le 1 8 octobre , dans lequel il déclare que l'incertitude de l'événement de sa ma-

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